‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 33 sur 60 · DE LA DÉFLMTION ET DE SES REGLES · texte numérisé non relu

DE LA DÉFLMTION ET DE SES REGLES

La définition a deux procédés , la généralisation et la division. En effet , la définition est double ; elle se fait par le genre et par la différence (*). Le propre de la définition par le genre est d'établir dans la discussion, en laissant là les exemples qui sont toujours des particularités 5 non ce qui constitue la différence , parce qu'alors le genre se trouverait énoncé deux fois dans la définition de l'espèce , mais la nature , l'idée générale de la chose en question ; idée générale , qui doit dominer tous les exemples particuliers et les contenir tous dans ce qu'ils ont de commun entre eux ; cette définition a donc pour principe la généralisation. Et réciproquement , la division de l'idée générale , non dans toutes les particularités indéfinies où elle peut se rencontrer, mais dans ses élémens essentiels , c'est-à-dire en dehors de ce qui est compris sous la raison du genre, est le principe de la définition par la différence (^j.

(') « Omnis definitio est ex génère et ex dififerentiis. » S. Cont. Gent. , 1. 1. , c. 25.

(2) « Nulla autem differentia participât geîius, ità sciliçet quod genus sit in ratione differentiee ; quia sic genus poneretur his in definitione speciei. Sed oportet differentiam esse prœter id quod intelligilur in ratione generis. » Ib.

Le S. Docteur ne confond pas les définitions des noms avec les définitions des choses : les premières sont arbitraires ; les dernières ne dépendent pas de nous (*). Il y a trois choses nécessaires à une bonne définition :

1° elle doit être universelle ; 2° propre ; T claire.

l"* Elle doit être universelle, c'est-à-dire comprendre tout le défini et toutes les parties qui concordent entre elles (^) ; 2° elle doit être propre, c'est-à-dire ne convenir qu'au défini (^) ; 3° elle doit être claire , c'est-àdire , nous servir à avoir une idée plus nette et plus distincte de la chose qu'on définit {^). Et comme il n'y a rien de plus important que de bien diviser et de bien définir, le S. Docteur distribuait les objets qu'il voulait voir et étudier en plusieurs parties ou points de vue , et rappelait sans cesse leur enchaînement dans l'économie de la composition générale (^).

Mais si la division repose sur la généralisation , la généralisation repose évidemment sur la théorie des idées , laquelle est ainsi le fondement de la philosophie de Platon.

(') « Definitio enim significat quid est res. Sol a autem accidentia sunt in re aliquâ, prœter essentiam ejus. » Ibid. 1. 21. Port-Royal adopte la définition de S. Thomas.

(2) « Deûnitio falsa, si partes definitionis non cohaereant in invicem,» S. Gont. Gent., 1. 1, c. 59.

(^) « Falsa secundam hanc rem, prout defmîtio circuli accipitur ut trianguli. » Ibid.

(*) Voyez le ch. 59 du 1^' livre de la Somme contre les Gentils: Comment la définition est fausse.

(^) » Principium diversitatis individuorum ejusdem speciei est divisio materise secundum quantitatem. » S. Thomas.

Page 1