‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 49 sur 82 · Pour les premiers, la peste naît dans quelques occasions · texte numérisé non relu

Pour les premiers, la peste naît dans quelques occasions

de causes extérieures , de la viciation do l'air, du développement de miasmes, d’exhalaisons , etc. Pour les seconds , la maladie ne se développe jamais de toute pièce, mais l’agent morbide existant depuis une époque indéterminée , se propage aux individus

et aux choses, est reçu en nature par l'économie , et en est expulsé en nature , sans jamais perdre de son intensité ni de sa

puissance.

3 Les partisans du premier système admettent donc que la peste puisse se développer spontanément , soit qu’elle s’offre à. l’état sporadique ou à l’état épidémique. — Les autres ne veulent admettre que la contagion , et rien que la contagion ; ds expliquent chaque cas qui se présente, chaque nouveau fait , par le contact, par l’importation , par l’action du même agent pestilentiel qui , semblable , disent -ils, au virus syphilitique, se conserve sans altération, au travers des siècles, et en dépit de tout ce quon a tenté pour le détruire.

La première chose que devraient nous apprendre les contagionistes exclusifs, c’est l’origine de cet agent, car, quelque ancienne qu’on suppose son existence , quelque reculé que soit son berceau dans la nuit des temps, malgré la propriété qu’il possède de se conserver sans altération pendant des siècles entiers , il a du, disons-nous , s’ètre développé une fois , à moins qu’on ne suppose que les premiers hommes n’en aient apporté le germe dans leur sein, lors de la création 1.. Si on adopte une pareille supposition, nous n avons rien à objecter. Si on veut , au contraire , expliquer sa génération d’une manière plus rationnelle , il faudra bien admettre l’existence de circonstances quelconques pour son développement. Or ces circonstances qui ont produit une première fois la peste , sans contagion , puisqu’il n’y avait point de virus, et puisque ce n’est qu’à partir de cette époque que celui-ci a pris naissance • ces circonstances qui se sont présentées une fois, quelle cause les empêche de se reproduire de nouveau , d’engendrer de nouveau la peste sans contagion, comme elles l’ont engendrée tout d’abord? Dira-t-on que ces mêmes circonstances ne peuvent plus se présenter ; mais sur quoi se basera-t-on pour alléguer un fait pareil? A-t-on observé, depuis cette époque, quelque grand changement astronomique, météorologique dans l’atmosphère? non. À-t-on mentionné quelque bouleversement terrestre ? non -, enfin ? quelque cause appréciable qui puisse donner raison de ces

suppositions ? non. Il n'y a donc pas de motifs pom supposer que les causes qui ont produit une première lois la peste ne soient capables de la développer encore. Donc , comme nous l’avons démontré déjà , si la peste est contagieuse , elle ne l’est pas exclusivement , puisqu’elle peut naître sous l’influence de causes autres que la contagion.

4. Ces mêmes objections , les contagionistes auront toujouis à y répondre, quel que soit l'agent de la contagion, qu’il soit solide , liquide ou gazeux, qu’il soit même un produit animé , comme le veut le père Kirclier. Cette dernière opinion , qui a fait jouer dans le temps un rôle actif aux animalcules pour la production de la peste, a été, avons-nous dit, reproduite de nos jours, a 1 egard de presque toutes les maladies contagieuses , et a donné lieu aux plus jolies histoires qu'on puisse imaginer. Ainsi M. Grassi nous apprend que ces animalcules , nés à une époque indéterminée, se sont reproduits de siècle en siècle, et quapiès a\oii été expulsée de l'Occident , cette grande famille ou plutôt ce peuple pestiféré se trouve aujourd'hui relégué en Orient, où , comme une nation de pirates, il fait des excursions tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Malheureusement M. Grassi ne nous dit

point l’origine de son peuple microscopique. Peut-être suppose-t-il aussi que Dieu l'a compris dans l’œuvre de la création !..

5. M. Bulard a expliqué à sa façon l'origine du virus. D'après lui, la peste est une maladie transformée ; il veut dire par la, que c’est une affection qui n est plus susceptible de se développer que par contagion , tandis qu’autrefois elle naissait sous l’influence de causes générales , épidémiques ou autres. En vertu de certaines conditions qu'il ne nomme pas, il s'est opéré, d'après l’auteur , dans l’économie un travail nouveau pathologique qui a donné naissance au premier virus. Toutes les choses pouiraient se passer de la sorte *, mais sur quelles preu\es se fonde M. Bulard? quelles sont les raisons qu’il allègue à l’appui de son opinion? Aucune, et il serait tort embarrasse d en fournir

une seule qui put appuyer son hypothèse.

6. C’est avec des idées aussi vagues que celles qu’ils avaient

sur les virus , les venins, les miasmes, etc., que les contagionistes ont expliqué la contagion , chacun a leur manièie. lin effet, comme la contagion ne peut exister sans un agent spécial : comme cet agent naît, selon les opinions diverses, de différentes conditions, qu’il est volatil ou fixe, qu’il exerce son action à distance ou qu’il a besoin du contact, etc. , les contagionistes ont, selon les idées qu’ils se faisaient du principe pestilentiel , prétendu que la contagion s’opérait par contamination ou par 1 intermédiaire de l’air de là la contagion virulente et la contagion miasmatique .

7. A. Les partisans de la première hypothèse ( contagion virulente) sont, avons-nous dit, les plus nombreux; et, de nos jours, cette opinion paraît avoir prévalu môme dans nos lazarets , où l’on se contente généralement d’empêcher les communications au moyen de simples cloisons , de grillages. Dans le Levant , on n’admet que la contagion par contact ; et , pourvu que le contact n’ait pas lieu , quoiqu’on se trouve dans un foyer d’émanations morbides , on est convaincu qu’on ne peut contracter la peste. Cette opinion est pourtant des deux la moins admissible ; car , outre qu’elle est en contradiction avec les faits (ce que nous démontrerons plus loin), elle est encore combattue par l’analogie et le raisonnement.

1° Ainsi les maladies qui se propagent par contagion immédiate , telles que la variole, la vaccine, la syphilis, la gale, la rage , offrent toutes des éruptions pustuleuses qui renferment un produit morbide , susceptible de se communiquer par le contact ou l’inoculation. La pesle est exempte de ces éruptions , car on ne peut considérer comme telles les bubons , les charbons , non plus que les pétéchies qui n’ont pas ce caractère dont nous parlons , et qui d’ailleurs manquent souvent dans la peste.

2° Le produit morbide des maladies à virus a la propriété de se transmettre par inoculation , et de provoquer sur les lieux noculés une éruption de môme nature , qui suit une marche régulière dans son développement. Les inoculations faites avec le pus des bubons , avec ia sérosité des charbons , n’ont jamais

donné naissance ni à l’un ni à l’autre de ces phénomènes morbides. (Voir le paragraphe consacré à l’inoculation.)

•3» Dans les maladies contagieuses virulentes, la grande majorité de ceux qui sont exposés au contact gagnent 1 affection , ceux qui en sont exempts forment l’exception. — Dans la peste , tout le contraire a lieu , et on n’est pas parvenu à démontrer que le contact, indépendamment de toute autre circonstance , ait jamais pu communiquer la maladie.

4» Les maladies à virus , susceptibles d'èlre inoculées , ont une marche régulière et progressive dans la succession des symptômes et des phénomènes qui les caractérisent. La peste ne peut point être rangée dans cette catégorie ; car il n’y a chez elle rien de fixe pour l’inoculation, qui est quelquefois instantanée , souvent lente à s’opérer, sans que les phénomènes caractéristiques

apparaissent.

5« Les affections virulentes se développent sous toutes les latitudes, dans toutes les saisons, dans toutes les circonstances imaginables. La peste, nous l’avons dit déjà , est propre a une saison particulière 5 elle est propre à certaines contrées

G» Si la maladie se propageait par contact , il lui faudrait un temps fort long pour se répandre sur fes divers points d’un pays, d’une ville , etc. On pourrait , en quelque sorte, suivre ses traces, prévenir ses envahissemens , tandis qu’on la voit éclore simultanément sur plusieurs points , et faire des ravages, au me-

pris des barrières qu’on lui oppose.

7» Enfin, si la peste était une maladie contagieuse, elle devrait,

comme les affections fébriles de cette espèce, la rougeole , la scarlatine, la variole, etc., n’attaquer jamais qu’une seule fois le môme

individu.

Or , tous les auteurs qui ont observé la peste savent parfaitement qu’une première atteinte ne met pas à l’abri de récidives.

Ainsi nous voyons que l’analogie et la logique nous disent que la peste n’est point contagieuse par contact. Nous En donnerons

d’autres preuves dans la suite de ce paragraphe.

8. B. Si la contagion virulente n’est point admissible , la cou-

tagion miasmatique ou par infection l’est-eîle davantage ? Quoique cette seconde hypothèse soit plus rationnelle que l’autre , le raisonnement et les faits ne nous ont jamais démontré , d’une manière incontestable, que la maladie se communiquât davantage de cette façon.

En effet, si les miasmes qu’exhalent les pestiférés suffisaient pour occasionner la peste , la grande majorité des individus qui sont soumis à leur action devraient contracter la maladie , car les choses se passent ainsi pour les affections miasmatiques • pour le typhus, par exemple, quand il se déclare élans les prisons, dans les hôpitaux, dans les armées.

Si la peste se développait par infection , elle devrait faire de nouveaux progrès, à mesure qu’elle règne depuis plus long-temps; pourtant la somme des exhalaisons va toujours en croissant, et c’est alors qu’elles doivent; être en plus grande quantité , que la maladie décroît et s’éteint.

Si la peste était contagieuse de quelque façon , pourquoi resterait— elle confinée dans certaines villes , dans certains quartiers, dans certaines rues , quand ces villes , ces quartiers, ces rues sont en communication journalière avec d’autres localités ? Pourquoi, d'un autre côté, ainsi que nous le disions, la maladie ne seraitelle point arrêtée par les barrières, les lazarets, les cordons, et par aucun des obstacles qu’on lui oppose ? — sont-ce là les allures, la physionomie, la marche des maladies contagieuses?

9. Mais poursuivons notre examen. Nous démontrerons, à mesure que nous examinerons chacun des points de la doctrine, les difficultés toujours plus grandes qui se rencontrent dans le système de la contagion.

Les caractères et les propriétés que l’on accorde à l’agent pestilentiel sont ridicules et inadmissibles.

A. Comment croire, en effet, qu’un individu, porteur de la pes'e, puisse la communiquer à d’autres personnes, quand l’agent morbide n’a encore décelé sa présence chez lui par aucun symptôme? Si rien n indique l'existence d’un agent morbide dans l’économie , quel droit a-t-on de supposer cette existence? — Parce

que des individus auront contracté la maladie a la suite de rapports avec d’autres individus non malades dans ce moment , mais qui le sont devenus plus tard, les contagionistes en ont conclu que le germe de la peste était latent chez ceux-ci , a 1 1 p o que où les rapports ont eu lieu , et que ce germe caché, imperceptible, a donné naissance h la peste 1 C est une double erreur qu’on a adoptée pour expliquer certains cas fort embarrassans

dans l’hypothèse de la contagion.

B. Quant à la propriété qu’on attribue a certains corps inenes de s’imprégner de l’agent pestilentiel, il n’est aucune absurdité qu’on n’ait dite à cet égard. Si l’on admet pour la peste la contagion miasmatique, il est rationnel de supposer que des substances poreuses, de la laine, du colon, diverses étofles, etc., soient susceptibles de s’imprégner du principe délétère. Mais conçoit-on que du bois, des métaux, un poignard, etc., puissent absorber ce même principe?... Si, au contraire, on ne veut que la contagion virulente, le virus n’est-il pas apte à se déposer et à se fixer sur tous les corps, quelles que soient leur nature et leur toi me ? Il n y a donc plus alors de substance non contumace.

M. de Ségur que nous aimons a citer, parce que ses opinions ont une grande valeur, M. de Ségur, qui est contagioniste, déclaie qu’il n’a pas trouvé de preuves suffisantes à le convaincre que la peste ait jamais été communiquée par des marchandises : il admet cependant que la maladie a été transmise par des hardes-, et il explique ainsi ces laits qui semblent se conlrediic. Si la peste, selon lui, n’a pas été importée par des marchandises, ce n’est point que du coton, de la laine, de la soie, etc., en natuie et nés en ballots, soient plus réfractaires à l’action du principe pestilentiel que les mêmes objets tissés, que des vètemens, etc. Mais il suppose que, dans le premier cas, les objets dont il parle n’ont pas communiqué la peste, parce qu’ils n’ont point été soumis à 1 influence de 1 agent morbide, parce qu’en temps d’épidémie le commerce est interrompu , que les marchandises restent enfouies dans les magasins, etc., etc.

ISous répondrons à cela, qu’en temps de peste , la récolté des

cotons se fait comme aux époques ordinaires, que ces cotons sont mis en circulation dans le pays, malgré la maladie, et qu’il sutïit d’un léger rabais dans leur vente, pour qu’aussitôt ils soient enlevés promptement par les négocians, et expédiés pour l'Europe. — Les choses se sont passées de la sorte , lors de l’épidémie de 1835, et tous les journaux en ont fait mention.

C. 11 est une chose moins rationnelle encore que la prétendue susceptibilité de certaines substances et les distinctions établies à cet égard, c’est la propriété que les contagionistes ont accordée au principe pestilentiel de se conserver des temps infinis, des années, des siècles même, souvent malgré la ventilation, l’exposition à la pluie, etc., sans rien perdre de sa vertu ni de son intensité. On a pu voir, dans le paragraphe qui précède , tous les exemples allégués par une infinité d’auteurs, à l’appui de celte hypothèse. Ces faits sont rapportés de bonne foi, non pas seulement par des hommes inconnus, vivant dans des siècles de barbarie et d’ignorance, mais par des médecins illustres, ïngrassias, Dlemerbroeck , Forestus ; par des médecins de nos jours; et dernièrement , nous avons vu un de nos honorables confrères d’Égypte prétendre que la peste de Livourne avait été apportée par une momie qui renfermait le germe pestilentiel, depuis deux mille ans, dans ses bandelettes. L’auteur qui cite ce fait s’en sert d’argument pour combattre l’opinion de M. Pariset, relativement à la non-existence de la peste avant le sixième siècle. Nous pensons que l’illustre secrétaire de l’Académie royale de médecine, tout contagioniste qu’il est, doit peu redouter de semblables argumons ; sa brillante théorie n’aurait rien à redouter , si elle n’était combattue qu’avec des armes semblables.

D. Enfin, nous signalerons encore les mêmes controverses, les mêmes divergences d’opinions parmi les contagionistes relativement à l’époque du plus ou moins d’activité du principe pestilentiel. Estce au début, au milieu , au déclin de la maladie qu’il est le plus à redouter? est-ce pendant la fièvre , pendant que le corps est en sueur? Les contagionistes ne peuvent nous le dire , et la diversité de leurs sentimens à cet égard prouve que ce prétendu venin , si

malin selon tous, ne l’est pas tant qu’on le suppose, et qu’il ne l’est pas plus à une époque qu’à une autre de l’affection. Nous ferons remarquer encore ici une nouvelle contradiction des contagioms tes. La plupart admettent que les cadavres ne sont plus susceptibles de déterminer la maladie , cependant ces cadavres ont etc imprégnés de l’agent morbide. Pourquoi donc veut-on que celuici les abandonne avec la vie, quand on lui accorde la puissance de se conserver un temps illimité, des années, dans des corps inertes, organiques ou inorganiques?

N'est-ce point encore là un fait dont on peut arguer contre la contagion?

10. Examinons maintenant comment les contagionistes ont expliqué l’introduction du principe pestilentiel dans l’économie. Trois opinions principales, avons-nous dit, ont été émises a ce

sujet.

1» Les uns veulent que l’absorption du virus se fasse simultanément ou puisse s’effectuer indistinctement par la peau, le système respiratoire et les \ oies digestives,

2° D’autres refusent à l’estomac la faculté d’absorber I agent pestilentiel sans l’altérer , et citent à l’appui divers exemples d’animaux qui ont dévoré impunément des matières pestilentielles , des bubons , charbons , etc. Ils se fondent encore, disent-ils, suides expériences analogues, faites avec le virus variolique, le venin de la vipère , elc. , expériences qui ont démontré que divers virus ou venins introduits par l’estomac deviennent impuissans pour dé- ■velopper des symptômes morbides ■,

3° D'autres enfin prétendent que le virus ne peut être absorbe que par les ly mphatiques , et que le système pulmonaire n’est point apte à recevoir l’action du principe délétère. M. Bulard, qui est l’auteur de celte dernière hypothèse, base, dit-il, son opinion sur l’anatomie pathologique, qui lui a démontre que souvent le système respiratoire est intact, tandis que le syslune lymphatique est constamment altéré , d’où il conclut que 1 absorption n’a pas lieu par les poumons, puisque souvent ceux-ci sont

exempts cle toute lésion , mais bien par le système lymphatique, qui est toujours le 'premier et souvent le seul atteint.

Admirable conclusion, en effet, que celle de M. Buîard ! Eh quoi! pour se rendre compte de bintroduction d’un principe morbide dans l’économie, est-il nécessaire que les organes par lesquels il pénètre soient les premiers lésés? N’est-ce pas s’avouer le partisan d’un solidisme grossier , contre lequel cependant l’auteur semble professer un profond mépris?

La divergence des opinions diverses que nous venons d’examiner suffit déjà pour démontrer le peu de solidité, le peu de rationalisme de la théorie de la contagion appliquée à la peste.

Mais admettons, si l’on veut, que l’absorption ne puisse se faire par l’estomac, supposons démontré — - ce qui est encore un fait contestable,-—que les sucs gastriques neutralisent les virus , admettons môme avec M. Bulard que le système respiratoire n’absorbe pas dans la peste , et supposons avec lui que ce sont toujours les lymphatiques qui servent de voie d’introduction au principe morbide dans l’économie. Pourquoi donc alors, s’il existe un virus pestilentiel qui s’insinue dans l’organisme d’une façon quelconque, pourquoi ce môme virus ne produit-il aucun effet , alors qu’il est placé dans les circonstances les plus favorables pour l’absorption, c’est-à-dire quand on l’introduit dans l’économie au moyen de solutions de continuité, quand on L injecte dans les veines, quand on le met en rapport avec les bouches absorbantes , quand enfin on S’inocule de toutes les manières sur les hommes comme sur les animaux ?

Sans doute, les contagionistes nous citeront des faits qui démontrent évidemment que l injection de matières pestilentielles dans le système veineux a occasionné chez différens animaux des symptômes morbides plus ou moins intenses et souvent la mort en peu de temps. Nous adoptons ces faits, mais nous disons que ce n’est pas la peste qu’on a développée par ces injections, comme veulent le faire croire certains contagionistes ; ce ne sont que des empoisonnemens, des typhus , tels que ceux qu’on produit en introduisant dans l’économie animale des substances en putréfaction.

D’ailleurs, si Ton occasionne ces désordres , ce n’est qu’en employant des doses de matières pestilentielles considérables et suffisantes pour altérer la masse du sang. Quand, en effet, on emploie des quantités moins grandes, on ne produit jamais aucune altération. Les faits sont là pour le prouver. Ce n’est donc pas la qualité , mais bien la quantité des substances qui a déterminé des

symptômes morbides.

Si l'on occasionne ces désordres.... , avons-nous dit, car pour nous, qui avons fait de nombreuses expériences sur les hommes et sur les animaux , et qui avons employé souvent des quantités égales à celles avec lesquelles certains expérimentateurs ont développé, au moyen de substances en putréfaction, des symptômes typhoïdes; pour nous, disons-nous, avec de pareilles doses de matières pestilentielles introduites dans l'économie, nous n’avons produit aucun résultat. Ne serions-nous donc pas en droit d’en conclure que des matières pestilentielles, telles que du sang, du pus des parties gangréneuses , n’ont pas même sur 1 économie une action délétère aussi intense que des substances en putréfaction, prises à une source différente?

1 1 . Incubation. — Voyons maintenant ce que devient le prétendu virus dans l’organisme. Après avoir été absorbé , il reste dans l’économie un temps plus ou moins long sans y deceler sa présence par aucun signe sensible. Cette période do I incubation a été exprimée en chiffres bien différons par les divers contagionistes , et nous avons vu que si quelques-uns ont cite des faits tendant à prouver que, dans quelques circonstances, elle n était que de quelques heures, elle se prolongeait d’autres fois pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois. Pour nous, ces propriétés merveilleuses, attribuées à un agent morbide, qui dans quelques cas décèle sa présence au bout de peu d’instans , tandis que dans d’autres il reste latent des mois entiers ; pour nous , ces propriétés sont imaginaires , et toutes les suppositions des contagionistes ne tendent qu’à prouver le contraire de ce qu ils ont voulu avancer.

12. Peste aux animaux . — Les contagionistes ont été au moins

conséquens avec eux-mêmes quand ils ont prétendu que les animaux pouvaient servir de moyen de propagation à l’agent pestilentiel. Ils étaient logiquement obligés de l’admettre, puisqu’ils avaient admis que les poils, les plumes, etc. , étaient des objets contumaces. Du reste , c’était pour eux encore une porte de sortie, un nouveau moyen de pouvoir expliquer la contagion , quand ils ne pouvaient invoquer d'autres raisons. Dans ce cas, on supposait que c’était un chien, un chat, un rat, un oiseau, des mouches, etc., qui avaient introduit la peste dans l’établissement en quarantaine, dans le lazaret, etc., et le principe était sauvé.

Mais les contagionistes auraient pu se dispenser , pour appuyer leur opinion , d’admettre le développement de la peste chez les animaux, et la transmission de celle-ci de l’homme aux bêtes et des bêtes à l’homme. Si quelquefois on a constaté la coïncidence de maladies pestilentielles et d’épizooties, cette coïncidence ne prouve rien en faveur de la contagion; elle n’indique, au contraire, que l’influence de conditions épidémiques se faisant généralement sentir ; d’un autre côté cette épizootie n’est point la peste, et jamais on n’a pu le démontrer.

Enfin , une masse de faits prouvent que la maladie ne s’est jamais communiquée des hommes aux animaux et réciproquement.

En effet , dans aucune des épidémies pestilentielles , dans celles sur lesquelles on nous a laissé des détails, à Londres, à Marseille, à Moscou , etc. , les auteurs ne disent que les mulets , les ânes , les chevaux , ou autres bêtes de somme , dont on se servait pour transporter les morts , les malades, les eflets des pestilérés , etc. , aient été attaqués de la peste.

Souvent les palefreniers atteints de peste se servent des couvertures, des harnais des animaux ; souvent ils continuent de soigner leurs bêtes, ils traient leurs vaches, leurs chèvres, les mains imprégnées de pus, ainsi que cela se voit tous les jours dans la Haute- Égypte; souvent ils montent leurs chevaux, leurs ânes avec des bubons en suppuration, sans que jamais ils aient communiqué la maladie à ces animaux.

Jamais nous n’avons vu un seul des chiens, qui sont en si grande

quantité dans les villes turques, contracter la peste*, et si un de nos confrères d’Égypte a prétendu qu'un de ces animaux, couché sur le lit de sa maîtresse , avait présenté un bubon , nous n’accordons à ce fait aucune valeur, aucune autorité, car l’auteur qui le rapporte déclare lui-même n’en point avoir été témoin. Les chats, ces animaux privilégiés et chéris des musulmans , vivant dans l’intérieur des maisons , n’ont jamais présenté le moindre symptôme de peste , et nous trouvons bien étrange que le chat de M. Estienne ait seul fait exception, et qu’il ait offert un bubon à la poitrine, précisément dans une partie dépourvue de glandes lymphatiques. Enfin, quant aux histoires des oiseaux qu’on a prétendu offrir quelquefois des bubons et d’autres accidens pestilentiels, nous considérons ces assertions comme ridicules , et nous ne pensons pas que personne aujourd’hui daigne encore y ajouter

foi.

IY.

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