‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 50 sur 82 · FAITS GÉNÉRAUX ALLÉGUÉS EN FAVEUR DE LA CONTAGION · texte numérisé non relu

FAITS GÉNÉRAUX ALLÉGUÉS EN FAVEUR DE LA CONTAGION

1° Toutes les fois que la peste a paru en Europe , elle a été importée de l’Orient ;

2° Toutes les fois que la maladie s’est propagée et répandue dans le monde, on a pu suivre sa marche, et s’en rendre compte par les communications -,

5° Depuis rétablissement des lazarets en Europe, la peste s’y est déclarée bien moins souvent , et, quand elle a été importée, elle est restée confinée dans les lazarets;

40 Dans les lazarets où elle a été importée , la peste s'est communiquée quelquefois aux gardes, aux chirurgiens de l’établissement ou à diverses personnes qui communiquaient avec les pestiférés;

5° Dans les lazarets, la maladie a fréquemment atteint les portefaix ou gens de peine employés au maniement ou à la désinfection des ballots de marchandises ;

6° De tout temps , on a remarqué que les bàtimens qui mettaient en quarantaine étaient préservés du fléau.

En exposant la doctrine de la contagion, nous avons fait voir que le raisonnement et l’analogie se refusaient à admettre le caractère

contagieux pour la peste ; nous allons voir si les faits allégués par les contagionistes ont une autorité plus grande que leurs raisons, et s’ils prouvent, comme ils le prétendent, la contagion de la maladie.

Nous avons réuni , sous forme de propositions , les différentes preuves , les faits généraux en faveur de cette opinion , et nous avons consacré ce paragraphe à les énoncer.

1° Toutes les fois que la peste a paru, en Europe , elle y a ètè importée de T Orient.

Tous les contagionistes qui ont écrit sur la peste ont essayé de démontrer ce fait , tous ont voulu prouver l’importation de la peste, et depuis les époques les plus reculées jusqu’à nos jours on a toujours expliqué par des provenances du Levant le développement de la peste dans les divers pays de l’Occident.

L’épidémie pestilentielle qui parut dans le vie siècle avant hère chrétienne, et qui a été décrite par Thucydide, venait d’Éthiopie, au rapport de l’historien grec. La maladie qui se déclara l’an 542 après J. -C., et qui parcourut l’Italie, l’Espagne, la France et l’An-

gleterre, fut apportée d’Ethiopie, selon Evagrius, et d’Egvpte, au rapport de Procope.

Après cette époque, disent les contagionistes, et surtout depuis le xe siècle, si la peste fait de fréquentes apparitions en Europe, c’est qu’alors les rapports de commerce commencent à s’établir entre l’Orient et différens pays occidentaux ; c’est qu’alors les Sarrasins envahissent l’Europe, que les croisades jettent en Orient et en ramènent des masses d’hommes considérables ; c’est qu’alors enfin les Turcs s’emparent de Byzance, et portent leurs armes en Grèce , en Italie , en Allemagne, etc.

M. de Ségur Dupeyron, qui a fait sur les diverses importations de peste des recherches minutieuses, et qui certainement, bien qu’il n’ait point eu en vue de prouver la contagion , est, de tous les contagionistes , celui qui ait apporté les preuves les plus convaincantes, les faits les plus décisifs en faveur de cette hypothèse, M. de Ségur dit que le xe siècle, qui a vu naître les importations commerciales de Venise, est celui où la peste commença à se mon-

trer dans cette ville; que la fréquence des importations en Occident lut en rapport avec la plus grande activité commerciale, et que, toutes les fois que la maladie fut apportée en Europe , elle régnait

en Orient (1).

Depuis le xvie siècle, continue M. de Ségur, la peste apparut moins souvent a "V enisc, mais en revanche Marseille, qui jusqu alorsen avait rarement été atteinte, Marseille reçut quatorze fois le fléau dans l’espace de cent cinquante années ; c’est qu’alors le commerce passa tout entier dans les mains des Marseillais.

Depuis 1650 la maladie ne parut plus dans cette ville jusqu en 1720, époque où se développa la terrible épidémie qui coûta à Marseille près de la moitié de sa population, et qui fut importée , comme chacun l’affirme, par le navire du capitaine Chateau, venant des côtes de S} rie.

Enfin, la peste de Malte de 1813 fut importée d’Alexandrie, et celle de Tunis de 1 8 1 8 se déclara après la cessation des hostilités et la reprise des relations commerciales avec Alger.

2° Toutes les fois que la maladie s’est propagée et répandue par le monde , on a pu suivre sa marche et s’en rendre compte par les communications .

C’est un fait incontestable aux yeux de tous les contagionistes. Dans toutes les épidémies , disent-ils , il a été possible de suivre la marche, d’indiquer l’itinéraire de la maladie et d’expliquer la propagation du mal par le transport de marchandises , ou les communications d’individus. Il serait trop long de rapporter ici tous les cas de ce genre cités par eux. 11 faudrait faire F histoire de toutes les pestes , car dans toutes on a expliqué la migration et le transport de la maladie.

3° Depuis T établissement des lazarets en Europe la peste s'y est déclarée bien moins souvent , et quand elle a été importée , elle es

restée consignée dans les lazarets.

L’établissement des lazarets date du xve siècle ; celui de Venise, le premier qui fut institué , le fut en 1403 ; mais ce n es

(l i Rapport adressé à S. Exc. le ministre du commerce. Paris ^ 1854.

qu’en 1485 , d’après M. de Ségur , que des mesures efficaces furent adoptées et que l’on commença à purifier les marchandises. Gènes suivit bientôt l’exemple de sa rivale , et vers l’an 476 , sous le roi René , Marseille commença à se précautionner contre l’invasion du fléau. Depuis l’adoption des mesures sanitaires , la peste a plus rarement désolé les villes, les provinces ; mais elle n’en a pas moins souvent paru dans les lazarets ou à bord des bâtimens en quarantaine.

«A Venise, dit M. de Ségur, les registres du lazaret relatent cinq irruptions de peste survenues à bord des navires qui ont fait des quarantaines dans cet établissement.

» A Livourne, la peste s’est montrée huit fois dans le lazaret ou

dans les bâtimens soumis à la quarantaine.

» A Marseille, elle s’y est déclarée dix -sept fois depuis l’année 1721 jusqu’en 1825, c’est-à-dire dans l’espace d’un peu plus d’un siècle (1). »

4° Dans les lazarets où elle a été importée, la peste s'est communiquée quelquefois aux gardes , aux chirurgiens de T établissement 9 ou à diverses personnes qui communiquaient avec les pestiférés.

Les faits de ce genre sont peu nombreux, et, dans les investigations auxquelles il s’est livré, M. de Ségur n’en a pu découvrir que six. Un eut lieu au lazaret de Venise en 1818 ; trois gardes furent mis en rapport avec les pestiférés d’un navire venant de Durazzo, et succombèrent. Un second arriva au lazaret de Gènes, où, dit-on, un garde de santé, ayant bu à la meme bouteille qu’un malade, paya de sa vie cette imprudence. Les quatre autres faits se sont passés à Marseille ; des gardes et des chirurgiens ont péri dans ces différentes occasions.

5° Dans les lazarets la maladie a fréquemment atteint les portefaix ou gens de peine employés au maniement ou à la désinfection des ballots de marchandise.

Cette assertion est alléguée par bon nombre de contagionistes ; cependant ils ne citent jamais de faits à l’appui, et, à l’exception de

(1) M. de Ségur, mémoire cité, pag. 32-55.

quelques exemples isolés rapportés par des auteurs anciens, et d ciprès lesquels des individus auraient été frappés subitement en ouvrant des ballesdelaine, descaisses renfermant différons objets, etc., les faits de ce genre n’ont plus été signalés depuis long-temps.

G0 De tout temps on a remarqué que les établissement qui se mettaient en quarantaine étaient préserves du fléau.

A Marseille , dans la peste de 1720 , les moines de Saint-Victor s’enfermèrent et échappèrent a la maladie. Dans la peste de Moscou 1 hospice des Orphelins se mit en quarantaine et n eut aucun individu atteint. Si le mal a pénétré souvent dans divers établisse i mens qui s’étaient isoles, cela vient, disent les contagiomstcs, de ce que les mesures de précaution ont ete mal observées ^ et toujours dans ces cas on a pu constater les moyens de communication et les causes de l introduction de la maladie. Dans le Levant) les Francs sont persuadés de même qu'en s isolant ils échapperont à la peste, et chaque fois que le fléau pénètre chez eux en dépit de leurs précautious , ils l’attribuent a une violation de la quarantaine par les hommes , les animaux ou des objets inertes.

Aous allons examiner toutes ces allégations dans le paragraphe

suivant.

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