MORALE PHILOSOPHIQUE DE S. THOMAS
La morale philosophique de S. Thomas est une application de la théorie du vrai. Elle se dessine avec la précision de la science, et compte parmi les œuvres les plus pures de Tintelligence.
Si nous n'étions qu'un esprit, il n'y aurait que des vérités spéculatives ; mais pour un être actif et volontaire les vérités deviennent pratiques (*). L'obligation résultant de ces vérités est générale ; nul ne peut se soustraire aux lois systématiquement enchaînées à un principe commun. A l'extrémité de toutes les avenues que suit un raisonnement, il y a une vérité absolue (2). Or , toutes les vérités s'unissant, s'enflammant et se confondant dans un même élan d'amour, S. Thomas assimile donc, quant à la méthode, la morale philosophique
(') Intellectus enim speculativus vocatur , cum id quod apprehendit non ordinal ad opus, sed ad solam veritatis considerationem ; practicus verô; cum hoc quod apprehendit, ordinat ad opus. » 1. q. 79. art. 11.
(2) « Operativa ratio et speculativa conveniunt in hoc quod, sicut ratio speculativa incipit ab aliquo principio et per média devenit in conclusionem intentam, ità ratio operativa incipit ab aliquo principio etperaliqua média devenit in operationem vel operatum quod intenditur. » S. Gont. Gent,
aux investigations scientifiques (^). A l'aide de l'observation interne, il étudie l'homme dans ses facultés intellectuelles et pénètre dans le sanctuaire de l'âme, pour y examiner les différents phénomènes dont elle est le théâtre f ).
La morale philosophique du S. Docteur offre donc les caractères et la liaison d'un système (^). Elle traite avec ordre, clarté et mesure, de la destinée humaine, des moyens de l'atteindre, du bien et du mal, des motifs et des règles de nos actions, de nos devoirs, et donne pour couronnement à la philosophie les préceptes et les conseils de l'Evangile {^).
Le rapport de la religion à la morale, en tant que la raison peut le découvrir, ne fut jamais mieux établi que dans la première seconde. Elle étend les pensées dont elle nous présente le germe, et reste toute parfumée du plus doux arôme chrétien.
(') « Optima autem hominis operatio, secundum id quod est proprium hominis est in comparatione ad perfectissima objecta intellectus vel rationis. )) Ibid., c, 35.
(2) « La première section de la seconde partie (prima secundae) est un véritable traité de morale, fondé sur une psychologie très analytique. » Revue des cours publics, 8 juin 1856, p. 359.
(^) S. Thomas resta donc toujours fidèle à l'esprit philosophique et le transporta dans la morale. » Cours de l'histoire de la philosophie, par M. V. Cousin (1829), tom» I, p 159.
(*) Voyez les études de Théologie, de Philosophie et d'Histoire, par les PP. Ch. Daniel et J. Gagarin, tom. I, p. 228.