M. Aubert s’exprime ainsi
« Il est faux que dans l’arsenal il ne se soit manifesté aucun cas de peste ; pendant toute l’épidémie, çà et là il y a eu quelques cas. Les bulletins du conseil de santé en font mention. Les individus étaient enlevés de suite, on faisait faire le spolis à tous ceux qui avaient été en communication , et la peste ne se manifestait pas pendant quelques jours. L’arsenal était alors en quarantaine , et tout le monde se trouvait compromis pour un seul cas. Il est faux que les casernes, après avoir été purifiées et mises en quarantaine, n’aient plus eu de peste. Elle a toujours existé, malgré les doubles barrières et les sentinelles ; on a même été obligé de faire partir, vers le milieu de la peste , un bataillon de sapeurs qui se trouvait dans la caserne située derrière les maisons d’Ibrahim-Pacha, parce que la peste le décimait. Remplacé par un autre bataillon venu de Rosette, la peste s’est jetée sur ce bataillon huit jours après son arrivée, malgré la quarantaine et toutes les purifications. Elle a de même existé à la caserne située près la porte de Rosette et dans les forts. Je puis certifier ces faits ; j’étais médecin en chef de 1 hôpital des troupes de terre , et j’ai reçu de ces différens lieux près de deux cents pestiférés. L’auteur de cet article peut venir chez moi vérifier les cahiers d’entrée.
» Il est faux que les harems mis en quarantaine n’aient pas eu de peste. Les harems de Natif-Bey , de Montouch-Pacha et de beaucoup d’autres ont été atteints. Un cas a eu lieu dans le harem du pacha; un spolis a été fait, et la peste ne s’est pas étendue. Le commandant de la place , qui faisait par ordre sévère quarantaine, a eu une attaque dans son harem et deux autres chez lui. Ainsi, on ne peut que sourire de pitié en lisant, que l’impression avait été telle chez les Turcs, que leur fatalisme en avait été ébranlé. Les ordres du pacha sont des plus sévères ; j’ai même vu
un employé du gouvernement ayant la peste faire quarantaine. Dire que les clieiks et les derviches ont chancelé dans leur foi et ont conseillé la quarantaine , c’est bien peu connaître les mahometans -, pour quils se taisent, le pacha a été obligé de recourir à la
menace.
» Il est faux que dans l’hôpital de Mamoudieli il ne se soit présenté aucun cas de peste. Après six mois de quarantaine , un gardien a été attaqué ; de temps en temps des malades de l’intérieur présentaient quelques symptômes suspects ; de suite on les séparait, et bientôt la peste se déclarait. L’hôpital était en quarantaine.
» Il y a une question bien simple a faire à 1 auteur de cet ai ocle.
Il avoue qu’à dix pas de l’hôpital de Mamoudieli, en était un autre de pestiférés -, c’était, comme tout le monde le sait, Hiôpital des pestiférés de la marine. M. Estienne, aujourd Lui en Fiance, peut
l’attester, il y faisait un service.
» La flotte était dehors. Il ne restait donc plus que l’arsenal et l’hôpital de Mamoudieh pour y envoyer des pestiférés. S il n y avait pas d’attaques , d’où venaient les malades qui remplissaient cet immense hôpital? — Quand on écrit, il ne faut pas se con
t redire. »
Après avoir relevé ces faits , M. Aubert cite d autres observa lions qui prouvent la non-contagion. Nous en parlerons plus loin ; continuons notre sujet , et démontrons l’inefficacité des quai an-
taines. r