‹ De la philosophie morale: ou, Des différens systèmes sur la science de la vieChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mobile qui nous dirige Ters le perfecilonnemeot de toutes nos facultés; que celui-ci obtienne le premier rang , et nous soumette à son empire.

Les doctrines si variées des éclectiques peuvent se rapporter au principe d'actions qui nous occupe dans cet instant. Les éclectiques ne jurent sur la foi d^aucun maître ; ils puisent des lumières dans toutes les écoles, et chacun d'yeux garde son indépendance : toutefois un lien commun les unit ; et le désir de se rendre meilleurs donne l'impulsion k leurs diverses doctrines.

Une longue série de systèmes s^est déroulée sous nos yeux. A notre point de départ , nous avons vu ces doctrines qui invitent l'homme à se plonger dans TintempéraDce et Fégoïsme ; nous venons de nous arrêter à celles qui le sollicitent d'épurer toutes ses facultés , et de leur donner un harmonieux accord.

Scepticisme.

Ne peul-on me reprocher une omission imporlante, et me demander où je place les sceptiques ?

- Si j'écrivais une histoire de la métaphysique , je diviserais d'abord les philosophes en deux classes : celle des dogmatlstés , et e«lle des sceptiques. Il est nécessaire , en métaphysique, de commencer par décider ou du moins par discuter si nous pouvons savoir quelque chose ; mais, en philosophie morale , le sens commun a plus d'empire, et les sceptiques jouent un rôle moins important. Nous les verrons se placer d'eux-mêmes dans quelquesunes des subdivisions précédemment indiquées.

Ceux dont les doutes s'étendent même aux notions morales, ceux qui mettent en problème si l'on peut distinguer le juste de l'injuste, sont de véritables sophistes. Un tel

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scepticisme se change presque inévilablement en on dogmatisme effronté; car il serait trop difficile, trop contraire à notre nature de tenir longtemps la balance égale entre le vice et la vertu. Quand on se décide à les mettre au même rang , on est bien près de croire que rfaonnéte homme est dupe et que le fripon seul est habile.

' Les véritables sceptiques, philosophes trèsdignes d'estime , cultivent d'autant mieux la science de k vie qu'ails sentent la vanité des ambitieuses sciences que nous lui préférons. Ges philosophes n'éteignent point en eux les notions nécessaires pour vivre en paix et pour faire le bien dans la société. Quand notre Descartes se plaça dans un état de doute presque absolu , il retint quelques maximes sous la sauvegarde desquelles il mit sa vie pratique. 11 décida : i^* qu'il obéirait aux lois de son pays et à la reUgion dans laquelle il était né , qu'il se conformerait aux opinions les plus modérées et aux exemples des liommes les plus eslimés; 2*' qu'il exécuterait avec fermeté les

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projets auxquels il se serait une fois déterminé ; 3** qu'il chercherait k triompher de lui-même et de ses désirs, bien plus qu'à changer la fortune et Tordre des choses; -l» enfin, qu'il continuerait de cultiver sa raison pour avancer , autant qu'il lui serait possible , dans la roule de la vérité en suivant la méthode qu'il s'était prescrite (2).

C'est pitié de voir reproduire encore , dans des ouvrages sérieux , les fables ridicules ima*ginées contre Pyrrhon. Ce sage jouissait d'une haute estime parmi ses compatriotes : ils lui confièrent des fonctions honorables ; et , dans leur reconnaissance pour les effets heureux que ses leçons produisaient sur la jeunesse, ils décidèrent que les philosophes seraient exempts du payement des impôts. Ces faits répondent aux récits .qui transforment Pyrrhon en un méprisable insensé. A quelque degré qu'on porte le scepticisme théorique, il perd de sa force au sortir de l'école. On ne doute pas qu'on a besoin de satisfaire la faim et la soif; et tout philosophe sincère ne met pas plus en doulo

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s'il faut accomi^r les lois de rhumanilé.

Quelques sceptiques ont tellement séparé la scteoce de la vie des autres sciences^ qu^ils se sont attachés k des doctrines particulières de morale , ou même qu'ils en ont créé et les ont soutenues dogmatiquement. Hume s'est efforcé d'ébranler tous les fondemens du savoir humain : il a cependant écrit un système de morale qui se rapporte au dernier principe d'actions dont j'ai parlé , au désir de se perfectionner. Hume nous invite à cultiver quatre espèces de qualités : les unes utiles ou agréables k nous-mêmes, les autres utiliss ou agréables a la société.

Cependant , il est vrai de dire que la plupart des partisans du scepticisme sont éclectiques en morale. Tels étaient les nouveaux académiciens qui comptèrent avec orgueil Gicéron parmi leurs disciples. Pleins de respect pour la vérité et convaincus de notre faiblesse , ces philosophes se défiaient des jugemens humains; ils adoptaient provisoirement les idées qui leur paraissaient justes , et continuaient

leurs recherches, disposés k laisser sans regret leurs opinions du jour, si le lendemain leur en apportait de plus sages. Bien quHls regardassent seulement comme pr(dbable ce que nous disons être certain , jamais , au milieu de la fluctuation de leurs idées , ces honmies intègres et de bonne foi ne doutèrent si Ton doit accomplir ses promesse, aimer sa famille et secourir les malheureux ; mais les vues particulières du stoïcisme, du platonisme,- du péripatétisme , étalent tour à tour admises ou rejetées, selon le degré de sagesse qu^elles semblaient offrir aux amis du paisible éclectisme de la nouvelle Académie.

Tous les sceptiques dont la raison n'est pas égarée , voient au moins dans les règles nécessaires à la conduite de la vie , un caractère de probabilité qui suffit pour exercer sur eux la même influence que la certitude exerce sur nous. Lorsqu'il s'agit de désigner leur place parmi les moralistes, on peut dire : Ce sont de modestes éclectiques, ennemis de tout dogmatisme.

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