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l'autre ; elles se sont partagé le domaine commun par des limites continuellement variables entre la foi et le raisonnement. La métaphysique est toujours ou auxiliaire ou adversaire : dangereux auxiliaire à cause de son indépendance, dangereux adversaire à cause de la compétence qu'elle accorde à tous les esprits. Ce jeu alternatif se perpétue jusqu'à la venue des notions positives, qui les supplantent toutes deux-, partout, en effet, elles ont éliminé les explications soit tliéologiques , soit métaphysiques.
Telle est, dans l'histoire du développement de riiunianité, la position de la métaphysique, toute corrélative et critique. Les besoins logques sont impérieux pour l'esprit humain , et la métaphysique a satisfait pendant longtemps à un de ces besoins. Il lui faut toujours quelque moyen général de coordonner ses conceptions, quelque système qui les embrasse, quelques notions compréhensives qui lui servent de théorie et de guide. C'est là ce que la métaphysique a fourni aux générations du passé. Elle est un intermédiare (en tout l'esprit humain a besoin d'intermédiaires) entre les religions, que sa discussion ébranle, et les notions positives , dont , par cette discussion même, elle prépare l'avènement. Par un accord que l'on constate conlinuellemenl dans l'histoire, et qui est le résultat inévitable des conditions mentales de l'humanité, cette généralité, qui alors
ne pouvait être autre, était suffisante, car l'ensemble du savoir humain n'était pas capable de donner de graves contradictions aux explications absolues et d'en limiter l'étendue. Depuis et peu à peu elle est devenue insuffisante. Les compartiments demeurés vides dans les connaissances se sont remplis; ce qui est accessible à l'intelligence a été embrassé, et le départ s'estfait entre les notions absolues vainement cherchées et les notions relatives, seul objet réel de nos spéculations. Les siècles se sont chargés de ce double travail, montrant d'une part l'inanité des tentatives du Sisyphe métaphysique, et de l'autre les progrès constants et continus des notions positives. A ce point, et c'est celui où nous sommes aujourd'hui, le concours entre les sciences et la philosophie devient manifeste; les sciences se transforment en philosophie, ou, si on aime mieux, la philosophie absorbe les sciences.
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l$e la pliilosopliie positive.
La dislinction entre la philosophie et les sciences est essentiellement transitoire ; la philosophie n'est qu'une science générale ; ^chaque science spéciale n'est qu'une philosophie particulière ;^tout est évidemment commun;, le but et les procédés. Lorsque, il y a vingt-cinq siècles, Socrale sépara la philosophie des sciences , qui jusque là y étaient confondues, comme on le voit par les travaux des anciens philosophes, Anaxâgore, Xénophane , Parménide , etc. ; quand , disje , Socrate opéra celte séparation , il obéit instinctivement à une nécessité qui ne fît que devenir plus pressante dans les siècles suivants. Les phénoniènos moraux et sociaux échappaient tellement aux vaines explications physiques des sciences contemporaines , que l'esprit ferme et net de Socrale en fut frappé ; et, dunautre côté, les sciences positives commençaient à avoir assez de consislance pour ne plus accept(M' que diilicilement les procédés qui étaient propres aux conceptions lliéologiques et métaphysiques. La tendance à la scission éîait donc réciproque ; et les sciences se seraient
elles-mêmes disjointes du système philosophique, si Socrate , prenant les devants , n'eût fait la part de la philosophie. Ne sait-on pas que l'antiquité attribua à Hippocrate d'avoir séparé de la philosophie la médecine, qui , à titre de biologie, était englobée dans les spéculations générales ?
Donc, la double impossibilité, soit de soumettre , les phénomènes moraux etsociaux aux explications ■ scientiiiques, soit de soumettre les phénomènes de la nature physique aux explications Ihéologiques ; ou métaphysiques , celte double impossibilité se \ fit impérieusement sentir en Grèce vers le temps \ de Périclès ; et c'est certainement là un des grands \ événements dans l'histoire de l'esprit humain. Dès lors les sciences positives continuèrent pas à pas leur lente élaboration , s'affranchissant progressivement, suivant les degrés de leurs complications, des langes théologiques et métaphysiques qui les avaient protégées à leur naissance ; et leur indépendance , d'abord précaire, alla s'afîermissant de plus en plus. D'un autre côté , le monde moral et social fut régi par les notions théologiques et métaphysiques. On voit, à ce grave moment , l'antique unité théologique , dont le type le mieux connu nous est offert par l'Egypte , se briser en deux irrémédiablement dans les esprits. Des deux fragments, l'un continue à se mouvoir dans l'ancienne orbite des notions absolues , c'est-à-dire religieuses ou mcta})hysiques ; l'autre est jeté dans
la voie nouvelle de l'expérience ', de l'expérience, qui jusqu'alors, sans doute, n'avait fourni que des élémens aux arts , sans jamais prendre rang dans les conceptions scientifiques. C'est là aussi ce qui imprime le caractère à toute la science et à toute la philosophie jusqu'à nos jours : la science devient de plus en plus étrangère à la philosophie; la philosophie devient de plus en plus étrangère à la science.
L'avenir de ces deux grandes méthodes était alors incertain. Pour que le rapport récemment établi par la scission se maintînt, il fallait que la métaphysique réussît à asseoir d'une manière solide ses principes propres , ou bien il fallait que les sciences positives fussent incapables d'aborder jamais les problèmes exclusivement réservés d'abord à leur rivale. Ni l'une ni l'autre de ces deux conditions ne s'est réalisée. Il ne fut pas donné à l'esprit métaphysique de s'arrêter dans ses révolutions incessantes ; et l'expérience montra une propriété qu'on ne lui soupçonnait pas , celle de fournir, à l'aide de l'induction et de la déduction, des notjonsjpleinement scientifiques. Pendant que la métaphysiqueToTTrnail inévitablement dans un cercle où elle ne trouvait pas de repos , les sciences s'approcliaient peu à peu du domaine qui lui était resté exclusivement dévolu. De la sorte, la question s'est trouvée posée , mais en sens inverse, comme au temps de Socrale ; alors, par les pro-
grès des idées , la scission entre la philosophie et les sciences était inévitable ; aujourd'hui , par le même progrès , la réunion devient inévitable à son tour.
Ainsi ont marché les choses. Une hypothèse théologique, puis métaphysique, a présidé aux débuts de l'humanité , a soutenu ses pas et favorisé son premier développement. En dehors s'est placée l'étude des lois réelles, étude faible d'abord, lente et mal assurée dans sa marche , puis , une fois les premières difficultés vaincues , grandissant avec rapidité. La confrontation fut inévitable ; et , s'opérant d'elle-même; successivement, elle fit reculer l'hypothèse primordiale. Mais , dans les temps passés, la confrontation n'était que partielle; aujourd'hui, elle est générale et porte sur tout le savoir humain.
Arrivées à posséder cet ensemble, les sciences, pour se transformer en philosophie , n'ont plus qu'une chose à faire : c'est de s'ordonner ellesmêmes en système. Cette élaboration accomplie , elles satisferont à toutes les conditions d'une philosophie , c'est-à-dire qu'elles fourniront les premiers principes de toutes nos notions rangées dans l'ordre vraiment naturel. C'est ce dernier travail que M. Comte a exécuté dans son ouvrage.
Il faut d'abord reconnaître avec précision la véritable étendue du domaine spéculatif, c'est-àdire déterminer quel est le nombre des sciences
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pures, de celles qui correspondent à des lois distinctes et qui ne s'appliquent pas à un objet naturel particulier. Je m'explique par des exemples qui feront comprendre la chose sans aucune ambiguïté. L'astronomie est une science pure ou spéculative , car elle étudie les lois géométriques et dynamiques qui régissent les corps célestes; la chimie est une science pure ou spéculative , car elle étudie les lois qui régissent les compositions et les décompositions des corps. Mais la géologie n'est pas une science pure, car elle s'occupe d'un objet naturel particulier, du globe terrestre , et emprunte tous ses moyens d'attaquer les difficiles problèmes qui lui sont soumis aux sciences pures, par exemple à l'astronomie à la physique, à la chimie, etc.
(Telle est la distinction importante qu'il faut faire entre les sciences spéculatives et les sciences concrètes^ La philosophie , chose éminemment spéculative, ne peut, cela est manifeste de soi, s'incorporer que les sciences spéculatives. Il faut donc les énumérer pour établir tout d'abord le vrai domaine de la philosophie positive.
M. Comte distingue six sciences pures : les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie, la science sociale. Des mathématiques relèvent les lois de l'étendue et du mouvement. A l'astronomie appartiennent la distance , la grosseur, la forme du soleil et des corps jdanétaires ,
po.srrivK. bi
les orbiles qu'ils parcourent, et les l'orces (|ui les meuvent. La physique étudie tous les phénomènes dus à la pesanteur, à l'électricité , au magnétisme , au calorique, à la lumière, aux vibrations sonores. La chimie pénètre dans la constitution moléculaire des substances, reconnaît les éléments indécomposables ou , du moins , indécomposés, et détermine les conditions qui président aux combinaisons définies. La biologie recherche toutes les formes que revêt la vie depuis le dernier végétal jusqu'à l'homme , embrasse la hiérarchie de ces êtres de plus en plus compliqués et élevés, se familiarise avec les modes qui règlent la manifestation des phénomènes vitaux , travaille à préciser le rapport constant qui existe entre la structure anatomique et la fonction , constate des facultés de plus en plus hautes dans les animaux supérieurs, et , combinant la considération de l'organe et des facultés , elle dispute l'étude de l'homme intellectuel et moral à la métaphysique. Enfin , la science sociale suit l'évolulion des sociétés , en distingue les phases nécessaires et assigne la loi de ces changements ; plus générale et plus vraie que la doctrine de Bossuet ou celle de Condorcet, elle rend compte du fétichisme , du polythéisme, du monothéisme et de l'ère de révolution , démontre l'instabilité nécessaire de ces états transitoires, et prévoit dès lors l'avènement complet des idées positives. Ce résumé succinct comprend rcnsemble
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du savoir humain. Rien n'est omis , rien si ce n'est ce qui est inaccessible à l'esprit de l'homme , la recherche des causes premières et des causes finales.
Ici se montre visiblement le caractère qui appartient à la philosophie positive et qui la distingue profondément des conceptions rivales. Chaque série de phénomènes apparaît gouvernée par des lois immuables. Toujours la terre et les planètes, ses sœurs, vont de l'occident à l'orient , retombant sans cesse dans le sillon d'hier. Toujours l'électricité, éclatant dans les nues, trouble la tranquillité de notre atmosphère. Toujours un secret effort dirige l'aiguille aimantée vers les pôles de notre globe. Toujours des forces intimes sollicitent la combinaison des éléments et composent avec deux gaz subtils les mers orageuses, qui ébranlent leurs barrières de rochers. Toujours la vie , par une transformation singulière, change en muscles, en os , en nerfs , les éléments grossiers disséminés dans les airs, sur la terre et les eaux. Là sont les conditions nécessaires des choses telles que nous les connaissons ; elles forment l'horizon de l'esprit humain , au-delà duquel l'œil de l'intelligence est incapable de rien voir, que le vide inlini. C'est ainsi que la vue physique a vainement déployés devant elle les espaces immenses et le bleu sans limites des profondeurs célestes ; l'étendue est un
obstacle suffisant, et l'œil n'a point de portée qui atteigne à ces distances lointaines.
Ces lois qui régissent les choses, il est impossible d'aller au-delà ; mais il est possible d'y arriver. Toute recherche qui prétend les dépasser se perd dans le vague; toute recherche qui les étudie dans leur action et leurs combinaisons est fixe , déterminée, et, partant, positive. Du moment qu'on a éliminé ce qui doit être éliminé désormais, on ne voit rien qui se trouve en dehors des six sciences énumérées. Quelque effort de pensée qu'on fasse, on arrive toujours, en définitive, à l'une d'elles ; sinon , l'on sort , ou plutôt on croit sortir des limites de l'esprit humain, et, au lieu de traiter les questions réelles, on agite des conceptions mentales, destinées, comme l'histoire des religions et des pliilosophies le prouve, à perdre peu à peu l'assentiment des intelligences. Tout ce que nous pouvons savoir est évidemment renfermé dans les notions géométriques de l'étendue et du mouvement ; dans la connaissance du système céleste auquel nous appartenons; dans le jeu des agents qui gouvernent toute chose sur notre terre; dans les combinaisons des éléments chimiques ; dans l'étude de la série des êtres vivants au sommet de laquelle l'homme est placé; et enfin, dans les conditions sous lesquelles les sociétés se développent. Au-delà de cet ensemble on ne peut plus imaginer que des spéculations sur l'essence
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des choses et sur les causes dernières; mais, essence des choses , causes dernières , questions théologiques et métaphysiques, tout cela est en dehors de l'expérience. L'esprit humain , de quelque manière qu'il s'ingénie, n'a aucun moyen pour y atteindre; et, produit lui-même des causes qui produisent tout , n'ayant vue que sur un coin d'uniyers, ne pouvant combiner les idées complexes que dans une limite très restreinte , quand il entasserait Ossa sur Pélion , il n'en serait pas plus près du but inaccessible qu'il s'est si longtemps proposé.
, Donc la philosophie est dans l'ensemble des sciences qui donnent la connaissance de l'ensem-
i ble des choses. Mais, à ce point , ce ne sont encore là, à vrai dire, que des matériaux; et, pour que la construction s'achève, il faut un double travail, savoir, une classification systématique et l'exposition des principes les plus généraux que renferme cha({ue science, r^ ^ Les six sciences ont été classées par M. Auguste Comte dans l'ordre suivant : mathématiques , as- Ironomie, physique, chimie, biologie et science sociale. Voici les raisons qui l'ont conduit à cette classification , et qui n'en permettent pas d'autre. Au premier rang sont placéeMcs mathématiques, à cause de la sinq^licité plus grande qui leur appartient ; à l'aide d'un très petit nombre d'axiomes suggérés immédiatement par rexpérience , elles
arrivent, par la voie de la déduction , à dos développements prodigieux. De toutes les sciences , c'est celle qui emprunte le moins aux données expérimentales; c'est celle dans laquelle le travail interne de l'esprit humain intervient le plus. Il est merveilleux de voir comment quelques vérités d'une extrême simplicité mènent à des résultats importants et à des formules fécondes. Les mathématiques marchent sans le secours des sciences subséquentes, elles sont plus générales qu'aucune autre ; car qu'y a-t-il de plus général que les notions de l'étendue et du mouvement? C'est cette double considération qui leur assigne la première place dans la hiérarchie scientifique. (^
La seconde est dévolue à l'astronomie par la même raison. L'astronomie, elle, doit bien plus que les mathématiques à l'expérience, à l'observation. Tous les résultats qu'elle a obtenus sont le prix de l'étude patiente et minutieuse des apparences célestes, et, à ce titre, elle est notablement plus compliquée que les mathématiques. Mais sans celles-ci elle ne peut rien; la géométrie et la mécanique lui donnent les moyens de spéculer sur les observations qui lui sont propres, et d'en tirer la forme des orbites et la loi des mouvements.
Quittant les spéculations de l'étendue et du mouvement, quittant la contemplation des corps célestes, un nouveau pas nous amène aux phéno-
mènes déjà moins généraux dont s'occupe la physique. A celle-ci donc est assigné le troisième rang. Le secours des mathématiques lui est indispensable; grâce à elles seules, l'esprit pénètre profondément dans la règle des choses; sans ce guide, qui tantôt rectifie l'expérience et tantôt la devance, les théories seraient bien moins sûres et bien moins compréhensives. Quant à sa liaison avec l'astronomie, elle est évidente dans l'étude delà pesanteur, la plus parfaite des théories physiques , mais aussi qui n'est qu'un cas particulier de la gravitation céleste. Malgré les puissantes ressources que lui offrent les mathématiques, malgré la possibilité de varier sans fin ses expérimentations , combien néanmoins la physique est loin de la régularité et de la perfection qui sont le lot des mathématiques et de l'astronomie ! C'est que là les données de l'expérience interviennent en bien plus grand nombre et compliquent immensément les recherches. Le phénomène réel, tel qu'il se produit , ne peut que rarement , et dans des circonstances heureuses , passer sous l'élaboration directe de l'instrument mathématique. Au reste, l'histoire même des sciences témoigne de cette subordination de la physique à l'égard des mathématiques et de l'aslronomie : déjà parmi les Grecs la géoinôlrie avait fait de brillantes découvertes , déjà de précieuses acquisitions étaient entrées dans le domaine de l'astronomie, quand
posrnvK. 87
la physique en était à peine à quelques ébauches primitives.
En arrivant à des phénomènes encore plus particuliers , on rencontre la science qui étudie les éléments dans leurs actions moléculaires. La chi-^—v mie, évidemment, doit être placée après la phy-"^^ sique , source de connaissances dont elle ne peut se passer. Le calorique , la lumière , l'électricité, jouent un trop grand rôle dans les phénomènes chimiques . pour que le rang de la chimie ne soit pas fixé dans la hiérarchie scientifique. Cette subordination , donnée, comme on le voit, par la nature des choses, est donnée aussi par l'histoire : la chimie est une science récente ; le berceau en est près de nous. Avant les admirables découvertes du siècle dernier, il y avait des alchimistes ;, ouvriers infatigables à entretenir les fourneaux allumés, <à remuer les substances, et faisant çà et là de précieuses découvertes tout en poursuivant de chimériques reclierches; il y avait les chimistes, leurs successeurs, qui recueillirent nombre de faits ; mais la chimie scientifique n'oxistaii pas encore. Au reste, ici vient expirer l'influence mathématique, absolue dans l'astronomie, grande encore dans la physique, à peu près nulle dans la chimie. Aussi les théories, dépourvues de ce puissant secours, sont-elles bien plus restreintes dans leur portée et dans leur prévision , caractère (pii
8S i)i: j.v ['iiiuisoi'iiii;
va se marquer «Je plus en plus dans les sciences subséquentes.
La erande science des ôLtes vivants, la biologie, succède à la chimie. De la^'chimie seule elle apprend que les I issus organisés sont composés des éléments inorganiques disséminés dans le reste de la nature; que les matériaux s'échangent incessamment entre eux dans le sein des corps animés, et que la nutrition, qui est, avec la reproduction, la vie entière dans le végétal et la base de tout le reste dans l'animal, n'est , à vrai dire, qu'un immense trajLî\il de composition et de décomposition chimiqueS*'^La biologie est tellement liée k la chimie, qu'aujourd'hui ces deux sciences sont vicieusement enchevêtrées dans ce qu'on nomme chimie organique, et le domaine respectif de chacune n'est pas même déterminé. Ici, il faut signaler un point essentiel dans l'histoire : la biologie, malgré sa subordination hiérarchique à la chimie, n'est point une science de tout point récente; .\ristote, Hérophile , Érasistrate, Galien, ont exécuté des travaux véritablement positifs. C'est que la biologie a pu être directement atlaquée par l'anatomic, et on a tout d'abord étudié les l'onctions des organes. Mais, pour l'antiquité, la nutrition est restée lettre close : la nutrition, fondement de toute vitalité; un abîme séparait le monde organique du monde inorganique; et, en l'absence d'une science qui n'exislail pas, on ne p(>u\;iif se fnire aucune
l'osinvi;. 8()
idée positive de l'élaboralion par laquelle les tissus vivants se formaient aux dépens des matériaux bruts. La chimie a comblé cet abîme, et il est constant que la biologie , fragment isolé jusqu'alors, n'a été introduite dans la science générale qu'après la création de la chimie. C'est là le vrai point de vue de l'histoire scientifique et l'explication d'une anomalie apparente. /^
Enlin , au sixième rang vient la science sociale, Il est à peine besoin d'indiquer le rapport de subordination dans lequel elle est à l'égard de la biologie. L'étude de l'homme en société a pour fondement nécessaire l'étude de l'homme en tant qu'individu; elle a besoin aussi, pour donner de la consistance à ses théories, de connaître les conditions générales sous lesquelles la vie se manifeste. Les conditions de la vie dans tout son ensemble sont un terme auquel doivent être incessamment confrontées les théories sociales ; c'en est la pierre de touche nécessaire. En un mot, la biologie fournit à la science sociale le terrain , comme la chimie le fournit à la biologie elle-même. 11 n'est pas besoin non plus d'insister pour faire voir que la science sociale est, dans l'histoire, comme dans la hiérarchie, postérieure aux autres sciences. Ce t au moment où les unes ont grandi et se sont coordonnées , que les tentatives pour déterminer l'autre sont devenues de plus en plus fréquentes, de plus en plus intéressantes.
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Telle est la coordination systématique des sciences pures ou spéculatives. Elle est fondée sur l'indépendance de la science supérieure à l'égard de l'inférieure , sur la dépendance de celle-ci à l'égard de celle-là ; sur les objets de moins en moins généraux dont elles s'occupent respectivement : l'étendue et le mouvement , le système céleste, les agents physiques, les phénomènes chimiques, la vie, la société; enfin, sur le développement historique lui-même , qui n'a laissé éclore les sciences que une à une, et à fur et mesure de leur complication. Cet arrangement porte avec soi sa démonstration, et dès lors on peut voir les diverses catégories de phénomènes, chacune asservie a la loi qui la régit, produire par leurs combinaisons le spectacle de notre monde ; les phénomènes et les lois, qui sont seuls du domaine de l'esprit humain. Ainsi, on arrive au plus haut point qu'il soit permis d'atteindre, et de là on embrasse tout ce qui est su : véritable position philosophique, où rien n'échappe et oi^i les choses sont vues dans leurs relations réelles, assez élevée pour dominer, assez judicieusement choisie pour ne donner au-
cun vertige.
La philosophie de ciiaque science en particulier est éclairée continuellement par la coordination systématique qui place ainsi à leur rang successif les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie , la biologie et la science sociale. Rien ne
prépare mieux l'esprit à concevoir les méthodes et les résullats qu'un arrangement dans lequel les sciences sont entre elles dans le rapport le plus direct, etqui montre tout d'abord les réactions multipliées des unes sur les autres. Un premier coup d'oeil signale le caractère des méthodes employées par chaque science : à mesure qu'on passe de l'une à l'autre , on voit le procédé suivi instmctivement par l'esprit humain changer et se modifier selon le sujet à traiter. C'est là que la logique élémentaire, si bien établie par Aristote, devient. logique spéculative, et, par la combinaison des méthodes particulières , constitue la méthode générale de l'esprit humain. Dans les mathématiques, où l'induction est presque nulle et se réduit à une sorte d'intuition, règne avec ses développements les plus étendus et les plus admirables la déduction , qui de quelques axiomes tire une multitude infinie de propositions enchaînées. L'induction qui , elle, au contraire , fait sortir de faits particuliers une loi générale , prend une place toujours de plus en plus grande dans les sciences subséquentes. La méthode spécialement cultivée par l'astronomie est l'observation : l'astronomie n'a qu'un seul sens, la vue , pour étudier les phénomènes dont elle s'occupe ; ces phénomènes s'accomplissent sans qu'elle puisse en rien les modifier ; et c'est là que devra étudier les règles et la puissance de l'observation quiconque voudra s'en faire une véritable idée.
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Autre est la méthode de la physique et de la chimie : là , les agents sont sous notre main; le nombre en est limité; on peut , n'en modifiant qu'un seul, laisser subsister tous les autres : c'est l'expérimentation ; ces sciences enofl'rent le plus parfait modèle. Quiconque veut savoir ce que c'est que l'art d'expérimenter, d'instituer convenablement une expérience , et d'en tirer de justes conclusions , doit aller à l'école de la physique et de la chimie. Ce n'est qu'après avoir été formé par ces institutrices rigoureuses qu'on pourra , dans les autres sciences , où l'expérimentation est moins pure , apprécier convenablement les résultats qu'elle fournit. Comme la chimie est entre le monde inorganique et le monde organique, et forme le pont qui mène à la biologie, elle participe pour la méthode de ce caractère intermédiaire; et, si elle a l'expérimentation comme la physique, elle a, comme la biologie, la classification. Former ia vraie nomenclature des choses et leur imposer un nom systématique qui en indique la nature , est un des attributs de la logique spéculative; et, bien qu'il appartienne aussi à la biologie, c'est néanmoins dans la chimie que cet attribut trouve à s'exercer de la manière la plus coniphHe. Là , une bonne nomenclature est le résumé de toute la science; le nom systématique de chaque corps doit en faire connaître directement la composition , et contenir en quelque
l'OSmVE. g3
sorte un précis de son hisloire. Par sa nature même, plus la chimie avancera, et plus cette double propriété se développera. Aussi les pères mémeï de la science avaient-ils fondé une nomenclature admirable, quoique devenue insuffisante ; les nomenclatures systématiques en botanique, en zoologie, en anatomie , en pathologie, ne peuvent atteindre à un aussi haut degré de perfection. La chimie se trouve placée dans la hiérarchie scientifique à un point où la nomenclature, devenant utile, n'est pas cependant assez difficile pour ne pas rallier toutes les considérations au caractère suprême de la science, à une seule notion prépondérante , à celle de la composition des corps.
Dans la biologie apparaît une autre face des choses, et cette science comporte aussi une autre méthode générale; là tous les êtres, depuis la conception dans la graine végétale ou dans l'ovule animal , jusqu'à la décadence sénile , offrent des variations successives enchaînées les unes aux autres. Enlîn , dans le môme être, les influences du milieu ambiant et de la nutrition produisent des modifications profondes, sujet fécond en rapprochemenîs. De là ressort la méthode qui appartient en propre à la biologie, et dont nulle science ne fait un usage aussi constant, aussi profitable, à savoir, la méthode analogiqueou comparative. Enfin, ce qui ne fait que poindre dans la biologie arrive à