CHAPITRE XV
qu'on les réclame, et qui ne s^élève point à considérer les lois morales en elles-mêmes , peut obliger quelques personnes et nuire k beaucoup d'autres : il n'a point la véritable bienveillance, puisque souvent il blesse la justice.
Je laisse au lecteur le soin de multiplier les combinaisons de ce genre ; je ne m'arrêterai que sur un petit nombre desystèmes incomplets qui occupent une place importante dans l'bistoire de la philosophie morale.
Les doctrines austères qui commandent le désintéressement absolu, ont des partisans trèsdignes de respect; cependant, pour juger qu'elles sont défectueuses , il suffît de voir qu'elles sont incomplètes. Certes , on se prive de puissans avantages pour nousdiriger , lorsqu'effrayé de toute pensée qui se rapporte k l'amour de soi, on refuse de nous montrer quelles touchantes relations existent entre le bien qu'on fût et le bonheur qui en résulte pour soi. Certes , on méconnaît notre nature lorsque, préoccupé d'une perfection imaginaire, on nous interdit de goûter la satisfaction qui suit raccom-
plissement des devoirs ; douce réeomp^ise cpm porte un caractère divin , puisque les hcmimes ne sauraient ni la donner, ni Yàt/et. Dire que l'amour de nous-mêmes ne mérite qu'un rang Secondaire parmi les mobiles destinés à nous guider, c'est énoncer une opinion vrue ou trèsplausible , généralement soutenue par les moralistes, sinon en Franoe, du, moins partout ailleurs. Mais vouloir anéantir cet amour que la nature prit soin de rendre indestructiUe, c'est vouloir surpasser en sagessePauteur des choses. Craignons que nos disciples, au lieu de ressembler à ces hommes qui , par de salutaàes fatigues, accroissent leurs forces physiques et rendent leur tempérament plus robuste, ne ressemblent à ces gens qui s'exercent à d'inutiles et pénibles jeux , pour obtenir sur un théâtre les ai^laudissemens de la multitude. Les moralistes n'ont point à créer les lois momies; ils ne peuvent que les observer et les proclamer. Leur mission sera d'autant mieux remplie, qu'ils auront été de plus fidèles organes de ces lois. SMls tes modifient , ils nous égarent , soit
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&i débitant de lâches préceptes, soi l en publiant des maximes exagérées.
Les doctrines austères dont je parie ont sansdoote enfanté des prodiges dans quelques Ames fortes; mais elles ne conviendront jamais k la plupart des hommes. Je dirai plus , ceux qui les suivent nVcomplissent pas tous leurs devoirs. Créature d'unétre bienfaisant , l'homme doit développer ses facultés et goûter les jouissances que lui. destine son auteur. De même qu'il ne lui est pas permis de se mutiler , il ne peut se rendre insensible aux émotions agréables et pures sans dégrader, par sa triste folie , l'ouvrage du Créateur.
Toutes ces considérations , peut-être , sont superflues : les systèmes qui rejettent entièrement Tamour de soi, nous enlèvent un principe d'actions nécessaire ; c'est assez pour qu'on ne puisse les placer parmi les vrais systèmes de monde.
Les doctrines , dont les auteurs se flattent d'enseigner la sagesse sans recourir aux idées religieuses, laissent dans l'àme un vide affreux.
L'athéisme répugne k ma raison , il blesse mon sentiment le plus intime , il s'élève contre mes croyances les plus chères ; je vais en parler cependant avec la modération qui convient aux défenseurs de la vérité.
Les âmes pieuses et tendres ont peine à se persuader que Tathéisme puisse exister. S'il suffit de reconnaître dans Punivers' une force active et féconde , sans doute on ne trouvera point d'athée ; mais s'il faut penser que cette force est celle d'un être infini en sagesse, en bonté , en puissance, le spectacle de la nature n'a pas frappé tous les yeux de manière à leur révéler son auteur.
Il est deux sortes d'athées. Les uns , victimes d'une dépravation abjecte, sont parvenus k repousser l'idée d'un juge inévitable. Ce n'est point Topinion de pareils êtres qu'il s'agit d'examiner, et l'on peut dire qu'elle est étrangère au sujet qui nous occupe. D'autres hommes, livrés à des recherches scientifiques, ont été conduits par elles k un résultat différent de celui qu'on devait en attendre. Leurs laborieuses étu-
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des y leurs découvertes réelles ou prétendues, leur habileté à expliquer par des causes purement mécaniques les phénomènes de la matière et ceux de la pensée, les ont amenés à ne plus voir dans Tunivers la nécessité d'un moteur intelligent.
Ces deux classes d'honunes si différentes ont souvent été frsq^es d'un égal anathème; les JXkiMathée, vicieux, semblaient être synonymes, fl est cependant incontestable, d'aiN*èsles faits et d'après le raisonnement , que l'athée peut connaître une partie des lois morales et senthr le besoin d*y conformer sa vie.
Des philosophes disent que ces lois sont les vdontés de Dieu ; d'autres, qu'elles sont les rap-. ports nécessaires que notre organisation nous donne avec les êtres qui nous entourent. De vives, discussions s'élèvent : on dirait que les hommes civilisés aiment les disputes comme les sauvages aiment les combats; c'^est peut-être que, dans nos hommes civilisés, il y a beaucoup encore du sauvage. Quand deux définitions paraissent différentes , la raison veut qu'on exa-
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mine d'abord s'il n'est pas possible de les concilier; et quelquefois on découvre que, Imn d'être obligé de faire triom^er l'une aux dépens de l'autre , on doit les réunir pour avoir des notions complètes sur le s^jet que leuis auteurs prétendent expliquer (4). Les deux définitions que je citais tout à l'heure se lient ofitundlement ensemble. Je pense que les lois morales résultent de notre salure et de nos rapports avec lesétres qui nous «tvironnent ; mais notre nature et nos rapports^ Dieu nous les a donnés; par conséqurait, les lois que j'en vois dériver sont l'oeuvre de son élemelle sagesse; et pour promulguer sa v<âonlé , ponvait-il employer un moyen qui réunltmieux tous les caractères de l'évidence , de runhersalité et de l'immutabilité , que de rendre ces lots inhérentes k notre nature ? Le phiksof^e qui nous dit que les lois morales ^nt les volontés de Dieu , dit un fait vrai , et l'énonce d'une manière vague. Celui qui donne Fautre définition a une idée ju^ , très-incomplète cependant, si les lois morales n'annoncent pas à sa
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nisoB une intdligenoe ét^meUe. Prétendu |Ml86D|^, il s'arrête trop toi dans la route de la vérité; mais au poisteà il est parrenu , certainffliieMt il connaît les kMs de la tempérance et de la bieuTeillanee.
Ohi quelle pseuve touchante de la bonté de ]>iai!fla Tocduque eehii-làBème qui serait assez aFongle pour le BiéeoBiiattoe pût avoir CDOore une idée des devoirs socîbux. Degiander peHnfuot Pathée les suiTiait , est une étrange «[uestion : Tatliée, sans doute , est privé d*nn gond motif d.'ttgir avec sagesse ; il lui manque un moyen puissaut pour «épurer sesûicullés et pour £4èff9a à de noUes idées d'ordre ; mais il connaît 4ies isis morales , mais il a besoin de dicKher à vivre en paix avec lui-même et avec ses semUables. Xéaophon, Marc-Auvèle, ces èflomes dont les pensées et les actioiis étaient si religieuses, ces êtres dont chaque instant fui UB hommage k la Divinité, après avoir développé leurs espérances d'une antre vie, ajoutent que si le néant nous attend k la mort , nous devons encore embrasser et suivre la vertu.
Un sage, immortalisé par sa démonstration de l'exiâtence de Dieu, Clarke , en exposant les lois morales, déclare qu'elles subsisteraient et qu'il faudrait leur obéir, alors même que nôtre faible raison cesserait d'entrevoir leur auteur. Sou* tenir l'opinion contraire , c'est oublier quel charme on goûte k pratiquer les vertus sociales, c'est méconnaître une partie des bienfaits de l'Étemel. Je m'étonne et m'afflige de cette phrase : Si la DMniU n*est peu, il n'y a que le méchant qui raisonne; le bon n'est qi^un insensé. Jean-Jacques ! pourquoi ce blasphème estril sorti de ta bouche ?
Deux erreurs en philosophie consistent, l'une k regarder le sentiment religieux comme l'unique source de la morale'^; l'autre , k ne pas voir combien ce sentiment a de puissance pour nous guider avec sagesse. Bien que l'athée
* Hobbes dit que les lois natarelles acquièrent force .de loi, uniquement parce que Dieu les a publiées dans l'Écriture sainte {De Cive, c. 3, g ult.). On frémit quand on songe que celui qui parlait ainsi ne croyait pas en Dieu.
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puisse discerner ei suivre des lois morales, les systèmes qu'il essaye de propager ont toujours d'immenses désavantages , et souvent d'horribles résultats.
En nous privant du mobile religieux, on peut corrcMnpre touslesaulres. Quand je médite sur la science de la vie, si vous m'enlevez la croyance en Dieu , quel système complet pourrai-je former? Taspire au bonheur, et vous me montrez le néant ! Je veux être utile k mes semblables , et vous m'arrachez l'appui qui me consolerait de leur ingratitude ! Je m'incline devant la loi morale, et vous m'apprenez qu'elle n'est point l'oeuvre de l'intelligence infinie ! J'essaye de me perfectionner, et vous m'ôtez le modèle de la perfection! Insensés! c'est donc ainsi que vous répandez les lumières !
Je reste convaincu que , dans toutes les hypothèses , il est de notre intérêt de remplir nos devoirs: quel esprit juste oserait en conclure que l'athéisme se propageraitsans ébranler , sans bouleverser l'ordre social ? On peut concevoir que cette doctrine désolante n^ait pas d'action
sur les moeurs de quelques êtres nés avec un bon naturel et servis par des circonstances henreuses ; mais elle jetterait infailliblement parmi les hommes les semences d^une dépravation profonde, rignore où s^arrèteraient les ravages de l'athéisme 9 s'il était généralement répandu. Dans un sens, je crois très-exact de dire qu'il n'y a pas aujourd'hui de véritable athée. On citera le caractère loyal et bienfaisant de tel homme qui ne croit pas k la Divinité ; mais si nous observons avec justesse, nous verrons que ses qualités estimables sont dues en partie k la religion : elle approdia de son berceau , elle lui fit éprouver dans sa jeunesse des émotions douces et des affections tendres ; il avait pris de sages habitudes quand sa raison s'égara. Ajoutons qu'il vit dans un pays où les moeurs , les usages se sont formés sous une influence chrétienne. La plupart des personnes qui l'entourent ont des idées religieuses; il abandonne leurs principes, mais il imite encoreleursactions ; et Ton peut dire que, dans notre état social, les qualités de l'incrédule même subsistent sous la sauvegarde de la reli-
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gion. On commet donc une grande erreur, si Ton suppose qu'un peuple dépourvu de toute croyance religieuse serait composé d'athées semblables k ceux qu'on trouve épars dans nos sociétés de FEurope. Les observations précé* dentés annoncent assez quelle prodigieuse différence existerait entre les uns et les autres. On ne verra jamais dépeuple athée; mais s'ily en avait un et quMl vécût en repos , ce serait sous un sceptre de fer.
Quelques auteurs ont voulu détruire Fidée d'une autre vie ; et , dans les mêmes écrits , ils ont formé des vosux pour que les institutions fussent douces et les gouvernemens libres* Absurde contradiction! Hobbes du moins se montre conséquent: il croit que l'homme est médumt ; il le fait naître du hasard , et le voue k Pesdavage. H y a dans les idées de ce sophiste une effiroyable harmonie.
Une des pensées qui dominent mon esprit, c'est qu'il existe sur la terre une grande lutte entre la force physique et la force morale : on trouve les preuves de cette vérité en soi-même
itB DE LA PfilLOSOPHIB MOBALB.
et dans toute Phistoire du monde. Les réflexions, les paroles et les travaux des gens de bien tendent sans cesse k raccroissement de la force morale. Si l'éternel principe de tout ce qui existe est un être intelligent, infini, je conçois que la force matérielle soit un jour soumise à la puissance morale ; je cesse de le concevoir si la cause première est aveugle et nous pousse au néant.
Le moment est arrivé de compléter les notions que j''ai données de la vertu. L'homme n'est point jeté sur la terre parle hasard ; il doit donc élever ses regards vers le divin auteur des choses et lui offrir son tribut de reconnaissance et d'*amour. L'athée peut être tempérant et bienveillant ; mais puisqu'il méconnaît un devoir, et quel devoir! il ne saurait atteindre qu'à des vertus trop imparfaites. En vain mon imagination réunirait-elle en lui toutes les qualités sociales; je ne pourrais pas plus le donner pour modèle de la perfection morale, qu'cm ne pourrait oiiVir pour modèle de la perfection physique , un homme dont les formes seraient
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belles, les traits réguliers, mais qui serait aveugle. La v»tu est une constante habitude de s'exercer à remplir tous ses devoirs ; en d'autres termes , c'est une constante habitude de tempérance et de bienveillance, dont Fàme pure qui la possède fait un humble hommage à son auteur.
Si quelques personnes , dans l'innocence de leur cœur, refusent de penser que l'athéisme existe; d'^autres, altières et froides, se .plaisent à prodiguer le nom d'athée. Souvent, par leurs imputations vagues, elles ont nui h, des hommes intègres, elles ont mis obstacle k des recherches utiles. On attaque bien mal une découverte , si l'on se borne à dire qu'elle favorise l'athéisme. D'abord , ce n'est point détruire un fait que de prétendre qu'il peut amener telle conséquence; c'est changer la question, c'est annoncer la crainte et presque l'impuissance de la discuter. Ensuite, quel motif raisonnable empêcherait d'examiner un fait en lui-même et de l'admettre quand il est constaté ? Des vérités ne nuisent jamais k d'autres vérités; ce sont des parties
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d'un même tout, destinées par conséquent à s'unir ; et s'il en est qui s'excluent en apparence, c'est que nous sonunes encore privés des lumières qui viendront les concilier.
N'opposons point d'obstacle à la noble activité dont l'esprit humain est doué par son auteur, n faut que les hommes se répandent sur une multitude de routes pour recueillir chacun quelques parcelles de la vérité. La diversité de leurs travaux apporte dans leur manière de considérer les objets des différences dont il ne faut point s'étonner. Par exemple , il appartient à la médecine de seconder la m<Nrale dans le grand œuvre de l'amélioration du sort des hommes* Le savant qui cultive l'aft de guérir, occupé surtout de notre constitution physique, du jeu , de la conservation et du perfectionnement de nos organes, pourmdonner une importance trop exclusive à des recherches matérielles, sans qu'on ait le droit de nier l'utilité de ses travaux. J'aimerais à voir tous les médecins pénétrés de l'esprit de Galien qui, après avoir fait à ses élèves une démcmstration d'anatomie, s'é-
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cria dans son enthousiasme : Jeviensdeckanter un hymne à la glaire de ^Étemel! Mais s'ils ne manifestent pas tous de pareils sentimens avec le même éclat, gardonsHM)us de croire aussitôt qu'ils en aient d'opposés. Cabanis fut accusé d'être athée , et son opinion était que l'esprit de l'homme se refuse invinciblement k l'athéisme (5).
Tai vu soupçonner d'impiété des médecins éclairés qui attribuaient de grands crimes k des maladies rares , dont les causes et les effets s(mt encore mal connus. On sait que les accès de la fièvre, que les fureurs de l'aliénation mentale entraînent quelquefois k des actes déplorables un être qui, peu de momens auparavant, était doux, sensible, généreux. Pourquoi des maladies , dont les symptômes sont moins évidens , ne pourraient-elles aussi conduire à de fatales aberrations d'esprit? Serait-il si déshonorant pour l'humanité de prouver que des égaremens dont on accuse la perversité de l'Âme , sont les tristes résultats de maladies du corps ? Quel homme aurait k s'^afflîger, si jamais
les hôpitaux réclamaient une partie des malheureux que les prisons dévorent?
La religion doit ennobhr les facultés humaines ; et c'est la profaner que de vouloir la faire servir k comprimer la pensée. Des esprits étroits décident avec trop de précipitation que telle ou telle manière de voir est inconciliable avec les vérités religieuses, tandis qu'il serait facile, au contraire , de prouver que presque toutes les opinions métaphysiques sont susceptibles de s'allier k ces vérités*.
Fichte excita du scandale lorsque dans un cours, après avoir développé son opinion sur la manière dont se forment les idées, il dit : Maintenant, je vcUs créer Dieu. Ces paroles ont une
* Je ne prétends point tirer avantage des contradictions que peuvent renfermer les cerveaux humains, et qui prouvent seulement combien notre raison est vacillante. Priestley offre le plus singulier phénomène. Ce savant écrit en faveur du matérialisme et da<UCerminisme; dans le même ouvrage, il proclame notre immortalité y il annonce les peines et les récompenses futures : il est allé plus loin, il a porté de rintolérance dans son christianisme,
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choquante étrangeté; jeies improuve, quoique, dans le langage d*une école subtile, elles perdent le sens qu'elles offrent naturellement.
Blâmons Fauteur , mais ne nous hâtons point de Taccuser d'impiété. Ce même Fichte, dans son ouvrage sur la desUnatUm de 1^ homme, adresse à Dieu une prière, ou plutôt il fait un acte de contemplation dont la beauté me Irappe, et je ne résiste point au désir de citer ee morceau presque en entier*.
< O volonté sublime et vivante, qu''aucun nom « ne peut désigner, qu'aucune notion ne sau- « lait embrasser! il est pourtant vrai que moo 4 àme est autorisée k s'élever jusqu'à toi! Oui, « toi et moi ne sonunes pas séparés; ta voix « retentit daos le fond de mon coBur , et la « mienne résonne dans ton immensité pro- « fonde.
c L'àme simple qui s'abandonne à toi , avec < une confiance filiale , est encore eelle qui te « connaît le mieux. Tu es pour elle celui qui « lit dans les consciences, qui en pénètre les
« replis les plus cachés; tu es le témoin partout
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« présent, toiyours fidèle, de ses senUmens les « plus intimes , celui qui seul connaît la dioi* c ture de ses intentions, et qui lui rendrait
< justice, quand TuniTers la méconnattiait; ta « es pour die un père tendre qui ne voulut ja-
< nmis que son bi^, et qui saura tout faire « tourner k son ayanfage: aussi, se livre-t-^e
< à tes desseins atec un entier abandon. Fais « de moi c« que tu veux , dit-^lle; je sais que s cela me sera bon, puisque je sais que cfest loi « qui le veux.
« L'esprit OTgueilleusement scrutateur, qui « a bien entendu parler de toi , mais qui ne Ta « jamais vu , prétend nous enseigner k connat- « tre ton essence; et voilà qu'il nous montre, « comme ton image , un le ne sais quoi plein « de contradictions et de diffonoutés, ridicule « pour rhomme de sens , odieux , efflpoyable « pourl'boiBnedebien.
« Je voile ma face devant toi^«i je pose un « doigt eur ma bouche. Ce que tu es en toi, et « deqnelle manière tu t'apparais à toi-même»
« voilà ce dont je ne pourrai jamais acquérir
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« la moindre notion, le ne tenterai pas ce que ■ m'interdit ma qualité d^être fini, et ce qui, « d'aiilenrs, ne saurait m^être utile, le renonceà « saToir ce que lu es ; mais tes rapports avec moi a et avec tout ce qui est fini comme moi. . . ah ! « grftees t'en soient rendues, ils sont assez ma-
< nîfestes! Que je devienne seulement ce que « je dois être; aussitôt, nos relations s'élablîs- € sent, et m'environnent d'une clarté plus vive
< que le sentiment de ma propre existence. »
Quelques opinions semblent participer à là
fois du théisme et de Fathéisme. Plusieurs philosoi^es , en reconnaissant une intelligence suprême , n*ont pas cru k notre immortalité, le place dans la même classe les partisans du panthéisme : eeux-ei nous montrent l'univers comBie un grand être, mu par une àme intelligente, dont nos âmes sont des énnmations qui retourneront k leur source quand la mort waaoL diflBOus nos organes.
Une teËe doctrine a eertainement des avantages sar l'athéisme; non-«e«iement , le penseur qui l'adepte peut se considérer comme un
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agent du moteur universel de Tordre , mais encore il sent qu'une étincelle divine existe en lui. Il doit veiller sur cette noble partie de son être y et lui consacrer des soins assidus, afin de la rendre pure à la source immortelle d'où elle est émanée. L'observateur impartial reconnais tra quelle influence cette théorie peut exercer sur des esprits méditatifs. De même que j'ai donné des éloges aux qualités morales du mystique Plotin , il me serait facile de louer le caractère du panthéiste Spinosa qui y se livrant paisiblement à ses longues méditations et suivant de bonne foi le cours de ses scientifiques erreurs, vécut modeste, affable et désintéressé (6).
La religion scientifique du panthéiste peut nourrir d'idées grandes , élevées , quelques esprits spéculatifs ; elle se met très-bien en harmonie avec l'austère doctrine qui nous dit d'obéir aux lois morales uniquement pour ellesmêmes, et nous commande le désintéressement absolu ; mais c'est en vain que la plupart des panthéistes essayent de prouver que leur
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système a les avantages de ceux qui garanUssent notre immortalité. Si Tàme, après la mort , va se oonfondre dans une source immense, il est, sous un rapport, très-vrai de dire qu'elle n'est pas anéantie; mais , sous un autre rapport, et c'est le plus important , elle est réellement détruite y la persistance du nud étant une condition nécessaire de l'immortalité. L'homme cesse d'exister, soit que son âme se perde dans l'âme universelle , soit que tout son être , formé d'organes grossiers , retourne k la matière. Dans la seconde ainsi que dans la première hypothèse , il n'y a pas d'anéantissement absolu ; dans l'une et l'autre, il n'y a plus de souvenir, le moi s'évanouit. Le panthéisme refuse donc h. ses adeptes un secours que la religion nous assure; et les systèmes de morale auxquels on l'unit doivent être rejetés parmi les systèmes incomplets. Je ne puis omettre de parler du scepticisme sur les questions religieuses. Souvent on a voulu le voir où il n'exJ6tait point. ITa-t-on pas quelquefois nommé sceptiques des écrivains dont les opinions étaient parfaitement arrêtées, mais qui
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jugeaient avec une sage tolérance les sentimens peu conformes aux leurs? La classe où Ton voulait placer de tels écrivains, et celle dont ils faisaient réellement partie, sont cependant bien distinctes. La raison peut avoir de Justes motifs pour combattre l'esprit de doute , tandis qu'elle doit toujours propager l'esprit de tolérance. Le méchant qui s^effbrce de repousser ridée d'une justice inévitable , athée par ses désirs, déiste par ses craintes, n^est pas non plus im véritaUe sceptique. J'en dis autant de l'être frivole qui s'étourdit ou végètesans élever jamais son esprit à des méditatiolfs sérieuses; il n'est pas plus un sceptique qu'un dogmatiste, il n'est rien. Le philosophe réellement sceptique sur les vérités religieuses est cdui qui, après avoir comparé les preuves données de ces vérités et les objections formées contre dks , croyant voir de part et d'autres des probabilités égales, s'abstient de prononcer; soit qu'il décide que de tels sujets sont hors de la portée de notre intelligence, soit que, dans un étal de doute encore plus coraptet , il n'ose affirmer
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que de nouvelles lumières ne puissent un jour Pédairçr.
Le sceptieisnie panai propre k répandre deux qualités précieuses, la modestie et Pindulgence. 11 i^t à dés hommes que frappent d*une part les bornes étroites de notre esprit , et de Fautre les sanglantes querelles trop souvent excitées par des idées spéculatives : ces hommes pensent quMl est sage de s'attacher aux idées pratiques et de rest^ pour les autres dans un élat de doute et dUndifférence. Sous ce rapport, le scepticifflDae est ÊivoraMe h. la paix; celui qui rembcasse» ayant contre lui lesdogmatistesde toutes les opinions, peut être cruellenent troublé dans sa retmite,mais du moins il ne trouble p^sonne. Ce n'est pas que plus d'une fois on n'ait vu de hargneux pyrrhoniens prescrire de douter avec la même arrogance que leurs antagonistes mettaient à commander de croire.
L'influence du caractère peut méditer ou même détruire celle des opinions. Ainsi *dans les orages politiques , on voit des gens livrés à un parti violent garder encore la douceur qui
leur est naturelle, et s'empresser d'atténuer l'effet des lois rigoureuses qu'ils ont eux-mêmes provoquées ; tandis que d'autres, liés k un parti plus eadme, s'emportent pour soutenir la modération , et parfois la prêchent en énergumènes. Il est des athées hienfaisans et desdé^ TOts égoïstes ; il est des dogmatistes au ton modeste, et des sceptiques au ton tranchant. Nos inconséquences fussent-elles encore plus multipliées , il n'en serait pas moins vrai que l'esprit de doute dispose naturellement aux vertus conciliantes. Nous le sentons si bien , que Tintolérance dont nous sommes le plus choqués est celle qui s'unit au scepticisme. Cette alliance révolte , parce qu'on ne s'attend pas à la rencontrer et qu'elle offre un monstrueux contraste. Je puis donc avancer que la manière de voir qui nous occupe en cet instant dispose les esprits à la paix. C'est beaucoup , sans doute; ^ mais c'est, je crois, sdn unique avantage; et conuôe il peut résulter également d'une autre doctrine plus propre k élever Pâme , à la soutenir dans les situations difficiles , à lui donner
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constamment une impulsion heureuse , la sagesse prononce en faveur de celle-ci.
Je ne discuterai pas d'autres opinions qu'il serait plus curieux qu'utile d'examiner. Si le lecteur veut se rappeler mes diverses observations sur les systèmes incomplets, il jugera que les uns nous conduisent k la perversité, que les autres ne peuvent nous diriger d'une manière sûre et ne donneront jamais qu'une vertu incomplète. En considérant ces systèmes uniquement dans leurs rapports avec la tempérance et la bienveillance, on voit qu'ils manquent d'un ou de plusieurs véhicules pour nous faire contracter de nobles habitudes. Quelques êtres heureusement nés peuvent offrir beaucoup d'exemples de sagesse , malgré les imperfections ou les vices de leurs théories morales. Que dois-je en conclure ? les exceptions changent-elles la nature des choses? Les systèmes incomplets ressemblent k ces instrumens dont une main adroite et vigoureuse tire parfois un assez grand parti ; mais qui , peu propres à Fusage qu'on en veut faire, empêchent de
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réussir la plupart de ceux qui les emploient. On peut maintenant apprécier la distinction que j'ai faite entre les systèmes. Les doctrines incomplètes doivent être rejetées , car elles sont plus ou moins dangereuses. Les doctrines complètes sont toutes utiles , toutes conformes k notre nature : nous verrons qu'il est impos- . sible d'anéantir aucune d'elles , et que si l'on pouvait y réussir, ce serait en nous privant d'une partie des appuis que Dieu ménage k notre faiblesse.
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