‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 69 sur 82 · EN USAGE · texte numérisé non relu

EN USAGE

Distribution de tous les objets en trois catégories, a. 1,2, 3, 4, o, 6. — Inconséquences de cette classification qui ne s’appuie ni sur des preuves ni sur le raisonnement, a. 7, S, 9, 10, 11, 12, 15. — Moyens de désinfection, a. 14. — -Procédés autrefois mis en usage, a. 1 o. — Procédés employés aujourd’hui, a. 16. — Défauts et inconvéniens de toutes ces méthodes, a. 17, 18, 19.

1. En traitant le chapitre de la contagion, nous avons déjà indiqué quelques-unes des substances et les principaux objets que les contagionistes regardent comme contumaces, c’est-à-dire comme susceptibles de recéler pendant un temps plus ou moins long le prétendu germe de la peste. Nous revenons sur cet objet, parce qu’il nécessite d’autres développemens que ceux que nous lui avons donnés précédemment.

2. Les instructions sanitaires ont rangé en trois catégories différentes tous les objets qui sont de nature à passer au contrôle des lazarets.

3. La première catégorie comprend les effets et marchandises susceptibles par leur nature : ce sont « les bardes, les différons effets composés de laine, de coton en laine ou filé, de chanvre, d’étoupe de fil , les cordes par conséquent , à moins qu’elles ne soient goudronnées ; les pelleteries et les fourrures , et tout ce qui se rattache à ces objets, tels que poils de toute espèce, cuirs, bazanes, maroquins, etc. ; le papier, le carton et les fleurs artificielles , les éponges , les quincailleries et merceries , les chandelles et bougies, le vieux cuivre ouvré, les raclures de vieux cuivre et autres vieux métaux, les momies, etc. »

. prophylaxie. °

4. La seconde renferme les marchandises douteuses, les marchandises avec des enveloppes ou des liens susceptibles ou qui peuvent receler des objets de genre susceptible ; tels sont « le corail brut, les cuirs salés et mouillés, le suif, la cire, les drogueries et épiceries de tout genre , le café , le sucre , le tabac , la potasse et le salpêtre, le cuivre neuf ou vert, les verreries en caisse et en futailles, les graines et légumes en sacs, les monnaies et médaillés, les fruits gluans et visqueux, etc. «

5. Dans la troisième catégorie sont compris les objets suivans qui font partie des objets et marchandises de genre non susceptible. Ce sont «le blé, les grains moulus ou non, la farine, le pain, etc., les fruits secs, les confitures, les sucs des plaides, le miel , les huiles , le vin , et généralement tous les liquides , es chairs salées, fumées et desséchées; le charbon, le goudron, e bois ; les minéraux , les terres , la houille , le soufre , les métaux , les fossiles ; enfin tous les objets composés de différentes substan-

ces , toutes de genre non susceptible. »

6. A voir ce catalogue et la manière dont les objets divers y sont disposés , on dirait que tout cela repose sur des données certaines , et on serait tenté de croire que la susceptibilité des differentes substances est un fait démontré à l'égal de la capacité des métaux pour la chaleur ou de leur conductibilité électrique. Pourtant il n’en est point ainsi ; non-seulement ce n est point sur des faits qu’on a établi les classifications que nous venons d in iquer, mais on n’a pas même su les distribuer avec ordre d une manière tant soit peu rationnelle , avec une ombre d intelligence. Pour se convaincre de ce que nous disons, il n’est besoin que de jeter un coup-d’œil sur le tableau précité , afin de voir que tout y est absurde, inconséquent. On n’eût pas mieux fait si Ion avait laissé au hasard à décider dans quelle catégorie on devait ranger tel ou tel objet.

7. La première faute qu’ont commise les instructions sa nitaires, c’est d’établir des classifications de substances susceptibles et non susceptibles. Comme il était impossible de dctei miner ceux des objets aux juels pouvait se fixer le principe pest.len-

PROPHYLAXIE

tiel comme d’un autre côté ce même principe, ce virus devait

être susceptible de se déposer à la surface d’une substance quelconque aussi bien qu’il pouvait s’introduire dans un corps poreux, il fallait admettre, pour être rationnel, que tous les objets étaient susceptibles. En effet, les différons produits pathologiques connus sous le nom de virus syphilitiques, rabicique, variolique, virus vaccin , etc. , ne peuvent-ils pas également se fixer sur un corps rond, un corps poli ou un métal, comme sur une substance inégale, raboteuse, un objet poreux ?

N’est-ce point avec la lame d’une lancette, c’est-à-dire avec un objet non susceptible d’après les ordonnances que se pratiquent les inoculations de tous les virus?

N’est-ce pas sur du verre, substance aussi non contumace, qu’est reçu le virus vaccin?

Et qui niera jamais que le sang , le pus ou la sueur ne se fixent point sur tous les corps imaginables , à moins que ceux-ci ne soient de nature à agir chimiquement sur la composition de ces humeurs ?

8. Mais puisqu’ils ont voulu établir des catégories dans les diverses substances, les classificateurs devaient au moins agir avec discernement, avec logique. Voyons ce qu’ils ont fait. Ils ont rangé le vieux cuivre ouvré parmi les effets susceptibles et le cuivre neuf parmi les effets douteux. Le fei\ au contraire , neuf ou vieux , en raclure ou en masse , a toujours fait partie des objets et marchandises non susceptibles. L’argent, l’or, le plomb, l’étain , etc., etc., n’ont point été regardés non plus comme contumaces. Qui pourra nous expliquer pourquoi le cuivre a été rangé dans une catégorie à part?

9. Ce n’est pas tout; et les distinctions de ce genre se retrouvent fréquemment. Ainsi, d’après les réglemens , les cuirs secs sont susceptibles; les cuirs salés et mouillés sont douteux; les cuirs ou chairs salées , fumées , desséchées , sont objets de genre non susceptible. Conçoit-on une pareille division !

Page 1