‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 43 sur 60 · DES MOTIFS DE NOS ACTIONS · texte numérisé non relu

DES MOTIFS DE NOS ACTIONS

Deux motifs nous déterminent à agir : la raison et le sentiment (*); la raison conçoit le bien, la sensibilité l'aime et le fait aimer. Mais comme la sensibilité ne contient que du contingent; S. Thomas ajouta la raison. Celle-ci propose, discute; la volonté choisit (^). Il résulte, en effet, dans tout être intelligent , une inclination pour les pratiques propres et pour une fin propre, et cette inclination est la volonté, qui est le principe de nos opérations {^).

Le seul motif rationnel engendra le Stoïcisme (^) ; le

(') « Yoluntas movetur ab iiitellectu et appetitu seiisitivo. » 1^ S^e^ q. 9, a. 1 et 2. « Intellectus, ut noverit, affectus, ut velit. » Opusc. 59, n. 8.

(-) « Undè etiani hic oritur omuis incUnatio voluntatis, eo quod per formam intelligibilem aliquid compreheiiditur utconveniens vel afliciens.» S. Contr. Gant., 1, k, c. 19.

(^) « Intellectus intelligit volantatera. » S., p. 1, q. 16, a. 4. Voyez Damiron, Cours de philosophie, 2^ partie. Morale.

(^) « L'application abusive du mot raison aux facultés morales, est l'une des erreurs les plus graves de l'antiquité et des temps modernes. » Hist. de la Philos, morale, par M. H. Forêt, p. 142.

seul motif sensible, l'Epicuréisme (^). Au nom du sentiment, Jacobi et Rousseau conseillèrent le développement de la liberté, de la justice et de la bienveillance, c'est-à-dire le sentimentalisme , toujours impuissant il nous fournir le bien moral absolu. Adopter la raison sans rejeter le sentiment, et sans se laisser égarer par les passions qui s'y mêlent, c'est l'harmonie enseignée par l'Ange de l'École (2).

Il ne peut y avoir moralité sans la lumière de l'intelligence qui éclaire nos devoirs et les élève à la hauteur d'une fin. L'affection nous y attache, l'amour les pénètre de ses feux, la volonté les produit (^). L'opération intellectuelle précède ; l'opération corporelle suit. L'amour épanouit la sensibilité ; la force intellectuelle et la force motrice sont au service de la volonté {^), Les motifs d'action sont donc réductibles à Tamour (^).

(') « Toute philosophie, pour être complète, doit tenir compte du sentiment et de la raison. » Du Vrai, du Beau et du Bien, par M. V. Cousin, p. 97. « Sentit et intelligit. » Opusc. 42, c. 8.

(2) « Ex forma intelligibili consequitur in intelligente inclinatio ad proprias actiones. » S. Gontr. Gent., 1. 4, c. 19.

(^) « Sic igitur quod amatur non solum est in intellectu amantis, sed etiam in voluntate ipsius. » Ib. Voyez l'opusc. 42, ch. 6.

(*) «Omnis igitur inclinatio voluntatis, et etiam appetitus sensibilis, ex amore originem habet. ... In intellectu enim est secundum simihtudinem suge speciei; in voluntate autem amantis est sicut terminus motus in principio motivo proportionnato per conveuientiam et proportionem quam habet ad ipsum. » S. Cont. Cent., 1. 4, c. 19.

{^) « Quum autem ad voluntatem plures actus pertinere videntur, omnium tamen amor et unum principium et comraunis radix invenitur.» Ib. Voyez M. Gatien-Arnonlt, 0. d. C. — Essais sur les bases et les développements de la moralité , par M. Charma.

S. Thomas devança les discussions sur l'amour pur et désintéressé, qui n'est ni avili par la crainte, ni animé par l'espoir des récompenses , et il examina les mêmes questions sur les autres affections de la nature humaine, d'une manière si complète et si claire, en distinguant les idées avec une telle exactitude, et en les déterminant avec une telle justesse, qu'à peine a-t-il été égalé en ce point par les plus pénétrants philosophes modernes (^).

Nous sommes ravis en présence d'un objet aimé, tristes en son absence (^). Mais le motif sensible doit toujours être dirigé par la raison. Cependant, comme la raison peut conspirer avec la sensibilité à la destruction de l'organisme et à la ruine de nos espérances, il faut à l'homme un frein, comme un rivage à l'Océan. Ce frein, c'est une vérité éternelle qui n'est pas constituée par la raison , mais qui s'impose à la raison.

{') Voyez S. Thomas, Comment, in III lib. sentent, distinctio XXIX, quœst. 1 ad. 3. «Utrùra Deus sit super omnia diligendus ex charitate, a. 4. » «Utrùm in dilectione Dei possit liaberi respectas ad aliquam mercedem.» (Opp. IX, 322, 325.) Cette anticipation remarquable a tchappé aux recherches du savant Tennemami lui-même.

(-) «Ex hoc enim quod aliquid amamus, desideramus illud, si absit; ^audemus autem, quum adest; et tristamur, quum ab eo impedimur. » S. Contr.Gent., 1. 4, c. 19.

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