‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 26 sur 35 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

D. était un petit épicier de la banfieue.

Réfugié à Paris au moment du siège, il avait été logé par la municipalité dans une grande maison du quartier des Ghamps-Elysées*

11 avait amené avec lui une partie de ses marchandises, entre autres un stock assez considérable de harengs-saurs, quelques bombonnes de très bonne huile d'olive, quelques sacs de haricots et de lentilles.

D. était un homme prudent. Prévoyant probablemeut que le siège durerait longtemps, et ayant entendu parler de la disette à laquelle se trouvaient exposées les personnes enfermées dans une ville assiégée, il avait acheté d'énormes quantités de pain, qu'il avait découpé en tranches très minces et fait sécher pour le conserver : sa chambre en était encombrée.

Il faut ajouter qu'il n'avait pas une foi bien robuste en l'efficacité de la médecine.

Cependant, le 25 septembre 1870, il fut pris d'une hémoptysie tellement abondante, que sa femme au désespoir me fit appeler. Effrayé luimême de la quantité de sang qu'il avait perdu, il consentit, pour cette fois, à prendre des drogues. Je parvins à arrêter l'hémorrhagie au moyen de l'ipécacuanha, et il me permit de l'examiner.

Je pus constater, au sommet des deux poumons, en avant et en arrière, une diminution considérable de la sonorité.

L'expiration était rude, elle durait le double de l'inspiration, celle-ci était saccadée.

Il y avait donc au sommet de chacun des poumons une tuberculisation évidente.

D'ailleurs, c'était aussi l'opinion du conseil de révision qui siégeait à la mairie : car D. n'avait que trente ans, et il avait été dispensé de tout service dans la garde nationale.

Du reste, il ne se faisait aucune illusion sur la gravité de son état. Son père et sa mère étaient morts d'une maladie de poitrine : il en mourrait aussi, son compte était réglé. Ce n'était pas la peine de dépenser de l'argent en médecins et en médicaments, pour finir toujours par en arriver là.

Il toussait déjà depuis huit mois, ça l'empêchait de dormir; il avait maigri, et, comme il le disait, il n'était plus que l'ombre de lui-même.

Il avait déjà craché le sang six à sept fois : il comptait bien qu'il allait aller vite, surtout maintenant qu'il ne pourrait plus manger de viande, parce que jamais il ne consentirait à manger du cheval.

Jusqu'ici il avait eu assez bon appétit.

Comme je lui parus un bon zigue (textuel), il consentit à merecevoir detempsen iemi^s, quoique médecin, pour parler de la guerre, de la politique, mais pas du tout pour parler médecine. Je pus ainsi constater quel singulier régime il suivait.

Il faisait trois repas dans la journée, toujours invariablement composés de la même manière :

Une soupe très épaisse au pain et à Fhuile; un liareng-saur grillé, àFhuile; des haricots et des lentilles préparées à l'huile. Pour arroser tout cela, de Feau rougie.

Quelquefois il était pris de diarrhée : alors je lui conseillais de ne pas autant boire d'eau rougie. Malgré la soif intense excitée par son alimentation, il supprimait Peau rougie complètement, et la diarrhée disparaissait en vingtquatre heures.

Cependant il toussait de moins en moins : il pouvait maintenant dormir, et il n'était plus réveillé que vers le matin par une quinte ou deux, à la suite desquelles il expectorait une petite quantité de mucus concrété.

Vers la fin de novembre, il consentit à se laisser examiner.

Les troubles du côté droit ont complètement disparu; il reste une diminution d'élasticité à gauche, et à l'auscultation on perçoit encore quelque chose d'anormal dans la respiration.

Je l'engage fortement à continuer son régime, puisqu'il s'en trouve si bien : au moment de l'armistice ,1a guérison était complète.

Pendant la Commune, il alla dans le département du Pas-de-Calais pour attendre dans son pays des jours plus calmes ; il s'y fixa, et je ne le revis plus à partir du mois de juillet 1871,

jusqu'en mai 1872, époque où il passa quelques jours à Paris pour ses affaires ; je ne le reconnus plus, tant il avait engraissé :

ce Décidément, » me dit-il, « j'en ai rappelé de ma condamnation à mort : je n'ai pas toussé une seule fois depuis Tannée dernière. »

Cette observation est très curieuse en ce sens qu'elle nous montre guérie spontanément par les seules forces de la nature une phthisie héréditaire, de forme hémorrhagique, et offrant ce caractère particulier de gravité que les deux poumons étaient atteints.

Elle est très intéressante aussi en ce qu'elle nous présente une guérison obtenue au milieu de circonstances extérieures aussi défavorables que celles dans lesquelles se trouvaient les habitants de Paris pendant le siège.

Nous en déduirons plusieurs enseignements :

1° L'aliment peut devenir un médicament, et la phthisie peut guérir par le régime.

2" L'usage de la viande n'est pas nécessaire.

3° Les ahments fortement minéralisés, les corps gras et le sel marin sont très utiles.

(C'est à la suite de cette observation que m'est venue l'idée d'adjoindre le sel marin à mon mélange de phosphate de chaux et de sucre en poudre.)

4° L'émigration vers les pays chauds n'est pas

Si OBSERVATIONS.

indispensable, et le malade peut très bien se guérir tout en restant chez lui.

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