‹ De la philosophie de St Thomas d'AquinChapitre 58 sur 60 · DE LA RÉSURRECTION DES CORPS · texte numérisé non relu

DE LA RÉSURRECTION DES CORPS

d' APRÈS S. THOMAS.

Indépendamment des preuves tirées des saintes Écritures, la résurrection des corps a sa raison dans la nature même de l'âme. En tant qu'il est contre la nature que l'âme soit séparée pour toujours du corps auquel elle a été une fois substantiellement unie^ et que rien de ce qui est contraire à la nature ne saurait durer toujours ; en tant que rien n'est plus conforme à la nature de l'homme que de subir une crise miraculeuse par laquelle il peut redevenir tout ce qu'il a été ; en tant que rien n'est plus conforme h la nature de Dieu que cette économie de Providence par laquelle il sera interdit à la créature d'éluder pour toujours le dessein primitif du créateur dans la formation de l'homme, et par laquelle la mort, qui n'est qu'un accident, sera réparée, et l'ordre primitif, l'ordre universel sera rétabli ; la résurrection des morts, tout en restant un grand et incompréhensible mystère, est tout ce qu'on peut imaginer de plus simple, de plus juste, de plus raisonnable, de plus naturel (*).

(') « Resurreclio, quantum ad finem, naturalis est, » S. Cont. Gent, 1. 4, c. 8.

L'homme ainsi nommé à cause de l'union de l'âme avec le corps, ne demeurera pas éternellement mutilé (*). 11 sera retiré de la poussière (^). La résurrection effacera les traces livides du passage de la mort (^). Tout est alternatif; après le jour, la nuit, après les douces saisons et les brises fécondes, l'hiver stérile qui change en suaire le riche vêtement de la nature, et, de sa froide haleine, tue ce qu'avait animé le printem[>s.

Rien ne périt, tout se transforme. Les contraires naissent des contraires, la mort, de la vie; la vie, de la mort. 11 n'y a pas de production sans destruction. L'amour qui embrasse tout, s'élève au-dessus de tout, féconde la mort, et fait d'elle encore l'élément d'une vie plus parfaite. Le vêtement du trépassé enferme dans ses plis la vie renaissante {^), L'existence est un

« Manifestum est quod anima corpori naturaliter unitur ; est igitur contra naturam animée absque corporç esse. Nihil autem quod est contra naturam potest esse perpetuo. Non igitur perpetuo erit anima absque corpore. Quum igitur perpetuo maneat, oportet eam corpori conjungi ; quod est resurgere. Immortalitas igitur animarum exigere videtur resurrectionem corporum futuram. » S. Cont. Gent., 1. 4, c. 79. « Quod est per accidens et contra naturam non potest esse sempiternum ; necesse est autem, hoc quod est animam à corpore separatam esse, per accidens esse, et contra naturam, si hoc per se naturaliter inest animae ut corpori uniatur. Non igitur erit in perpetuum à corpore separata. » Opusc. II, c. 151.

(') « Resumet anima in resurrectione corpus humanum ex carnibus et ossibus compositum organicum eisdem organis , ex quibus nunc consistit. » Opusc. Il, c. 1S3.

(2) « Conveniens est, ut eadem membra homines habeant, quibus peccato vel justitiae deservierunt. » Opusc. II, c. 157. Voyez encore Opusc. II, c. 152.

(0 Opusc. II, c. 154. l

(0 « Generationi corruptio adjungitur, » S. Cont. Gent., 1. 3, c. S.

cercle aclif , dont les extrémités opposées reviennent sur elles-mêmes, rentrent sans cesse les unes dans les autres par des mouvements opposés, qui les séparent à la fois et les rapprochent ; composent pour décomposer ; décomposent pour composer encore ; détruisent en renouvelant; renouvellent en détruisant; tirent le plus grand du plus petit et le plus petit du plus grand, le plus faible du plus fort (*).

Ce n'est pas tout : les choses qui sont destinées à être unies selon leur nature, aspirent naturellement à cette union, car chaque chose aspire à ce qui lui convient suivant sa nature. Comme donc l'âme est naturellement unie au corps, elle éprouve le désir naturel de cette union du corps. Il ne pourra donc y avoir un repos parfait de la volonté sans que l'âme soit de nouveau réunie à son corps, ce qui est la résurrection de l'homme (^).

Et qui ne désire , je ne dis pas reparaître sur ce globe, où nos traces seront bientôt effacées, mais revoir des visages amis, entendre de rechef des voix qui nous furent connues, ceindre d'un regard de tendresse des

( ') « Ex quo patet quod idem homo numéro resurget, et non alius, cum omnia sua principia redeant ad invicem eadem nnmero. » Opusc, 31 ^ cap. 7.

(2) « Qusecumque autem nata sunt uniri secundum naturam suam, naturaliter sibi uniri appetunt; unumquodque enim appétit id, quod est sibi conveniens secundum suam naturam. Cum igitur anima humana naturaliter corpori uniatur, naturale ai desiderium inest ad corporls unionem. Non poterit igitur esse perfecta quietatio voluntatis, nisi iterato anima corpori conjungatur, quod est hominem à rnorte resurgere. » Opusc. Il, cap. 151.

parents, au sein de l'éternel bonheur ? Or, ce désir n'est pas apaisé après la mort (*). L'âme est en quelque manière imparfaite, de même qu'une partie qui se trouve en dehors de son tout. L'homme ne peut donc arriver à un bonheur complet qu'autant que son corps ne soit ranimé (^). La justice appelle à grands cris le jour d'une manifestation oii, par l'éclat des peines et des récompenses, les uns apprendront ce qu'ils ont évité, les autres ce qu'ils ont perdu (^). Et parce qu'il sera pourvu à la perfection de l'âme en ce qu'elle recevra un corps, le corps devra être dans une disposition conforme à celle de l'âme. Or, l'âme est incorruptible ; il lui sera donc rendu un corps immortel {^).

(') « Naturale hominis desiderium ad felicitatemtendere. Félicitas aulem ultima est felicis perfectio. Anima autem à corpore separata est aliquo modo imperfecta, sicut omnis pars extra suum totum existens. » S. Cont. Gent., 1. 4, c. 79.

Q) « Finalis perfectio requirit perfectionem primam. Prima autem perfectio uniuscujusque rei est, ut sit perfeclum in suà naturâ, finalis verô perfectio consistit in consecutione ultimi finis. Ad hoc igitur'quod anima humana omniraodè perficiatur in fine, necesse est, quod sit perfecta in suâ naturâ, quod non potest esse, nisi corpori unita. Natura enim animae est, ut sit pars hominis ut forma; nulla autem pars perfecta in suânaturâ, nisi sit in suo toto. Requiritur igitur ad ultimam hominis beatitudinem, ut anima rursum corpori uniatur. » Opusc.II, c. 151.

{•'') « Debetur hominibus, et secundum animas, et secundum corpus^ prsemium et pœna. Manifestum est autem quod in hâc vitâ praemium ultimae felicitatis consequi non possunt, uecessarium igitur est ponere iteratara animae ad corpus conjunctionem, et homo in corpore et anima praemiari ut puniri possit. » S. Cont. Gent., 1. 4, c. 79. « Oportet igitur quod utrinque corpus incorruptibile recipiatur. » Ib., c. 85.

(*) V, Opusc, II, c, 151, compendium theologiee.

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