‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 48 sur 82 · PESTE AUX ANIMAUX · texte numérisé non relu

PESTE AUX ANIMAUX

A Les animaux peuvent servir de moyen de propagation à V agent pestilentiel , a. t. — Faits invoqués à la preuve de cette opinion, a. 2. Précautions des Francs à ce sujet, a. 5. — B. Les animaux sont susceptibles de contracter la peste, a. 4.

1. A. Les animaux 'peuvent servir de moyen de propagation à l’agent pestilentiel . — Les animaux, disent les contagionistes, tels que les chiens , les chats , les belettes , les chevaux et en général tous les mammifères qui sont recouverts de poils ou de laine, sont nécessairement susceptibles de porter avec eux le virus, ve-

(1) Ouv. cit. , liv. i, chap. x.

(2) Traité de la peste, pag. 27-28.

nin pestilentiel , de le conserver plus ou moins long-temps , et de le communiquer aux hommes et aux choses ; les oiseaux possèdent la même faculté , et enfin les insectes eux-mêmes sont souvent un

moyen de transmission de la maladie.

2. Parmi tous les faits de cette voie de contagion qu’ils rapportent , j’en citerai quelques-uns des plus intéressans.

Orengius raconte qu’un chat , dans un monastère de filles , s’alla coucher dans un lit de religieuses , où il mit la peste.

Le révérend père Kirclier raconte que le portier du couvent des Jésuites de Rome contracta la peste pour avoir donné un coup de pied à un chien. Le même auteur rapporte qu'un corbeau s’étant abattu au milieu d'une foule d’enfans occupés a jouer sur une place , ceux-ci lui arrachèrent les plumes , les emportèrent chez leurs parens , et avec elles le germe pestilentiel qui se répandit dans la ville (1).

« On doit craindre , dit Pcstalozzi , la communication de la peste, non-seulement par les hommes, mais encore par les animaux! Un chien peut porter la peste, un chat et un oiseau de même; on en voit des exemples dans les histoires particulières

des contagions passées ^2). »

Divers insectes , avons-nous dit , ont été regardés aussi comme susceptibles de communiquer le principe morbide et l’affection. Mercurialis rapporte que « des mouches sorties de maisons infectées , où elles s’étaient posées sur le corps des malades ou sur chvers effets , portèrent la maladie dans d’autres maisons saines , en venant s’arrêter sur le pain ou autres choses a manger. » Ambroise Paré dit également que les mouches , les insectes , sont souvent un moyen de propagation de la peste (o).

(1) Traité de la peste , chap. iv. ....

(2) Ouv. cit. , pag. 26. — Un serin de Canarie, dont on avait laissé

la cage ouverte’ s’étant envolé d’une chambre où était un pestiféré, et ayant° gagné les fenêtres d’une maison voisine où il fut pris sur l’heure , répandit la peste dans toute cette maison, où auparavant il n y avait aucun malade (cité par Chicoyneau).

(5) L. c., chap. VI.

256 contagion et non-contagion.

M. Pariset , en parlant du mauvais état des sépultures en Égypte , s’exprime ainsi : « Des millions de mouches y pénètrent, pour sucer la sanie des cadavres, et la déposer ensuite sur les objets extérieur , les alimens, les vêtemens; pour l’inoculer sur le visage, les mains, les points de la peau qui sont à découvert. On a vu des charbons , on a vu la peste succéder à ce genre d’inoculation (1). »

3. Les Francs qui habitent le Levant et qui sont presque tous imbus des idées contagionistes , ont grand soin, quand ils se mettent en quarantaine, de fermer portes et fenêtres, pour empêcher les chiens , les chats, les rats et les oiseaux de pénétrer chez eux , et de leur apporter le germe pestilentiel. Malheur à la pauvre bête qui essaierait de pénétrer dans un logis en quarantaine ; elle attirerait sur sa tète toutes les malédictions des prisonniers , et paierait de sa vie son imprudence.

4. B. Les animaux sont susceptibles de contracter la peste. — Les livres les plus anciens font mention de pestes qui attaquèrent les animaux. Homère (2) , Hippocrate (3), Aristote (4), Thucydide (5), Denys d’Halycarnasse (6), Livius Claudius (7) et une infinité d’autres parlent de pestes qui sévirent en même temps sur les hommes et sur les animaux.

Santi-Roméo, médecin de Messine, qui a fait des recherches sur ce sujet (8), dit que les animaux qui par leur conformation se rapprochent le plus de l’homme, sont le plus propres à contrac-

(1) Mémoire sur les causes de la peste.

(2) Iliade.

(3) Il fait mention (lib. de Fiat.) d’une peste qui se communiqua des hommes aux animaux.

(4) Hist. anim., cap. xix.

(5) De la peste d’Athènes.

(6) Denys d’Halycarnasse dit que , sous le consulat de P. Servilius Priscus, Rome fut affligée d’une peste générale. La maladie attaqua d’abord les chevaux et les bœufs, gagna ensuite les chèvres, et enfin tous les quadrupèdes.

(7) De Peste , 41.

(S) Ricerche sulla peste bubonica.

fer la peste. Ainsi , d'après lui, le cheval, les hôtes à cornes, les porcs et les autres mammifères , les oiseaux , les poissons , et enfin les insectes, seraient, par ordre de susceptibilité, les différons ' animaux qui auraient plus ou moins d’aptitude à contracter la

maladie (1).

Boccace, dans la description qu’il nous a laissée de la peste de Florence de 1348 , dit quil a vu de ses propres yeux deux cochons contracter la peste, en fouillant sur une place publique où ils déterrèrent des lambeaux de vètemens qui avaient seni à un malheureux, mort de la peste. Le même auteur cite plusieurs cas de peste communiqués de 1 homme aux animaux.

Le savant père Diégo Piccolo (2) dit avoir observé, dans la peste de Messine de 1743, que les animaux qui touchèrent les objets infectés contractèrent la maladie. Aussi , ajoute le meme auteui , vit-on les chevaux , les ânes, les chiens et autres animaux présenter des bubons , comme en présentaient les hommes eux-memes.

M. le docteur Aubert dit que la peste d’Alexandrie fut précédée d’une épidémie snr les chiens et sur les bœufs. « Un négociant , ajoute-t-il, qui possède une maison de campagne près de la ville, m’a assuré que plusieurs de ses bœufs étaient morts avec des bubons -, je n’en ai pas vu sur les chiens du pays ; mais je sais qu un chien carlin qui couchait dans le lit de sa maîtresse atteinte de la peste fut lui-même malade avec un bubon à la cuisse. Duiant 1 épidémie, il v a eu maladie générale sur ies poules. » Notre confrère ne dit point si elles offraient des bubons ! ■ — M. Aubert , qui rapporte ces faits , ne les cite point comme une preuve de contagion, mais comme celle de l’influence générale épidémique.

M. Estienne dit que son chat , qui cependant faisait quarantaine avec lui , eut la peste , et présenta un bubon sur la poitrine.

Fallope dit avoir vu une pie avec deux bubons. — Schiller , témoin de la peste de Constantinople qui fit tant de ravages, observa que, parmi les oiseaux morts, il y en eut plusieurs qui

(1) Rieerche sulla poste bubonica.

(2) Description de la peste de Messine, chap. xi, p. 128.

offrirent sous les aisselles des bubons de la grosseur d’un pois cbiclie.

Aristote est le seul auteur , je crois , qui affirme que les poissons puissent contracter la peste , surtout quand ils se trouvent dans des eaux douces et dormantes.

Enfin on lit dans les Êphêmêrides des curieux de la nature que , dans la peste de Vienne de 1713 , les mouches qui avaient sucé le sang des malades atteints de la peste périssaient aussitôt.

LE CONTACT DE PESTIFERES OU ü’OBJETS CONTAMINÉS DETERMINE FRÉQUEMMENT DES PHENOMENES LOCAUX,

1. Les contagionistes sont peu d’accord sur ce point de doctrine. Les uns affirment que le contact donne souvent lieu à des phénomènes locaux ; d’autres , au contraire , et ce sont les plus nombreux , avouent qu’ils n’ont jamais pu constater des effets semblables.

Voici le petit nombre de faits que nous avons pu recueillir à l’appui de la première opinion. — Van-Helmont (l) parle d’un homme qui , en touchant des papiers contaminés , sentit au même instant une douleur semblable à celle que produit la piqûre d’une aiguille , et vit se développer , peu de temps après , un anthrax pestilentiel à l’index.

Diemerbroeck cite le fait d’un individu qui, à travers sa chaussure , contracta un charbon au pied , pour l’avoir, par mégarde, posé sur un tas de paille exposé à l’air.

Lernet rapporte que souvent des charbons et des anthrax se déclarèrent aux pieds et aux jambes des infirmiers qui avaient l’habitude de marcher sans chaussure.

(1) Pag. 853, coroll. 4.

IIÏ.

RÉFUTATION de LA DOCTRINE DE LA CONTAGION.

Les contagionistes peuvent se ranger sous deux catégories, ceux qui " admettent la contagion d’une manière absolue, et ceux qui sont moins exclusifs, a. 1. — Les premiers reconnaissent comme cause unique de la peste un agent spécial , les autres admettent 1 action de causes diverses, a 2. — Quelle est donc l’origine et la nature de cet agent spécial?a 3. — Les contagionistes ne pourront jamais répondre à cette première objection , a. 4. — Opinion de M. Bulard, a. 3. — Les conta-ionistes ont imaginé deux modes d’action du principe, la contagion virulente et la contagion miasmatique , a. 6. La contagion viiulente réunit le plus grand nombre de partisans ; cependant cette opinion est , des deux , la moins admissible , a. 7. — On ne peut prouver 13lus facilement l’action de la contagion miasmatique , a. 8. - Réfutation des hypothèses admises par les contagionistes, a. 9. — Hypothèses des contagionistes relatives à l’introduction du principe pestilentiel dans l’économie. Leur réfutation, a. 10. — Incubation, a. 11. Peste aux animaux , a. 12.

1 . Avant de passer à l’examen des faits énoncés par les contagionistes à l’appui de leur doctrine , nous allons discuter cette doctrine elle-même, faisant ressortir tout ce quelle offre d incohérent , de contradictoire , d’absurde et d’opposé aux lois générales

de la physiologie.

Les contagionistes, avons-nous dit, peuvent se ranger en deux catégories ; les uns qui n’admettent pas la contagion d une manière absolue ; les autres qui ne veulent reconnaître que ce moyen

de propagation pour la maladie.

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