‹ De la philosophie morale: ou, Des différens systèmes sur la science de la vieChapitre 11 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Cudwortli fonda la morale sur les idées archétypes de Platon. Pensant que les lois morales ne peuvent élre nées de nos législations contradictoires et variables, ni de Texpérience qui constate et ne crée pas , ni même de la volonté divine, puisqu'elle n'est point arbitraire, et que par conséquent elle est soumise k ces iois^ il cherche leur origine dans les idées nécessaires et étemelles du bien. C'est en nous efforçant de conformer nos actions à ces idées, que nous pouvons pénétrer dans le sentier de. la sagesse.

Kant est un des philosophes les plus sévères qui jamais aient enseigné la morale. Dans son système , nous ne pouvons nous élever à la vertu qu'en obéissant à la loi du devoir ^ sans être excités par aucune autre considération que celle d'accomplir cette loi. Ni les besoins de la société humaine, ni la sajtisfaction qu'éprouve un. homme de bien, ni les récompenses éternelles que Dieu lui a promises , n'offrent aux yeux du philosophe de Kœnigsberg des considérations assez pures , assez désintéres-

sées pour imprimer un caractère vertueux à nos déterminations : c'est uniquement par respect pour le devoir qu'il faut obéir aux lois morales. Haut attribue à la raison le pouvoir de reconnaître ces lois. La raison est , selon lui, Tautori lé législative qui, régnant sur le domaine de la liberté , nous intime les lois morales et leur soumet nos volontés. Sa doctrine austère , inflexible, élevée , le conduit h cette maxime : Obéis à la raison de manière que la pensée qui te détermine dans un ca^ particulier, mérite d'être érigée en loi universelle pour tous les cas semblables,

Dugald Slewart donne ce précepte fondamental : Parmi les divers motifs qui peuvent déterminer vos actions , choisissez toujours celui qui naît du devoir dégagé de toute autre considération. Après avoir établi ce principe, le philosophe écossais, suivant une route populaire, trace d'une manière simple et complète nos différens devoirs.

' Le métaphysicien Fichte est le premier qui ait employé le mot absolu dans le sens que

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des philosophes lui donnenl aujourd'hui. Cest assez d'^expliquer ce mol pour indiquer comment il peut serfir à fonder un système de morale. Il y a des pensées vraies , des faits vrais; ces pensées, ces faits ne contiennent pas toute la vérité ; ils en reçoivent une émanalion qui leur donne la qualité par laquelle nous les distinguons des pensées fausses cl des faits inexacts. Puisque la vérilé peut se diviser et se répandre ainsi, elle existe quelque pari ; il y a une idée archétype du vrai. Le juste, le beau , et les autres notions de ce genre , donneraient lieu à des observations semblables.

La réunion de toutes les idées archétypes mondes, ou une idée archétype qui les embrasse toutes, prend le nom d'absolu. La raison nous la fait connaître. De son exislence et de la connaissance que nous en avons, résulte le devoir de mettre nos actions en rapport avec cette idée souveraine. Le précepte général pour les j^tisans de celle doctrine sera donc : Cofifomie-tm à l'absolu.

Désir de se perfectionner.

L^école de Leibnitz «t^de Wolif adopta ce noble mobile; mais elle aimait un appareil scientifique qui souvent rend obscures et presque inutiles les pensées les plus dignes d'élever et de toucher lésâmes. Il s'agissait de se former une idée de fa perfection: Leibnitz ne se borna point à examiner rhomme; embrassant Funiyersalité des êtres, il voulut que sa définition fût applicable même à la perfection considérée dans ses rapports avec les êtres inanimés. En suivant les raisonnemens de ^e philosophe, on trouve que l'accord des diverses parties d'un objet pour former un tout unique constttue sa perfection j et que l'homme par conséquent doit s'étudier sans cesse à donner de l'unité à toutes les opérations de ses facultés. Cependant Wolff ne resta pas toujours dans de si hautes régions ; il s'occupa de philosophie pratique beaucoup plus que son

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maître , et Ton peut exprimer ainsi leur précepte général : Fais tout ce qui peut contribuer à te perfei^iofmer et à rendre les autres meilleurs ; évite tout ce qui produirait des effets contraires.

Si des philosophes ont obscurci par leurs démonstrations métaphysiques le précepte si dadr perfectionne-toi, d'autres, sans l'établir d'une manière dogmatique, ont suivi son impulsion heureuse. Socrate qui reste après tant de siècles, parmi les hommes dont le but est de guérir nos âmes , ce qu'est encore Hippocrate parmi ceux qui s'occupent de guérisons moins utiles, Socrate eut évidenunent pour premier mobile le désir de se perfectionner. Sans écrire d'ambitieux traités , ce sage ?eille sur son âme, l'embellit et l'épure: voulant aider les autres à s'acquitter de pareils soins envers eux-mêmes , chaque fois qu'il en trouve l'occasion, il inspire une vertu ou jette du ridicule sur un vica; il. propage une vérité ou combat une erreur. Perfectionne-toi, est

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le conseil que dans ses entretiens il reproduit sous mille formes diverses.

Franklin n'a jamais réuni les matériaux d'un ouvrage qu'il eut toujours le désir de composer ; il remplit tellement d'actions utiles sa longue carrière, qu'il n'eut pas le temps d'écrire sa théorie. Son livre devait être intitulé l'Art de la Vertu, On en trouve quelques fragmens dans ses Mémoires; il y parle du projet qu'il avait formé, très-jeune, d'atteindre k la perfection morale ; et même il indique les moyens ingénieux dont il faisait usage pour accomplir la tâche qu'osait s'impos"êr sa grande âme.

Un des plus sages moralistes allemands, Feder , pense que le désir du bonheur est la première loi de notre nature; que cette loi peut seule donner une base inébranlable k la morale et, pour ainsi dire, sanctionner toutes les autres lois. Craignant néanmoins les écarts dans lesquels pourrait nous entraîner ce mobile, Feder veut qu'après avoir commencé par l'employer, on lui substitue bientôt cet autre

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