‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 23 sur 60 · DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

DU LIBRE ARBITRE

d'après s. THOMAS.

La liberté est le fait le plus brillant, le plus lumineux de l'âme (*) : nous sentons que nous pouvons choisir entre le bien et le mal, ou nous abstenir de l'un et de l'autre (^). S. Thomas donne l'éclat de l'évidence à cette vérité (^). Pour la prouver, il s'appuie tantôt sur le sens intime, tantôt sur la croyance du genre humain. Le cœur lui-même grandit, retrempé de toute la force qu'il puise dans le sentiment de la liberté morale. Sans l'énergie personnelle, la vie humaine se confondrait avec la vie uniforme et invariablement tracée de la nature physique. Un sentiment de nullité flétrirait les âmes : il n'aurait plus même de loi morale. Bien faire, mal faire, paroles inventées par les songes creux ! Comment Fhomme pourrait-il ftiillir, puisqu'il ne peut vouloir? Rouage d'une machine, il accomplit totalement les mouvements qui lui sont imprimés. Ce qu'on appelle affection , volonté , n'a plus

(') « Homo est liberi arbitrii. » P.; p. 1^ q. 83, a. 1. Voyez Bossuet, Traité du libre arbitre ; Jouffroy, Cours de droit naturel , 2^ et S*' leçons ; Garnier, 0. d. c, liv. 3; Du devoir, par M. J. Simon. Opusc. 11, c. 7G.

(■-) « Agereet non agere.» S. Cont. Gent., 1. 3, c. 114. V. de Libertato animae, dans le cours de. Philos, par le P. Marin de Boylesve.

(') 1». 2«e, q 17^ a. 1 ad 2. i\ S^^. q.

de valeur. Notre vie tout entière est peuplée de mensonges, et nos actions, que nous croyons nous appartenir, ne nous appartiennent pas. Une vertu que nous perdons, c'est une feuille qui tombe. L'arbre sera-t-il puni pour avoir laissé tomber une feuille ? L'intelligence est l'essence de la liberté (*j. Si nous ne comprenons pas suffisamment les cboses, nous pouvons avoir des fantaisies, mais point de liberté véritable. Mais si nous voyons clairement un but, une loi, une idée, notre volonté , non plus notre caprice , est pénétrée intimement ; elle se meut, elle marche, elle se dirige et elle agit d'autant plus puissamment qu'elle est éclairée davantage (^). C'est surtout dans le choix des sacrifices que l'homme prouve sa liberté. Le corps des martyrs fléchissait, mais l'ârne résistait (^). Dans cette double action, la liberté se montre d'une manière éclatante (^). L'extase la gêne, et, pousséeauplushautdegré de l'exaltation , elle la suspend ; de même dans l'ordre intellectuel, elle trouble l'usage de la raison, et engendre une sorte de folie : folie sublime , mais dont l'incurable malheur est de ne pas être maîtresse d'elle-même.

(') « Soli rationi competit voluntarium secundum rationem perfectam. » S.; 1" p. 2'p.q. 6, a.'-i. V. Opnsc. 11. c. 7G.

(2) « Oinnia igitur intellectualem liberam voluntatem habent ex judicio intellectus venientem; qiiod est liberum arbitrium habere^ quod definitur liberum de ratione judicium. » S. Cont. Gent., l. 2, c. 48.

(^) « Sola igitur iiUellectualia se non soluni ad agendum, ssd etiam ad judicanduin movent » S. Cont. Cent, 1. 2, c. 48, «Agit intellectus libero judiciO; qiiod est esse liberum arbitrio. » Opusc. IJ, c. 7G.

(''') « Homo agit judicio, non ex naturali iustinctu, sed ex collatione quâdam rationis. » S. P. 1, q. 83, a. B, 4.

Les degrés de l'intelligence sont les degrés de la liberté, comme ils le sont de la puissance (*).

Analysez un des grands phénomènes de la conscience, le remords, par exemple, c'est-à-dire la première, la plus sûre et la plus dure des punitions, qu'y trouvez-vous? D'abord un jugement qui condamne les actions mauvaises dont nous nous accusons avec raison et qui nous fait souffrir de nos faiblesses, de nos vices, de nos crimes. A la suite du remords, marche le repentir (2). Comment pourrait-il exister si l'on n'était triste des fautes librement commises? Qu'il y ait simple fatalité, malheur imprévu et inévitable, et nous n'aurons aucun ressentiment contre nous-mêmes. Il y a de la douleur, mais plus de remords. En regardant attentivement ce fait, nous nous apercevons qu'il perd une partie de son amertume, parce que nous pouvons en accuser une cause étrangère. La différence de l'appréciation de nos actes provient ou de la présence ou de l'absence de la liberté morale.

On peut la traiter de deux manières, logiquement et psychologiquement : V logiquement, si l'on tire de la négation de la liberté toutes les conséquences désastreuses qui en découlent (^); 2° psychologiquement, en

(*) « Sola vero natura intellectaalis libéra est. » S. Cont. Gent., 1. 3, c. 112. «Taies substantiœ (intellectuales) sunt arbitrio liberœ. » Opusc. 14 c. 76.

C"^) <( Necessarium est quod homo â peccato resurgens et do pcccato prœterito pœniteat et vitare proponat. » S. Cont. Cent., 1. 3, c. 158.

(3) «Frustra darentur leges et prœcepta vivendi, si homo ad electioncm suarum dominus non esset ; frustra etiam adhiberentur prcemia et pœnœ bonis et malis, ex quo non est in nobis h;ec vcl illa eligere. His autom dcsinentibus, stalim socialis vita corrumpitur. » S. Cont. Gent. 1. 1,c. 85.

se contentant de s'adresser à l'observation. Sous ce dernier point de vue, la question parut à S. Thonaas pouvoir être résolue différemment , soit en observant les faits dans lesquels la liberté se manifeste directement, soit en constatant un certain nombre de faits qui présupposent et expliquent son existence (*).

Voulez-vous une nouvelle preuve? Elle est fort simple ; il suffit de s'interroger de bonne foi, de se demander si, dans certaines occasions, où l'on agit de telle ou telle manière, on ne sent pas en soi-même le pouvoir de prendre une autre détermination, d'agir dans un sens différent {^) . Nul doute que le fait de la liberté morale ne sorte triomphant de cette épreuve {^). Il en serait de même du procédé indirect. Un grand nombre de faits psychologiques seraient inexplicables, sans la supposition de l'existence préalable de la liberté morale.

Dans tout commandement, dans toute prière, on suppose qu'il y a dans l'être auquel s'adresse cet ordre, cette prière, un certain degré de liberté morale. Il en est de même de toute promesse, de tout engagement, de tout contrat. Sans libre arbitre, à quoi bon les lé-

(') « Dupplex est actiis voluntatis; unus quidem qui est ejus immédiate velut at) ipsâ elicitus, scilicet velle ; alius qui est actus voluntatis à voluntate imperatus et mediante aliâ potentiâ exercitus. » S. P 2^® q. 6, a. 6.

{'^) « Ex hoc enim dicimur liberi arbitrii esse quod possumus unum recipere alio recusato, quod est eligere. S. p. l, q. 83^ a. 2.

(•'') « Necesse est quod homo sit liberi arbitrii, ex hoc ipso quod rationalis est. » 1* 2^^ q. 83. 1.

gislations ? A quoi bon les conseils, les préceptes, les peines, les récompenses (^) ?

Enfin S. Thomas considérant à plein la liberté morale, la prouve par une foule de phénomènes que l'intelligence éclaire de sa lumière et que l'imagination embellit de ses couleurs (^). De tous ces motifs, le S. Docteur tire la conclusion que la liberté humaine n'est soumise à l'empire absolu d'aucun être créé ; que l'homme reprend toute sa moralité quand il rentre en possession de son esprit et de son cœur.

Mais, de ces deux mots, liberté et volonté, lequel aie plus ou le moins d'extension? La liberté est-elle un fait plus général que la volonté ? Ou bien encore ne serait-elle qu'une forme, qu'un cas particulier de de la volonté? ou ces deux mots : liberté morale et volonté devraient-ils être considérés comme synonymes ?

Pour résoudre cette question, et soulever le pesant fardeau de difficultés et de discussions que les siècles et les écoles ont entassées sur le grand problème de la liberté, S. Thomas lui attribue , ainsi qu'à la volonté, une extension égale (^). Il distingue aussi la diversité des moyens employés pour arriver à un but déterminé, comme un signal par lequel se manifeste la présence

(') Voyez 1^ 2^^ Quest. 83. Du libre arbitre.

(-) « NuUa virtus datur alicui rei frustra. Homo autem habet virtutem judicandi et consiliandi de omnibus quse per ipsum operabilia sunt, sive in usu exterioruna rerum, sive in admittendo et repellendo intrinsecus passiones. » S. Cont. Gent. 1. 3, c. 85,

('") « Le libre arbitre ne diffère pas de la volonté. Il règne une harmonie parfaite, une égale proportion, d'un côté entre les puissances électives qui perçoivent les objets, et de l'autre, les puissances appétitives, qui tendent vers les objets montrés par rintelligcnce. » La Théologie de S. Thomas, par l'abbé G. Malé, tom. i. p. ISG. 1» 2"% q. 83, a. 3.

de la liberté et il oppose cette diversité à runifoi*initéqui éclate dans tous les phénomènes produits par des causes soumises aux lois naturelles (*). Puis il montre comment la volonté peut être sollicitée, mais non nécessitée par des forces extérieures {^) Et si S. Thomas distingue entre le pouvoir d'agir et la faculté de choisir, le qu'il mourût, du vieil Horace, le à moi, Auvergne, du brave d'Assas, prouvent que l'héroïsme choisit et ne se croit pas maître d'agir contre l'honneur.

La moralité est dans la volonté et dans la direction qu'on lui donne (^). Tout terroir lui devient propre, sous la ligne comme sous le pôle. Dans les batailles de l'Ilifide d'Homère, les hommes mettent les dieux hors de combat. Cette audacieuse figure de l'individualité humaine est encore plus fortement exprimée dans le christianisme. La volonté peut se prendre corps à corps avec les passions les plus violentes et les vaincre ("), La force morale ne distingue pas seulement l'homme de la

(') « Ea quae naturaliter fiunt, determinatis mediis producuntur ad fiiiftm; undè semper et eodem modo contingunt.» S, Cont. Gent, 1. 3,c. 8b. Voyez M. Charma; Réponses, etc. p. 31.

(2) «Non est sufficiens causa nostrse electionis quod aliqua corporalia nobis exterius prsesententur ; patet enim quod ad occursum alicujus delectabilis, temperatus non movetur ad eligendum ipsum, interaperatus a,utem movetur. » S. Gont. Gent., 1. 3, c. 85.

(^) « Non enim est aliquid in nobis nisi per voluntatem. » Opusc. 16.

('*) «Passionesquantumcumque vehementeS; non sunt causa sufficiens electionis, quia per easdem passiones incontinens inducitur ad eas sequendura per electionem, continens autem non inducitur. » S. Gont. Gent. 1. 3, c. 85.

brute (*), mais l'âme d'une autre âme ; elle la sépare, pour ainsi dire, du genre auquel elle appartient et la marque du signe de Fétroite parenté avec Dieu (^).

Le corollaire naturel et inévitable de la liberté est la responsabilité. Quand une action mauvaise a été commise, elle nécessite une réparation , une expiation qui satisfasse la partie outragée. A la rigueur, cette expiation devrait être supportée par le coupable luimême ; cependant, dans certains cas, on fait exception à cette règle générale, et la peine volontairement acceptée par un innocent peut être considérée comme

donnant satisfaction au nom du coupable (^).

La loi de la liberté est donc trouvée ; elle consiste à se connaître, à se posséder, à délibérer, à vouloir, et enfin à exécuter {^). Elle cherche à créer le plus grand nombre d'individualités possibles, à conférer à tous le bienfait de la personnaHté, leur montrant la dégradation et la misère qui les attendent, s'ils n'exercent

(') « Liberum arbitrium non est in animantibus, quod quidem patet, tum ex hoc quod omnia, quae sunt ejusdem speciei, simpliciter operanlur, sicut omnes hirundines similiter faciunt nidum. » Q. quodl. q. de voluntate, a, 1.

C-^) « Natura rationalis quae est Deo vicinissima non solum habet inclinationem in aliquid..., sed ultra hoc habet in potestate ipsam inclinalionem. » Q. quodl. q. de voluntate, a. 3.

(•"') « Quod per amicos facimus per nos ipsos facere videmur. . ., ità per aliumpotestalicujus satisfacereDeO;, prsecipuè quum nécessitas fuerit.» S. Cont. Gent., 1. 3, c. 158.

{*) « Intellectus enim non agit, aut appétit sine judicio sicut inaniinata; quia intellectus etiam finem cognoscit, ctid quod ad finem. Opusc. 11, c. 76.

pas ou exercent mal une si précieuse faculté. Les objections qu'on a coutume d'élever contre la liberté et que l'on tire, soit de l'influence des agents physiques sur nos actes, soit de l'influence des motifs sur la volonté même, soit enfin de la prescience et de la toutepuissance de Dieu, ne parviennent pas à amoindrir le bienfait de sa personnalité, partie la plus noble du genre humain. Autant voudrait-on imaginer des prairies sans herbes et des armées sans soldats, des édifices sans matériaux, des fleuves sans eau. Plus les herbes sont belles, plus les prairies sont riches ; plus les soldats seront vaillants, meilleures seront les armées ; plus les matériaux seront vieux, plus l'édifice sera solide ; plus les eaux seront hautes , plus les fleuves seront majestueux ; plus les individus seront forts , plus ils seront grands , plus ils seront individus en un mot, et plus la société sera grande, plus l'autorité sera respectée (*).

D'ailleurs, l'individualité n'est pas contraire à l'association. Rien n'empêche donc d'unir la liberté d'esprit qui vient d'une entière sincérité, avec cette ferveur spirituelle qui s'appuie sur l'énergie du sentiment moral. Le christianisme sanctifie la liberté comme tout le reste. Le péché lui-même ne détruit pas la puissance naturelle dont l'âme est douée pour produire des actes de vertu.

« Rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi, » disait le Jansénisme. « La volonté sans la grâce, ajou-

(') « Homo dicitur pree ceeteris aiiimalibus liberum arbitrium habere, quia ad volendum judicio rationis inclinatur, non impetu naturae. » S. Cent. Gent., 1. 1, c, 276.

tait-il, ne peut faire que le mal. » Erreur profonde qui est démentie par S. Thomas et par l'histoire. Par S. Thomas, qui réprouve d'avance toutes les propositions erronées de Baïus, de Jansénius, d'Arnauld, de Quesnel ; par l'histoire, qui nous rapporte d'admirables traits de dévouement, de force, de tempérance, de sacrifice même, d'hommes qui ne croyaient point, qui ne connaissaient pas même le nom de l'Evangile. Sans doute, ces actes n'ont point de valeur surnaturelle ; mais ils peuvent être bons, d'une bonté naturelle, et quant à leur objet, et quant à leur motif, et quant à leur fin » (*).

Le volontaire se trouve donc dans les actes humains (^). Il renferme en principe toute la morale. L'homme retombe à l'état d'animalité toutes les fois qu'il abdique l'empire de lui-même (^). Qu'une cause quelconque détruise notre hberté, cette liberté étant précisément notre vraie responsabilité, le même coup qui frappe la liberté en nous, emporte l'homme et ne laisse qu'un automate où s'exécutent encore les fonctions organiques et même intellectuelles, mais sans que nous y participions, sans que nous en ayons ni la conscience ni la responsabilité (^).

(') « Manet in anima humanâ, etiam post peccatum, potentia ad bonum^ quia per peccatum non tollentur potentiee naturales quibus anima ordinatur ad suum bonum. » S. Cont. Gent., 1. 3, c. 156.

(-) 1» 2ae. Cap. 11, quœst. VI, I.

(^) «Non enim ad mores actus exteriores pertinent , nisi secundum quod sunt voluntarii. » S. Cont. Gent, 1. 3,c. 10.

(*) 1^ 2^^ quœst. 83. De libero arbitrio, V. Marin de Boylesve, de Voluntario, spontaneo et libero.

DISTINCTION DU JUSTE ET DE l'iNJUSTE

(conscience morale),

d'après s. THOMAS.

Le juste a toujours été distingué de l'injuste , la vertu du vice, soit dans nos actes, soit dans ceux d'autrui. Cette distinction est solidement établie. Nous jugeons les actions sous un double rapport, comme bonnes ou mauvaises. Nous les aimons et admirons selon leur degré de grandeur ou d'héroïsme ; nous les méprisons plus ou moins selon leur degré de lâcheté et de bassesse (*). Nous n'avons pas assez d'estime pour la vertu , pas assez de dédain pour le vice : aux criminels, la flétrissure ; aux justes , une auréole de gloire.

Cette lumièi'e sur les actes de la volonté, c'est-àdire de la conscience, n'est pas une faculté spéciale de l'esprit humain , car pour savoir avec ou en même temps {conscius, scire cum), il a fallu un acte de vo-

(') « Neque omnia bona opera^ neque omnia peccata paria sunt. » S. Cont. Gent,l. 3, c. 139. — Voyez Degérando , du perfectionnement moral, — Kératry , Inductions philosophiques.

Ion té (*). La conscience est un témoin dans la vie intellectuelle (^). C'est, en d'autres termes, un conseil avant l'action, après l'action, un jugement. Et ce jugement, tous les hommes le prononcent, dès que la raison est entrée en exercice.

Nous avons un sentiment de plaisir ou de peine qui Avarie dans ses degrés selon la nature de l'action ; une perception du mérite ou du démérite de l'agent. Ce n'est pas à l'action elle-même que nous attachons un caractère de moralité ou d'immoralité ; c'est à la volonté qui Faccueille ou la rejette. Pour apprécier un acte, il faut, traversant le fait matériel et le fait intellectuel qui obéissent, aller jusqu'au phénomène volontaire qui commande ; la volonté seule est responsable (^). Ainsi, la conscience ne relève que d'ellemême et avec raison, car elle est plus que l'instinct de la loi en nous ; elle est l'intelligence de la loi.

Les idées de mérite et de démérite, qui s'attachent à l'idée d'un devoir rempli ou violé , amènent les idées de récompense et de punition. Ce n'est pas l'idée de devoir qui présuppose l'idée de mérite, mais bien l'idée de mérite qui présuppose l'idée du devoir. L'obligation morale coule à pleins bords à travers la vie, avec tout ce qu'elle a d'âpre et d'amer.

Un des caractères des idées morales, c'est l'universalité. Il n'y a donc pas de vertu qui, quelque part,

(') « Conscientia propriè loquendo non est potentia sed actus. » S. p. 1, q. 79, a. 13.

(-) « Votre conscience est un témoin. » 1^ 2*^. q. 79. 8.

(^) « Intelligimus enim quia volumus ; imaginamur quia volumus ; et sic de aiiis, » S. Cont. Cent., 1. 1, c. 72.

quelque jour, ait été un vice ; un vice qui , là ou ailleurs, dans un temps ou dans un autre, ait été une vertu. La variété des opinions des différents peuples sur le bien et le mal, le juste et l'injuste, ne change pas la base de la moralité, mais seulement la traduction extérieure. Ainsi, les anthropophages de la Nouvelle-Zélande observent les usages qui leur ont été légués par leurs ancêtres ; ils obéissent également aux indications de leur conscience ; ils veulent remplir un devoir ; ils croiraient mal faire en agissant autrement. Ils font consister le bieuj le juste, la vertu, à verser le sang humain, mais ils ont toujours distingué l'un de l'autre. L'obligation morale est un fait primitif, immobile et invariable dans son indivisible unité. Elle est en nous, ne nous quitte point ; elle nous offre le plus délicieux spectacle que puisse contempler l'âme humaine bu nous torture (*).

(') Voyez 1* 2^6^ q, 79^ g,. 8. De la syndérèse et de la conscience. Les réponses aux questions de philosophie; par M. Charma, p. 64. M. Cousin^ Trad. de Platon, tom. 11, argument du Philèbe. Damiron, Cours de Philosophie, 2« partie, Morale. Cours de Philosophie, par E. Géruzez, p. 150.

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