XXVII. Toute substance périssable est composée
XXVIII. Toute substance qui est ce qu'elle est par sa propre essence est simple.
XXIX. Toute substance simple est ce qu'elle est par sa propre essence.
XXX. La durée de toute substance créée dans le temps est égale à la durée même du temps, ou seulement à la durée d'une partie du temps.
XXXI. Entre les substances éternelles et les substances temporelles, il y a des substances intermédiaires qui, par leur essence, sont éternelles et dont l'action s'exerce dans le temps.
XXXII. Ces substances intermédiaires sont à la fois eus et generatio. Tel est l'ordre, l'harmonie des substances, que les inférieures procèdent toujours des supérieures. Celles dont toute l'essence est d'être engendrée dans le temps, procèdent de celles dont l'essence se compose d'une substance éternelle et d'une activité génératrice qui opère dans le temps ; cellesci procèdent de celles qui sont et agissent dans l'éternité, et ces dernières procèdent enfin de l'être premier, de l'êtrecause, qui est au-dessus de l'éternité, puisqu'elle vient de lui. Cet être est l'un suprême, la source féconde de toutes les unités.
Voilà ce Livre des Causes, qui a fait tant de bruit; qui, suivant l'Eglise, a perdu tant de consciences ; qui a produit,
du moins, tant de scandales ! Nous ne voulons pas critiquer ici les propositions dont nous venons de présenter l'analyse : au premier coup-d'œil, on voit qu'elles peuvent être la matière de divers systèmes, non moins opposés à la croyance chrétienne qu'à la pure doctrine d'Aristote. Nous dirons bientôt comment elles ont été interprétées dans l'école, et ce que le parti réaliste en a retenu.
Répétons, avant de terminer ce chapitre, que nous sommes loin de prétendre avoir, en quelques pages, fidèlement et complètement exposé cette philosophie vraiment originale, vraiment digne d'une sérieuse étude, que Ton appelle le péripatétisme arabe. Ce que nous avons voulu simplement faire connaître, c'est l'esprit général de cette philosophie. Quand on entendra maintenant Guillaume d'Auvergne, Albert-le- Grand et saint Thomas, invoquer l'autorité d'Avicenne et combattre les nouveautés téméraires d'Avicembron et d'Averrhoës, on n'ignorera pas que ces deux philosophes représentent, en effet, des écoles différentes, et que, si le premier s'est rarement écarté de la lettre aristotélique, les autres ont donné dans tous les écarts de l'éclectisme alexandrin. Ces prolégomènes imparfaits serviront donc à éclairer la voie que nous allons parcourir : ils seront, d'ailleurs, sinon complétés, du moins développés par les explications que réclamera l'analyse des systèmes scolastiques.