‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 39 sur 82 · C’est sur de semblables assertions que Fauteur dont nous · texte numérisé non relu

C’est sur de semblables assertions que Fauteur dont nous

(1) Bulard, de la Peste, pag, 44.

ÉTIOLOGIE.

parlons veut nier l’endémicité de la peste en Égypte. Quand des milliers d'observateurs sont venus lui citer des laits incontestables de cas sporadiques développes chaque année, et chaque année oh servés en Égypte, M. Bulard a répondu i pie ces prétendus exemples de peste ri étaient autre chose qu'une affection ganglionaire , propre aux nombreuses peuplades de l Égypte , et qu on ne pou-

vait la confondre avec la peste (1).

Mais qu’ont prouvé les assertions sur lesquelles il s’appuie? Disent-elles que la peste n’est point endémique en Égypte? Nullement. Elles indiquent seulement , en supposant que les faits qu’il cite fussent démontrés vrais, que la peste est endémique à Constantinople , sur les rives du Bosphore et sur les côtes de Syrie* ce que nous admettons, nous aussi, et ce que nous prouverons plus loin.

5. D’ailleurs, il n’est pas possible d’expliquer par l'importation les cas de peste qui se développent chaque annee en Égy pte. Si la maladie venait autrefois du dehors, elle ne déviait plus a présent se montrer dans le pays, puisqu il existe aujourd hui des quarantaines, des lazarets bien établis, et que, selon les contagionistes, ce sont des barrières que la maladie ne saurait franchir. Cependant chaque saison voit se produire les memes cas qui s étaient développés les saisons précédentes. On ne peut pas davan-

tage invoquer les contrebandes qui s opèrent sur les cotes , car le plus souvent la maladie commence par 1 intérieur. Enhn 1 opinion que la maladie est importée par les Hadgis est aussi peu soutenable que les autres , car l’affection se développe généralement du mois de novembre au mois de juin, tandis que les pèlerins arrivent au mois de ramadan, qui, ainsi qu on le sait, ne se -trouvé jamais, d’après l’hégire, dans la même saison.

6. Ces considérations sont, ce nous semble, de nature à convaincre les plus incrédules. Cependant il en est qui ne sont point encore persuadés; et, sans parler des médecins que nous avons cités, disons que la grande majorité des Francs établis en Egypte, les consuls, les négocians, etc., sont toujours dans la croyance que

(1) Ouv. cil. , Historique, pag. yxvir.

ETIOLOGIE.

la peste ne naît point clans le pays qu’ils habitent et qu’elle leur \ient constamment du deho rs

Cette étrange opiniâtreté est-elle la conséquence de ce sentiment naturel qui nous porte à nous faire illusion sur les malheurs qui nous environnent? Ne pourrait-on pas l’attribuer aussi à cet amour-propre qui nous fait toujours rejeter sur autrui la cause de nos imperfections, et qui nous fait chercher loin de nous la source des calamités qui nous frappent? Ainsi les Francs qui habitent le Levant , qui sont attachés au pays par des motifs intérêt ou tout autres, ont aimé à se persuader que la peste ne naissait point en Égypte, que celle-ci ne pouvait être son berceau. Quant aux médecins, la plupart de ceux qui ont adopté ces idées n’étaient point exempts des craintes du vulgaire , et ce sentiment d’effroi, qui a dominé chez eux, les a empêchés de se livrer aux recherches qui pouvaient élucider une question aussi importante. Aussi , malgré l’intelligence et le savoir que je me plais à reconnaître à ces honorables confrères , qui n’avouera avec moi que les raisons qu’ils allèguent à l’appui de leur croyance sont bien peu convaincantes.

7. D’ailleurs, ce que nous avons dit relativement à l’opinion de la non-endémicité s’applique non-seulement à l’Égypte , mais encore à tous les pays où la peste sévit. Ainsi, quand les Égyptiens prétendent que la maladie leur est apportée de la Syrie, de Smyrne, de Constantinople, de la Grèce, les Syriens, d’un autre côté, veulent qu’elle leur arrive toujours d’Égypte ; les Constantinopolitainsà leur tour en accusent l’Égypte ou la Syrie; et les habitans de Smyrne en attribuent l’importation tour à tour aux différentes contrées dont nous venons de parler.

Enfin, c’est non-seulement pour la peste, mais pour beaucoup de maladies épidémiques et endémiques qu’on peut faire cette curieuse observation, les nations accusant toujours les nations voisines d avoir introduit le fléau chez elles. Ainsi pour la syphilis , le typhus, pour le choléra ; ainsi pour la fièvre jaune.

8. Quand cette dernière maladie commença à fixer l’attention du Nouveau-Monde , on prétendit qu’elle y avait été importée

ETIOLOGIE. ZOA

du royaume de Siam , par le navire français \' Oriflamme. Plus lard, le docteur Crisholm a soutenu que la fièvre jaune qui éclata à l’ile de la Grenade en 1793, y fut introduite par un bâtiment qui venait de la petite île de Bulam, sur la côte d’Afrique, et que de la elle se répandit dans les Antilles et sur le continent américain. Les habilans des États-Unis ont assuré pendant long-temps que ce fléau leur venait des Indes occidentales, et que ni leur sol ni leur climat n’étaient capables de donner naissance à une aussi terrible maladie. Les médecins américains qui démontrèrent les premiers que la fièvre jaune ne leur était point importée , mais qu’elle avait son berceau dans leurs villes mêmes, furent accusés de calomnier leur pays et d’ètre de mauvais citoyens. Enfin, les dernières épidémies de fièvre jaune qui ont paru en Europe, soit dans le midi de Espagne. soit à Livourne , ont toutes été attribuées à des importa-

lions d’Amérique. . .

9. Que conclure de toutes ces observations contradictoires , de

ces faits qui se détruisent réciproquement ? C'est que la peste prend naissance dans les différentes localités que nous avons indiquées. Ainsi la maladie est endémique sur toute la côte orientale et méridionale de la Méditerranée ; mais celte endémicité n’existe pas partout au même degré. Les principaux centres de développement sont l’Égypte, la Syrie et Constantinople. L’affection devient moins fréquente à mesure qu’on s’approche davantage de la Grèce et de l’Adriatique, d’une part; de l’autre, de la Barbarie et du détroit de Gibraltar. Enfin , dans la même contrée , elle n’a pas toujours la même fréquence sur tous les points. Dans la Haute- Égypte, l’affection est plus rare que dans la moyenne, et plus encore dans celle-ci que dans la basse. Le littoral de la Syrie y est plus exposé que le Liban ou l’intérieur du pays, et les rives du Bosphore plus que le continent de la Turquie d’Europe et

d’Asie. .

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