‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 57 sur 60 · PREUVES DE LA SPIRITUALITÉ DE L'AME · texte numérisé non relu

PREUVES DE LA SPIRITUALITÉ DE L'AME

L'âme, c'est-à-dire la substance qui pense, est distincte de la substance du corps qui ne pense pas (*) ; il n'existe pas d'identité entre le principe intelligent et nos organes Q. C'est un fait que l'âme a ses facultés, le corps, ses qualités {^). L'âme est donc une véritable substance , et non un mode de substance ; elle est le sujet dans lequel résident le sentiment, la perception, la volition, la foi, l'attention et l'intelligence C^). A l'aide de ces facultés , elle comprend les lois des choses et des êtres ; elle aime la justice et s'élève jusqu'au sacrifice réfléchi de nousmêmes. Les qualités sensibles qui sont l'objet de nos perceptions ont un sujet que nous appelons corps ;

(*) « Unaqueeque adaptatur ad unum determinatum raodum essendi secundura modum subr substantiae. Opusc. 15, c. 8.

(') « Erit omninô alia materia spiritualium et corporalium substantiarum. » Ib., c. 7.

(^) « Omnis substantia aliquarn operationem habet, » S, Gont. Gent.,

(*) « Substantia incorporea, suâ virtute contingens rem incorpoream, eontinet ipsam^ et non continetur ab eâ. » 1, p. q. 52, a. 1,

et les pensées dont nous avons conscience ont un sujet que nous appelons esprit (*). De même que l'étendue suppose un sujet étendu, la pensée suppose un sujet pensant (2). Il réside dans l'âme un principe supérieur aux altérations de la matière (^).

Ainsi, quand vous ouvrez les Opuscules de S. Thomas, sous ces lettres formant des phrases, vous trouvez une foule de pensées sublimes et des éclairs de génie. Les actes de l'intelligence sont donc les effets ou les phénomènes d'une cause ou d'une substance spéciale, distincte, par sa nature ou par sa propriété la plus caractéristique, de la substance des phénomènes sensibles (^). En effet, toute substance qui opère par ellemême, subsiste par elle-même (^); or, puisque l'amené dépend pas du corps dans son opération essentielle, spécifique, l'opération de comprendre , elle existe en ellemême etpar elle-même. Elle s'aperçoit directement dans la continuité de son activité, qui est pour elle la conti-

(') «Non est ig-itur substantia intelligens ex materiâ. » S. Cont. Gent., 1» 2, c. 50, Voyez Reid, Essai 6. QEuvr. tom. 3.

(2) Voyez le ch. 54 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils; La composition de la matière et de la forme n'est pas la même que celle de la substance et de l'être.

{^) « Avicebron tollit naturalis philosophiae fundamenta sicut et antiqui ponentes unum materiale principium. » Opusc. 15, c. 6,

(*) « Quaecumque sunt propria materise et formœ, nullo modo conveniunt substantiis immaterialibus. » S. Cont. Gent., 1. 2, c, 54.

{^) « Sic igitur apparet gradus quidem infmitatis in rébus. » Opusc. 45, c. 9. Voyez les leçons de philosophie, par Laromiguière, 9°»^ leçon.

riuité de son existence ; nul raisonnement ne peut détruire cotte certitude ni Tébranler (*).

La notion de l'âme n'est pas la notion du corps (^) ; l'âme est libre (^), les mouvements du corps sont nécessités ; la pensée ne peut se voir , ni se toucher , ni se décomposer; la matière se voit, se touche, se décompose. Ce qui est un ne peut donc pas être confondu avec ce qui est complexe, ce qui est spontané et actif avec ce qui est passif et dépendant, ce qui peut être partout à la fois , dans l'espace et dans le temps, sans être soumis aux conditions de l'étendue et de la durée (*), avec ce qui ne saurait se trouver qu'en un seul lieu , dans un seul moment. L'esprit ne saurait s'allier avec un agrégat de parties , avec une combinaison d'éléments. Il faut donc reconnaître que des phénomènes spirituels sont les actes d'un même principe qu'eux, et que, accomplis, il est vrai, à l'aide des sens et du cerveau, ils ne peuvent être perçus, voulus, jugés, conservés que dans un centre indivisible et dès-lors immatériel (^).

Cette vérité est empruntée à la source la plus pure,

(') « Substantia spiritualis est aliquo modo infinita inferius, in quan. tum non participatur in subjecto. » Opusc. 15, c. 8.

(-) « Anima ab immateriali causa procedit, scilicet àDeo, aloquin non posset habere virtutem et operationem intellectualem i\ corpore penitus absolutam. » Opus. 33,

(^) Voyez le ch. 48 du 2^ livre de la Somme contre les Gentils: Les substances intelligentes ont le libre arbitre.

(^) « In substantiis autem intellectualibus, quae non sunt ex raateria et forma compositis, etc. )> S. Cont. Gent., 1. 2, c. 34.

à l'expérience intérieure (*). L'erreur de ceux qui n'admettent pas d'autre substance qu'un assemblage d'éléments matériels, est frappée à sa racine aussi bien que le scepticisme (2). Comment donc ne pas convenir que ce principe auquel on donne le nom de moi, si on le considère sous le rapport de sa personnalité ; celui de conscience, si on le considère sous le rapport de son action réfléchie; celui d'âme, si on le considère sous le rapport de son existence abstraite, conserve seul l'identité de l'être humain à travers les phases de la vie, les changements du corps, le renouvellement total des organes incapables par là même de rester dépositaires d'impressions et d'idées appelées à survivre à la portion de matière qui les aurait produites (')? Comment contester que l'étude des facultés de l'âme, de ses lois, de ses actes, forme une science à part, justement appelée psychologie ou science du corps ? L'existence, la simplicité, la personnalité de l'âme ressortant donc de la philosophie de S. Thomas avec cette clarté, cette précision et cette rigueur que nous trou-

er) «Qu'on demande au simple villageois si ses pensées sont vertes comme ses prairies, ou carrées comme sa maison, cette question lui paraîtra ridicule. » De la spiritualité de l'âme par M^"" Frayssinous. Conférences sur la religion, tom. 1, p, 263.

(2) « Per hoc excluditur error naturalium qui nuUam substantiam nisl corpoream esse ponebant. » S, Gont» Gent., 1. 2, c. 50. « Avicebron ascendit in principiamaterialia, quodomninb rationi répugnât. Opusc. 15, c. 6. « Sicut autem praedicta positio circa conditionem spiritualium substantiarum à sententià Platonis et Aristotelis deviat, eis immaterialis simplicitatem auferens, etc. » Opusc. 15, c. 9.

{^) Voyez Opusc, 15, c. 18 : De la condition des substances spirituelles.

vons dans les psychologues modernes ('). Cette remarque n'a pas obtenu des philosophes et des historiens de la pensée libre toute l'attention qu'elle mérite.

(') « Voyez Jouffroy, préface de D. Slewart. M. Damiron, Essai sur l'Hist. de la philos , art. Broussais, etpassim. Etude sur Broussais, lue le 27 juin 1840, par M. Mignet à la séance annuelle de TAcadémie des sciences morales et politiques. Revue française, septembre 1829, etc. Martin Roche, Traité de la nature de l'àme contre Locke, tom. 1, ch. 5. Mendelsohn, Dissert, sur la spiritualité de Tàrae. La réfutation du matérialisme de Broussais, par M. Ch. de Rémusat , Essais de philosophie, tom. 2, p. 11 et suiv. Gatien-Arnoult, Programme d'un cours complet de philosophie.

« M. Broussais, qui reconnaît un souverain auteur à Tunivers, lui qui a dit : je sens qu'une intelligence a tout ordonné, n'aurait-il pas dû apercevoir qu'il est aussi difiQcile de rejeter l"âme du corps que d'exclure Dieu du monde ; que le corps ne peut pas plus se passer que le monde d'un ordonnateur spirituel qui possède et qui dirige ces nobles facultés à l'aide desquelles nous comprenons les lois des choses et des êtres, nous aimons la justice, nous faisons volontiers le bien, et nous nous élevons jusqu'au sacrifice réfléchi de nous-mêmes? M. Broussais a-t-il raison contre le sentiment unanime du genre humain et contre l'opinion à peu près générale des philosophes, qui placent dans le corps un principe spirituel distinct, quoique dépendant de lui sous beaucoup de rapports, pendant leur union passagère? Est-il possible d'admettre qu'un instrument matériel produise seul des effets qui ne le sont pas?» M. Mignet.

PREIVES DE l'immortalité DE I/AME,

D A'PRES S. THOMAS

L'âme est immortelle, car échappant aux conditions serviles de la matière, elle atteint l'infini, l'absolu, sort de l'espace et du temps, entre dans le domaine de l'idée pure, dans le monde de la vérité, de la bonté, de la beauté, où il n'y a plus de limites ni de fm. De cela seul que l'âme est distincte du corps (*), il s'en suit qu'elle ne peut être entraînée dans la ruine d'unédifice de boue qui s'écroule. (^). S. Thomas prouve cette vérité : par la psychologie ; par le mérite et le démérite ; par la conception d'un monde meilleur, dont l'idéal nous tourmente sans cesse, et par la Providence.

r Par la psychologie. Le principe intellectuel, que nous appelons esprit ou entendement , a une action propre (^j; or, un être ne peut avoir une action propre

(') « Substaiitia intellectualis non est corpus. » S. Conl. Gent., 1. 2,

(^) Subsistit in se. » Ibid. « Ostensum est omnem substantiam intellectualem esse incorruptibilem. » Ibid. « Omnis substantia intellectualis est incorruptibilis. » 1, p. q. 50, a. 5. « Anima enim humana manet post rnortem cum plenitudine virtutum suarum. Opusc. 31, c. 6.

{^) « Intellectus autem omninô secundum suam naturam suprà mateliam elevatur, quod ejus operatio ostcndit^ » Opusc. II; c, 84.

s'il ne subsiste point par lui-même. Donc l'âme est immortelle (*). Elle est libre et souveraine, car dominant le corps qui la porte et ses instincts inférieurs, elle se crée une royauté sans bornes par la culture de la raison et le perfectionnement de la moralité. Elle est de race divine, car, dépassant la planète à laquelle elle est liée sous le rapport de l'espace , elle étend partout son empire.

Le corps est dans l'inaction ; plus rapide que l'éclair, la pensée s'élève jusqu'à la hauteur des cieux, compte les mouvements des astres , et se fraie des routes à travers les plaines de l'immensité. Toute l'histoire se reproduit devant ses regards: elle remonte dans le passé, contient le présent, s'étend dans Favenir et embrasse le possible comme le réel. Et parce que le limon du corps se dissout, on ne supposera pas que l'âme doit périr avec lui (^).

Les lois morales qui président aux affaires humaines ont une portée au-delà des limites de leur scène actuelle, lorsque toutes les lois qui président à cette partie du monde physique que nous apercevons, tiennent à un système universel. Grandes et belles considérations dont chacune, méditée à part, est suffisante pour établir la vérité qu'elles concourent à établir.

Voyez l'Enéide. Il y eut dès l'origine, dans cet ouvrage, l'œuvre de Virgile, les lettres et le travail de

(') M Anima humana est incorruptibilis. » Ibid.

(') « Nulla res corrumpitur ex eo in quo consistit sua perfectio; non ergô corruptio animœ consistit in hoc quod à corpore sépare tur. » S. Cont. Gent.^ 1. 1, c. 49,

son intelligence. Or, les pensées du poète de Mantoue ont survécu à la ruine des empires ; la hache du temps ne peut toucher l'esprit : il est incorruptihle (*).

2° S. Thomas déduit encore l'immortalité del'âme du mérite et du démérite, c'est-à-dire du rapport naturel qui existe entre une bonne action et le bonheur, une mauvaise action et le malheur, en d'autres termes, d'une vérité que le S. Docteur appelle intuitive, c'est-à-dire nécessaire. Donela distinction du juste et de l'injuste, qui doit jouir de toutes les propriétés des vérités intuitives^ sera aussi une vérité nécessaire ; et toutes les vérités qui sont légitimement déduites de cette vérité du mérite etdu démérite, l'idéede récompense et de châtiment, qui, toutes se déduisent naturellement, légitimement, de l'idée du juste et de l'injuste, seront aussi nécessaires. Or, si ces idées sont nécessaires, il faut qu'elles soient réelles, qu'elles portent sur des objets réellement existants. Mais comme la destinée de l'homme ne s'accomplit pas sur la terre, il faut conclure de là une vie future, où cette réalisation sera effectuée (^). L'immortalité de l'âme est donc le dernier mot de la

(') « Propriurn perfectivnm homiais secundum animam, est aliquid incorruptibile; ergô anima humana est incorruptibilis. » Ibid., c. 79. Je ne vois donc pas que « dans les ouvragos philosophiques de S. Thomas, rimmortalité soit plutôt affirmée qu'établie. » Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques. Juin 1857, p. 342. « Intellectus quo homo intelligit est incorruptibilis. » Opusc, II, c. 84. « Est intellectus secundum naturam incorruptibilis. » Ibid. « Anima secundum intellectum namque et voluntatem separata et incorruptibilis est, et quantum ad hoc pertinet ad genus substantiarum separatarum. » Opusc. 4 4.

('-') « Est aulem conveniens, ut prsîmium cxpectet à Dec. » Opusc 20,

science : elle change tout en nous et hors de nous. Au-dedans, elle rend le sacrifice facile; au-dehors , elle ôte au malheur sa réalité (*). C'est l'éclair au milieu des ténèbres; mais un éclair qui brille et ne disparaît plus. La vie de l'homme est un drame complet, ou une pièce dont les premiers actes se jouent ici-bas et qui se continue sur un autre théâtre. Donc l'âme est une substance (^) incorruptible (^) , c'est-à-dire perpétuelle ou immortelle C*).

3° Le S. Docteur prouve cette vérité par la conception d'un monde meilleur, dont l'idéal nous tourmente sans cesse. Cet idéal, ce n'est pas moi qui me le suis donné, je ne suis pas le maître de m'en dépouiller^ je l'ai reçu de Dieu avec l'être de la vie. Que si Dieu me l'a donné, ne faut-il pas que tôt ou tard il le réalise {^)?

Dans la nature tout marche à ses fins ; l'eau coule pour la soif ; le blé mûrit pour la faim ; l'air ne manque pas à mes poumons, le jour à nos regards ; l'éternité ne peut donc manquer à nos âmes (^). Et comment leur manquerait-elle, quand les autres êtres puisent

{',1 Voyez le ch. 14 du 3« livre.de la Somme contre les Gentils : Dieu punit et récompense les actes des hommes.

(') « Substantiae intellectuales subsistentes. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. 5.

(') « Substantiae intellectuales sunt incorru pti biles. » Ibid., c. 55.

(*) « Animaevita perpétua est. Ib., 1. 4, c. 81.

(*) « Oportet igitur quod, cum homo pervenerit ad suum finem ultimum, naturale ejus desiderium quietetur. Sed hoc non potest fieri in vitâ istâ. Oportet ergô quod consequatur post hanc vitam. S. Cont. Gent.j 1. 3, c. 48.

(*) « Deus est qui hommis desiderium quietare potest, » Opusc, 20^ lib. 1, c. 8.

dans le ileuve de la vie, chacun selon sa nature, l'alinicnt universel? Depuis le grain de sable qu'un souffle emporte, jusqu'au cèdre du Liban, tout aspire cette sève puissante, se nourrit d'elle en la transformant en soi, et Dieu ne rattacherait pas éternellement à lui les âmes capables de le connaître et de l'aimer (*)?

4° S. Thomas prouve l'immortalité de l'âme par l'idée de la Providence. 11 en appelle à la puissance divine, à sa bonté, à sa sagesse.

1 ° A sa puissance . Rien ne se perd de ce qui a mouvement et étendue. Pourquoi donc l'âme s'évanouiraitelle ? Quand, pour nous créer Dieu n'a qu'à vouloir, lui en coûterait-il de conserver la plus noble des créatures, celle qui se blâme ou s'approuve, et creuse à chaque instant de nouveaux sillons dans les champs de l'intelligence et de la vertu ?

Nous, faibles mortels, nous nous efforçons d'imprimer le sceau de l'immortalité à nos ouvrages ; et l'ouvrier divin, la source de Têtre et de la vie, n'aurait travaillé que pour le néant (^) ?

Le S. Docteur en appelle 2° à la bonté divine. Seul, l'homme éprouve les douleurs de l'âme, mille fois plus cruelles que les souffrances du corps. Au milieu de

{') « Unuiiiquodque naluraliter suo modo esse desiderat ; desiderium autem in rébus cognosceiitihus sequitur cognitionem : undè oinne habeiis intcllectum naluraliter desidcrat esse semper; nalurale autem desiderium non potest esse inane; omnis igitur intcUectualis substantia est incorruptibilis. » S. 1^. q. 7b, a. 6.

(-) « Si enim natura in generatione hominis perpetuum esse intciidit, multo magis Deus in hominis reparationc. » Opusc. II, c. Ibb.

mille spectacles déchirants, il a une soif ardente du bonheur; il le cherche et le poursuit sans cesse. Or, s'il n'y a rien pour lui au-delà du tombeau, pourquoi ces désirs phis grands que l'univers, plus étendus que les siècles? Pourquoi ces pensées qui se nourrissent de l'infini, et ces espérances qui s'élancent dans un avenir sans terme (*) ?

S. Thomas en appelle 3" à la sagesse divine. Elle n'a pas édifié pour abattre, planté pour arracher. Produire n'est pas tout : la vraie fin du Créateur, sa fin suprême et absolue, c'est de faire durer l'âme f ).

Son immortalité est encore prouvée par les remords de la conscience , par l'épreuve , par le contraste de la convenance parfaite de la condition des animaux avec leurs instinets et leurs facultés sensitives Q , et par la disconvenance de l'état actuel de l'homme avec ses facultés et les notions de félicité et de perfection dont il est capable (''). Si des savants du

(') « Quum beatitudo hominis perfecta in divinâ iruilione consistât, oportuit affectum hominis ad desiderium divinse fruitionis disponi. » S. Cont. Gent., l. 4, c. 54. « Impossibile est appetitum naturalem esse frustra. Sed homo naturaliter appétit perpetuo manere, consequitur erg6 homo perpetuitatem secundum omne tempus apprehendit. » Ibid., l. 2, c. 79.

(^) « Relinquitur, quod intendatur perpetuum esse individui, Homines igitur résurgentes in perpetuum vivent. » Opusc. II, c. 155,

(^^) Voyez le ch. 1 du 3« livre de la Somme contre les Gentils : De la fm des êtres, et la vérité d'un avenir, par Massillon. (Serm. de Carême).

(') « In brutis non invenitur aliquis appetitus ad esse perpetuum..... Animal apprehendit nisi hic et nunc, impossibile est quod appréhendât esse perpetuum.» S. Cont. Gent., I. c. 82,

paganisme ne purent définir la félicité parfaite, dit S. Thomas, nous en sortons aisément par la conviction de l'immortalité (*). Cette vérité verse toute la clarté le jour où l'homme vertueux succombe dans sa lutte pour la justice, où une conscience pure est tentée et éprouvée, où un être noble et bon, contemple le ciel dans la sérénité de son cœur.

Chacun aura sa vie future en raison de sa vie passée ; de sorte que le lettré, par exemple, qui aura vécu saintement et noblement accepté sur la terre les dures nécessités de Fétude, en sera, au temps de la justice, dignement récompensé par une facilité sans bornes à retrouver et à recueillir les plus pures de ses idées, à les approfondir et à les étendre, à les enrichir d'idées nouvelles bien autrement fécondes et claires, et de toutes à se composer cette divine science qui est la vue même de la vérité. Quand, de même, le poète, après avoir, dans le présent, cherché le ciel, et douloureusement dévoué son génie au culte de l'art, son bonheur sera de jouir, mais alors sans fatigue et sans fin, de cette lumière éternelle, tant désirée ici-bas.

Dieu, au terme de la perfection qu'il a assignée à ces prédestinés, rapprochant dans leurs facultés le savant et le poète, et les remplissant dans cette sublime vérité, qui est autant le beau que le vrai et le vrai que le beau, parce qu'elle est le bien lui-même, l'objet suprême de la pensée, mêlera harmonieusement les ins-

(') (( In hoc satife apparet quantam angustiam patiebantur hinc indè eorum praeclara ingénia; à quibus angustiis liberabiraur, si ponaraus homines ad ver a m felicilatem post hanc vitam pervenire posse. » Ibid.

pirations de celui-ci aux lumières de celui-là, et tous les deux les élèvera à cet état d'intuition dans lequel l'intelligence, ne se divisant plus avec elle-même, unira et fondra entre-elles la poésie et la science, et n'aura pour tout qu'une idée, l'idée divine des choses (*). Et ce que S. Thomas dit des mérites intellectuels, s'applique à tous les autres mérites et à toutes les vertus.

La dissolution du corps n'entraîne donc pas avec elle celle du sentiment, de la pensée, de la volonté, et de tout ce qu'il y a de meilleur sur la terre (^). Donc l'âme est immortelle (^). Si elle ne l'était pas, il n'y aurait ni peine ni récompense après la mort. Ce qui répugne autant aux principes de la saine philosophie qu'aux dogmes de la foi (^).

(') « Etsi intelligert^ nostrum secundum modum praesentis \itae, corruplo corpore corrumpatur, succedet tamen alius modus intelligendi altior. Pro intelligentiâ eorum quae quis prius novit, quam oportet animie separatae adesse etiam eorum quae covit in vitâ, quam species Intel ligibiles in intellectu possibili indelebiliter recipiantur.» S. Cont. Gent.. 1. 2. c. 81.

(2) « Non cum corpore moritur, sicut Arabs asserit, neque post modicum intellectum, sicut Zeno dicit, quià substantialiter vivit. » Ib., c. 79.

(') « Sic igitur ex praedictis rationibus concludi non potestanimam hominis esse mortalem. » Tb., c. 81. « Impossibile est, quod anima rationalis, corpore corrupto, corrumpatur. » Ib.^, c. 90*

(*) « Substractâ enira ab omnibus diversitate intellectus, qui inter partes animse incorruptibilis et immortalis apparet, sequitur post mortem nibil de animabus hominum remanere, nisi unitatem intellectus, et sic toUitur retributio praemiorum et pœnarum, et diversitas eorum. Intendimus autem ostendere propositionem praedictam non minus contra Philosophiae principia esse, quam contra fidei documenta. » Opuse. 16.

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