‹ De la philosophie morale: ou, Des différens systèmes sur la science de la vieChapitre 27 sur 41 · CHAPITRE XTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTII

gesse étaient bien convaincus qu'il ne s'agit pas seulement de mettre dans la tête des élèves quelques idées plus ou moins justes , qu'il faut exercer sur les mœurs , sur la direction de la vie, une heureuse influence. Ensuite, grâce à la diversité des leçons , il était impossible que le jeune Grec , en visitant les écoles, ne finit pas par rencontrer la théorie la plus analogue k son caractère, h. son genre d'esprit , la meilleure , par conséquent , pour s'emparer de toutes ses facultés. Qu'on réfléchisse sur ces deux grandes causes de succès , on verra que nous ne savons pas même comment il faudrait établir les écoles pour y former des hommes.

Parmi les philosophes qu'on a vus donner leur assentiment aux divers systèmes dont le but commun est le bien de l'humanité , je me pkus à citer un sage trop peu connu , Démonax , vieillard aimable et respecté, qui, presque «eul, a trouvé grâce au tribunal du satirique Lucien. Démonax disait : Je révère Socrate, Diogéne m'étonne, f aime Aristippe. Qui, plus que ce vieillafd , était digne de juger les

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théories morales? Quel empire exerçait sa vertu ! Une sédition était près d'éclater dans Athènes : au bruit du danger, Démonax s'avance sur la place publique ; k son aspect vénérable , un timide silence se répand dans rassemblée ; les factieux se dispersent , et le sage se retire san^ avoir eu besoin de proférer une seule parole.

En choisissant un système , gardons-nous de proscrire ceux que nous n'adoptons pas. Dieu voulut que les moyens de nous inspirer la sagesse ne fussent pas unifocmes , puisqu'il a varié nos facultés , nos caractères , et les circonstances où nous sommes placés. Il s'agit d'arriver au but ; j'indiquerai le sentier qui me parait le plus direct, le plus facile; mais je n'irai point d'une main impie fermer ceux qui me paraissent moins sûrs , car je nuirais à mes semblables. Tel peut me dire : Ce ^chemin k travers des sites agrestes me platt ; tel autre : Je préfère cette route ombragéed'arbres en fleurs. Celui-ci sent croître son courage k la vue d'un mont escarpé ; celui-lk n'arriverait jamais , s'il

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ne trouvait une pente facile. Aucun d'eux n^a tort que lorsqu'il veut nous contraindre à raccompagner. Supposons tous les sages d'^accord sur la question de satmr quelle est la route la meilleure , les autres ne deviendraient peutêtre pas inutiles. Les hommes qui auraient passé devant cette route sans Fapereevoir, ou qui en auraient été détournés, conserveraient encore la ressouree de suivre des sentiers moins heureux.

La i^upart de mes opinions sont douteuses ; mais il en est une que j'énoncemi toujours dogmatiquement; c'est qu'il faut , dans les discussions, modération et tolérance. Les discour» modérés ressemblent à des prières qui font descendre la vérité parmi les hommes.

Observez avec intérêt , faites valoir avec soin loul ce qu'il y a d'avantageux dans les systèmes de vos adversaires; vous n'en serez que plus croyaMe quand vous direz que vous connaissez un système qui réunit encore i^us d'avantages.

Trop souvent la différence d'opinions suffit pour diviser ceux que devraient unir leurs in-

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tentions et leurs lumières ; c'est une triste preuve de notre faiblesse. Assurément, deux ainis , dont la manière de voir est la même , passent ensemble des heures délicieuses : chacun d'eux aime k trouver une garantie k la justesse de ses pensées, de la pureté de ses vœux, dans leur conformité avec les vœux et les pensées de celui qu'il estime. Mais n'a-t-elle pas aussi des charmes , la conversation d'un homme éclairé et modeste , dont les idées s'éloignent des nôtres? Un pareil entretien m'instruit; j'y recueille des sujets de réflexion , des faits que j'ignorais, des vérités que je n'avais point aperçues. Puis , avec cet homme de bien qui cherche plus k m'exposer ses vues qu'k combattre les miennes, je sens que, malgré la di> versité des esprits, on pourrait établir la paix sur la terre ; mon âme s'émeut et se remplit d'espérances.

11 y a des gens toujours prêts k louer complaisamment les opinions de ceux qui leur parlent. Tout en blâmant l'excès contraire, j'avoue que je m'en rapprocherais plus volon-

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