LA MORT DE SOCRATE, PAR M. DE LAMARTINE
« Si autem nulla malla essent in rébus, multùm de bono hominis diminuerctur, et quantum ad boni desiderium vel amorcm ; nam bonum ex comparatione magis mali cogaoscitur, » S. Cont. Gent., 1. 3, c. 7J.
rai , notre activité serait stérile. D'ailleurs , le mal n'arrive qu'accidentellement; c'est l'imperfection du bien et de l'ordre (*).
Cette claire définition du bien et du mal fait taire ces cris de désespoir, d'imprécations, de blaspbèmcs, de ces hommes qui, voyant le mal se produire dans le monde, l'analysent en prose, l'écrivent en larmes, le peignent en sang et en concluent que Dieu n'existe pas. Il faudrait, au contraire , raisonner à l'opposé et dire : si le mal existe. Dieu existe ; car il n'y aurait pas de mal sans la question du bien, dont la privation constitue le mal, et cette gradation serait nulle si Dieu n'existait pas (^). Echapper à la peine, ce serait échapper aux lois mêmes de notre nature ; et ces lois, comme toutes les lois qui ont leur raison dans les choses, demeurent et ne fléchissent pas. Le mal est fondu avec le bien d'une manière si intime, qu'il est impossible de les isoler l'un de l'autre , et que retrancher l'abus, ce serait enlever du même coup les conditions de la société.
(') « Nomine mali significatur quaedam absentia boni et entis. » S., p. 1, q. 48, a. 2, 3, 5. « Malum sigillatim ex singulis defectibus. » Op. « Malum autem ex hoc quod perfectione privatur. » Opusc. 15, c. IG.
(^) «Per hoc excluditur quoramdam error, qui propter hoc quod mala in mundo evenire videbant, dicebant Deum non esse ; si eut Boetius introducit quemdam philosophum quœrentem : « Si Deus est, undè mala? Esset autem è contrario arguendum : si malum est, Deus est. Non enim esset malum, sublato ordine boni, cujus privatio est malum; hic autem ordo non esset, si Deus non esset. » S. Contr. Gent., 1. 3, c. 71.