Typhus. — Le typhus d’Europe, quon a successivement
appelé fièvre putride , maligne , pétéchiale , aiaxo-adynamique , fièvre des prisons, etc., n’est plus généralement considéré aujourd’hui que comme susceptible de se transmettre par infection; et , depuis qu’on a reconnu qu’il ne se développait qu au sein d’individus agglomérés dans des lieux humides, mal aérés, chez des gens exposés à toutes sortes d’intempéries, de privations, a la misère ; depuis que l’hygiène publique a fait des progrès , que la condition des classes indigentes s’est améliorée , que les glandes
causes d’infection sont détruites, que les villes sont mieux bâties, les logemens plus salubres, que le peuple est mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu, depuis lors, cette maladie a presque disparu ; et si , de temps à autre , elle se montre encore , c’est qu’elle trouve réunies pour son développement les différentes conditions que nous venons d’indiquer.
9. Fièvre jaune. — La nature non - contagieuse de la fièvre jaune est admise par presque tous les médecins des Amériques. Honneur et gloire au docteur Chervin , car c'est lui qui , avec un talent et une persévérance au-dessus de tout éloge , a le plus contribué à faire admettre en Europe cette vérité importante ; mais il lui a fallu combattre des opinions bien profondément enracinées, et lutter contre des adversaires également honorables et savans.
Aujourd’hui, la doctrine de la non-contagion a prévalu presque universellement; la vieille opinion n’a plus d’asile et elle ne trouve d’écho que dans les lazarets.
Espérons qu’une révision des réglemens sanitaires fera justice de ces derniers préjugés , et que , si on ne se décide pas à la rayer entièrement de la liste des maladies contagieuses, du moins on adoucira la rigueur de la quarantaine à son égard (1).
10. Choléra. • — A son apparition , le choléra jeta l’épouvante au milieu des populations. En vain les gouYernemens lui opposerent-ils des cordons, des barrières , des quarantaines; il se joua de tous ces obstacles, et fit le tour du monde.
Observé et décrit par les médecins de tous les pays, presque tous, dans le principe, ont cru à sa contagion ; mais, à mesure que la maladie a été étudiée, on est parvenu à reconnaître enfin son caractère épidémique et non -contagieux.
En b rance, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, l’ancienne opinion ne compte que très-peu de partisans, et dans le monde il est fort peu de gens qui y croient encore. Pourtant en Italie, je n’ai pas été médiocrement surpris de voir que la doc-
(1) Dans ces derniers temps, on a apporté des modifications dans les réglemens sanitaires appliqués à la peste.
trine de la contagion est encore dans toute sa vigueur , et qu on y croit autant qu’à la nature contagieuse de la peste.
11. En jetant un coup-d’œil sur les maladies autrefois réputées contagieuses , on voit que c’était , comme pour prouver la contagion de la peste , les mêmes faits cités , les mêmes preuves alléguées , et , sans remonter plus haut, prenons pour exemple le choléra , et voyons de quelle manière et par quelles raisons on a voulu soutenir sa nature contagieuse.
Dans tous les livres écrits dans l’esprit de la contagion, on vous montre la filiation du fléau ; on vous fait suivre sa marche , son introduction en Europe , sa division en branches principales, puis en branches secondaires. Mais on ne tient pas compte des localités intermédiaires qu’il a épargnées -, on s’inquiète peu des provinces . des villes , des villages qu’il aurait du visitei , et ou cependant il n’a point paru*, on franchit, comme la maladie, des pa}S où l'affection ne s’est point déclarée, sans remarquer que cent fois son itinéraire a été interrompu. Comme pour la peste, le choléra a toujours été importé d’un lieu dans un autre , par des individus, des marchandises, des objets quels qu’ils soient....
Yoilà les raisons qu’on donnait, voilà sur quoi l’on se fondait , pour établir la nature de la maladie. 11 n y a pas long-temps encore, que j’ai entendu en Italie alléguer de semblables pieuves, me citer des faits aussi pitoyables, en faveur de la contagion du choléra.
De même on a fait pour la peste, et telles sont les raisons qu on a fournies pour prouver sa contagion. Mais qui peut admettre de pareilles preuves, et des assertions semblables.
12. Nous terminerons cet article par quelques reflexions empruntées à une lettre du docteur Bowring sur la peste orientale , qui nous fut adressée par lui-mème, peu de temps après la peste
de 1835.
« . . .Jamais, dit le docteur Bowring, on n’a autant qu’ aujourd’hui déraisonné sur la question de la contagionabilité. On veut d avance que la peste soit contagieuse , et , dès le moment qu elle paraît , on cherche par quel contact elle est entrée. S il y a eu un cordon,
il faut qu’il ait été rompu-, s’il ne l’a pas été, c’est une feuille de papier, c’est un oiseau, c’est une mouche qui a apporté la maladie. Il se présente un cas où un homme infecté a communiqué avec un pestiféré , et voilà la théorie de la contagion établie. Et on ne fait pas attention qu’il existe des milliers de cas, à la connaissance de tout le monde , où il y a eu communication, sans que le moindre événement fâcheux en soit résulté... Et on oublie les milliers de cas qui font la règle, pour fonder sa théorie sur le cas exceptionnel. Est-ce raisonner juste ? et si l’on apportait dans toutes les questions une logique aussi sévère, quel bouleversement ne s’opérerait pas dans le monde ?
» Vous avez dû remarquer que , dans plusieurs circonstances où la peste a éclaté (comme par exemple sur la flotte de S. A. , qui resta à la mer plusieurs mois , sans communiquer avec la terre), la contagion était impossible. Explique-t-on cela? je ne le crois pas... On me dira peut-être que ce sont là des faits isolés qui ne prouvent rien. A cela je répondrai que la théorie de la contagion n’a pas d’autre base que des faits analogues, qui s’expliquent très-bien par la non-contagion. Mais les faits importans , mais la multitude des cas , mais les grands résultats ne peuvent pas s’expliquer par la contagion.
» On peut facilement concevoir que la peste n’ait point pénétré dans certaines localités où l’on a établi des quarantaines. Car , combien ne voit-on pas d’autres localités, où la maladie n’a point paru, malgré l’absence de quarantaines. Mais comment expliquera-t-on les cas où l’affection s’est introduite en dépit de toutes les précautions, en dépit de tous les cordons imaginables. Ces cas*, c’est un parti pris , on les passe sous silence.
» Bientôt, il faut l'espérer, il en sera de la peste comme du choléra-morbus. Au commencement de cette dernière épidémie, croyance unanime à sa propriété contagieuse. Peu à peu , quelques hommes clairvoyans et courageux mettent en avant leurs doutes ; ces doutes se fortifient par de nouvelles expériences, et à la fin , la saine opinion fait justice de tous les préjugés. Cela aura lieu pour la maladie qui nous occupe. »
Espérons avec le docteur Bowring, qu’il en sera bientôt aussi de la peste comme il en a été des autres maladies auxquelles on a attribué long-temps la propriété contagieuse. Espérons que de nouvelles expériences seront faites, et viendront élucider une question que nous ne prétendons point avoir décidée. Espérons enfin que , quels que soient les résultats de ces nouvelles épreuves, on ne verra plus se renouveler ces scènes d’horreur , résultat de la croyance à la contagion , et que ces hideux tableaux que nous avons retracés ne subsisteront dans l’histoire que comme de tristes monumens de l’ignorance et de la barbarie des siècles qui ne
sont plus.
PROPHYLAXIE