‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 54 sur 60 · ONTOLOGIE DE S. THOMAS · texte numérisé non relu

ONTOLOGIE DE S. THOMAS

L'ontologie, c'est la science de l'être; c'est la connaissance de notre existence personnelle, celle du monde extérieur, celle de Dieu (*). Or, pour que l'être passe de la possibilité à la réalité, en d'autres termes, pour que l'être en puissance (2) devienne l'être en acte, il faut deux conditions : la matière #t la forme (^). La matière, c'est quelque chose d'indéfini f^), qui n'arrive à l'existence qu'en se déterminant, c'est-à-dire par la forme (^). La forme perfectionne la matière (^).

{') Voyez Opusc. 41 : De l'Être, a De ente agitur in ontologiâ. » Cursus Philosophiœ, auctore Marino deBoylesve, p. 2,

(2) « Potentiam dicimus principium intrinsecum quo agens agit, vel patiens patitur. » Opusc. 32.

(^) V. Opusc, 31 : « De la nature de la matière. » etc.

(*) « Ex materiâ nihil determinatum provenire potest. » S. Gont. Gent, 1, 2, c. 50. Dans Aristoste, le mot matière n'est point mis non plus comme l'opposé d'esprit, mais de forme. Arist. Metaphys,. 1. 12, ch. 3.

(5) « Forma in determinatâ materiâ existens. » Opusc. 32.

{^) « Forma perficit materiam. » Opusc. 31, cap. 5. « Distinctio autem rerum secundum speciem est per formas. » S. Cont. Gent , 1. 2, c. 50- « Forma autem nobilior est materiâ, quum sit perfectio et actus ejus. » Ibid . « Gomparatur enim forma ad ipsum esse sicut lux ad lucidum vel

Cette théorie est fondée ; l'âme unie au corps produit cet être achevé qui est l'homme (*). Aussi trouvet-on dans toutes nos opérations quelque chose de l'âme et quelque chose du corps. La forme n'est pas sans la matière p), l'âme sans le corps. Ce^ deux parties de différente nature s'entr'aident mutuellement Q.Ni la forme ni la matière n'existent réellement, si elles sont séparées. L'être qu'elles constituent est un espritcorps, qui périt dès que ses deux principes constitutifs se divisent (^).

L'union de l'âme et du corps, que Platon avait établie avec autant d'intérêt que d'enthousiasme, a été adoptée par la science (^). Tout le monde convient que

albedo ad album esse. » Ibid. « Forma autem perfectè in materia existens facit esse actu taie. » Ib. c. 50. V. De Ente et Essent., c. 5, p. 18.

(') « Homo constitutus ex spiritual! et corporali naturâ. » Ibid. 1. 4, c. 55. « Ex corpore et anima dicitur esse homo.» De Ente et Essentiâ,

(2) « Omnis forma substantialis, propriam requirit dispositioncm in materiâ, sine quâ esse non potest. » Opusc. 32. « Non igitur forma propriè est. » Opusc. 33.

(■^) «Ex eis duobus fit una substantia actu existens. S. Cont. Gent., s. 2, c. 69. « Spiritus carni conjunctus. » Opusc. 47, c, 6.

(*) « Omnis enim conceptio est per separationem formas à materia. » îb., c. 55. « Humanae naturae conditio. . . . corpori conjancta. » Opusc. 47, c. 6.

(^) Voyez le Cours de Philosophie, par E. Géruzez, 3^ édit, p. 92. Réponse aux questions de Philosophie contenues dans le programme adopté pour l'examen du baccalauréat-ès-lettres , par M. Thomas, p. 35. Le Manuel de Philosophie, par MM. Jacques, Jules Simon et E. Saisset, 3°édit. Le Dictionnaire des Sciences philosophiques, sous la direction de M. Ad. Franck, art. Ame. « Dans l'homme, dit Descartes, l'âme est très étroitement conjointe, réellement et substantiellement au corps, et cette union de composition mais non de nature constitue l'humanité. » Tom. 1, Méditât. VI,p. 53G. —Tom. IT,Rép. aux quatrièmes objections, p. 50.

l'homme est un être mixte, c'est-à-dire renfermant dans sa nature deux éléments distincts et doués de propriétés opposées, l'esprit et la matière. Le principal débat sur cette question n'existe donc pas entre les philosophes, mais entre les philosophes et les physiologistes.

c( Que l'homme, dit M. Jouffroy, cette éminente créature, doive être l'objet d'une science spéciale, on n'en disconvient pas ; mais que cette science puisse légitimement se subdiviser en deux autres, la physiologie et la psychologie, voilà ce que Ton conteste. En vain le sentiment d'une double nature dans l'homme apparaît-il sous une forme ou sous une autre dans les opinions de tous les peuples ; en vain ce sentiment se faisant jour dans la science, y a-t-il introduit dès l'origine cette subdivision, et, plus puissant que toutes les objections, l'y a-t-il affermie ; en vain a-t-il reçu du Christianisme la consécration de la foi, et des plus grands esprits qui aient étudié la nature humaine, ce sentiment n'est qu'une illusion, et la dualité une apparence (*). »

Cependant la dualité est réelle (2); elle concourt à l'existence de l'être humain dans son état actuel. L'esprit a besoin de la matière pour exercer et perfec-

(') Voyez le Mémoire de>î. Jouffroy: De la légitimité et de la distinction de la psychologie et de la physiologie, publié dans les nouveaux mélanges et le tome XI des Mémoires de FAcadémie des sciences morales et politiques. « Anima rationalis et caro unus est homo. » Opnsc. 58, c. 8.

(^) « Existentia hominis universalis ex anima et corpore. » S, Gont. Gent., 1. 1, c. 65. « Persona hominis est mixtura animas et corporis. » S. Augustinus, Epist. 3. V. De la Vie et de l'Intelligence, par M. Flourens.

tionner ses facultés ; la matière a besoin de l'esprit, pour se modifier et se mouvoir (*). Sans étendue, rien de sensible; sans la pensée, rien de moral C). L'erreur de ceux qui font dériver les opérations mentales de causes corporelles, et de ceux qui nient la matière, est fondamentale : elle suppose l'oubli de l'éternelle et primitive distinction de l'être pensant et de la chose pensée, et plonge toute la nature dans les ténèbres (^). Il est aussi impossible de réduire la pensée à la pluralité, que l'étendue à l'unité (^).

S. Thomas ne confond pas les deux questions de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme (^). En démontrant sa spiritualité (^), c'est-à-dire sa simplicité,

(' ) « Ratione cujus aliquid commune est utrique^ materiali scilicet et immateriali substantise. » Opusc. H, c. 6.

(2) « Alioquin falso divideretur substantia per corporeum et incorporeum, quae tamen sunt dififerentiae substantiae immutabiles. » Ibid., cap. 7, V. Maine de Biran, Nouv. consid. sur les rapports du physique, etc.

(•') « In tantum suâ virtute anima humana excedit materiam corporalem, quod habet aliquam operationem et virtutem in quâ nuUo modo communicat materia corporalis, et haec virtus dicitur inteliectus. » 1. q. 76, a.. 1. Voyez les réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du Dynamisme humain, par M. le docteur Lordat.

(*) « L'agrégation matérielle (le corps proprement dit) n'est qu'une sorte de vêtement que le principe vivant se compose et dont il s'enveloppe» Jouffroy, Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques.

(5) C'est Voltaire qui dit : « L'âme n'a point de parties, donc elle est éternelle. » CEuvr. complètes, tom. 29, p. 213. Un meilleur logicien raisonnerait ainsi ; l'âme n'a point de parties, donc elle est simple et spirituelle.

C) « Demonstratio est syllogismus ex veris , primis, et immediatis, prioribus, notioribus, causisque conclusionis. » Opusc, 37.

le S. Docteur établit qu'elle n'est pas sujette à la corruption (*). Et comme tous les êtres, par le seul fait de leur existence dans un système ordonné par une intelligence suprême, ont une fin ou une destinée (^), celle de l'homme n'a pas été négligée par le S. Docteur. La question de l'immortalité de l'âme n'est donc pas de celles qu'il ait traitées avec le moins de développements et de succès ; elle occupe une place assez brillante dans ses écrits, pour ne pas omettre d'en parler (^).

(') «Nulla igitur substantia intellectualis est corruptibilis. » S. Cont Gent., 1. 2,c. 55, «Omnis substantia intellectualis est incorruptibilis.wlb.

(2) Voyez De la fin des Êtres, dans la Somme contre les Gentils, liv. 3. Opusc. II, ch. 199 : Quelle est la fin dernière deThomme.

(^) « Voyez le ch. 79 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils : L'âme humaine n'est point détruite avec le corps. — Réfutation des arguments qui établissent que l'âme périt avec le corps, etc» « Anima secundum intellectum et voluntatem incorruptibilis est , etc. Opusc. 44. « Dicebant etiam animam esse quoddam corpus subtile , et perire cum corpore. Horura autem opinio est manifesté, et contra sensum, et intellectum omnem, etc.» opusc. 54. Augustinus : Anima non esset imago, si mortis termino clauderetur, naturalia haec (anima simplex, immortalis) et idée inamissibilia. » Opusc. 60. « Haec enim divinae imago substantise substantia est, aut substantiae divinae imago simplex invisibilis et incorruptibilis. » Ib.

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