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OBJET DE LA PSYCHOLOGIE

La Psychologie a pour objet la connaissance de l'âme et de ses facultés considérées en elles-mêmes et étudiées par le seul moyen de la conscience. S. Thomas explique la science du subjectif, c'est-à-dire les phénomènes intérieurs, et les dégage de la sensation qui les enveloppent (*). L'intelligence parvient et ne pourrait même ne pas parvenir à la conception des vérités nécessaires, invariables, universelles. C'est dans la nature de l'esprit humain, indépendamment de tout objet corporel, que se trouvent ces principes et la certitude de toutes les connaissances (2). En d'autres termes, l'intelligence influe puissamment sur toutes les sciences (^). Il y a donc des vérités nécessaires, nées de la raison et distinctes des vérités contingentes, déduites de l'expérience. Ces vérités, et celles qui en sont déduites par le raisonnement, subsistent indépendam-

(') «Pars atitem intellectiva non causatur ab aliquibus principiis corporis. » S. Cont. Gent., 1. 3,c. 84. Voyez Jouffroy, Préface, placée entête de la trad. des Esquisses de Philos, morale, par Dugald-Stewart, et Mélanges philosophiques.

(^) « Anima per intellectuni cognoscit cognitione immateriali, universali et necessaria, non per corpora. d S., p. 1, q. 84, a. 1.

(') « Intelligentia, secundum ipsum, influit omnes scientias. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. 74.

-Dûment des temps et des lieux. Et, si tout était détruit, elles se conserveraient dans la pure pensée, car elles reposent sur la nature des choses (*).

S. Thomas est donc le contraire d'un empirique, c'est-à-dire de l'emploi exclusif de Texpérience , au préjudice du raisonnement et des idées à priori, car il interdit aux empiriques et aux sensualistes de parler des axiomes que les sens ne conçoivent ni ne fournissent. L'intelligence est une faculté immatérielle, c'està-dire indépendante dans son principe, dans son unité, des lois du monde physique {^). Toujours vraie par elle-même, elle prend son essor vers l'infini en parcourant, dans un ordre admirable, tous les degrés de la vie spirituelle ('). Mais bien qu'elle ne soit pas inhérente à un corpS; son opération ne peut pas se réaliser sans l'expérience {^), Le S. Docteur n'a pas relégué l'objet de la philosopie hors du monde physique, dans la seule région des idées pures, sachant bien que tout ce qui a une place nécessaire dans le tout, en a une également nécessaire dans la science de ce tout, où rien n'est explicable qu'en tenant compte de la totalité des élémens essentiels dont ils se composent. Ainsi, les

(') « Ëtiarnsi intellcctus humanus non esset, adliuc dicerentur verœ. » Q. Quodl., Q. de Véritate, a. 2. Selon Mallebranche et Platon, les idées nécessaires sont éternellement en Dieu, et quand nous les apercevons, nous les voyons en Dieu.

(2) «Intelligere autem non est per instrumentum corporis. » S., p. i, q. 76, a. 1.

(^) « Intellectus dicitur quidcm per se sernper esse verus. » S. Cont. Gent., 1. 1., c. 59.

(1) « Si enim intellectus intelligit se intelligere, priùs oportet ponere quod intell igit rem aliquam, etc. » S. Cont. Gent., I. 3, c. 26.

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lois de l'organisation sont étroitement liées à l'intelligence, et aucun être intelligent n'existe que sous les conditions de l'organisme. Le même vice se reproduirait en sens inverse, si, négligeant les idées pures, l'esprit s'absorbait dans la matière, et y cherchait l'explication des choses (*).

Cependant, durant de certains momens surtout, et dans des esprits méditatifs, l'intelligence est purgée de toute matière (^). Elle agit dès-lors comme totalement affranchie des sens. Mais ordinairement, il se mêle aux opérations intellectuelles quelque chose de sensible, c'est-à-dire que l'intelligence ne se développe qu'avec la sensibilité. S. Thomas n'a donc pas séparé ce qui ne doit pas être séparé, et s'est préservé de la première erreur de l'idéalisme (^). C'est ainsi que se maintient l'harmonie et l'unité de la création. Et moins on s'arrête à l'écorce matérielle des choses, plus on descend au-dessous, là où palpite la vie C").

Mais le développement intellectuel n'a pas la même expression dans tous (^). L'enfance, la vieillesse, le

{') « Sicut autem animalis propria operatio est sentire, ità hominis propria operatio est intelligere. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. 73.

(2) « Intellectus omninô à conditionibus materiae exuitur. » S. Cont. Gent., 1. 1, c. 65.

(^) « Nihil enim prohibet intellectum nostrum, intelligentem multa, multipliciter referri ad id quod est in se simplex, ut sic ipsum simplex sub multiplici relatione consideret. S. Cont. Gent., 1. 2, c. 14.

(^) «Et quanto aliqiiid est magis simplex, tante est majoris virtutis.r S. Cont. Gent., 1. 2, c. 14.

(^) «Et quum vita manifestetur secundum dîversas operationes in divems gradibus viventium. » S., p. T, q. 76, a. 1.

sexe sont des causes générales de modification , il en est d'autres qu'on peut appeler accidentelles, par exemple les infirmités corporelles, l'affaiblissement des facultés morales (*), les préoccupations trop vives des besoins du corps f), les lésions de l'organe cérébral qui altèrent ou suspendent la pensée (^).

Pour arriver à la connaissance entière de notre nature, S. Thomas parcourut toute l'échelle des êtres impersonnels, toute la richesse et la variété de l'œuvre divine, à partir des corps inanimés C^), et en passant par les plantes C*), par l'âme sensitive des animaux, c'est-à-dire par les nuances les mieux liées, les gradations les plus harmonieuses (^).

L'animal n'est déjà plus la plante; la plante n'est organisée que pour les fonctions de nutrition et de reproduction; dans l'animal, il y a un principe qui n'est ni le principe nutritif, ni le principe reproductif; c'est

(') «Si autem in operatione intellectus accidit fatigatio aut impedimentum propter infirmitatem corporis. hoc non est propter debilitatem ipsius corporis, sed propter debilitatem virium quibus intellectus indiget, scilicet imaginationis , memorativse et cogitationis virtutum. » S. Gont. Gent., 1. 2, c. 79.

(2) «Nam anima, quandô impeditur ab occupatione circà corpus proprium , redditur debilior ad intelligendum aliqua altiora. » S. Cont. Gant, 1. 2, c. 81.

(•') « Necessaria est bona dispositio cerebri. » q. Quodl. q. de Anima, a. 8.

{*) « Ex rébus omnibus inanimata corpora infimum locum tenent. » s. Cont. Gent., 1. \, c. XI.

(5) «Post inanimata ver6 corpora, proximum locum tenent plantse, in quibus jam emanatio ex interiori procedit. » Ib.

(^) « Ultra plantarum verè vitam altior gradus vitee invenitur. » Ib.

le principe qui s'empare de l'ensemble de l'animal, s'en sert, en dispose, mais ne s'exerce pas en dehors du corps. Ce n'est donc pas l'homme encore (*); c'est plus que la chose, c'est la sensibilité, et moins que la personne (^). Aussi voyons-nous que la sensation suit tous les degrés qu'on aperçoit dans ce règne de la nature : sourde, confuse dans les espèces inférieures, elle s'épanouit , s'éveille à mesure que l'organisation devient plus parfaite, et n'arrive que chez l'homme à ce degré de conscience qui en fait le chef-d'œuvie de la création (^).

Cette grandeur est dans l'intelligence {'') ; et quand les animaux montrent de l'industrie, S. Thomas les compare à des horloges et autres matières ingénieuses, où toutefois l'industrie réside , non dans l'ouvrage , mais dans l'action (^). Telle est la loi de continuité.

(') «Estigitur snpremus et perfectiis gradus vitae qui est secundum intellectum ; nam intellectus in se ipsum reflectitur, et se ipsum intelligere potest. » Ib. « Si quis di versas species rerum considérât^ in eis quidam ordo ostenditur prout viventia sunt suprà non viventia, et animalia suprà plantas, et home super alia animalia. » S. Cont. Gent., 1. 4, c.24.

(2) «Nam suprà inanimata corpora inveniet plantas, et super hasirrationaMlia animalia, et super hsec intellectuales substantiasj et in his singulis horum inveniet diversitatem, secundum quod qusedam sunt aliis perfectiora. » S. Cont. Gent., 1. ^, c. 66.

(^) « Per intellectum homo omnia animalia transcendit. » S., p. l, q. 76, a. 1.

(*) « Solae autern vires quae sunt propricB anirase, scilicet rationales, sunt hominis tantum. » S., 1« 2*, q. 55, a. 2.

(^) « Animalia intellectum non habent ; quod ex hoc apparet quia non operantur diversa et opposita, quasi intellectum habentia, sed sicut à naturà mota ad determinatas quasdam operationes et uniformes in eâdem specie, sicutomnis hirundo similiter sedifîcat. » S. Cont. Gent., 1. 2, c. QG.

Tous les êtres que contient la nature ne forment entr'eux qu'une seule chaîne, dans laquelle les différentes classes tiennent si étroitement les unes aux autres ou sont séparées par des différences si insensibles, qu'il est impossible de fixer précisément le point où quelqu'une finit et commence (*). Il existe aussi entre les intelligences une fdiation qui les lient les unes aux autres, sans s'inquiéter d'un intervalle de quelques siècles. Avec combien de raison, l'histoire entière le dit.

S. Thomas s'occupa d'une question à laquelle le docteur Gall a donné un grand éclat, c'est-à-dire de l'union entre le principe constitutif de la personnalité humaine et son organisme matériel. Cet hyménée existe (^). Mais, de quelle manière une substance intellectuelle est-elle dans un corps? Non par forme de mélange (^), ou par le contact proprement dit C^), ni par la contiguïté, ni par la composition (^), mais par

« Tum ex hoc quod habent judicium ad aliquod determinatum et non ad omnia, sicut apes non habent industriam ad faciendum aliquod aliud opus nisi favos mellis. » Q. Quodl., q. de Voliintate, a. 1.

( ' ) « Hoc autem modo mirabilis rerum connexio considerare potest. Semper enim invenitur infimum supremi generis contingere supremum inferioris generis ; sicut qusedam infima in gênera animalium parum excedunt vitam plantarum, etc.» S. Cent. Gent., 1. 2, c. 68. Voyez: Dissertatio de lege continuitatis seu gradationis, (1760) par Plouquet.

C) Voyez le ch. 56 du 2® livre de la Somme contre les Gentils : De l'union de l'àme et du corps.

(•"') «Non potest corpori uniri per modum mixtionis. » S. Cont. Gent., 1. 2, 0. 56.

(^) «Non per modum contactus propric sumpti. » S. Cont. Gent., 1. 2., c. 56.

{■') « Neque continuationc neque compositione aut colligatione. » Ib.

association. Cest par là que l'âme vivifie le corps et se gouverne elle-nneme par la raison (*). Et quand elle sort d'elle-même, elle entre dans le monde de la logique et de l'ontologie.

La certitude des recherches objectives dépend de la certitude des recherches subjectives. L'objectif n'existât-il pas, l'âme n'en serait pas moins réelle. Si donc il y a dans l'empirisme une doctrine vraie en elle-même , il y a dans l'homme un autre ordre de connaissances dans leurâ rapports avec la pensée (2), et qui contient tous les éléments fondamentaux du problème des êtres. C'est ainsi que S. Thomas réfute d'avance la théorie de M. de la Mennais s'élevant avec force contre les psychologues (^) et le sensualisme, qui entreprend de circonscrire toute existence humaine dans les étroites limites de la vie sensitive.

(') « Corpus suâsocietate vivificat et semetipsum suâ ratione disponit. » Ib. c. 68.

(-) « Si igitur in sensitivâ cognitione est aliquid conservans apprehensa, multô fortius hoc erit in conditione intellectivà. » Ib. c. 74.

(^) Esquisse d'une philosophie, tom L, Préface, VII.

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