‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 25 sur 35 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Le 5 janvier 1869 ,je vis pour la première fois M'" T., âgée de 22 ans. Elle tousse depuis un an, elle a eu des hémoptysies très abondantes. Les règles sont supprimées depuis huit mois.

Au point de vue étiologique, l'hérédité paraît devoir être exclue.

Elle a encore ses grands-parents du côté paternel et maternel.

Son père est mort d'une maladie aiguë. Sa mère et ses frères et sœurs jouissent d'une santé parfaite.

11 y a quatre ans, elle devint enceinte. A cette occasion elle quitta le domicile de sa mère et se lança dans la vie cascadeuse.

Elle n'a pas allaité son enfant.

Elle me fait appeler, tourmentée par un point très douloureux à la région sous-clavière droite.

Au moment où je l'examine, je constate une fièvre très forte : la fréquence du pouls est de 120 pulsations à la minute, et le thermomètre placé sous l'aisselle marque 39 degrés centigrades.

A la percussion, il y a une matité évidente au niveau du point douloureux. La matité se perçoit aussi en arrière dans la région sus-épineuse.

Du côté gauche, la sonorité est obscurcie, mais sans aller jusqu'à la matité complète.

A l'auscultation, l'on constate dans la fosse susépineuse droite du gargouillement alternant avec le souffle caverneux. La résonnance de la voix s'y fait entendre : elle est parfaitement articulée.

11 y a pectoriloquie évidente.

L'existence d'une caverne m'est donc indiscutablement démontrée.

En avant, au niveau du point douloureux, j'entends des craquements secs, qui sontFindice d'une pleurésie pseudo-membraneuse.

A gauche, on observe les symptômes des tubercules crus.

Mon traitement a pour but d'abord de faire tomber la fièvre, qui est continue : j'y parviens facilement au moyen de l'aconit.

En même temps, par des injections hypodermiques au chlorhydrate de morphine, je calme la douleur tout en combattant la toux, et au bout de quelques jours j'ai raison de cette poussée inflammatoire pleurétique.

Je m'occupai alors de relever l'appétit; et, pour stimuler l'activité de l'intestin, je prescrivis la teinture de noix vomique avant chacun des repas.

La malade put manger : toutefois elle avait une grande répugnance pour la viande; elle avait par contre assez de goût pour le régime végétal.

J'essayai de lui faire prendre de l'huile de foie de morue ; mais, comme elle l'avait en aversion, je dus me rejeter sur les tartines très beurrées et saupoudrées de sel marin.

En même temps je lui prescrivais tantôt des hypophosphites, tantôt un mélange formé de phosphate de chaux et de sucre en poudre; plus tard, je joignis à ce mélange le sel marin, quand

j'en eus reconnu par hasard Tefficacité, ainsi qu'on le verra dans une des observations suivantes.

J'administrais en outre Facide arsénieux en solution dans l'eau distillée.

Au bout de huit mois de ce traitement, M"' T. allait beaucoup mieux ; les règles avaient reparu et le flux menstruel se reproduisait avec une grande régularité.

Elle ne toussait plus ; les bruits morbides, tant du côté droit que du côté gauche, avaient disparu : elle se crut et je la crus moi-même définitivement guérie.

Elle eut alors différents amants, courut les théâtres, les cafés-concerts, soupant tous les soirs, se couchant très tard, ou plutôt très matin ; et, malgré cette existence si fatigante, elle reprenait de l'embonpoint.

Dans les premiers jours de mai 1872, elle alla passer la soirée aux Folies-Dramatiques ; elle eut très chaud dans la salle, et, pour se rafraîchir, elle prit une voiture découverte et se fit conduire du côté du bois de Boulogne.

Quand elle revint chez elle, elle avait la fièvre : une pneumonie double s'était déclarée .

Elle sortit de ce mauvais pas ; mais pendant la convalescence il survint une poussée tuberculeuse considérable.

Cette fois elle négligea de se soigner, elle con-

tinuason existence ordinaire, et, tout en toussant, crachant, elle faisait de la nuit le jour.

Vers la fin de janvier 1873, la fièvre hectique se déclara.

Ses amies et ses amants Fabandonnèrent ; elle vendit ses meubles, quitta son bel appartement et vint s'installer dans une froide chambrette.

Bientôt la misère devint effrayante : elle n'avait plus de quoi manger. Je lui conseillai d'entrer à l'hôpital; elle ne s'y décida qu'à la dernière extrémité. Enfin M. Gubler l'admit, quoique phthisique, dans son service à l'hôpital Beaujon. Elle n'y resta pas longtemps : elle mourut le jour même de son entrée.

Je donne cette observation malgré sa terminaison si lugubre, car je suis convaincu qu'avant le mois de mai 1872, il y avait eu une guérison complète. Ce n'était pas là une période d'accalmie de la phthisie périodique ; c'était bien une guérison véritable : car, avec le genre de vie qu'elle menait, M"" T. n'aurait jamais passé trente mois sans accidents .

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