‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 60 sur 82 · Opinion de M. Chammas . — « Je crains, en émet · texte numérisé non relu

Opinion de M. Chammas . — « Je crains, en émet

tant mon opinion sur la contagion de la peste, d’ètre d’un avis contraire à celui de plusieurs médecins observateurs. Je n’ose ici me prononcer formellement; mais en consultant les faits, on doit croire la maladie moins contagieuse qu’on ne l’avait pensé jusqu’à présent. Je crois également que certaines conditions de

corps et d esprit rendent plus ou moins apte à contracter 1 aflection -, et parmi les différens moyens d'ésinfectans , je citerai le chlore et ses préparations.

» Gomme je n’avais à l’hôpital que quelques onces de chlorure en dissolution, je le gardais pour l’administrer intérieurement à mes malades, et je me contentais pour mon compte d’employer, comme moyen préservatif, des onctions d’huile ou simplement de vinaigre. Avec ces simples précautions, j ai approché les malades sans crainte , je les ai touchés , saignés moimème * j’ai appliqué des sangsues, etc... Six jours durant, j ai assisté presque constamment le docteur Heymonet , attaqué de la maladie ; j’ai pansé son anthrax; je l’ai saigné; j’ai aidé à le changer de linge; j’ai respiré sans précautions les miasmes répandus dans sa chambre. J ai touché l’instructeur Cavana; je lui ai ouvert son bubon ; j’ai saigné et ouvert le bubon du Bellaclgis

Kavalla ; j’en ai fait l’autopsie. Enfin , tant en ville qu’à l’hôpital , je n’ai jamais craint de me mettre en contact immédiat avec tous mes malades, sans qu’il en soit jamais résulté le moindre

accident.

» Mon ami le docteur Heymonet ne fut pas aussi heureux. Il fut atteint de la peste à la suite d’une autopsie que nous fîmes ensemble en ville ; et cependant ni les Arabes qui le soignèrent , ni les autres domestiques de l’hôpital, n éprouvèrent le plus loger symptôme de la maladie.

» Dans un conflit d’opinions qui se disputent tour à toui la suprématie, au milieu d’hommes si distingues de paît et d autres , je n ose me prononcer formellement et omettre hautement ma façon de penser. Mais formulant pour moi-même mon opinion, je dirai que la maladie n’est pas contagieuse (1). »

16. Réflexions . — Parmi les différens médecins dont nous venons d énoncer les opinions , nous aurions pu en citer beau* oup d’autres, tels que MM. Aubert, Lachèse, Lefèvre, Emangard , etc. Mais on trouvera dans le cours de cet ouvrage des

(1) Extrait d’une lettre adressée au docteur Clot-Bey.

observations et des faits qui m’ont été fournis par ces estimables confrères. D’ailleurs , ils sont du môme avis que les médecins que nous avons cités. Ils pensent que si la peste est contagieuse, elle ne l’est que par infection, et affirment également que la peste sporadique ne se communique jamais par aucune contagion.

Pour nous, qui partageons l’opinion de nos confrères sur la non-transmission de la maladie par contact, nous disons que jusqu’à présent rien ne nous a prouvé encore son développement par infection. Les médecins que nous avons cités affirment que la peste sporadique n’est point contagieuse. Nous arguons de ce fait que l’affection pestilentielle épidémique ne doit pas l’être davantage. Car ce sont deux maladies absolument de même nature et qui doivent offrir les memes caractères, comme toutes les maladies qui peuvent se présenter sous les deux formes que nous indiquons, comme la variole , la rage , comme le choléra et la lièvre jaune.

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