‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 64 sur 82 · CONSIDERATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS GENERALES

Les moyens mis en usage pour se garantir du fléau reposent sur la croyance à la contagion, a. 1, 2. — D’après ce que nous avons démontré, ces moyens sont donc inutiles, il faut y renoncer, a. 5, 4. — Mais nous ne nous flattons point de faire abolir les quarantaines et les lazarets. Obstacles qui s’y opposent, et faits à l’appui, 5, 6, 7, S, 9, 10. — Toutefois, si on n’abolit point les quarantaines, il faut les réformer, a. 11, 12.

1 . Après avoir fait la description de la peste, après avoir parlé de son origine, de ses causes, de sa nature, il nous restait encore une question à traiter, question non moins importante que toutes les autres, mais qui ne pouvait avoir de solution qu’après le développement des faits que nous avons examinés précédemment. Je veux parler ici de la prophylaxie , des mesures généralement employées contre la peste , et de Feflîcacité de ces mesures.

2. Les divers moyens mis en usage pour se garantir du fléau ont toujours eu pour base la croyance à la contagion. Tous ont eu pour objet îa préservation de contact suspect , et la des-

PROPHYLAXIE

truction, par tics procédés plus ou moins rationnels, du prétendu principe délétère, du drus ou miasme pestilentiel. De ces opinions sur la nature de la maladie sont nés les lazarets, les cordons sanitaires, les mesures d’isolement, les quarantaines, ainsi que divers autres moyens de préservation , mis en usage à différentes époques.

3. D’après ce que nous avons dit de la nature de la peste, de son caractère épidémique et non-contagieux , il est évident que pour nous aucune des mesures de précaution que nous venons d’indiquer ne saurait être de quelque efficacité contre la propagation de la maladie. Car des lazarets, des cordons, des quarantaines sont des moyens impuissans pour arrêter une maladie qui naît sous l'influence de causes générales qui échappent à tous nos moyens d’attaque , à toutes les barrières qu'on veut leur opposer.

4. Ainsi pour être conséquens avec nous-mêmes, nous devrions déclarer toutes ces mesures inutiles, illusoires, surannées; nous devrions demander l’abolition des lazarets, des quarantaines et de tous ces moyens qui ne font qu’entraver la liberté, le commerce, les relations de tout genre, et qui n ont jamais produit aucun résultat avantageux. Cependant nous n'osons point élever nos prétentions aussi haut ; nous ne voulons pas demander une réforme radicale; c'est aujourd’hui une chose impossible, et nous savons trop que nous ne l'obtiendrions pas. Il est des institutions, des lois, des usages qui , sanctionnés par le temps et l’habitude, ont pris des racines si profondes qu'il faut des siècles et des efforts Ion" -temps soutenus avant de pouvoir les ébranler et les abattre. Les lazarets et les quarantaines sont de ce nombre.

5. L'abolition complète des mesures sanitaires est une chose impossible avec les idées actuelles. Pour qu’une semblable tentative réussisse, il ne faut pas seulement que l’opinion de la noncontagion soit accréditée chez une nation, chez un peuple, il faut que partout les vieilles idées soit éteintes , ou du moins que fa non-contagion soit adoptée par la grande majorité des individus. En effet, aussi long-temps que les anciennes croyances seront

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celles du plus grand nombre, les lazarets et les quarantaines ne pourront être abolis, sans compromettre les intérêts commerciaux des premiers novateurs; et malheureusement les faits sont là pour prouver que les choses se sont déjà passées de la sorte.

6. En 1824 , le gouvernement anglais avait voulu, non pas abolir les quarantaines, mais seulement tenir compte aux navires des jours qu’ils auraient passés à la mer. A cette nouvelle , des récriminations se firent entendre de toute part. Les provenances de Malte, au lazaret de laquelle ces réformes avaient eu lieu, furent soumises à la quarantaine dans les divers ports de la Méditerranée où jusqu’alors elles étaient entrées en libre pratique. Le cabinet britannique protesta long -temps contre ces mesures qui nuisaient à son commerce ; et au bout de dix-huit mois d efforts infructueux il fut obligé de révoquer sa decision.

7. Les mêmes choses se sont reproduites pour la France à l’occasion d’Alger. En 1830, le gouvernement français réduisit à quinze jours les quarantaines jusqu’alors de vingt-cinq jours, des provenances de la régence , apres avoir toutefois donne connais sauce aux différentes administrations sanitaires delà Méditerranée quelle tenait cT établir à Algerun bureau cle santé où l'on faisait subir des quarantaines aux 'provenances de Tunis et même de Gibraltar. On croirait qu’en conséquence de ces précautions, toutes les nations commerçantes durent être sans crainte sur les modifications qu’on venait d’apporter dans la durée des quarantaines de la régence. Pourtant il n’en fut point ainsi, et dès l’instant qu’on fut nformé que la France avait mis à exécution la réforme dont nous avons parlé, on la considéra aussitôt comme un pa^s suspect. Les villes de Livourne, de Monaco, de Nice, etc., mirent en quarantaines les navires partis des côtes du littoral français, depuis le Yar jusqu’à Port-Yendres. A Rome, ces quarantaines furent portées à quarante jours ; et à Gènes on alla jusqu a suspendre 1 entrée des bâtimens en libre pratique. Les choses dureicnt ainsi assez long-temps, et ces mesures ne cessèrent que quand nos voisins de Htalie eurent acquis la certitude que l’administration sanitaire d’Alger offrait toutes les garanties de sécurité désirables.

PROrilYLAXlE.

S. Ces faits prouvent ce que nous avons établi plus haut, c està-dire l’impossibilité de songer ù détruire les mesures sanitaires, jusqu’à ce que l’opinion publique ait entièrement changé a 1 egard de la contagion. Or, ce n’est point, nous le savons , ce que nous avons vu ou fait nous-mème , ce que nous citons ici, qui suffira pour convaincre les incrédules.

9. Les faits dont nous avons été témoin sont pour nous concluons. Mais nous ne prétendons imposer notre opinion à personne ; nous savons d’ailleurs que notre conviction n’entrainera point la conviction générale, et que si nos raisons paraissent suffisantes à quelques-uns , le plus grand nombre ne saurait s en

contenter.

10. La question de la contagion et de la non-contagion de la peste est donc loin d’être résolue pour la majorité des individus ; et tant qu’on n’aura pas fait de nouvelles expériences pour décider ce point en litige , les quarantaines ne pourront être abo-

lies; car elles auront leur raison (Tètre.

11. Mais tout en admettant que les mesures sanitaires son des précautions qu’on ne peut jusqu ici déclarer infructueuses, tout en raisonnant nous-mème dans 1 hypothèse de la contagion, nous disons que les institutions sanitaires doivent suhii d importantes modifications, qu’elles doivent faire cesser tous les abus qu se commetterft dans leur sein, qu’elles doivent faire disparaître de leurs réglemens une infinité de pratiques illusoires, ridicules, inu tiles, qui subsistent aujourd’hui, et n adopter enfin que les moyens les plus efficaces, les plus prompts et les moins dispendieux.

12. Avant de parler de ces modifications à introduire dans les institutions sanitaires, nous donnerons quelques développemens sur les lazarets en général, leur création , leur administration et leurs lois. Cet examen formera la matière des paragraphes sui-

vans.

prophylaxie.

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