‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 27 sur 35 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Pai connu E. F... en 1867 : c'était alors un solide gaillard, très leste et très agile ; il n'avait pas plus de dix-huit ans, et rien ne pouvait faire supposer qu'il dût être tuberculeux.

11 était valet de pied chez M. de B. . ; il s'acquittait très bien de son service, quand le 4 juin 1872 il me fit appeler, parce qu'il éprouvait une gêne considérable de la respiration.

Il ne pouvait se coucher que d'un seul côté, et il souffrait au-dessous du mamelon gauche d'un point très douloureux.

Ses crachats étaient légèrement rouillés.

La matité était complète à gauche.

A l'auscultation, l'on entendait une respiration rude dans presque toute l'étendue du poumon; dans quelques points déjà Ton percevait le râle crépitant.

Le malade se plaignait d'une céphalalgie frontale intense; sa langue était couverte d'un enduit blanc jaunâtre.

La chaleur de la peau s'élevait à 39 degrés centigrades; je comptais 108 pulsations à la minute.

Je me trouvais donc en présence d'une pneu-

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monie très franche, et qui céda en neuf eu dix jours à un traitement convenable.

Je surveillai la convalescence, et je le vis pour la dernière fois le 8 juillet.

Il partit alors pour la campagne, et ne revint à Paris que pendant Thiver suivant.

En février 1873, comme il toussait beaucoup, il vint me consulter. Je constatai au sommet des deux poumons les caractères d'une phthisie commençante. Je lui donnai des pilules pour calmer la toux, et je ne le revis plus jusqu'en juillet de la même année,

La maladie n'avait pas fait de progrès sérieux ; seulement, comme il devait retourner à la campagne, je l'engageai à beaucoup de circonspection dans son régime ; je lui conseillai surtout d'éviter avec soin les causes de refroidissement; mais je le soupçonne fortement d'avoir mis le régime indiqué tout à fait de côté.

En janvier 1874, les signes physiques n'indiquaient pas encore la fonte des tubercules; mais il s'était formé le long du sternum une fusée purulente, qui était venue s'amonceler en un abcès énorme au devant de l'estomac.

J'attribuai cet abcès à la présence de tubercules dans les os.

11 entra à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Lefort, qui lui ouvrit cet abcès. Une suppura-

tion très longue l'affaiblit extrêmement; et, s'ennuyant à Thopital, il se décida à revenir chez lui.

Je le revis après sa sortie de Thopital, le 6 juillet 1874.

Il était dans un état de maigreur extrême, il avait perdu complètement Tappétit.

J'examinai la poitrine, et j'y constatai dans un point de la fosse sus-épineuse droite une matité complète.

A Tauscultation, je trouvai dans ce même point du gargouillement alternant avec le souffle, et une pectoriloquie assez évidente : il y avait donc là une caverne.

Cependant la suppuration sternale continuait toujours, et la fièvre prit bientôt un type rémittent très accentué; ajoutez à cela une expectoration caractéristique excessivement abondante, et vous comprendrez sans peine que le malade était tombé dans une cachexie voisijie de la mort.

Pour le traitement, je courus d'abord au plus pressé, et j'essayai d'arrêter la suppuration au moyen d'injections alcooliques dans les ouvertures de l'abcès; je lui donnai en même temps des grogs formés de quatre parties de limonade au citron et d'une partie d'eau-de-vie; j'administrai le sulfate de quinine pour combattre la rémittence : il ne me réussit pas, et je dus recourir à

l'acide arsénieux, dont j'obtins un excellent résultat.

En même temps je lui prescrivis des potages au pain, et un peu plus tard le phosphate de chaux; j'y joignis le vin de quinquina, et le 25 juillet il était assez bien rétabli pour partir dans le département de la Haute-Marne.

11 m'écrivit trois lettres : le 5 août, le 7 septembre et le 2 octobre. Ces lettres constatent qu'il suit exactement le régime, qu'il s'en trouve très bien, et qu'il espère rentrer à Paris complètement guéri.

En effet, en janvier 1875, à son retour, je constate avec plaisir que tous les symptômes morbides ont disparu.

Depuis il n'a pas été malade.

De valet de pied il est devenu suisse de l'hôtel de B..., et il satisfait avec toute sa diligence première aux besoins quelquefois fort peu hygiéniques de sa nouvelle profession.

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