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DES ATTRIBUTS DE DIEU

D APRES S. THOMAS

L'intelligence, en possession de la notion de Dieu par le raisonnement et par une intuition immédiate (*), tire de cette notion les attributs de Dieu par voie de déduction (^). Ces attributs peuvent être connus à priori et à posteriori (s) , selon qu'ils ont leur raison d'être dans notre intellect comme dans leur sujet ; et dans leur objet, comme les images de l'essence divine, par le mode qui leur est propre (*).

Il n'est pas besoin de dire que la première cause exclut l'idée de composition et implique celle de sim-

(') {( In cognitione Dei quae cognoscitur per viam demonstrativam in scientiis speculativis. » S. Cont. Gent.^ 1. 3; c. 48.

(2) « Ostenso igitur, quod est aliquod primum ens, quod Deum dicimus, oportet ejus conditiones investigare. » Ibid., 1. !, c. 14.

(^') « Divina attributa, partim fundantur super rem, partim super intellectum. » Opusc. Il, c. 22.

(*) ((Tundantur in intellectu nostrO;, quiasunt in eo sicut in subjecto. Fundantur autem super rem, quiasunt sirailitudines qusedam reprœsentantes essentiam divinam suo modo. » Ibid., 9, q. 2.

plicité (*). Elle ne se déduit de rien; elle se détermine par elle-même, car elle a en elle-même la raison et le principe de ses évolutions (^). Eternelle (^), nécessaire (^), elle est profondément distincte de toute succession et de toute forme finie (^). L'impossibilité de n'être pas, est l'éternité (^) ; l'impossibilité d'être autre que Dieu est l'immutabilité Ç),

Ces idées de Dieu étant données , la raison y découvre toutes les perfections possibles (^). Il est immatériel, incorporel, c'est-à-dire un pur esprit (^) : Sa puissance infinie étend sans obstacle son action irrésistible à travers tous les lieux et tous les temps; car, pour

(') « Illud igitur quod omnium entium est primum , impossibile est esse compositum. Relinquitur igitur quod primum entium oportet omninô simples esse. » Opusc. 11 ^ cap. IX.

(2) Opusc. 11 j c. 6. Voyez l'Histoire critique de Técole d'Alexandrie, par M. Vacherot, tom, 3, p. 51 et 82.

{^) « Omne enim quod incipit esse, vel desinit, per motum, vel per mutationem hoc patitur. Ostensum autem est, quod Deus est oraninô immobilis, est ergô aeternus. » 0pusc« 11, c. 5.

{^) « Orane autem quod est, et non est possibile ipsum non esse, necesse est ipsum esse ; quia necesse esse non possibile non esse, idem significant; ergô Deum esse est necesse.» Opusc. 11, c. 6.

(5) « InDeonon est aliqua successio. » Opusc. 11, c, 8.

(6) « Est seternus, carens principio et fine. » S. Cont. Gent., 1. î, c. 15. Opusc. 11, c. 5.

(") « Ostensum est Deum esse omnino immutabilem. « S. Cont. Gent., 1. 1, c. 15. « Substantia Dei estimmutabilis. » I. q. 19, a. 7. V. Opusc. 11, cb. 4 :Dieu est immuable.

(«) «In Deo omnes perfectiones. » Opusc. 11, c. 22.

(9) « Voyez S. Gent., I. 1, c. 16. « Deus non est corpus. » Ibid., c, 20. Opusc. H, ch. 9 : Dieu est simple.

être, il faut pouvoir être, rexistcnce impliquant une énergie par laquelle elle est perpétuellement réalisée (*).

La puissance de Dieu est donc sans limites (^) ; elle est l'intelligence absolue (^). Cette intelligence aboutit, non pas à la notion des phénomènes généraux et de leurs lois (^^), mais à la connaissance parfaite, complète, adéquate de tout ce qui est (^) ; c'est la perfection même (^). L'être suprême, puissance, grandeur, beauté parfaite, ne peut être mauvais ; donc Dieu est bon, abondant, plein de richesses ; il épanche sa tendresse sur toutes les créatures (^), comme une source qui envoie ses eaux naturellement, ou comme le soleil qui répand ses rayons (^) ; la méchanceté ne s'allie

(') « Infinitus secundum essentiam, sua immensitate universâ excedit omniacomplectens. » Opusc. 11, c. 18.

(2) « Deus est infmitee virtutis. » Opusc. 11, c. 19.

(^) « Intelligere est sua substantia. » S. Cont Gent., 1. 1, c. 60. « Intelligere Dei est divina essentia. » Ibid., c. 45 « Scientia Dei se extenditad infinita. » I. q. 14^ a. 12.

(*) «Oportet Deo nullius cognoscibilis cognitionem déesse. » Opusc. 15, c. 13, « Deus uno simplici intuitu seternam et fixam de omnibus notitiam habet. » Ibid,

(5) « Deusomnia simul iatelligit. » S. Cont. Gent., 1, 1, c. 50. VoyezT. q. U, a. 73.

(6) « Deus est universaliter perfectus. » S, Cont. Gent., 1. 1, c. 28, V. Opusc. 11, c. 22 : « in Deo omnes pefectiones. »

C) « Deus est bonus. » S. Cont., 1. Gent,, l. 1, c. 37. «Deus est sua bonitas. » Ibid., c. 38.

(*) « Divina bonitas sui communicativa est. » S. Théol., q. lllj De creatione, a. 7.

qu'avec la faiblesse (^). La bonté de Dieu est l'invariable objet de sa propre volonté, qui devient alors l'origine et la mesure de toute justice. Mais cette justice a des profondeurs où ne saurait atteindre notre science (^). La miséricorde de Dieu est une réponse concluante à toutes les objections tirées des maux métaphysiques, moraux ou physiques, c'est-à-dire résultant d'une nature imparfaite, de l'abus de la liberté et de la loi des corps (^).

Le Manichéisme est absurde : l'infinité de Dieu prouve son unité (^). Deux infinis se limiteraient réciproquement , c'est-à-dire se détruiraient (^). Au nombre indéfini on peut ajouter quelque chose , et il ne demeure pas moins fini. A Dieu on ne peut rien ajouter. Cette immensité se déploie quant à la puissance et quant à la miséricorde (^).

(') Quod in Deo non possit esse malura. » S. Cont. Gent., 1. 1, c. 39.

(-) « Opus divinae justitiae semper preesupponit opus misericordiae, et in eo fundatur. » I. q. 21, a. 4.

(') « Hoc peitinet ad rationem bonitatis, utbonum quod quis habet aliis communicetj secundum quod possibile est. Sic igitur vult et se et alia, sed se ut finem, alia verè ut ad finem : in quantum condecet divinam bonitatem, alia ipsam participare. » I, q. 19, a. 2.

(^) Voyez Opusc. II, c. 13 : Il faut nécessairement affirmer que Dieu est un.

(^) « Nam enim possibile est duo esse summa bona; quod enim pcr surabundantiam dicitur, in uno tantum invenitur. » S. Cont. Gent, 1. 3, c. 42.

(^) « Spiritualis magnitudo ad duo attenditur , scilicet quantum ad potcntiam, et quantum ad propriee naturae bonitatem sive completionem. » Ibid., 1. 1, c. 43. Voyez Tournely, De Deo, tom. I, q. III, art. V, § L

S. Thomas a donc le mérite d'avoir, par son péripatétisme intelligent, creusé un abîme entre les indéfinis, dont la misère et la vanité est d'être irrémédiablement indéterminé, et l'infini lui-même, l'infini divin qui est par excellence le détermine, le parfait (*). Le 8. Docteur ne confond pas non plus l'intelligence, la science et la sagesse divine. L'intelligence est la connaissance que l'être absolu a de lui-même (^). La science est l'intelligence en exercice (^). La sagesse est l'intelligence manifestée dans les actes (^). Et comme cette intelligence est parfaite par elle-même, la substance divine est la vérité même p).

L'exercice de l'intelligence divine suppose la volonté de produire (^) ; cette volonté implique la puissance et

( ' ) « Si on épure Dieu , non-seulement de toute négation , mais de toute détermination, on fait un fantôme, » La Tribune scientifique et littéraire, Histoire de la philosophie, Cours de M. Emile Saisset, p. 12.

(-) « Deus est suum intelligere. » Opusc. II, c, 31. « Per se, seipsum cognoscit. » S. Cont. Gent., 1. 1, c. 48. » Oportet Deum esse intelligentem. Opusc. II, c. 28.

(^) Deus perfectè intelligit seipsum. » S. Gont. Gent., 1. 1, c, 48.

(*) « Ipsa conceptio intellectus, quee est interius verbum, sapientiifi nomen accipere solet, secundum illum modum loquendi quo actus et species nominibus habituum à quibus procedunt nominantur.» S. Cont. Gent, 1. 4, c. 12.

(^) « Veritas enim quœdem perfectio intelligentiae est sive intellectualis operationis. Ipsum autem intelligere, quum sit divinum esse, non superveniente aliquâ perfectione perfectum est, sed est perse ipsum perfectum. Relinquitur igitur quod divina substantia sit ipsa veritas.» Ibid , c. 60.

(*) « Ex hoc enim quod Deus est intelligens, sequitur quod sit volens.» Ibid., c. 72. Opusc. 11, c. 32. « Oportet Deum esse volentem. » «Voluntas est ejus essentia.» S. Con-t. Gent., 1, 1, c. 73.

l'amour (*). La liberté de Dieu a aussi l'infini de son essence ; c'est la liberté à son plus haut degré et sous son caractère le plus grand et le plus digne, sans indécision, sans hésitation, telle que les hommes ne la peuvent comprendre et encore moins comporter [^). Donc Dieu réunit les attributs essentiels sous lesquels nous concevons sa parfaite béatitude O-

La puissance qui fait tout, l'intelligence qui règle tout, la bonté qui récompense, la justice qui punit, la miséricorde qui pardonne, s'expriment par un seul nom, celui de Providence ("). Cette théorie des perfections divines s'achève par un chapitre dont le titre seul révèle la belle âme de S. Thomas. Dieu, dit-il, n'a pas de haine (^) ; il aime toutes les créatures (^). Cet enseignement nous engage à ressembler à l'idéal de toute sainteté et à chérir nos frères.

La philosophie du saint Docteur nous apprend donc, malgré les dénégations de Voltaire (^), les attributs de la nature divine (^). Ces attributs ont été conciliés avec

(') Opusc. 11, c. 34.

(2) a In Deo est liberum arbitrium. » Ib., c. 88.

(3) «Divina béatitude perfectissima est.» Ibid,, c. 102.

(*) Voyez : Certitude de la Providence. S. Cont. Gent., 1. 3, c. 94.

(5) aDeus autem per essentiam suam est ipsa bonitas. » 2^ 2*«. q. 34, a. 1. «Si igitur voluntas Dei ad malum inclinari non potest, impossibile est quod ipse rem aliquam odio habeat.» S. Cont. Gent., 1. 1, c. 96.

(«) Ibid., c. 41. Voyez les œuvres de S, Denys l'aréopagite, trad, par M. l'abbé Darboy.

C) Dict. philos., art. Bien et Mal, œuvres compl. tom. 30, p. 16.

(' ) Voyez s. C. Allemani, ThomaB Aquinatis, S. philosophica. M. Rousselot,

les principes de la raison(*). «On ne saurait donc dire absolument que le christianisme soit étranger à toute doctrine métaphysique, ni qu'il n'y ait rien de commun entre lui et la philosophie. 11 est même à quelques égards une philosophie , en ce qu'il ajoute aux éléments philosophiques (^).»

Etudes de la philosophie du moyen-âge ^ tom. 2. M. Carie, Hist. de la vie et des ouvrages de S. Thomas. M. Léon Montet , Mémoire sur S. Thomas d'Aquin, dans le tom. 2 des mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques.

(') V. Opusc. II, chap, 36 ; «Quod heec omnia (Dei attributa) à philosophis posita sunt.»

(2) Leçons de philosophie^ par M. Ch. de Rémusat, tom. 2. p. 569. S. Thomas a ajouté aux éléments philosophiques en définissant les attributs de Dieu contre le panthéisme d'Amaury de Chartres et de David de Dinan.

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