‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 13 sur 60 · DIVISION DE LA PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

DIVISION DE LA PSYCHOLOGIE

d'après s. THOMAS.

Le S. Docteur divise la psychologie en intellectuelle et morale (^). La psychologie intellectuelle constate tous les phénomènes de l'âme et en découvre les lois ; le caractère de la psychologie morale est d'être relative à tout sujet en particulier, c'est-à-dire d'obliger chaque agent dans quelque circonstance qu'il soit placé (^).

Cependant , si cette division est commandée par la science, S. Thomas ne lui accorde pas une valeur absolue ; car il n'y a pas de mur de séparation entre ces deux psychologies. La raison spéculative et la raison pratique se ressemblent et diffèrent : elles se ressemblent en ce qu'elles partent de l'exercice de cette faculté qui distingue la vérité de l'erreur ; elles diffèrent en

(') « Anima potest dividi in partes rationis et in partes virtutis». S. p. 1^ q. 76, a. 8.

(2) « Hœc est differentia inter speculativam cognitionem et practicani, quod cognitio speculativa et ea quae ad ipsam pertinent perficiuntur in iiniversali , ea vero quae pertinent ad cognitionem practicam perficiuntur in particulari; nam finis speculativse est veritas, quae primo et per se et in immatcrialibus consistit et in universalibus ; finis ver5 practicae est operatiO; quae est circà singularia». S. Cont. Gent., 1. 3, c. 75.

ce que les questions de pratique ne sont abordables qu'après les questions de théorie (*).

S. Thomas, en parlantdela psychologie intellectuelle empiète donc fréquemment sur le domaine de la psychologie morale, et réciproquement, car elles sont logiquement liées entr'elles comme les idées aux actions. Chaque fois que nous étudions nous-mêmes une faculté intellectuelle , nous sommes obligés de noter Fintcrvention de la volonté et les changements que cette intervention apporte dans le développement de cette faculté.

Un seul mot, le mot idée suffit au S. Docteur pour désigner tous les phénomènes dont l'étude est l'objet spécial de la psychologie intellectuelle. Ce mot est un de ceux que les philosophes emploient le plus souvent encore comme synonyme des mots: notions, connaissances, c'est-à-dire ce qui représente à l'entendement la vérité de l'objet entendu.

Il y a des idées claires et des idées obscures , des idées distinctes et des idées confuses. Il en est qui portent sur le réel; on les appelle idées réelles ; d'autres ont pour base la raison, ce sont les idées intellectuelles ; d'autres enfm signifient les images qui se font dans notre esprit; on les appelle imaginaires.

Les éléments de cette distinction sont fournis , soit

{') « Operativa ratio et speculativa partim quidem conveniunt et partim ditïerunt. Conveniunt quidem in hoc , sicut ratio speculativa incipit ab aliquo principio et per média devenit ad conclusionem intentam, ita ratio operativa incipit ab aliquo principio et per aliqua média devenit ad operationem vel operatum quod intenditur. Principium autem in speculativis est forma; in operativis vero finis». S. Cont. Gent., 1. 3. c. 97.

par la considération des idées elles-mêmes , soit par la nature des objets sur lesquels elles portent. Mais le système entier de l'entendement repose en dernière analyse sur l'activité de l'âme. La pensée ne connaît que la pensée : l'esprit ne vit que par l'esprit. Toute idée , en traversant la tête , part de l'âme et revient à l'âme ; c'est-à-dire que les choses dont nous n'avons nulle idée sont, à notre égard, comme n'étant pas. En d'autres termes, l'idée est ce par quoi nous nous disons la chose à nous-mêmes; elle est donc naturelle et universelle (*).

{') «Intelligibilia per seipsa, scilicet ideas». S. Cont. Gent., 1. 2, c.

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