‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 77 sur 82 · Des médecins auraient évité l’encombrement et auraient · texte numérisé non relu

Des médecins auraient évité l’encombrement et auraient

dispersé les malades comme un moyen tout-puissant d hygiène; ils auraient été calmes et auraient modéré la terreur des esprits ; ils n’auraient point jeté l’épouvante par des mesures déplacées; ils n’auraient point fait enlever les malades avec 1 effrayant cortège de gardiens armés de bâtons, portant des torches pendant la nuit, et semblant annoncer à la population et les nouveaux cas et les mesures de rigueur qu’on employait. Des médecins n auraient point forcé six cents personnes, femmes enceintes, enfans a a mamelle, à se plonger, au mois de janvier, dans les eaux de la

(t) . En effet, dit M. John Bowring (ouvrage cité), la plus stricte quarantaine peut-elle défendre à l’Arabe du désert de voyager la ou i veut? Les quarantaines peuvent-elles arrêter le Turc avenbirie, > coman errant, le Juif cupide, le pèlerin fanatique et leseheik purssant^ Avec le système général de corruption et de fratit e flm ll=n ^

pourrait-on se fier à un fonctionnaire quel qu’il soit , obtenu sauce générale? Cela est impossible. »

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mer, alors qu’ils n’avaient aucun vêtement de rechange et que leurs habitations étaient démolies. Que de maux ont été occasionnés par ces imprudentes mesures !

11. Des médecins, chauds partisans de la contagion, ont été chargés par la commission sanitaire du service des lazarets , et encore leur choix n’a-t-il pas toujours été éclairé, puisqu’à des médecins d’un mérite reconnu on avait préféré un homme sans titre et sans connaissances, qui, malgré la plus minutieuse attention à éviter tout contact, est mort victime de la peste. La commission avait également placé à la direction de la quarantaine un jeune homme sans études médicales , qui a subi le même sort.

12. Les médecins quaranténaires se sont mis en hostilité avec leurs confrères d’opinions différentes ; ils se sont affichés seuls juges compétens en matière de peste, la commission les seconde, et au bruit du plus simple soupçon , ils courent visiter les malades traités par les autres médecins, pour qu’ils n’échappent pas à leur investigation. Doit-on traiter ainsi des hommes à opinion libre, respectables sous tous les rapports et soumis aux lois ? Si des médecins non contagionistes se sont quelquefois expliqués avec trop de franchise à l’égard de leurs adversaires, fallait -il que pour une aussi légère offense ces derniers exhalassent leur ressentiment, dans des rapports officiels, par les épithètes les plus injurieuses?

13. Il est résulté de ce conflit, qui aurait dû être renfermé dans les limites d’une discussion scientifique , que des médecins ont perdu leur emploi , se sont vus dépouillés des droits que leur avaient acquis de loyaux et bons services. Pourquoi les représentai des nations européennes voudraient-ils donc martyriser ainsi le libéralisme des consciences qui conduit à la découverte de la vérité ?

14. Le rôle de la commission est tout tracé : elle ne doit se livrer qu’à l’exécution des réglemens européens qu’elle a adoptés; elle doit s’éloigner de toute discussion en matière de science et donner liberté entière aux opinions.

15. L’esprit humain a été fait de telle sorte que quelquefois

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on voit tes hommes les plus sages tenir à do misérables vanités et à l’ambition de commander. C’est ainsi que quelques membres de la commission consulaire ont été jaloux de leurs prérogatives au point d’en être ridicules. Plusieurs mémo ayant eu le talent de vanter auprès de leur gouvernement ces hauts faits contre la science en ont reçu des félicitations, et, qui plus est, des indemnités ! Le mot de peste prononcé d’un ton magistral retentit, au loin , et ceux qui tremblaient dans leurs maisons parviennent à

passer pour braves !

16. Je conclus de ce qui précède que l’établissement des lazarets en Égypte, est inutile et funeste même, en ce sens qu’il abuse le gouvernement et l’empêche de prendre les mesures véritables qui seules pourraient, si non arrêter le développement de la peste, du moins en atténuer considérablement les ravages.

17. Si je pouvais transmettre à son altesse la conviction dont je suis pénétré, je lui dirais que l’entretien d’un système quaranténaire, que la construction de nouveaux lazarets, que la masse d’employés européens nécessaires pour la direction, l’entraînent à des frais énormes , qui seraient bien plus heureusement consacrés à faire disparaître les causes d’insalubrité qui favorisent la propagation de la peste. J’oserais lui dire encore que s. elle est convaincue de l’utilité des quarantaines et quelle veuille les maintenir, elle devrait confier ce service à des hommes au moins égaux, en expérience et en connaissances spéciales, a MM. les

membres de la commission consulaire de santé.

18. Pour nous, malgré nos idées sur l'inefficacité des lazarets,

des quarantaines et de toutes les mesures d’isolement mises en usage, nous avons dû nous soumettre à la loi, respecter les préjugés et l’opinion publique ; nous avons dû, comme chef de service, rédiger des instructions que nous rendîmes obligatoires pour l’exécution des quarantaines. Celles-ci n’étaient à nos yeux d aucune importance; mais nous nous soumettions à la u0!e et l’ordre établis. Nous ajoutâmes aux mesures ordinaires celles que nous croyions réellement utiles; nous séquestrâmes les foyers d infection, les régimens, les élèves des écoles, etc.; et ce fut, par nos

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conseils, que Ici flotte mouillée dons le port d Alcxandi îe, ou elle pouvait être soumise à l’influence épidémique, quitta ce mouillage pour se rendre dans le port de la Souda.

19. Des quarantaines à Constantinople . — Les mesures sanitaires et la création des lazarets en Égypte sont, avons-nous dit, de vaines précautions qui ne peuvent avoir aucune utilité , en admettant même la contagion de la peste, puisque nous avons démontré que la maladie est endémique dans le pays. Toutefois, les hommes qui les premiers proposèrent au gouvernement l’adoption des mesures sanitaires n’admettaient point que la peste se développât en Égypte. Ils n’étaient donc point inconsequens avec eux-mêmes, et en réclamant des quarantaines et des lazarets, ils ne faisaient que suivre l’opinion générale : ils ne voulaient, comme on l’a fait en Europe, qu’opposer des barrières à un fléau

qu’ils supposaient leur être importé du dehors.

20. Depuis quelques années, un lazaret a également été établi à Constantinople , et cela grâce à la touchante sollicitude de M. Bulard, grâce à son amour pour l’humanité qui lui fait braver tous les périls. M. Bulard est parvenu à ébranler le fanatisme des Turcs; il a persuadé le Divan de l’excellence de ces moyens, et dans le cours de l’année 1838 , il a eu la satisfaction de voir se réaliser le plus grand de ses désirs : la fondation d’un lazaret.

21. Chacun doit croire d’après cela que M. Bulard est du nombre de ceux qui pensent que la peste ne saurait naître spontanément à Constantinople ; qu’elle n’y est point endémique , et que quand elle s’y déclare, c’est qu’elle vient d’ailleurs.

22. Pourtant il n’en est rien, et partout dans son livre, M. Bulard s’efforce de prouver l’endémicité de la peste non point pour l’Égypte, mais pour Constantinople. Voyez plutôt ce qu’il en dit lui-même :

« De mémoire d’homme, la peste a toujours ete importée en Égypte, de Constantinople ou de diverses parties de 1 Asie (page 44). »

« Depuis l’observation des mesures sanitaires sur le littoral méditerranéen de l’Égypte , la peste s’est arretée chaque fois de-

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vant elles et est restée limitée aux bâtiment qui rapportaient de Constantinople, de Smyrne , des ports de la Syrie ou des des de cette partie du bassin de la Méditerranée. »

Plus bas, M. Bulard ajoute : ,

« La peste n’est qu’intermittente en Egypte, tandis quelle es presque continue sur les rives du Bosphore et en Asie (page 4 »)• >'

03 L’auteur fait vingt autres professions de foi dans le meme sens Or, après avoir énoncé d’une manière si formelle son opinion, conçoit-on que M. Bulard ait eu la burlesque idee de proposer et de faire adopter pour Constantinople des mesures samaires de vouloir prévenir l’invasion d’une maladie qui , de son propre aveu, est originaire dans la province, voua uoi

nuence logique de ses opinions ! . .

' 24. Enfin, les projets de M. Bulard ont été accomplis Ainsi,

comme il le dit lui-même, s’est trouvé réalisé ce grand acte cet e grande idée (idée sublime en effet) qui l'a conduit a ons an inople, et dont la vue est de satisfaire à une question dhummiteet aux principes bien entendus d'une saine politique (page t )• teur aurait dû ajouter aussi : et d'une saine logique .... ,

25 Malheureusement l’œuvre de M. Bulard n a eu qu une durée bien éphémère; et après la mort du dernier sultan, son successeur s'est bâté d’abolir toutes les mesures sanûaues^on

commençait à mettre en usage. Çet ® ep°^ ÿn édjfice était déjà quitté Constantinople, soit qu il présumât que construit sur des bases assez solides pour ne plus ne e te présence, soit qu’il pressentit qu’il échouerait bientôt dans es projets d’organisation , et qu’il ne voulut pas assis er a la ruine fie ses entreprises. Toutefois, dans la capitale de 1 empire ottoman commet Smyrne et à Alexandrie , M Bulard a laissé de. souvenirs non équivoques de sa belle et généreuse conduite 2G Au moment où nous écrivons, nous apprenons q dent philanthrope est employé dans l’administration sanitaire : -

dessa, où probablement il s’occupe de la réalisation ce q q noble projet. Nous ne serons point étonné d apprendre qu Ç ! repose d’introduire prochainement des novations dans

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trées de l’Orient, et qu’il veut, comme à Constantinople, établir des lazarets à Smyrne , dans les ports de la Syrie et de la mer Noir, la patrie de la peste, toujours pour être conséquent avec ses principes.

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