‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 20 sur 60 · DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DES PASSIONS

d'après s. THOMAS,

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Les passions sont un rapide et violent mouvement de l'âme vers un seul objet (*) ; car toute passion se spécifie d'après son objet (^). Elles découlent du tempérament et de l'âme (^). On les attribue au tempérament, quand on envisage leur côté matériel ; à l'âme, quand on s'arrête à ce qu'elles ont de formel {^),

La chair est le foyer ardent d'où s'élèvent les flammes qui viennent embraser l'esprit et le réduire en cendres (^). Les sens sont les séducteurs de l'intelligence ; ils sollicitent l'entrée des cœurs, et y régnent en tyrans. Mais des passions à dompter, à discipliner,

(') M Passio impetum habet ad aliquid unum. » S, Cont. Gent. 1. 1, c. 89. V, s. Augustin (in XIV de civit, Dei; cap. VII, et c. IX.

(2) « Omnis enim passio ex objecto speciem recipit. » Ibid.

(^) « Non consideravit aliter passiones tribui complcxui et aliter animae. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. 43.

(*} « Gomplcxioni namquè attribuntur sicut disponenti et quantum ad id quod est materiale in passionibus , sicut fervor sanguinis et hujus modi; animae autem tanquàm principali causœ, ex parte ejus quod est in passionibus formalc, sicut in ira appctitus vendictae. » Ibid.

(^) « Passiones sunt partis sensitivœ. » S, Cont. Gent., 1, 3, c. 108.

à féconder, valent mieux qu'une décrépitude précoce et le scepticisme corrupteur.

Quand on pénètre dans les replis du cœur humain, on y trouve rarement une sobriété raisonnable (*). «Savez-vous, disait S. Augustin, ce qui fait maintenant ma peine? Ce n'est plus la curiosité et la présomption de mon esprit, je l'ai soumis à la foi ; ce n'est plus l'ambition et le désir de la gloire , j'y ai renoncé ; ce n'est plus la faiblesse de mon cœur ni mes engagements criminels, je suis libre et j'ai brisé mes fers. Mais j'ai encore à combattre une concupiscence qui me doit être d'autant plus suspecte, qu'elle me paraît moins dangereuse, parce qu'elle se couvre du prétexte de la nécessité (^). Et où est l'homme que cette concupiscence n'emporte pas quelquefois (^)? S'il y en a quelqu'un qui l'ait entièrement détruite, il est vraiment grand, et c'est à lui qu'il appartient de louer et d'exalter le nom du Seigneur f^).»

De là viennent ces nuages qui obscurcissent les clartés de la raison et la lucidité des jugements. Tout ce qui peut être distingué est confondu par les passions; les mots tout ou rien font leur devise. Or, quand on tend sans cesse à l'excessif et à l'absolu, on a l'ins-

(') « NuUus enim invenitur qui non aliquando passionibus inquietctur; qui non aliquando praBtereat médium, in quo virtus consistit. » S. Cont. Gent., ib. 3, c. 48.

('-) « His ergb tentationibus liber, certo adhuc adversùs concupiscentiam manducandi et bibendi. » S. August.

(') « Et quis est? » ïb.

{ ') « Quisquis ille est, magnus est ; magnificet nomen tuum. » Ib.

tinct de la passion, on n'a pas le sentiment de ce qui la relève et l'ennoblit. Le but qu'on touche n'est pas le but qu'on devait toucher (^). La passion des choses élevées ! voilà ce qui manque à la société contemporaine, exclusivement absorbée par la poursuite de la richesse ; et voilà pourquoi tout effort pour relever l'énergie de l'esprit est un service et un bienfait public.

Chacune de nos passions a des caractères tranchés que S. Thomas met en lumière.

(') « Batio passionis magispropriè inveniturin actu appetitus sensitivi, quam intellectivi. » S. P p. 2^*^ p. q. 22. a. 2 et 3.

Voyez : De Passionibus in cursu Philosophiae, auctore Marino de Boylesve, S. J. p. 371.

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