Quarantaine des élèves de l’école de musique de Kanke
Nous rapportons ici la lettre pleine d’intérêt qui nous fut adressée à ce sujet par M. Carré, directeur de l’école de musique de Kanké.
« Le 29 chaoual 1250 (1835), j’ai reçu l’ordre du général Courchid-Pacha, faisant les fonctions de ministre delà guerre, de prendre possession de l’ancien local du dépôt situé dans le désert, pour y mettre les élèves en quarantaine. Le présent ordre a été mis à exécution le lendemain ; aussitôt, j’ai établi la quarantaine -, personne n’est plus sorti.
» N’ayant pas de médecin attaché à l’école de musique , j envoyais do suite à l’hôpital les élèves qui accusaient la moindre
indisposition. Jusqu’à la fin du mois de zelhidje, plusieurs y allèrent ; mais , cependant , aucun de ceux-là n’était atteint de la peste.
» Le 29 zelhidje , le général Courchid-Pacha écrit au colonel Aref-Bey que la peste est à l’école de musique , que le logement du désert n’est pas convenable , que les chambres sont basses , humides et malsaines , qu’il faut que les élèves rentrent au local des effendis , à l’état-major ; que , là , il y a de belles salles bien aérées , et qu’il y aura moins de danger.
» Le colonel Aref-Bey me transmit cette lettre, avec ordre de m’y conformer. En conséquence, le 2 moharrem 1251 , nous fîmes sortir tous les élèves avec leurs effets , marchant sur deux rangs et en ordre, accompagnés de deux instructeurs, MM. Bernier et Montelatici, et des baltadgis ; moi-même je veillai à ce que tout se fit convenablement.
» En arrivant dans ce nouveau local , nous le fîmes balayer, arroser, approprier, etc. ; notez en outre que, depuis que nous en étions sortis , personne n’avait occupé ce logement. Cependant , avant la fin du premier jour, j’avais envoyé à l’hôpital cinq élèves atteints de la peste. Le lendemain, trois autres furent attaqués , puis neuf le surlendemain ; enfin , les cas augmentaient tous les jours. Ne sachant plus que faire, j’allai trouver le colonel Aref-Bey 5 je lui dis que j’étais convaincu que les élèves étaient beaucoup mieux dans le désert que dans ce local , et que , s’ils restaient là , ils allaient tous périr. « Si tu crois être mieux au désert, retournes-y, » me répondit Aref-Bey. Aussitôt, mes mesures furent prises , et nous rentrâmes au désert dans le même ordre que nous en étions sortis.
» Il ne s’est plus déclaré un seul cas de peste.
» Et , parmi quinze individus chargés d’aller au village fai re les corvées et les provisions, et communiquant avec tout le monde, pas un n’a été atteint.
» Voilà, général, comment se sont passées les choses. »
Les détails donnés par M. Carré prouvent , outre le défaut d’immunité par la quarantaine :
ci. One les élèves de musique , quand ils se sont trouves placés dans le désert, éloignés du village et hors du local des e fendis , n’ont point été incommodés par 1 influence épidémique.
b. Oue , dès que ces élèves ont été éloignés du désert , 1 inlluence de la cause épidémique, jointe à 1 infection, a sufb pour faire développer la peste.
c. La chose est d'autant plus évidente qu’il n’y a eu de communication dans aucune des localités. Nous qui connaissons les lieux , nous savons qu’elle eut été impossible. Lien ne peut donc être attribué au contact.
d. On voit encore , par le fait de ces quinze individus allant chaque jour au village , où certainement ils communiquaient avec tout le monde, que le contact ne prouve rien; et que si ces quinze soldats n’ont pas , sous l'influence épidémique, contracté la maladie, c’est qu’ils séjournaient peu long- temps au village et qu’ils ne trouvaient pas réunies les deux conditions d infection et d’épidémie.
6. Quarantaine de Choubra. — Choubra est une maison de plaisance du vice-roi , située sur la rive orientale du Nil , à trois milles au-dessous du Caire. C'est là que se retira Son Altesse avec sa famille et les officiers de sa maison , pour y faire, pendant la durée de la maladie , une quarantaine sévère. En conséquence , tout fut disposé de façon à éviter le moindre contact avec les hommes ou les choses du dehors. Toutes les avenues furent entourées d’une double barrière, et, en deçà, on dispersa, à de petites distances , quatre cents sentinelles chargées de ne laisser entrer ni sortir personne. Il était donc nécessairement impossible que les moindres communications eussent lieu.
Cependant , il y eut huit cas de peste dans Y intérieur de Choubra , et trois personnes succombèrent , parmi lesquelles deux
eunuques noirs.
Comme il est rigoureusement établi par les contagionistes que la maladie ne peut pas se développer sans un contact médiat ou immédiat , on ne manqua pas de dire que la quarantaine ax ait été violée * on fut aux informations , on questionna , on menaça , on
alla meme jusqu’à fustiger un pauvre eunuque, qui ne put rien avouer, parce qu’il ne savait rien, et que personne, en effet, n’avait communiqué. Enfin , comme il fallait une cause , on décida, sans preuve aucune, que la contagion avait été introduite par le nègre le premier atteint, sans réfléchir que ces gens-là sont plus prédisposés que les autres , et qu'ils sont toujours les premiers attaqués.
Quant aux quatre cents hommes qui faisaient la garde autour des barrières et qui communiquaient librement avec tout le monde, il n’y a eu parmi eux que trois individus qui ont contracté la maladie (1).
7. Faits particuliers, — M. Savignon, courtier de commerce, avait quitté Alexandrie pour se soustraire à la maladie. Il s’était retiré, avec sa famille, à deux lieues de la ville , dans un endroit nommé le Cairoum , sur les bords du canal. Là, il se soumit à la quarantaine la plus rigoureuse. Cependant , malgré toutes ces précautions, la peste pénétra chez lui et enleva quatre de sescnfans.
Voilà un des mille faits qui prouvent que la peste pénètre dans les quarantaines les mieux observées. En voici d’autres.
8. Deux attaques de peste eurent lieu dans la maison de M. Crusi, où se trouve l'école anglaise, et un individu en mourut. Cependant , depuis l’apparition du fléau , cette maison observait la plus stricte quarantaine.
9. M. Tourneau, négociant français, habitant le Levant depuis trente-cinq ans , connu par ses opinions en faveur de la contagion et par le soin qu’il apportait à la stricte observation de sa quarantaine, ne communiquait pas même avec les membres de sa famille , tous isolés les uns des autres. Il contracta la maladie , et déclara au consul de France qu’i! ne savait à quelle cause l’attribuer. Certainement , on ne peut supposer, dans ce cas , quelque imprudence , quelque contamination suspecte de la part de M. Tourneau. Il était trop fervent contagioniste pour ne pas se
(i) Voilà comment se sont passés les faits, et non pas de la manière que M. Bulard les a rapportés.
garantir de toute communication , de tout contact dangereux ou équivoque.
10. M. Léopold, docteur-médecin de l’université de Wilna , était chargé d une division de fiévreux a 1 hôpital de 1 Lsbekié , au Caire. A l’apparition de la maladie, M. Léopold demanda au conseil de santé l’autorisation de ne point soigner de pestiférés , ce qu’on lui accorda.
La maladie , comme je l’ai dit plus haut , venait a peine d apparaître ‘ quelques cas isolés s étaient seulement déclarés dan? l’hôpital , et il n’y avait rien eu encore dans la salle de M. Léopold. Tl est donc certain que celui-ci n’avait touché aucun pestiféré ou personne qui eût été en contact avec eux. Cependant, il fut atteint de la peste, et succomba en moins de trois jours.
11. Le 5 mai 1835 , MM. Fabry et Main a , pharmaciens à l’hôpital du Caire, éprouvèrent les premiers symptômes de la peste. Quelque temps auparavant, ils avaient vu mourir deux de leurs collègues , qui cependant avaient eu la précaution de ne toucher personne et de ne pas laisser prendre les cahiers de visite par les médecins. MM. Fabry et Maïna avaient ouï dire que les cautères étaient un préservatif contre la maladie $ mais ni les exutoires ni l’isolement n’ont pu les garantir du fléau.
12. Le 3 mars 1835, le nommé Miîos , gardien de la quarantaine du harem de Son Altesse , meurt après une indisposition de trois jours , présentant bubons et pétéchies.
Comment cet homme a-t-il contracte la maladie? Celtes , on ne peut pas le soupçonner d’avoir communiqué avec personne. Ancien employé des lazarets d’Europe, fier de sa charge qu il remplissait avec minutie , plein de zèle et de sévérité dans l’exercice de ses fonctions , assurément on ne peut présumer qu un tel individu se soit exposé au moindre contact suspect.
Mais Milosjaisait un travail pénible ; toute la journée , il était exposé à l’action du froid et à des courans d’air -, depuis quelque temps, ce vieillard — il avait soixante-dix ans avait m<iipi par l’excès de ses fatigues. Ce sont là, à mes yeux, des conditions suffisantes et assez rationnelles pour expliquer comment 7 au
milieu du foyer d'une épidémie, Tindividu qui les présente est attaqué de la maladie.
13. L’épouse d’un médecin d’Alexandrie mourut de la peste étant en quarantaine. La servante du docteur Estienne fut également atteinte, quoiqu’elle fût en quarantaine aussi. M. Estienne, qui rapporte ces faits, affirme que ces deux personnes furent attaquées à cause des rapports que la première avait eus avec son mari , et la seconde avec les vêtemens de son maître. Mais M. Estienne a oublié de dire que ni lui ni son collègue ne touchaient les pestiférés.
14. Le docteur Lardoni était couvert de pied en cap de toile cirée , son manteau en était revêtu , les rênes et la bride de son cheval étaient faites de cordes de dattier ; il était précédé et suivi par des gardes qui le protégeaient contre tout contact. Il n'en fut pas moins atteint de la peste, à laquelle il succomba. Il attribua son malheur à des mal veilla ns qui auraient jeté dans sa maison quelque objet contaminé.
15. M. Piozin, consul d'Angleterre au Caire, s’était soumis avec sa famille à la plus stricte quarantaine , et afin d’avoir le moins de rapports possibles avec l’extérieur, il avait gardé et barricadé avec lui un de ses commis.
La maison de M. Piozin est très-bien disposée pour l’observation rigoureuse d’une quarantaine. Outre qu’elle est spacieuse, préservée de toute communication par les terrasses , — car elle est isolée, — elle a une vaste basse-cour, dans laquelle on peut recevoir à distance les gens qui viennent traiter d’affaires. On avait donc tout lieu d’être tranquille, et on se croyait certainement à l'abri du danger, quant, tout-à-coup et sans cause connue , le commis égyptien est pris de la peste. Voilà l'épouvante dans la maison du consul 5 on se hâte bien vite de faire sortir le jeune homme *, 011 enlève tout ce qui avait été en contact avec lui. Hommes, femmes, enfans, chacun des membres de la famille se lave et se parfume , parce que tous ont été plus ou moins en rapport avec le pestiféré. Malgré la terreur et l’effroi de tous les gens
de la maison, malgré leurs communications fréquentes avec le malade, personne ne fut atteint.
Quand le calme eut succédé à l’agitation et qu’on put se demander ce qui avait occasionné l’événement funeste et imprévu, voici l’explication que j’entendis donner par un consul, homme aussi respectable par son âge que par son instruction.
— « Yous cherchez, dit-il, comment la peste s’est introduite chez vous ; mais c’est la chose du monde la plus facile à deviner. En recevant dans votre basse-cour les personnes qui venaient du dehors , un de ces visiteurs aura apporté avec lui , attaché à scs vètemens, quelque brin de fil ou de coton, quelques parcelles d'une substance contagionnée. Le pauvre commis aura posé, sans y prendre garde, le pied sur un de ces objets-, il l’aura entraîné dans sa chambre, et voilà comment il a contracté la maladie. » Qui n’ avouera que l’explication est des plus ingénieuses!
16. Nous devons le fait suivant à l’obligeance du docteur Abott :
« Au Caire, madame Brigilhy, qui s’était soumise avec sou
mari et sa famille à une quarantaine sévère, fut atteinte de la peste et mourut. Son mari , qui pendant tout le cours de la maladie n’avait cessé de partager son lit, n’éprouva aucun symptôme de la maladie , non plus que les autres personnes de la quarantaine. Après la mort de madame Brigilhy, on découvrit que son singe favori avait été se promener, sur la terrasse de la maison, où les contagionistes supposèrent qu’il devait avoir touché quelque objet pestiféré, ce qui aurait occasionné la mort de sa maîtresse. 11 y eut même quelques personnes qui prétendirent que le singe eut un bubon. Il est à regretter pour la curiosité du fait que la chose n’ait pas été constatée. »
17. À l’apparition de la peste au Caire, M. Démétrius Patriano, négociantde cette ville, s’était renfermé dans sa maison avec sa femme, trois enfans , dont l’aîné était âgé de cinq ans , et deux domestiques. Il avait eu préalablement la précaution de s'approvisionner de toutes les denrées nécessaires pour l’usage de son ménage, afin d’avoir avec le dehors le moins de rapports possible. M. Patriano avait fait barricader portes et fenêtres; une
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seule croisée, dont lui-mème avait la clé, était restée libre et servait à introduire, à l’aide d’une corde, les objets non-contumaces dont on avait besoin dans la maison. Tous les chats avaient été chassés-, leurs trous soigneusement bouchés. Enfin, tant de précautions avaient été prises, on était si bien à l’abri de tout contact suspect , qu’on avait tout lieu de croire que personne ne pouvait être atteint.
v La famille Patriano était depuis plus de deux mois en quarantaine, quand l’aîné des en fa ns se sent indisposé; il a des frissons, éprouve un malaise général : on le met au lit. Son état s’aggrave; et le lendemain on me fait appeler, en usant à mon égard de toutes les précautions imaginables , dans la crainte que je n’introduisisse avec moi quelque maligne influence dans la maison. L’enfant avait la peste, et déjà un bubon s’était manifesté. Le soir du meme jour, les pétéchies se montrèrent, et le jeune malade succomba dans la nuit.
Pendant deux jours , personne dans la maison n’avait soupçonné la nature de la maladie : père, mère, domestiques, enfans, tous avaient été en contact immédiat avec le pestiféré, sans qu’aucun d’eux en ait éprouvé le moindre accident; moi-même, je tins à plusieurs reprises sur mes genoux cet enfant que j’aimais beaucoup ; je l’embrassai plusieurs fois, et je n’éprouvai rien. Quoiqu’un fait semblable paraisse concluant pour tout le monde, il ne l’est cependant point pour les contagionistes , qui ne veulent point avouer que la maladie puisse se développer autrement que par contagion.
Dans cette circonstance , le père de l’enfant me dit que son fils avait , quelques jours auparavant , lancé un cerf-volant de sa terrasse. Il supposait alors que la queue du cerf-volant avait touché la maison voisine où était mort un pestiféré, et que le mal s’était propagé par ce moyen. Cette explication n’a pas manqué de faire fortune parmi les contagionistes.
18. Je m’abstiendrai de citer d’autres faits de ce genre. Ceux que j’ai rapportés suffiront, je pense, à démontrer combien sont inefficaces ces mesures de précautions par l’isolement, et combien
les raisons des contagionistes sont peu convaincantes. Pour nous, il est démontré que, malgré les moyens les plus énergiques, les quarantaines les mieux observées , la peste atteint fréquemment ceux qui s'isolent.
19. Souvent, et très-souvent, il est vrai, des personnes qui se sont mises en séquestration ont échappé au fléau. Mais, quand bien même les individus qui font quarantaine jouiraient d’une immunité plus grande encore , cela ne prouverait rien contre les choses que nous avons avancées ; car ces faits ont une explication toute naturelle.
Si en temps de peste, des établissemens, des communautés, etc., ont été épargnés , si le couvent des moines de Saint-Victor à Marseille, si l’hospice des Orphelins à Moscou n’éprouvèrent aucune atteinte lors de la dernière épidémie qui ravagea ces villes , si parmi les individus qui s’isolent , beaucoup échappent à la maladie, cette préservation s’explique par des considérations d’un autre genre que celles admises par les contagionistes. Ainsi , dans le Levant, quelles sont les personnes qui font quarantaine? Ce ne sont ni les Arabes, ni les nègres, ni les gens du peuple. Ce sont les négocions francs et quelques riches turcs qui réunissent autour d’eux toutes les conditions imaginables de sécurité. Logées dans des appartemens commodes, bien aérés, situés loin des quartiers sales et populeux, n’ayant à souffrir aucune privation, aucune peine physique, ces personnes doivent être bien moins exposées à contracter la maladie que les individus placés dans des circonstances toutes différentes.
Il en est de même partout et pour toutes les épidémies , pour celles de choléra, de fièvre jaune, comme pour la peste. Ce n’est point la quarantaine qui a garanti personne; ce sont les circonstances dans lesquelles se sont trouvés placés les individus qui les ont fait échapper au fléau. Ainsi les choses s’expliquent pour les quarantaines des quartiers francs d’Alexandrie , du Caire, etc. ; ainsi pour les quarantaines des établissemens situés hors des villes ,
pour la quarantaine de l'École Polytechnique, dont les contagioiiistes font un argument en faveur de leurs opinions.
20. Quarantaine cle T École Polytechnique. — Le local qu’occupent les élèves de l’École Polytechnique est le magnifique palais qu’habitait Ismaël-Pacba pendant sa vie. Il est situé à Boulac , sur les bords du Nil qu’il regarde par une de ses façades principales. Cet établissement vaste et bien distribué est perce d un grand nombre de fenêtres ; les élèves sont logés au premier étage, parce que le rez-de-chaussée est un peu humide. Là , sous la direction de M. Ekeken-Bey, ingénieur distingué , élevé en Angleterre et chef de l’établissement , les élèves , entourés des soins hygiéniques les plus minutieux , bien nourris , bien logés , sont soumis à une discipline et à des réglemens sévères, mais sagenient conçus.
Personne, parmi les élèves, n’a été atteint; et cela se conçoit facilement si l’on réfléchit à toutes les circonstances favorables dans lesquelles ils se trouvaient; car je crois que la quarantaine n’a servi à rien et qu’elle ne prouve pas grand’chôse, quoi qu’en dise M. Bulard.
On conçoit également que les employés chargés du service extérieur de la maison, tels que pourvoyeurs, porteurs d’eau , portiers , sentinelles , etc. , n’aient pas été aussi heureux que les élèves. Ces pauvres gens couchaient à la belle étoile ou dans le rez-de-chaussée humide , n’ayant pour lit qu’une simple natte. Leurs fatigues s’étaient accrues avec les nouvelles mesures de surveillance qu’on avait adoptées. Ils étaient mal nourris , mal vêtus , tous gens du peuple , tous Arabes , tandis que les élèves , Mamelouks ou Turcs, jeunes , bien logés, bien nourris , etc., se trouvaient dans des conditions toutes différentes.
Voici une des objections de M. Bulard en faveur de la contagion.
« La cuisine de l’école, dit-il, est située hors de 1 établissement, presque sous les fenêtres de l’appartement occupé par le directeur. Huit personnes étaient renfermées dans la cuisine , et il y avait aussi à l’entrée un cordon formé par des soldats qui communi-
qu aient avec le dehors. Tous ces soldats curent la peste . les huit hommes qui habitaient 1 intérieur ne furent pas attaques. Afin de s’assurer de la quarantaine de la cuisine et obliger les gens qui l’habitaient à ne pas violer le réglement, le directeur y veillait sans cesse de sa chambre. Muni de fusils dont les canons étaient chargés de deux halles, il avait déclaré qu’il ferait feu de sa fenêtre sur les quaranténaires qui tenteraient seulement de s’approcher de la porte (1). »
Quoi qu’en dise l’auteur cité , il est évident que les cuisiniers qui n’ont pas été atteints étaient en libre communication car une surveillance exacte faite d’Arabe à Arabe est chose impossible, et M. Bulard devrait bien le savoir. Représenter, d un autre côté, M. Ekeken-Bey passant les jours et les nuits a sa fenêtre , armé de fusils à deux coups , n’est-ce pas le comble du ridicule et de la dérision? Si les cuisiniers n’ont pas eu la peste, c’est qu ils se sont trouvés dans les circonstances où sont placés tous les individus qui , au centre de l’épidémie , échappent au fléau.