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DES SUBSTANCES SÉPARÉES

L'homme n'est pas le plus intelligent, le plus puissant, le plus parfait des êtres (*). Cette hypothèse est non moins repoussée par la conscience du genre humain que par la réflexion philosophique (^). Notre globe n'est pas le séjour exclusif de la pensée ; d'autres êtres nous surpassent et de bien loin, en force, en raison (^). L'analcgie seule nous conduirait à juger qu'il doit exister de pures intelligences plus parfaites que l'homme; car au-dessous de nous, de nombreuses existences échappant à nossenset ne pouvant être constatées par l'observation, pourquoi n'en serait-il pas ainsi au-

(') « Intellectus Angeli excedit magis intellectum optimi philosophi, quam Intel lectus optimi philosophi intellectum rustici. » Opusc. 6, c. 1.

(2) « Per singula apparet imam speciem suprà aliam aliquem gradum perfectionis adjicere. » S. Cont. Gent., 1. 2, c 95, «Si non esset substantia separata, nec foret in corpore compositio raaterise et formas secundum esset genus. » Opusc. 4, c. 7. «Il y a une hiérarchie pour les intelligences. » 1. Q. 75, a. 7.

(■') Voyez le ch. 91 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils : Il existe des substances intellectuelles non unies à des corps. « Tanto perfectior est earum natura, quanto plura unité et in uno simplici habet. » Opusc. 41 ,c. 5.

dessus de nous (^)? La beauté de la création implique l'existence de créatures dégagées de corps (^). Nous ne comprenons pas pleinement, il est vrai, la vaste hiérarchie des esprits, ni l'ensemble des lois qui les régissent. Tout ce que nous savons, c'est qu'il y a des substances séparées (^), et qu'elles sont diversifiées suivant les différents modes de l'intelligence ("). Saint Thomas prouve leur existence et leur antériorité aux hommes.

Partout, dit le S. Docteur, et dans tout genre d'êtres, quand il existe quelque être imparfait, il est nécessaire qu'un être parfait existe dans le même genre. Il est donc certain qu'il existe, dans la nature intellectuelle, des substances parfaites qui n'ont pas besoin d'acquérir la science pas à pas par l'attention, la réflexion, l'analyse, le raisonnement, la distinction et les images (^). Il suit de là que toutes ces substances

(') Inde est quod non formamus intentiones logicas in angelis per aliquid conceptum a parte eorum, sed per id quod concipiraus in rébus nobis notis. » Opusc. 16'

(2) « Bene potest per scientias speculativas scire de eis (substantiis separatis) ansint et quid non sint. » Opusc. 47, c. 14.

(^) « Sunt igitur substantiae intellectuales animabus secundum naturam priores, quibus per se inest sine corporibus subsistere. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. 91. « S ubstantise intellectuales secundum naturam priores. » 1, q. 50-64. V. Opusc. 15, cap. 18 : De lacondition des substances séparées.

(^) V. Opusc. II; c. 126 : Du degré et de Tordre des Anges.

(=) «Inquocumque génère invenitur aliquid imperfectum; oportet prasexistere aliquid perfectum in génère illo . Sunt igitur aliquee substantiae perfectee intellectuales in intellectuali naturâ^ non indigentes adquirerescientiam à sensibilibus rébus.» 1. p. 51, a. 1. « In substantiis separatis, quae non intelligunt cum contiimo et phantasmate. » Opusc. 35. « Si igitur

ont une intuition pleine et directe et ne sont pas unies à des corps (*).

Elles ne sont pas les espèces ou types des choses sensibles, comme l'ont cru les disciples de Platon (^) ; leur nombre n'est pas non plus celui que fixa Aristote. Il dépasse de beaucoup les mouvements célestes ('). Quant à leur excellence, les intelligences pures, c'est-àdire les Anges C^), l'emportent autant sur les êtres qui tombent sous les sens, qu'une substance pure sur celle qui est mélangée (^). L'âme humaine et les substances séparées n'ont donc pas un même mode d'existence (^). Les substances séparées sont inondées de la lumière

ante omne imperfectura oportet esse perfectum aliquid in génère illo, oportet quod, antè animas humanas,.... sint aliquse intellectuales substantiae intelligentes eaquae sunt secundum seintelligibilia,..,ac per haecomnino corporibus secundum suamnaturam separatse, » S. Cont Gent., 1. 2, c. 91.

(*) «Non igitur omnes substantiae intellectuales sunt unitae corporibus, sed aliquae sunt à corporibus separatee. » 1. p, q. 51, a.l.

(2) « Substantiae separatse non sunt species istorum sensibilium, sicut Platonicl senserunt. » S. Cont. Gent, 1. 2, c, 92.

(^) « Haec autem probatio ( Aristotelis) non habet necessitatem. » S. Cont. Gent., 1. 2. c, 92. « Harum autem numerum Aristoteles investigare conatur secundum numerum motuum cœlestium corporum. Quid autem de ejus sectatoribus, scilicet Avicenna, numerum earum assignat, non quidem secundum numerum motuum, sed magis secundum numerum plantarum et aliorum superiorum corporum. » Opusc, 15, c. 2.

(*) « Substantiae sepa'ratae, scilicet Angeli. » S. Cont. Gent , 1. 4, c. 95.

(^) «Esse alias species nobilioresistis, quanto purumestnobiliusmixto.» S. Cont. Gent., 1. 2, c. 92. « Eaquae sunt secundum se ipsa intelligibilia sunt superiora, in ordine intelligibilium, his quae sunt secundum se ipsa intelligibilia nisiquia nos facimus ea intelligibilia. » Ibid.

(^) « Virtus autem intellectiva substantiae separatae est altior quam vis intellectiva animae humanse. » Ibid.

divine ; plus elles s'approchent de cet océan de clarté, plus elles sont parfaites (0- Elles boivent à la source de la vérité (^).

Leur perfection dennande la multiplication des espèces, et non pas la multiplication des individus dans la même espèce (^). Le S. Docteur nous appprend ce qui constitue cette différence spécifique, par suite de laquelle chaque ange forme une espèce différente de celle de l'autre (^). En Dieu, dit-il, toute la plénitude de la connaissance intellectuelle se contient comme en un, savoir, dans l'essence divine, par laquelle Dieu connaît toute chose. Dans les créatures intellectuelles, cette plénitude intelligible se trouve d'une manière inférieure et moins simple. Pourtant ce que Dieu connaît par un acte, les esprits inférieurs ne le connaissent que par plusieurs actes, et même par des actes d'autant plus nombreux que ces esprits sont plus inférieurs. La supériorité d'un ange sur un autre con-

(') « Lumen in primo principio est unum etsimplex : et quantô magis creaturae distant à primo principio, tantô magis lumen illud diversificatur. » 1, p. q. 59, a. 1.

{^) « Et hoc est in Angelis, quia statim in illis, quse primo naturaliter cognoscunt, inspiciunt omnia quœcumque in eiscognosci possunt » 1, p. q. 58, a. 2.

(^) Voyez le ch. 93 du 2« livre de la Somme contre les Gentils ; Il n'existe pas plusieurs subtances séparées dans une même espèce. « In substantiis incorporeis non 'potest esse diversitas secundum numerum absque diversitate secundum speciem et absque naturali inaequalitate. » 1, p. 75, a. 7. « Perfectio naturae angelicae requirit multiplicationem specierum, non autem individuorum in unâ specie. » 1, p. q. 59, a, 4.

{*) « Angeli non differunt inter se numéro, sed quilibet angélus facit speciem per se.» Opusc. 47, c. 3. « Impossibile esse duos Angelos unius speciei. » S, 1, q. 50, a. 4,

siste en ce qu'il embrasse l'universalité des choses itl*telligibles par un nombre moindre d'espèces que Tange qui lui est inférieur (*).

Par la contemplation de leur propre essence, les substances séparées se connaissent directement et immédiatement (^) ; elles connaissent aussi les autres (^), les êtres matériels f"), l'universel et par conséquent le singulier (^).

Leur influence sur ce monde est la meilleure expli^ cation physiologique et psychologique que l'on puisse donner du sommeil dit magnétique, de l'extase, etc. Dans ces différents états, il survient un changement très sensible dans l'individu. Certaines fonctions sont complètement ou à peu près suspendues ; quelquefois r intelligence se développe à un degré tout-à-fait extraordinaire- A toutes les explications essayées jusqu'ici,

(') In Deo plénitude intellectualis cognitionis est in uno, sciiicet in essentià divinâ, per quam Deus omnia cognoscit. Quse intelligibilis plénitude, in intelligibilibus creaturis, inferiori modo, minus simpliciter invenitur. Undè quae Deus cognoscit per unum, inferiores intellectus cognoscunt per multa, et tanto amplius per plura quantè amplius intellectus inferior fuerit. Quantè Angélus est superior, tante per pauciores species universalitatem intelligibllium apprehendere potest. » 1, p. q. 54, a. 3.

(-) Voyez le ch. 97 àu%^ livre de le Somme contre les Gentils : la connaissance est toujours actuelle dans l'intelligence d'une substance séparée.

('') « Unaquœque igitur, et seipsam et alias cognoscit. «S. Cont. Gent., 1. 2, c. 98.

(*) Voyez le ch. 100 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils : Les subtances séparées connaissent tous les êtres.

("■) Voyez le ch. 99 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils : Les substances séparées connaissent le singulier.

nous préférons celle de S. Thomas; elle reflète une vive lumière sur des questions actuelles.

Plus l'âme, dit le S. Docteur, est asservie au corps, et plus rintelligence s'appesantit. Si, au contraire, l'homme arrive , n'importe par quel moyen , à ne plus faire aucun usage de ses sens, alors, sous l'influence d'êtres d'un ordre supérieur, il aperçoit dans l'avenir des choses qu'il ne saurait découvrir par tous les raisonnements; et cela d'autant plus loin, qu'il est affranchi des sens. Du reste, en thèse générale, à mesure que rame s'éloigne des êtres les plus infimes, elle se rapproche des plus sublimes, et amasse des trésors de puissance qui sont à tous les points de vue le pouvoir suprême de l'humanité (*).

(') « Quum anima huraana sit in confinio corporum et incorporearum substantiarum, quasi in horizonte existens eeternitatis et temporis, recedens abintimo appropinquat ad summum; undè et quandô taliter erità corpore separata, perfectè assimilabitur substantiis separatis quantum ad modum intelligendi , et uberius influentiam earum recipiet. » S. Gont. Gent., 1. 2, c. 81. « Quando corporeis sensibus non utuntur percipiunt de futuris ; ex superiorum impressione, aliqua quse modum rationationis humanae excedunt. » Ibid. Voyez de Mirville : Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques.

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