PAR QUELS MOYENS
En présence des innombrables insuccès d'une médication polypharmaceutique si compliquée, si multiple, qu'un volume suffirait à peine à l'exposer toute, le moment n'est-il pas venu de changer les termes et de ne plus donner à la thérapeutique qu'un rôle secondaire dans le traitement d'une affection qui est la traduction de l'appauvrissement de l'organisme.
En tout cas, prendre pour base du traitement de la phthisie, comme le dit si bien le docteur H. Bennet, la doctrine broussaisienne ou antiphlogistique, qui si longtemps a régné sans partage, serait une erreur mortelle pour le plus grand nombre des malades : car, il faut bien le répéter, ce n'est pas à une maladie locale qu'il
s'agit de porter remède, mais à une diathèse générale avec vitalité organique amoindrie.
Pendant longtemps le traitement de la phthisie, entaché de découragement, s'est trouvé privé de lun de ses plus puissants auxiliaires : la confiance du médecin (i). Il n'en est plus de même aujourd'hui que la preuve est faite de la guérison possible de la phthisie, alors que la nature seule et sans aide en fait quelquefois tous les frais.
D'autre part, la cause de plus d'un désastre, il la faut imputer, du moins en partie, à des erreurs ou à des insuffisances de diagnostic, desquelles il résultait souvent que la cause primordiale deij meurait méconnue. OMa connaissance des dia- thèses est le vrai point de départ de tout traite- __ment en harmonie avec le but, sans omettre que dans l'hérédité, qui est sa voie de transmission la plus ordinaire , il faut encore rechercher les transformations qu'a subies la diathèse avant d'en arriver à sa métamorphose ultime ; et que . peut-être le meilleur obstacle antagoniste à opjposer au développement du tubercule, c'est le "réveil de l'une de celles qui préexistaient. Le fait de l'antagonisme en pathologie n'est pas nouveau; il a été formulé déjà bien des fois; peut-
(i) Le professeur Niemeyer disait qu'il était convaincu, d'après l'expérience personnelle de ses premières années^ d'avoir perdu plus d'un malade au début de sa carrière, par cela seul qu'il les croyait sans espoir de guérison au moment où ils se présentaient à lui. Combien de praticiens pourraient faire le même aveu!
être ne l'a-t-il jamais été avec autant de conviction et de vraisemblance que par le docteur Pidoux, qui en fait le pivot de la doctrine nouvelle qu'il préconise. Faut-il dire quelle incertitude a régné trop longtemps dans la direction prise ou à prendre, quelle absence de conviction perçait dans le choix des moyens opposés aux manifestations symptomatiques , sous Tempire de cette pensée anticipée qu'elles étaient inéluctables? Car, sans en viser d'autres, la fièvre qui accompagne chaque poussée tuberculeuse n'estelle pas encore considérée par beaucoup comme la trace visible et sensible d'un travail de désorganisation, mal inévitable, contre lequel, à ce titre, la lutte n'est pas possible. Cependant il y a là une erreur dommageable ; car si la fièvre peut être considérée comme l'atmosphère nécessaire au développement du produit nouveau , il en résulte bien évidemment que tout doit être mis en œuvre pour supprimer cette atmosphère, sans laquelle le produit nouveau ne peut croître, et par là refuser au tubercule les conditions de son existence. Or la thérapeutique n'est pas inerte quand ses ressources interviennent avec à-propos; en tout cas, elle ne laisse pas désarmé le médecin qui en sait les richesses et les met à profit en pleine connaissance. Les alcaloïdes, qui de plus en plus entrent dans la pratique, sagement choisis ou combinés, ne sont-ils pas dans ce sens une ressource féconde et en partie nou-
velle-, sans parler des autres agents de modération du calorique morbide dont les procédés, run entre autres, né sur notre sol si vraiment médical, semblent toujours avoir besoin, pour trouver crédit, de nous revenir d'au delà du Rhm, transformés et entachés d\me sorte de brutalité, sans laquelle, peut-être, je n'y contredis pas, ils n'eussent pas suffi sur des natures tudesques, mais qui en tout état ne convient pas aux nôtres.
Une pratique plus opiniâtre et plus sûre d'ellemême a déjà donné en partie la mesure de son pouvoir. Elle étendra plus encore les limites de sa portée contre ce qu'à bon droit on peut considérer comme le danger actuel le plus pressant de cette affection redoutée. C'est donc, en thérapeutique, contre la fièvre que doivent être dirigées toutes les entraves, de quelque part qu'elles vienvent. Si elles ne suffisent pas toujours à son exfinction, elles auront au moins produit leur effet utile si même elles se bornent à mettre obstacle à sa durée, ou seulement à son complet développement. Les manifestations dyspeptiques et la dénutrition qui les accompagne ne réclament pas moins une intervenfion directe et pressante, en vue du danger qui naît de leur ténacité, et du dénûment dans lequel demeure l'organisme ainsi privé de tout point d'appui et de re-
sistance. . . ,
Mais dans la lutte contre un mal qui a pris domicile, qui remplit tout l'être et qui trop souvent
l'entraîne fatalement sur une pente irrésistible^ il ne faut pas avec une vaine et puérile présomption compter qu'un effort de quelques instants, aidé de Tintervention d'une médication telle appropriée ou bien choisie qu'elle soit, seront suffisants à provoquer les résultats auxquels, chacune de leur côté, tendent les aspirations du malade et du médecin. Non, malheureusement, il n'en est pas ainsi : la phthisie n'est pas un mal ordinaire; et d'ailleurs la raison seule indique que cela n'est pas et ne peut pas être. La guérison ne doit être conquise qu'au prix d'une lutte de tous les instants, et de l'observance exacte des conditions suivant lesquelles la vie nouvelle aura été instituée et longtemps suivie, pour que rien n'y figure plus à l'avoir des causes génératrices, et qu'à l'opposé rien ne soit perdu des efforts de résistance combinés à l'avance en vue d'un résultat presque certain, si le duel entre ce qui vit encore et ce qui est frappé de mort n'estpas entamé trop tard.
La cause prochaine et prédominante de la phthisie, c'est un défaut d'assimilation, un déficit de la nutrition, qui se compliquent un peu plus tard de toutes les pertes dont les sécrétions — sueurs, crachats, diarrhées — privées de matériaux de remplacement seront la source. Le premier devoir du médecin est d'étudier les circonstances particulières qui constituent la vie propre du malade pour en éliminer ce qui est dommageable et, par contre, y faire rentrer tout ce qui
peut devenir faculté à engendrer de nouveaux éléments de vitalité : par la nutrition, dont la digestion est la voie; par la nutrition, dont le siège est aux poumons, constituée parune bonne et parfaite hématose, et enfin par le réveil des fonctions de la peau, qui, elle aussi, est un organe complémentaire de purification de la masse sanguine.
Le but à atteindre, Tobjet des incessantes préoccupations du malade, ce doit être désormais de gagner plus et de perdre moins.
De là découle que, le plus souvent, il faut dès au début, et quoi qu'il en coûte, faire héroïquement le sacrifice des situations sociales, quelque brillantes qu'elles soient dans le présent ou dans Tavenir du malade, si c'est de l'ensemble des conditions de miUeu qu'elles impliquent que sont nées les causes de formation ou de développement de la phthisie. La vie est à ce prix. Il n'y faut pas de retard, pas même de celui auquel sont trop naturellement enclins les malades, qui, bien qu'ébranlés, ne peuvent croire à toute la portée du mal et veulent attendre de nouvelles preuves pour consommer le sacrifice, ou bien encore dont la vie est à ce point enchevêtrée dans un tel courant d'affaires, d'intérêts, d'ambition ou de plaisirs, qu'ils réclament, pour liquider en quelque sorte, un répit indispensable à leurs yeux, sans songer ni pouvoir admettre que, lorsqu'ils seront prêts pour commencer la lutte, peut-être il sera trop tard. Remarquons en passant que.
par une ironique cruauté du sort^ c'est toujours dans Télite de la société humaine, parmi les sujets les mieux doués des charmes du corps ou des facultés de l'esprit^ que semble choisir ses victimes Timpitoyable destin.
Mais je veux supposer les résolutions prises à l'heure où la résistance est possible. C'est alors qu'il faudra faire choix, le choix le plus étudié en regard de l'espèce, des heux où désormais le malade devra vivre, du genre de vie qu'il devra mener, de l'hygiène qu'il suivra, des exercices permis ou défendus, de l'alimentation nécessaire ou convenable-, en somme de tous les actes qui, renouvelés chaque jour, constitueront la vie nouvelle.
Ici, il le faut proclamer haut, dans cette lutte pour la vie d'une autre sorte que celle qu'a définie Darwin, toute défaillance, tout oubli seraient fatals. De celui-là seulement la guérison sera la récompense qui, pas un seul jour, pas une heure, ne se sera assoupi dans l'apathie ou ralenti par découragement.
Bien peu de caractères, dira-t-on, sont de taille à un pareil combat. N'est-ce pas là ce qui rendrait compte de la rareté relative des guérisons de la phthisie ? Loin de nier l'objection, j'ajoute, pour la corroborer, que, pour entreprendre la lutte, il faut être bien pénétré de sa nécessité; et pour ce que faut-il sinon? qu'elle ait été démontrée à celui qui a tant d'intérêt à ne pas la méconnaître.
Mais, hélas ! combien sont rares les cœurs assez fermes pour entendre cette vérité redoutable, qui, loin de n'en pas être accablés, y puisent de nouvelles forces pour le combat de la vie. Si quelques races, la race anglo-saxonne, par exemple, semblent à ce point de vue pouvoir être taxées d'une véritable virilité -, si la vérité leur est possible à dire parce qu'ils la peuvent entendre, il est certain qu'il en est plus rarement de même vis-à-vis des populations d'origine latine plus impressionnables, moins fermes, pusillanimes aussi, disons-le. A leur endroit, le rôle du médecin devient un rôle difficile. Aussi, les circonstances seules doivent-elles guider sa conduite, sans que jamais l'abandonne la plus exacte circonspection. Et, cependant, il faut que le malade soit instruit de l'urgence des résolutions qu'on lui demande. Le problème est donc ardu sous quelque face quon l'envisage: car aussi bien, parfois, la nécessité devient impérieuse et veut qu'on échappe à toute temporisation. Que faire alors pour sortir d'une aussi anxieuse perplexité? La solution d'une situation hérissée de tant d'obstacles ne souffre pas qu'on la généralise; tout ici est affaire de circonstance, de tact et de discernement.
Le traitement de la phthisie comporte deux grandes indications bien distinctes, et qui, l'une et lautre, réclament leurs moyens, ayant pour but, d'une part, de mettre obstacle au développe-
ment de Tatmosphère fébrile qui accompagne révolution tuberculeuse, et de l'autre de remonter l'organisme appauvri.
Je n'ai pas à faire la 'nomenclature des ressources thérapeutiques dont nous disposons, ni à inventorier Tarsenal médicamenteux usité pour de pareilles circonstances. Beaucoup d'autres l'ont fait avec toute compétence ; et, d'ailleurs, à part la mission de certains alcaloïdes, qui me semble n'avoir pas été aussi bien définie qu'elle pouvait l'être comme agents d'extinction de l'élément fébrile, je n'ai rien à ajouter dans cette voie qui n'est pas celle que j'ai choisie.
La révolution dans le traitement de la phthisie n'est pas là. Elle ne gît pas dans l'action spéciale ou spécifique vainement cherchée de tel ou tel médicament de nos officines. L'expérience du passé n'est-elle pas suffisante, ne démontre-t-elle pas assez amplement que dans ce domaine, déjà trop fouillé peut-être, à l'exclusion des autres, il n'y a plus rien à trouver; que c'est ailleurs qu'il faut chercher, et qu'enfin les guérisons obtenues sont les résultantes d'autres investigations?
Le docteur H. Bennet a le vrai mérite d'avoir donné un corps, une sanction pratique à une direction médicale restée comme idée spéculative dans la pensée de ceux qui déjà peut-être l'avaient conçue mais sans aller au delà. Nous savons que de la part des esprits timides il y a tout un monde
entre leurs aspirations et la mise en œuvre : car il y a loin des conseils ayant cours dans la pratique de Tété passé à la campagne à celui donné au malade de vivre désormais et à toujours au grand air. Telle est cependant la base de la nouvelle méthode de traitement instituée, élevée à Tétât de principe par le docteur Bennet. Onpeut dire que c'est toute une révolution introduite dans le traitement de la phthisie. Les agents médicamenteux n'en sont pas exclus, mais ils n'interviennent plus qu'à l'heure précise qui motive leur emploi , pour prendre fin avec le symptôme combattu ou l'indication satisfaite. A cette doctrine nouvelle, qu'il importe de bien exposer pour la répandre, j'ajoute, pour la compléter, qu il vient une heure aussi dans son application où la nature organique, longtemps opprimée, se réveille enfin, mais inerte ou indécise en quelque sorte, entre deux forces contraires qui , pour un instant encore, se font équilibre; elle a besoin, pour prendre une direction décidément opposée à la pente sur laquelle elle se sent impuissante et entraînée, d'une énergique stimulation.
Pratiquée au milieu des autres circonstances hygiéniques qui déjà ont aidé à son réveil, cette stimulation, le summum de l'intervention médicatrice, ce n'est pas le médicament officinal qui peut la produire, mais bien le médicament hydrominéral, c'est-à-dire une combinaison occulte
et mystérieuse qui constitue la médication des affections diathésiques à sa plus haute puissance, et qui les domine toutes .
Dans son T raité général des Eaux minérales^ voici comment s'exprime le docteur Pétrequin, de Lyon, sur la question de la curabilité de la phthisie par les eaux minérales et par les eaux sulfatées calciques en particulier : « La possibilité de guérir la phthisie, même dans une période avancée, est reconnue... M. Muller assure avoir guéri des phthisiques à cette époque peu avancée de la maladie — i^"^ degré. — Au 2^ degré, MM. Muller et Jonquières ont obtenu d'heureux résultats dans le traitement de la phthisie pulmonaire arrivée à cette période... Ces résultats se faisaient remarquer surtout quelques semaines après la cure. Ces gaérisons n'étaient pas toujours définitives; mais, si la maladie reparaissait l'hiver suivant, c'était avec un degré d'intensité moindre que précédemment. »
Pour faire pressentir la méthode de traitement que par son propre exemple a préconisée le médecin anglais Bennet, le meilleur moyen est, il me semble, de relater ici l'observation de sa guérison telle qu'il la raconte lui-même dans ses Recherches sur le traitement de la phthisie pulmonaire. Je transcris fidèlement, sans y rien changer, ce récit original, à cause de l'intérêt qu'il présente à tous égards :
« Mon père, homme d'une constitution vigou-
reuse, avait cinquante ans quand je suis né. Il avait vécu largement^ comme vivaient en Angleterre, au commencement de ce siècle, les classes aisées, buvant habituellement du vin d'Oporto. Par suite, il contracta la goutte de bonne heure, à trente-cinq ans , en resta martyrisé toute la vie, et mourut, à cinquante-sept ans, de pneumonie aiguë. Il n y avait pas de phthisie dans la famille, mais une tendance prononcée à la bronchite et à Femphysème pulmonaire avec asthme consécutif. Ma mère aussi, née et élevée à la campagne, avait une constitution saine et vigoureuse. Elle avait trente-deux ans lors de ma naissance, et mourut, à quatre-vingt-deux ans, de congestion cérébrale. C'est d'elle sans doute que je tiens la force, Ténergie vitale dont j'ai fait preuve. Ma constitution, nécessairement goutteuse, se décela dès la première jeunesse par la diathèse urique et par la dyspepsie goutteuse.
tt Autrement sain, j'ai pu entreprendre et accomplir des travaux très-rudes d'esprit et de corps, tant à Paris qu'à Londres, jusqu'à l'âge de trente-huit ans. A cet âge, j'eus une attaque de goutte aiguë qui fut suivie de bronchite et de laryngite chroniques. Ces maladies, limitées d'abord à l'hiver, après quelques années, se perpétuèrent pendant l'été, toujours accompagnées d'accidents de goutte chronique. La santé générale fut aussi détériorée par plusieurs attaques d'angéioleucite, suites d-'empoisonnement cutané.
après des nécropsies ou des examens utérins. Ainsi deux fois j'eus des accidents graves après des examens cadavériques, quatre fois après avoir examiné des femmes atteintes d'écoulements de nature purulente. Deux de ces attaques eurent lieu pendant mon internat à Paris, quatre pendant les années d'exercice à Londres. En i855, je faillis en mourir, un moment je fus moribond. En mai i858, j'eus un nouvel empoisonnement à la suite de la nécropsie d'une malade morte d'un cancer de l'utérus. Je détruisis avec la potasse caustique le point inoculé sur un doigt, aussitôt que je m'en aperçus. Je réussis ainsi probablement à diminuer la virulence de Tempoisonnement^ puisque cette fois l'inflammation des vaisseaux lymphatiques ne dépassa pas la main et l'avant-bras ; tandis que dans les autres occasions l'inflammation s'était propagée presque à l'aisselle, et jusqu'aux parois thoraciques. Peu de temps après, j'eus une attaque sous-aiguë de bronchite générale, qui continua avec une sécrétion purulente abondante pendant tout l'été.
« Pensant que mon état était très-suspect je priai mon ami le Quain, un des médecins les plus éclairés de Londres, dem'examiner et de me donner son opinion. Il m'examina donc avec grand soin au mois d'août, et ne trouva que delà bronchite chronique sous-aiguë.
« Vous avez, me dit-il, à quarante-deux ans, la a bronchite goutteuse d'un homme de soixante-
ce deux. La maladie à traiter chez vous, c'est la <( diathèse goutteuse. Travaillez moins, mangez « moins, buvez moins, amusez-vous plus à la « campagne. »
« Cette opinion coïncidait avec mes idées propres. Aussi je partis pour les montagnes duTyrol, et j'y restai deux mois avec grand avantage. A mon retour à Londres j'allai coucher souvent à la campagne, me débarrassant des accouchements. Je pris moins d'aliments azotés, je bus moins de vin, et je fis une lieue et demie à pied un jour, quatre ou cinq lieues à cheval le lendemain. Comme j'étais extrêmement occupé dans la clientèle, je me faisais descendre de voiture à une lieue de chez moi pour la promenade à pied, et je me faisais conduire un cheval au point extrême de mes visites pour la promenade à cheval, avant de rentrer pour dîner. Je reconnais maintenant que je fis l'erreur de diminuer le combustible, les aliments, et d'augmenter la dépense par un tel exercice. De cette manière j'ajoutais la dépense de la force physique à celle de la force intellectuelle. Si j'avais été à la campagne dans les montagnes, sans travaux d'esprit, j'aurais eu raison; mais j'avais sur les mains une grande clientèle consultante avec toutes ses responsabilités, toutes ses inquiétudes^ toutes ses luttes, et j'y consacrais douze ou quatorze heures par jour.
« Toutefois, le traitement suivi semblait réussir à merveille. Je perdis peu à peu tous les symp-
tomes de la goutte chronique : l'acide urique, le gonflement et la douleur des petites articulations, la dyspepsie, sans néanmoins perdre la toux et Texpectoration. Cela ne m'occasionna cependant aucune inquiétude, car je pensais toujours à la bronchite goutteuse. Mes amis et souvent mes malades me disaient que j'avais l'air pâle, maigre, malade; mais j'en riais-, je me sentais tellement mieux, tellement délivré des vieilles douleurs articulaires, si léger, si souple-, je travaillais si facilement d'esprit, j'éprouvais tant de plaisir de mes longues courses à cheval, que je ne pouvais m'imaginer que j'étais véritablement malade. Quelque temps après, en février 1859, je fus pris pendant la nuit d'hémoptysie et je rendis près d'un litre de sang. Le jour suivant, mon ami le docteur Quain trouva des excavations phthisiques étendues dans le lobe supérieur du poumon droit, s'étendant postérieurement presque à l'angle inférieur du scapulum, antérieurement jusqu'au dessous de la troisième côte. Ces dépôts s'étaient ramoUis en divers endroits, et évidemment il y avait eu ulcération d'une artère assez volumineuse. J'étais tombé de Charybde en Scylla, l'élément phthisique s'était développé.
« Je changeai donc de tactique : je diminuai l'exercice, j'adoptai un régime plus azoté, plus nourrissant avec de l'huile de foie de morue; j'abandonnai les accouchements entièrement, et je passai les nuits presque constamment à ma mai-
son de campagne^ dans une forêt de sapins, à trente kilomètres de Londres. Tout semblait inutile, la maladie avançait toujours. Je consultai un autre ami, une célébrité anglaise, le docteur C. B. Williams. Il confirma le diagnotic du docteur Quain. Je lui demandai s'il croyait l'autre poumon attaqué; à quoi il me répondit que la maladie était tellement avancée dans le poumon droit qu'il n y avait plus de base possible pour la comparaison, de sorte qu'il ne pouvait parler avec précision.
« Je me crus perdu et je m'étais décidé à mourir sous le harnais. Mais quand vinrent les chaleurs de l'été, il y eut des ramollissements encore plus étendus; la fièvre hectique et les sueurs nocturnes s'en mêlèrent, et je devins tout à fait incapable de vaquer à mes devoirs de profession. J'abandonnai donc la partie, et je me réfugiai dans le Nord, chez mon ami le professeur Bennett, à Édimbourg, pour échapper à la chaleur, pour y trouver le repos. Il confirma les opinions déjà données, me dit que j'avais deux cavités dans la partie supérieure du poumon droit, une grande en avant, une plus petite en arrière ; que la maladie était évidemment en voie de progression, et que si elle continuait à s'étendre je serais mort et enterré dans six ou huit mois. Il me conseilla cependant de ne pas mourir sans lutter, d'abandonner la clientèle entièrement et immédiatement, et d'aller passer l'hiver dans le midi
de l'Europe. Il ajouta qu'il avait vu un petit nombre de personnes aussi malades que moi remonter sur Teau^ guérir, et que par conséquent cela valait la peine de combattre la maladie. Si je réussissais à en arrêter la marche, si je devenais du petit nombre de ceux qui guérissaient dans de telles conditions, il me serait toujours possible de faire avec précaution de la médecine consultante.
« Je suivis ces conseils à la lettre, et c'est à cela sans doute que je dois d'avoir sauvé ma vie. Pendant que ma famille à Londres arrangeait mes affaires, j'allai près d'un lac pittoresque, le lac Awe, sur la côte ouest de l'Écosse ; je m'installai dans une petite auberge, et je me livrai à la pêche du matin au soir. L'automne arrivé, je descendis, à travers la France, jusqu'à la rivière de Gênes, que j'avais autrefois parcourue et admirée comme touriste. Débarrassé de toute inquiétude ou souci professionnel, tant pour le présent que pour l'avenir, je m'établis à Menton, alors village italien presque inconnu. Pendant deux ans, je restai entièrement en dehors de la vie active, passant les étés à pêcher en bateau sur les lacs sauvages et isolés de l'Écosse, les hivers à Menton, où je ne voyais les rares malades qui se présentaient qu'en consultation avec d'autres médecins. Au bout de quelques mois de séjour à Menton, je me trouvai déjà mieux; la maladie s'était arrêtée, et la marche rétrograde vers la
guérison avait commencé. Au bout de deux ans j'étais tout à fait convalescent, et je pus commencer avec précaution à faire de la médecine consultante, Tété à Londres, Fhiver à Menton.
(( Avec Tarrêt de la maladie du poumon survint toutefois un état de lassitude, de prostration, qui démontra que j'étais toujours sous Tinfluence de la cachexie tuberculeuse ou phthisique. Aussi cette conviction a puissamment contribué à me retenir en dehors de la vie active professionnelle ou sociale. Six ans se passèrent avant que je perdisse cette sensation de langueur, de faiblesse ; et ce fait est curieux, car il indique ce que la persévérance presque indéfinie dans la vie hygiénique peut accomplir. Il y a bien des malades qui se lasseraient de vivre en convalescents avant que dix ans se soient écoulés. Il faut presque être médecin pour avoir les convictions et le courage nécessaires. Pendant ces dix ans j'eus des hauts et des bas, des rechutes, des accidents hémorrhagiques, bronchitiques, comme tous ceux qui sont attaqués de cette terrible maladie, même ceux qui répondent le mieux au traitement. Il serait fastidieux de s'appesantir sur ces détails ; je dirai seulement que je restai pendant plusieurs années un grand malade ; que le second hiver, dans le midi, après une diarrhée dyssentérique gagnée à Naples , la maladie apparut au sommet du poumon gauche, et que, à mesure que la cicatrisation se fit dans les deux poumons, je devins
asthmatique^ surtout sous l'influence de rhumes et de bronchites.
« Mes amis le docteur Quain et le professeur Bennett me disent que les traces du mal passé sont encore très-évidentes dans le poumon droit. A son sommet il y a une cavité sèche; presque partout dans le lobe supérieur il y a absence de respiration vésiculaire^, suite d'emphysème local, et du souffle bronchique, suite d'induration chronique. Le professeur Bennett trouva, au mois d'avril de cette année iSyS, le tiers supérieur du poumon droit consoUdé^ pour me servir de son- expression. Autrement on me dit que j'ai perdu le cachet extérieur du malade^ et je me sens assez bien portant corps et esprit pour un homme de mon âge -, toutefois, au moindre effort, je sens l'existence dans les poumons des anciennes blessures; le moindre rhume occasionne des douleurs assez sévères dans toutes les parties du poumon droit où l'on trouve les traces du mal passé. Aussi je tâche, autant que possible, de mener une vie calme et tranquille, et de ne pas me laisser entraîner dans la vie active qui nous entoure, ce qui est bien difficile. En tout il est bien difficile de s'occuper à moitié.
c( Il me semble cependant que je puis donner mon cas comme une observation de phthisie guérie, sans trop de vanité ou de présomption. Quinze années se sont passées depuis le commencement de la maladie, et je suis encore là
sans accidents aigus ou chroniques, et rentré jusqu'à un certain point dans la vie de tout le monde. Depuis que je vis ainsi avec calme, avec précaution, j'ai vu bien des amis, des confrères fortS; vigoureux^ robustes, quand j'étais malade, qui s'apitoyaient alors sur ma chute, succomber à la tâche, et cela souvent parce qu'ils n'ont pas eu le courage que j'ai eu : celui de fuir le danger, de combattre la maladie en sacrifiant tout, position, fortune^ entourage. Peut-être n'ont-ils pas eu des amis sincères comme les miens, prêts à leur dire la vérité, quelque terrible qu'elle fût, prêts à les pousser dans la voie du sacrifice. »
Comme le D*' H. Bennet, je range le traitement de la phthisie sous les trois titres : traitement hygiénique, climatérique et médicinal, ce dernier comprenant surtout la cure d'Eaux-Bonnes.
Un premier point domine tout le traitement de la phthisie, c'est le choix d'un climat nouveau d'hiver et d'été, qui éloigne le malade du milieu qui a servi d'atmosphère au développement de la tuberculose.
Quiconque connaît, a vude près le ciel brumeux et froid du nord, comprendra les bienfaits réparateurs du ciel bleu, de l'air pur et doux du midi, pour de pauvres malades affaiblis, incapables de réagir contre les rigueurs du dehors, et qui remplacent d'ordinaire le soleil qui leur manque ou que les brouillards obscurcissent, par la chaleur des poêles et la lumière des lampes. Ici l'erreur
est complète : non-seulement le malade est ainsi privé de la stimulation d'un air tonique et vivifiant si nécessaire à l'hématose; maiS;, par l'absence de renouvellement d'un air surchauffé et bientôt confiné, il ajoute une nouvelle cause d'empoisonnement à celles qui existent déjà et qu'il y aurait tant d'intérêt à éloigner pour toujours.
L'air est l'aliment de tous les instants. L'atmosphère, quelle qu'elle soit, nous enveloppe et * nous comprime. Nous bénéficions ou nous dommageons d'une manière inconsciente et fatale de ses bonnes ou mauvaises qualités; car nous vivons d'air bien plus encore que d'aliments. Le besoin que nous avons de lui est un besoin de tous les instants de notre vie, au point que respirer est synonyme de vivre. Puisqu'il ne nous est pas loisible de nous soustraire aux influences de sa composition, de sa densité, de sa température, à ses gaz surajoutés, à ses poussières quand elles sont nuisibles ; puisque^ par les bronches, notre organisme est tout entier perméable à l'air qui le traverse, il faut tout faire pour que le conflit de l'air atmosphérique et du globule sanguin soit favorable aux échanges qui s'accomplissent autour de lui. Si lair est pur, approprié aux organes au milieu desquels il passe, le sang est transformé; l'hématose s'accomplit de la façon la plus fructueuse. La respiration, acte incessant de la vie, le premier en jeu dans la maladie dont
il est question, est donc la fonction que le choix du climat intéresse le plus; car, le globule sanguin étant le point de départ de toutes les réparations, c'est lui qu^il faut viser pour modifier Torganisme amoindri. Par son exposition, renouvelée autant de fois que Fhomme respire, aux influences de Tatmosphère au milieu duquel il est placé, le globule acquiert des qualités nouvelles en rapport avec les métamorphoses auxquelles il a mission de pourvoir. L'atmosphère est donc un médicament de premier ordre, dont il faut étudier et bien connaître les conditions spéciales pour les approprier en toute convenance aux individualités qui en réclament le choix à titre de médication. Qui peut d'ailleurs méconnaître Tefficacité générale de Thabitation des pays heureux qu'un ciel clément favorise pendant Thiver, de l'action directe et journalière des rayons du soleil, avec réclat de la lumière, et la permanence d une végétation qui entretient la pureté des couches de l'air au voisinage du sol.
Le malade qui change de climat ne change pas seulement de température et d'air; il a tout à la fois tout changé dans sa vie, et bien d'autres choses encore qui se refusent à l'analyse, et qu'accusent seuls les résultats nouveaux.
11 est certain quelalatitude ne justifie pas tousles avantages d'une région connue, avantages qu'on rechercherait en vain sur un littoral voisin qu'une colline ou qu'une rivière séparent à peine l'une
de l'autre. S'il n'en était ainsi^ quel serait le pourquoi de la supériorité d'un canton pour une culture, à part la nature géologique du sol, culture qui ne trouve plus sa place favorable dans le canton voisin, où la remplace une autre qui serait improductive dans le premier. L'étude des climats est complexe, voilée de mille circonstances qu'il faudra dégager le jour où cette étude sera faite avec la rigueur scientifique qui préside à la pratique des sciences modernes.
Si l'homme est cosmopolite par sa destinée, il ne Test plus dans la maladie. D'ailleurs, si la création Fa placé dans des milieux défavorables auxquels il adapte sa nature du mieux qu'il peut, contre lesquels il réagit de tout son pouvoir , il n'en demeure pas moins qu'il en est de plus favorables ou de plus hostiles les uns que les autres, même en l'état de santé, à plus forte raison lorsque son organisme n'a plus l'intégrité que peut-être il a perdue dans ce combat d'adaptation où les forces de la nature ont vaincu les siennes, ne laissant que des ruines sur le théâtre du combat. En tous cas réagir contre les circonstances du dehors, est un travail, c'est une dépense de forces employées sans bénéfice; ce n'est plus vivre d'une façon régulière, dans le calme nécessaire au jeu normal des fonctions. Il faut, alors que cette lutte possible tout au plus à l'homme valide n'est plus permise au malade, le soustraire à tout ce qui serait un obstacle à la
concentration vers un même but , la réparation, des éléments de résistance qu'il tient encore en sa possession, et n en rien distraire pour tout ce qui n'est pas lui ouTintérêt du moment.
La thérapeutique des climats est un fait indéniable, quoique la science des climats afférents aux indications diverses soit encore à créer; et qui s'en étonnerait en regard de Fimmense étendue d'un domaine si changeant, dont Tétude commence à peine. Nous n'avons encore que des monographies topographiques isolées, faites en vue d'aptitudes ou d'intérêts divers, auxquelles souvent ont coopéré cependant des travailleurs du plus grand savoir. Nous savons que la température n'est pas la seule condition favorable qu'il faille requérir; qu'il en est d'autres tout aussi commandées, dont la réunion constitue l'atmosphère d'élection. Mais ce qui manque toujours, et peut-être manquera longtemps, c'est une synthèse des études partielles, en permettant le classement méthodique par régions mieux définies, et qui s^adressent plus rigoureusement aux états pathologiques cliniquement reconnus comme favorablement influencés par elles.
Ce qui existe déjà, on ne peut le méconnaître, c'est un courant d'opinion qui a sa source dans un immense besoin. Pour n'en plus douter, il suffit de parcourir notre littoral méditerranéen et la zone pyrénéenne jusqu'à l'Océan. Là, on voit disséminées des stations hivernales déjà nom-
breuscs qui n'existaient pas hier, et qui doivent à d'heureuses circonstances qui varient du plus au moins, ou différentes pour chacune d'elles, une prospérité^ un développement inouis, pour qui ne songerait à quelle puissante utilité elles correspondent. Je n'ai donc pas à tant insister sur une cause déjà gagnée, ce que prouve surabondamment le flot toujours grossissant d'émigration étrangère qui chaque nouvel hiver se répartit dans les stations du midi de la France et d'ailleurs, depuis qu'elle sait, à n'en pouvoir douter, que là on guérit souvent d'un mal dont le plus souvent on meurt chôz elle.
A ces considérations il faut encore ajouter qu'avec la doctrine des antiphlogistiques opposés aux complications inévitables de la phthisie, faisant la base de leur traitement, et jugée par les nombreuses victimes qu'elle renouvelait sans cesse, tombe du même coup le culte si longtemps pratiqué des climats doux, uniformes et un peu humides. Il est certain que dans ces climats réputés à souhait par la doctrine antiphlogistique, ce n'est plus le poumon qui domine la scène des fonctions organiques; son rôle est eflfacé et ne vient plus qu'en seconde ligne. La peau, le foie, dont le fonctionnement suractivé prennent la dominante, servent d'émonctoires à tout l'organisme ; et de l'inaction du poumon il ressort en quelque sorte, l'expérience de ces mêmes climats semble l'établir,
qu'il n'est plus aussi apte au travail physiologique dont il doit être le siège. J'ai vu trop souvent pendant la saison d'hivernage des pays chauds, c'est-à-dire aux époques où se trouvent combinées la chaleur et l'humidité, révolution phthisique chez les Européens procéder avec une telle hâte , s'accompagnant d'une chaleur fébrile qui n'avait d'égale que dans la température ambiante, que si le malade n'était soustrait à l'action dévorante d'un tel milieu, il y succombait bientôt, alors que l'auscultation révélait cependant que l'étendue des compromissions eût encore ailleurs été conciliable avec une prolongation de la vie.
A une maladie d'appauvrissement ce qu'il faut surtout opposer, c'est la stimulation, l'action tonique la plus propre à ranimer une vitalité qui s'éteint, celle que peut provoquer un climat sec, un peu frais parfois, au milieu d'une abondante lumière, doux pour l'ordinaire, permettant la vie du dehors, la gaieté de l'esprit, et la bienfaisante influence d'une riante nature, qui, par les yeux, pénètre jusqu'à l'âme, qu'elle rassérène en y faisant renaître l'espérance.
Ce n'est pas sans de grands desseins que le Créateur a fait succéder la nuit au jour, avec l'abaissement de température qui l'accompagne. De cette différence thermométrique, pourvu qu'elle ne dépasse pas quelques degrés seulement (i), le
(i) Le trait météorologique principal de toutes les stations
malade retire la garantie nouvelle d'une réaction qui concourt au but. Le D^" Bennet appuie cette théorie de T observation qu'il a faite sur les plantes de serres qui, demeurant soumises à une température uniforme la nuit et le jour, en pâtissent jusqu'à ce qu'elles soient rendues aux conditions que la nature a faites pour l'harmonie générale.
La chaleur uniforme est si bien en opposition avec la donnée reconnue nécessaire delà robustification de l'organisme appauvri, qu'il n'échappe à personne que les aptitudes digestives en sont amoindries, que l'appétit languit, même dans notre climat, quand viennent les chaleurs qui sont propres à l'été. Non-seulement, quand elles sont extrêmes, apparaît le dégoût pour toute nourriture animale, mais encore chacun se sent porté à l'inaction, à l'usage des boissons aqueuses, toutes circonstances qui changent avec un climat tempéré, jamais trop chaud, ni jamais trop froid, et qui oscillerait entre io° et 20° centigrades.
Le D'' Bennet remarque fort judicieusement que les climats chauds sont à ce point défavorables au développement normal de nos fonctions ; qu'il est d'observation commune que le cycle de la vie de la naissance à la mort s'y accomplit plus vite.
favorables aux phlhisiques, c'est de présenter une petite différence seulement entre la température du jour et celle de la nuit.
de telle sorte^ et je Tai vu moi-même bien des fois, que si la femme y est nubile à douze ans, elle est vieille à vingt-cinq.
Je n'ai pas à discuter ici le courant d'opinion médicale entaché d'une exagération flagrante, qui, né loin de nous^ au pays des excentricités de toutes sortes, préconise les climats froids excessifs comme favorables à la cure de la phlhisie. Il méconnaît ce qui fait la base de tout traitement rationnel antiphthisique, je veux dire la vie au grand air, en condamnant les malades à ne respirer pendant la plus grande partie du jour qu'un air surchauffé et nécessairement vicié, pour échapper à des températures extrêmes de — 20° centigrades. A mon sens, un pareil système ne peut être considéré que comme une contradiction trop naturelle à l'esprit de Thomme, une réaction bien inopportune contre les idées contraires plus physiologiques. In medio stat vert tas. Tout au plus les altitudes où se réalisent ces températures hivernales excessives seraient-elles applicables à des stations d'été, quoi qu'il y ait toujours avantage à faire choix de moindres hauteurs pour échapper aux variations des montagnes, si fréquentes et si brusques en même temps que renouvelées bien des fois dans une même journée.
C'est une bonne fortune de trouver exprimée la même idée par un clinicien du savoir et de la
valeur de M. Hirtz. Or je la trouve formulée par lui (i); à propos d'une question de même sorte concernant Davos, dans TEngadine en Suisse, dont la température moyenne, bien différente, est de 4.2, que certains essais tendent à instituer à la fois station d'hiver et station d'été en faveur des phthisiques.
Transporté sur le même terrain, le docteur Hirtz dit, à propos d'elle : « Cette pratique extrême est évidemment une réaction contre l'abus de la pratique opposée, qui ne trouvait pas de climat assez chaud, d'hiver assez doux et de température assez égale pour abriter les malades. Cette réaction, si elle devient une mode ou une vogue, peut conduire à des résultats désastreux et abréger, dans plus d'une circonstance, par une pleuropneumonie intercurrente, la vie de plus d'un malade qui eût pu vivre encore; mais, conduite par le bon sens, éclairée par la physiologie pathologique et dirigée par une clinique sévère, elle peut comporter des indications précises pour le choix des sujets qui peuvent être encouragés aux tentatives. »
Deux catégories de malades paraissent au docteur Hirtz susceptibles de bénéficier de l'habitation de ces altitudes: « 1° ceux qui sont menacés par diathèse, constitution ou hérédité, particulièrement les jeunes sujets issus de parents conta-
(i) Bulletin de thérapeutique, août 1874.
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minés, les lymphatiques, les gens énervés par une cause ou par une autre, les jeunes femmes à poitrine délicate, débilitées par les pertes, les couches, par l'anémie; 2° les malades qui ont traversé la crise inflammatoire du ramollissement caséeux, dont la toux est expectorante et non irritante, avec une seule caverne devenue stationnaire, c'est-à-dire ceux dont le travail d'élimination caséeuse est terminé, et dont les cavernes ne tendent pas à la cicatrisation faute d'énergie constitutionnelle, en un mot la phthisie stationnaire. Quant à la phthisie aiguë ou subaiguë avec lésions diffuses, il faut la bannir d'un pareil séjour. ))
Ce qu'on peut dire de moins controuvé relativement aux climats froids— je nedispas extrêmes — dans le traitement de la phthisie, c'est qu'à rencontre de ce qu'on eût pu supposer, l'expérimentation déjà commencée — il est vrai qu'elle ne date pas encore de loin, et qu'elle ne s'adresse qu'à un certain nombre de cas restreints — ne lui est pas défavorable. Les Sanatoria de Saint- Moritz, à 1,800 mètres d'altitude, et de Davos, ce dernier un peu moins élevé, n'enregistrent pas de catastrophes qui leur soient imputables, à la condition d'y avoir débuté par la saison d'été. Et cependant les malades s'y promènent par les temps les plus froids, y font en traîneau de longues courses sur la neige, que n'interdisent pas les médecins qui président à leur direction, et
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tout cela sans danger, semble-t-il. En présence de faits semblables, qui ont pour eux le témoignage de rapports authentiques et compétents, tout jugement doit être réservé sur un mode de traitement trop peu connu jusqu'à présent dans ses résultats, que Tavenir seul pourra dire.
Le froid humide est manifestement la cause de la suspension des fonctions d'exhalation de la peau. Il en résulte pour tout Torgane respiratoire une surcharge fonctionnelle, source d'inflammations de natures diverses. Dans le cortège de circonstances habituelles aux climats du nord, les pneumonies, les bronchites ou les inflammations de la plèvre^ si faciles à contracter, sont aussitôt pour les tuberculeux le point de départ d'un travail de ramollissement qu'il faut éviter à tout prix (i). La réclusion à laquelle condamneraient de pareilles susceptibilités ne permet donc pas l'hésitation. Il ne reste plus qu'à faire choix du cUmat méridional le mieux approprié aux formes individuelles en vue de la constitution primitive et du mode actuel de réaction vitale. Il faut aussi tenir compte de l'expérience personnelle des malades, ne pas les diriger invariablement chaque année vers les mêmes stations hivernales : car il va de soi que le climat spécial si à souhait aux asthéniques, aux malades épuisés, ne leur con-
(i) Pour le docteur Damarchino, dans sa thèse d'agrégation sur les causes de la phthisie, la pleurésie, au lieu d'être une cause d'évolution tuberculeuse, en serait la conséquence.
vient plus aussi bien quand ils ont repris des forces et que le besoin de la stimulation moins impérieux a changé de nature et de but. Le choix du climat, dit Clarck, doit dépendre de la nature des individus, de leur constitution, du caractère et des complications de la maladie.
D'autre part, sur ce terrain, il y a place à rétablissement d'une véritable gamme climatérique dont les bases seraient une gradation progressive des températures et des qualités sthéniques de Fair, mises en harmonie avec les forces de résistance du malade et son état différent à chaque nouvelle saison d'hiver. On comprend sans peine que la station hivernale, qui correspondait au début des réparations , n'est plus celle qui s'y adapte le mieux lorsqu'elles sont en voie d'achèvement, et que l'organisme, ayant acquis de nouveaux éléments de résistance, est de force à affronter sans risques la stimulation d'un climat plus froid, mais plus sthénique.
Au sud de la France sont deux régions différentes au double point de vue de la constitution climatérique et de son action déterminée sur les organismes dégénérés. L'une, la région méditerranéenne, est exposée au midi; l'hiver y est sec et presque toujours réchauffé par un soleil radieux. La vie du dehors y est possible tous les jours, au moins pendant quelques heures; et quand viennent les brises du nord, les malades en ressentent une véritable et salutaire stimula-
tion, bientôt suivie de Taccroissement des forces.
Pour ne pas dépasser le but, et pour s'en défendre au besoin, il faut qu'on sache que la tonicité de cet air vif et pénétrant peut dégénérer en excitation si trop longtemps on en subit Tinfluence sans atténuation ni trêve. Cette région convient surtout aux formes de la phthisie si communes de notre temps, où prédominent Tanémie, le lymphatisme, et qui demandent que la circulation soit activée. L'ennemi de cette région, c'est le mistral ou vent de nord-ouest , qui, cinq ou six fois par hiver, y souffle avec une violence extrême et rend inhabitables pour les malades les localités qui y sont exposées, si quelque heureuse circonstance de topographie locale ne les en garantit pas. LesvaHdes souffrent eux-mêmes de cette brise desséchante et froide, le fléau du midi, dont l'influence est funeste aux malades excitables.
A Cannes, le littoral seul y est exposé quelquefois ; les autres parties du territoire en sont abritées. C'est donc là que doivent élire domicile les malades hémoptoïques, aux accès fébriles, à tempérament nerveux.
Nice a le grand tort d'y être pleinement exposée, tout au moins sa zone maritime (i). De plus,
(i) Maintes circonstances de topographie locale ont modifié cette disposition générale et y constituent des abris effectifs que l'on y trouve un peu partout, si ce n'est sur le littoral, et auxquelles ont aidé des artifices de construction et d'orientation habilement conçus.
ragitation continuelle des couches de Pair y soulève des poussières qui pénètrent partout et qui, jointes à Fexcessive sécheresse de l'atmosphère, font de ce climat un centre d'excitation permanente, que compensent, il est vrai, dans une certaine mesure, les charmes de la vie sociale, avec toutes les ressources du confort, mais que doivent fuir les constitutions irritables, les tempéraments sanguins à toux sèche.
Menton doit sa supériorité comme ville d'hiver, supériorité sans conteste, amplement établie par les observations du D"^ Bennet, à son immunité du mistral et même à Timpénétrabilité directe du vent du nord, ce qui lui vaut une douceur de climat bien appréciée des phthisiques, pour lesquels n'est pas dommageable Thabitation des rivages marins dont il n'est pas possible de s'éloigner là.
L'autre région s'étend de- Pau, qui est son centre, à Arcachon, en passant par Dax, dans les Landes, et, sans doute aussi bien d'autres lieux, aujourd'hui sans noms, mais qui, heureusement doués au même titre, demain, peut-être, prendront place dans la nomenclature des villes d'hiver, sous l'impulsion magique de quelque créateur audacieux et riche. Cette région est sédative-, c'est là sa marque. Elle convient aux formes non moin nombreuses pour lesquelles l'apaisement d'une excitabilité permanente et la diminution de l'activité circulatoire sont les pre-
miers besoins ; mais elle ne peut prétendre aussi bien au réveil d'une vitalité organique amoindrie.
Pau, la reine des cités hivernales de la zone sud-ouest, doit sa suprématie à sa situation^ doublement enchanteresse au point de vue du pittoresque et des immunités climatériques que lui fait sa situation, et le rideau pyrénéen, son grandiose horizon (i).
Dax, par la création récente d'un établissement thermal complet, monumental, a pris de haute lutte et du premier coup une place importante dans la même région. Par une heureuse utilisation de ses richesses thermales , elle pouvait déjà mener de front, même en hiver, le traitement hydrominéral et hygiénique. Elle y joint dans la même enceinte d'immenses abris couverts où la thermalité des sources entretient à toute heure, en toute saison, une douce uniformité de température qui permet une certaine activité pendant les jours mauvais.
Amélie présente aussi le grand avantage de réunir à la fois une station d'hiver et une station thermale ; mais son climat est plus excitant que les précédents. Il convient donc aux malades qui
(i) Cette ville charmante, dont la réputation est si bien faite qu'elle n'a rien à attendre d'aucune information nouvelle, est abritée de tous les côtés, si ce n'est cependant du côté de l'ouest; mais ce qui pouvait être un préjudice ici devient un avantage, car les eaux du golfe de Gascogne, réchauffées par une déviation du gulf-stream, contribuent pour leur part à attiédir les brises qui lui viennent de cette direction.
veulent être tonifiés, mais chez lesquels la mesure serait dépassée par le climat méditerranéen.
A cette région se rattachent les îles méditerranéennes, y compris la Corse et l'Algérie, avec Madère dans F Océan, qui longtemps dans ce genre a exercé un monopole, que chaque année voit s'amoindrir, en même temps que les idées théoriques qui Pavaient préparé. Ces îles jouissent toutes d'un climat plus humide et plus chaud.
Quelle que soit la région qui convienne le mieux et dont il est fait choix, ce qu'il faut avant tout, c'est planter sa tente en dehors des villes, pour ne pas y reproduire en quelque sorte les circonstances sociales et autres que le malade abandonne à bon endroit, et qui peut-être, du moins en partie, sont solidaires de l'invasion tuberculeuse. Il faut encore faire élection de domicile dans une habitation bien ensoleillée, avec de grandes pièces, de grandes ouvertures et des cheminées qui aident au renouvellement ininterrompu de l'air par le tirage qu'elles exercent. Les voyages, incidents que le caprice provoque aussi bien qu'un séduisant voisinage, sont des tentations malsaines qu'il convient de repousser. Ils ne sont, pour l'ordinaire, et surtout en hiver, qu'une source d'infractions aux lois de l'hygiène, dont la violation n'est plus sans péril. A cette heure, le moment est venu de réclamer l'assistance d'un médecin, si déjà ne l'a désigné luimême le médecin ordinaire. En tous cas, le ma-
lade y mettra toute prudence et circonspection, car du |choix intervenu dépendront en partie les succès ou les revers ; le médecin, par son caractère et sa connaissance des lieux, ayant seul qualité pour dicter désormais les agissements de chaque jour, sans parler du traitement.
La nationalité du malade n'est pas indifférente à considérer dans le choix d'une station d'hiver : d'une manière générale on peut dire que les provenances du nord, à prédominance lymphatique, réclament les stations du littoral de la Méditerranée^ dont l'action sthénique tonifiante correspond mieux aux réparations qu'elles ont à provoquer. A l'opposé, les villes d'hiver^ dont Pau est le type le plus achevé, s'harmonisent plus heureusement avec les provenances méridionales, qui, elles aussi, malgré les apparences contraires, payent à la phthisie l'inévitable tribut. Leur constitution nerveuse, doublée de l'élément bilieux, s'accommode d'un climat plus uniforme, plus mou, partant moins excitant, et d'une hygrométrie plus marquée. C'est aux méridionaux que de tout temps ont été conseillés les climats insulaires, comme l'antidote le plus sûr de la forme spasmodique. Madère est le séjour d'élection de cette catégorie de malades, aux formes dyspnéiques ou asthmatiques, pour lesquels il faut allier l'uniformité à la douceur de la température. Je dois dire cependant que c'est surtout dans la société russe que se recrutaient les malades qui s y don-
naient rendez-vous il y a quelques années, à une époque où par deux fois je m'y trouvais moimême en voyageur et de passage.
De ce qui précède je ne veux pas induire qu'il n y ait de guérison ou promise ou possible qu'au prix d'une émigration dans le sud; ce serait un arrêt trop absolu, et bien douloureux pour ceuxlà que la nécessité dure retient attachés au sol où le mal les a frappés ( i ) . 11 n'est pas douteux qu'en dehors de l'émigration il y a des guérisons à tenter; que la fuite à la campagne, bien loin de la vie des villes, à l'abri du vent, de l'humidité, dans une habitation bien exposée, en a consacré plus d une. Mais ce qui demeure dans toute sa force, c'est que, s'il est au centre de la France, par exemple, quelque vallon encore bien inconnu, mais heureusement doué, qui réalise une partie de ces avantages, c'est toujours le Midi qui les personnifie le mieux, et si bien que par lui les chances de vie sont doublées, et qu'enfin, parmi ceux qui lui doivent de résister et de vivre, beaucoup seraient morts s'ils avaient dans le Nord continué la lutte.
L'opinion publique a donné sa sanction au courant d'idées nouvelles concernant la prophylaxie et
(i) S'il s'agit des classes ouvrières, rivées aux lieux où elles ont le salaire quotidien, rien n'empêche absolument qu'elles abandonnent des travaux malsains ou défavorables, et qu au lieu du travail au sein des villes, elles fassent retour à celui des campagnes, que souvent elles ont abandonné à leur grand préjudice.
le traitement de la phthisie ; aussi bien ont-elles des représentants partout à la fois : en France, en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis d'Amérique. Mais, en préconisant les climats méridionaux comme applicables au plus grand nombre des malades, après avoir moi-même cherché à répandre la notion de la variété infinie dans les types, je repousse cependant toute imputation d'absolutisme. Car je sais à n'en pouvoir douter qu'à toutes les nuances ne correspondent pas les mêmes indications de climat; qu'il est des adaptations entre le malade et lui, suites de tolérance et de convenances réciproques qu'il faut sauvegarder. Si le littoral du bassin méditerranéen convient au lymphatisme, à la phthisie torpide, aux mêmes besoins répond aussi quelquefois l'habitation des montagnes dans une mesure à étudier. Mais celles-ci se refusent absolument aux formes excitables pour lesquelles le moindre zéphyr est un aquilon.
Dans la phthisie, la variété parfois touche à l'extrême; c'est donc être logique que lui opposer la variété des moyens, et d'y débuter par la variété des climats : de cette façon s'explique en toute simplicité la similitude des résultats que donnent des moyens curatifs si distincts seulement en apparence. Aux uns, certaines susceptibilités désignent l'habitation des vallées ou des rivages marins; à d autres, la nature des lésions et la constitution commandent le séjour des hau-
teurs. Il n'y a pas de contradiction entre ces voies opposées-, elles ont servi de passage à des maladies différentes^ quoiqu'elles portassent le même nom. Tout ici est donc affaire de sagacité et de discernement de la part du médecin. A lui seul il appartient de préciser la convenance des climats divers, en regard de Tinfinie variété dont il a la notion véritablement scientifique.
Ici intervient une science en partie nouvelle, . qui implique la connaissance de ce qui est encore une inconnue pour le plus grand nombre; et quand cette inconnue, c'est-à-dire la science des climats, aura cessé de Têtre, nous aurons alors, il n'en faut pas douter, la pleine satisfaction de toutes les nécessités d'adaptation sans sortir de notre territoire ; car la France possède tous les trésors possibles de thérapeutique climatologique : la Normandie, la Touraine avec ses prairies et ses plages verdo3^antes , les Alpes, les Pyrénées , les Vosges avec leurs montagnes , r Océan, la Méditerranée et leurs rivages, voire même partout des forêts, et en quelques lieux des bois d'espèces résineuses qui répondent aussi à des besoins prévus.
Ce qui préside au développement de la tuberculose, les travaux des écoles modernes ne laissent pas de doute à cet égard, quelque différentes qu'elles soient dans leurs conclusions, c'est le déiicit de la nutrition subordonné à une
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moindre activité vitale. Le traitement a donc pour mission de reproduire les circonstances passagères ou permanentes qui peuvent y remédier. Quoique celte indication saute aux yeux, rien n'est plus rare que la chose de la part de ceux qui ont qualité pour en prescrire le concours. Combien de médecins, en effet, même des plus aptes, après avoir scrupuleusement examiné leurs malades^ enregistré les symptômes, en avoir escompté la valeur, concluent sans erreur au diagnostic vrai, dictent le traitement^ et se retirent sans avoir songé aux questions d'hygiène afférentes à l'air et aux lieux! Ils déterminent bien l'alimentation ou restreinte , ou augmentée , plus souvent restreinte en vue des mouvements fébriles de la fin du jour; mais pour quelques-uns encore ce ne sont là trop souvent qu'accessoires du traitement véritable, quoiqu'il n'y ait plus à douter qu'à l'hygiène appartient désormais la prédominance de toute utile intervention dans la phthisie.
L'air, mais l'air le plus pur, — à la rigueur, sa température importe moins^, — est le premier ahment du malade, pahiilum vitœ, celui que toutes les ressources du médecin doivent tendre à lui fournir en abondance.
Cependant, qui pense à y pourvoir? qui s'ingénie à en créer, à en multiplier les sources? Personne pour l'ordinaire, quoique aussi bien personne ne conteste son utilité. On se met en
peine de se garer de sa froidure, de clore hermétiquement les ouvertures, de créer des moyens de chauffage perfectionnés ou ingénieux; mais de renouveler Fair vicié par une élévation de température préjudiciable, et la respiration prolongée de plusieurs poitrines valides ou malades dans un même lieu, personne n'y songe, en vérité (i). C'est cependant une notion banale, établie par des calculs que tout le monde possède, que Fodeur dite de renfermé, trop souvent sentie quand on entre le matin dans une chambre soigneusement défendue du jour et de Pair, et trop petite pour ses habitants, que cette odeur nauséabonde n'est autre chose qu'un premier degré de confination. S'il en est ainsi de l'air respiré par des hommes valides, que n'en serat-il pas de l'air expiré par des malades, et combien plus encore ce même air doit être entaché de principes septiques quand il a passé sur les surfaces suppurantes d'un tissu pulmonaire ulcéré, dans les anfractuosités des cavernes ! Pour le malade et pour ceux qui l'entourent (2), il est d'une importance majeure, elle prime toutes les autres, de se soustraire à l'introduction de particules
(1) Je ne puis mieux faire ici que renvoyer le lecteur à ce que j'écrivais en 1869, sur le même sujet, dans V Anémie des grandes villes et des gens du monde, pages 58 et suivantes. — Paris, Victor Masson et fils.
(2) De toute nécessité il faut interdire aux enfants, et à tous ceux que le devoir n'y relient pas, le séjour prolongé des chambres de malades atteints de phthisie.
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aussi infectes que celles d un air contaminé par de tels frottements. Le fait n'aurait pas besoin de démonstration si par un artifice delectro - optique on pouvait montrer aux yeux, ou faire sentir par l'odorat amplifié par quelque autre moyen, les horreurs d'une telle atmosphère aussi bien que nous voyons les poussières qui voltigent dans un rayon de lumière passant à travers une chambre obscure.
Je n'ai pas à reproduire les calculs, que l'on connaît, sur la quantité d'air que chacun respire, et, par suite, sur le temps nécessaire à l'utilisation d'une masse d'air déterminée; moins encore ai-je à m'appesantir sur les effets de l'agglomération dont le produit, l'air confiné, le plus septique de tous les poisons , est l'unique cause des épidémies typhiques des camps, des casernes et des vaisseaux mal aérés. Nous avons des exemples atténués de sa néfaste nocuité dans ce fait, encore assez fréquent, qui se produit sous nos yeux dans les soirées, les salles de spectacle, ou plus généralement dans les lieux dont les dimensions ne sont pas en rapport avec la foule qu'ils contiennent. 11 y survient de temps en temps des défaillances, des syncopes qui cessent aussitôt que le malade est porté à l'air : suffisante démonstration de leur cause productrice. Si, dans une certaine limite et pendant un temps variable^ on peut affronter sans dommage évident les dangers d'une atmosphère viciée de la sorte, qui chez les
valides laissera peut-être quelque névralgie céphalée comme trace de son passage, il n'en peutêtre de même à l'endroit des malades pour qui c'est un obstacle aux cicatrisations pulmonaires .
De là ressort qu'il faut, avant tout autre soin, assurer au malade le moyen de ne respirer qu'un air d'irréprochable pureté, et, pour cela, maintenir ouvertes, tant que la chose est possible, les fenêtres de la pièce qu'il habite, si la saison le permet, et, si l'état de la température y met obstacle, maintenir sa chambre en large communication avec une autre pièce de grande dimension^ dans laquelle des ouvertures sur le dehors, par les cheminées ou les fenêtres, seront toujours praticables.
Cette partie du traitement correspond â des besoins si vrais qu'elle vaut la peine qu'on y consacre pour y satisfaire toutes les recherches d'un esprit ingénieux.
Je sais l'objection : à savoir que les bénéfices promis ne seront pas acquis sans danger; que peut-être il les faudra payer au prix de quelque manifestation inflammatoire de refroidissement. Je réponds qu'il n'en est rien ; l'expérience démontre même que les malades ainsi habitués à respirer un air, plus frais que la chaude atmosphère peu ou pas renouvelée à laquelle sont condamnées les victimes du préjugé, seront moins impressionnables que celles-ci aux influences du dehors, une fois hors] de chez eux , et qu'ainsi
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leur poitrine^ avide en quelque sorte d'un air frais et pur, ne sera plus à la merci d'un nuage qui passe ou du vent qui s'élève.
Il faut savoir en outre que les malades soumis à cette hygiène respiratoire sont moins ou pas même tourmentés de dyspnée ni de suffocation, accidents si communs chez d'autres, et surtout aux périodes avancées de la maladie. Ils en retirent cet autre et non moindre avantage, qu'ils sont affranchis pour la plupart de l'intervention des opiacés^ au grand bénéfice des fonctions digestives, qui n'ont plus à pâtir de l'allanguissement qu'entraîne leur usage fréquent.
L'intégrité des fonctions de la peau marche de pair avec les nécessités de la respiration. La peau, dans une certaine limite et surtout en regard de certaines conditions, est un organe complémentaire de respiration. Le fait est manifeste, plus encore chez certains batraciens que chez l'homme. Il n'en demeure pas moins que les conflits de l'air et du sang dans le réseau capillaire se font à la périphérie cutanée quand elle fonctionne avec régularité, selon le mode et les rapports du globule sanguin avec l'oxygène de l'air de la fonction respiratoire au poumon. Pour favoriser la suppléance d'une fonction devenue plus urgente par suite de la diminution et de la moindre étendue de celle de l'organe pulmonaire, il en résulte cette autre obligation qui est de mettre la peau dans un état de netteté parfaite, favorable à son fonctionnement
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régulier et à ses réactions. A cet effet, dans les soins de la toilette de chaque jour intervient le devoir de laver le corps entier à Teau tiède tout d'abord, et froide plus tard. Mais, pour qu'une opération à certain point de vue délicate n'entraîne que bénéfices et pas de dommages, il faut qu'elle soit bien faite, c'est-à-dire pratiquée avec une rapidité telle qu'ellç ne comprenne guère plus d'une minute en totalité, suivie qu'elle doit être d'une friction rude avec une serviette d'un tissu grossier.
De cette pratique hydrothérapique, le spongebath des Anglais, procédera ce double gain : que la peau, qui a charge d'une fonction d'excrétion dont nous donne la mesure l'odeur nauséabonde qu'elle exhale chez les gens peu soigneux de leur personne, sera plus apte à y satisfaire, et que le poumon aura moins à y suppléer par la surcharge de son activité fonctionnelle, comme on l'observe normalement en hiver. Elle y gagnera, en outre, l'activité de la circulation périphérique, qui, mieux équilibrée^ servira de pondération aux concentrations dont les organes internes peuvent avoir à souffrir le contre-coup.
l\ faut qu'on sache que ces procédés, contradictoires avec les habitudes malheureusement invétérées de notre pays, sont usuels et familiers, tout au moins à l'état de santé, chez d'autres peuples, qui leur doivent leur réhabilitation physique. Les Anglais, par la gymnastique et l'hy-
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drothérapie, ont transformé leur constitution presque à Tinverse de son état primitif. Je me hâte d'ajouter que, même pour les malades, ces procédés nouveaux sont innoffensifs ; et le docteur Bennet, qui chaque année les ordonne à un grand nombre après les avoir pratiqués sur luimême, déclare, avec une bonne foi qui n'est pas suspecte, n'avoir jamais eu à s'en repentir, ni jamais vu un seul accident qui leur soit imputable. La toux, loin d'en être accrue, n' en devient que plus facile par la tonicité que reprennent les tissus et les réactions qui s'y passent. Je puis dire que j'en retire moi-même tous les jours de surprenants effets sur les malades que^ par une information minutieuse, j'ai convaincus de sa nécessité, malgré leurs répugnances.
« L'hydrothérapie est une grande force, » dit Fleury, le fondateur en France de l'hydrothérapie scientifique et rationnelle; apprenons à la bien diriger, à la faire servir à la conservation de la santé, à la prolongation de la vie, à l'anéantissement de la maladie, ou du moins au soulagement de ses souffrances. L'action de l'eau sur la peau est un agent thérapeutique nouveau qui, dans des mains expérimentées, produit des résultats tellement positifs qu'aujourd'hui il n'y a plus de médecine sans compter avec l'hydrothérapie.
L'action physiologique de l'eau froide sur les phénomènes de la circulation et de la respiration consiste à faciliter l'oxygénation du sang, en ralen-
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tissant les mouvements du cœur et en augmentant l'énergie du mouvement respiratoire; d'où élimination d'une quantité plus grande d'acide carbonique et assimilation d'une plus forte proportion d'oxygène.
Si l'oxygénation du sang est prolongée et rendue plus parfaite au poumon, l'hématose se fait aussi d'une manière plus complète dans les capillaires si multiples de la périphérie, inertes en partie jusque-là, par suite de l'impulsion plus énergique donnée au sang par les contractions du cœur, dont les procédés hydrothérapiques ont accru Ténergie.
La théorie et l'expérimentation se réunissent pour démontrer quelle ressource, dans le traitement de la phthisie, serait l'hydrothérapie toute seule : combien plus son intervention doit être efficace quand avec les siens sont combinés les effets d'une hygiène climatérique et d'une alimentation bien conduite !
Un grand peuple des temps anciens nous montre par son exemple ce que peut l'hydrothérapie entrée dans les mœurs, pratiquée d'une façon générale et continue. Les Romains, héritiers des Grecs, nos maîtres dans l'art, qui par la statuaire nous ont transmis les formes plastiques dont nous admirons les perfections et la beauté, devaient moins leur vigueur et la pureté des formes à la distiction de leur type originel qu'à la stimulation élective et au développement propor-
tionnel d'un organisme bien équilibré par les procédés de la gymnastique et l'application journalière de l'eau sous toutes les formes.
Le complément naturel d'une hygiène ainsi tracée, c'est la vie du malade au dehors aussi longtemps prolongée que le comporte l'état de l'atmosphère. Dans la région méditerranéenne, où il pleut rarement, où les vents du nord ne soufflent guère qu'au mois de mars, il est bien peu de jours qui ne permettent quelques heures de vie en plein air, assis ou même étendu sur les rochers chauffés par le soleil : car lé phthisique, il faut qu'il en soit averti, doit peu marcher, et faire de ses forces le moindre usage possible. Les réparations dont il doit fournir- les matériaux sont si importantes et si nombreuses qu'il n'en peut rien distraire au profit d'autres dépenses qu'il peut ne pas faire. L'extrême fatigue si longtemps persistante de ces sortes de malades est un indice qui porte avec lui son avertissement. C'est un fait singulier et souvent remarqué, qui ne s'explique en effet que par l'importance et la longue durée des efforts qu'exige pour sa reconstitution un organisme aussi profondément appauvri ; aussi, tant qu'elle existe, les malades doivent-ils être sobres de mouvement, y suppléer par la promenade en voiture et à reculons pour ne pas affronter la colonne d'air en mouvement, par de longues heures passées au soleil ou sous quelque ombrage.
Si par les malades toute fatigue physique doit être évitée, il va de soi qu'il en doit être de même de toutes les fatigues ou des agitations morales, dont l'action déprimante n'est pas moins certaine. Mais, dira-t-on, la chose est difficile. J'en demeure d'accord : c'est aussi l'argument dont je me suis prévalu pour décréter la nécessité du sacrifice à consommer dès au début de la maladie; sans quoi le malade, partagé entre le soin de sa santé et le souci de ses intérêts, manque à la fois à l'un et à l'autre. Il ne doit plus avoir d'autre but que tenir en réserve les forces dont il dispose pour les appliquer, à l'heure opportune, à l'accomplissement des fonctions digestives et de nutrition générale, les plus indispensables de toutes à une bonne assimilation.
N'est-ce pas ici le cas, par un rapprochement qui de lui-même s'offre à la pensée, de faire au malade l'application de cette parole de saint Matthieu parlant du ciel, et de redire avec l'apôtre : dans cette voie difficile, le but à atteindre vim patiiiir et violenti rapiunt illud.
Dans le domaine de la nutrition le rôle de la médecine et du médecin peuvent être d'un grand secours l'un et l'autre pour les résultats à venir ; car ils ont à s'exercer sur le maintien ou sur le réveil des fonctions digestives, qui dans leur intégrité assurent au malade un point d'appui contre les envahissements du mal, qui peut se limiter et s'amoindrir avec l'aide du temps, tan-
dis que leur perversion, réfractaire à tout remède, ne peut être que de mauvais augure.
Le médecin a donc aussi à pourvoir aux détails d'une alimentation complète et véritablement réparatrice , A ce titre doivent y figurer les aliments les plus nourrissants, sous un petit volume, pour ne pas amener la surcharge de Festomac et de la portion d'intestin où s'achève le travail de la digestion. La viande, le poisson^, les œufs, le lait par-dessus tout, le beurre, la volaille, et des légumes frais, en font les frais ordinaires ; mais il est une série d'aliments qui, en vue de leurs composants chimiques, doivent encore figurer dans l'ordinaire des repas : ce sont d'abord les corps gras associés au sel, mais surtout les coquillages de toutes sortes, depuis l'huître jusqu'aux clovis(i) de la Méditerranée^ les crustacés, certains poissons gras, les laitances et les œufs de poisson, les cervelles, toutes substances organiques renfermant, à l'état de combinaison intime facilement assimilable, le phosphate de chaux, si nécessaire à reconstituer la trame des tissus , du tissu osseux plus particulièrement. Le cresson, le céleri, les artichauts, sont les légumes à préférer. A cela il faut joindre du vin en quantité notable, mais qui varie suivant les habitudes antérieures du malade ; le vin de Bordeaux sera l'objet des préférences de quelques-uns; le bour-
(0 Petit coquillage bivalbe, comestible très-apprécié sur les bords de la Méditerranée.
gogne convient au plus grand nombre; et ne pas craindre de leur adjoindre un peu d'eau-de-vie dans le courant du repas (i).
L'eau-de-vie figure au premier rang d'une certaine méthode de traitement dans laquelle les quantités, par le fait de la maladie, peuvent être élevées quelquefois à des proportions qui ne seraient pas ingérées sans ébriété dans l'état de santé. Je n'ai rien à y contredire, sinon que ce n'est ni de la même manière, ni dans les mêmes limites que j'en préconise l'emploi. Il faut, au contraire, que la quantité en soit modérée, et que toujours elle soit prise aux repas-, sans quoi ce serait le retour aux méthodes nord-américaines, que je crois factices dans leurs résultats, et, en dernière analyse, plus dommageables qu'utiles.
Tout ce qui concerne la réglementation de l'alimentation est subordonné à des règles individuelles ayant pour bases l'étude attentive des modes suivants lesquels s'accomplit normalement cette fonction. Tantôt, en effet, l'alimentation du malade sera plus abondante, tantôt plus restreinte; tantôt les repas seront fréquemment renouvelés, tantôt plus espacés, suivant que la digestion s'opère ou plus vite ou plus lentement.
En cette matière, les urines seront encore un indice pouvant servir de guide. Elles sont, en
(i) La bière, mais une bière brune, bien préparée, convient mieux encore à certaines natures et à certaines habitudes anté rieures.
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effet, toujours claires après refroidissement, lorsque le travail digestif s'accomplit sans entraves ; et s'il en est autrement, c'est qu'en quelque point du parcours du tube digestif, le travail est en souffrance, pour quelque cause que ce soit. Les urines entraînent alors avec elles des matériaux de la digestion incomplètement élaborés, et privent ainsi l'organisme d'éléments réparateurs^ éliminés hâtivement et en pure perte, avant d'avoir produit leur effet utile.
D'après les considérations et les principes énoncés, il ne me paraît pas sans intérêt de tracer le plan d'une journée de malade transporté dans le Midi, et d'en fixer l'emploi en vue de sa meilleure utilisation.
A moins d'insomnie ou de complications fébriles réclamant une prolongation de séjour au lit, le malade se trouve généralement mieux du lever matinal. Pourvu que le temps le permette, la promenade du matin par le soleil radieux du Béarn ou de la Provence, à l'heure où viennent de s'achever les échanges gazeux de l'atmosphère et de la végétation, n'a pas d'égale à aucune autre heure du jour. Mais, avant d'aller au dehors se mettre au contact de cette douce et bienfaisante fraîcheur des matinées de notre littoral méditerranéen, le malade aura consacré aux soins minutieux de la toilette tout le temps voulu. Rien n'est indifférent dans cette voie : depuis et surtout les soins de
la bouche et des dents jusqu'à ceux des pieds.
Car ce n'est pas une vaine coutume que celle de rOrient, où le lavage journalier des pieds, consacré depuis Tantiquité jusqu'à nos jours, nous apparaît dans les saintes Écritures sanctionné par de nombreux exemples. Elle ne concerne pas seulement les populations qui marchent sans chaussures ; dans Tlnde et tous les pays chauds, dans nos colonies, elle se pratique journellement et se transmet, malgré les modifications apportées à la vie créole d'autrefois, comme une mesure de propreté nécessaire et commandée par l'hygiène.
Les ablutions de la poitrine commandent surtout d'attentives précautions. Pour être utiles et donner tout ce qu'on est en droit d'attendre d'elles, pratique d'autant plus délicate qu'elle vient à rencontre de bien des préjugés qu'elle heurte et que le moindre échec coïncidant lui serait bien sûrement imputé, il les faut accompUr avec la rapidité et l'ordre qui en assurent le bien ordonné.
Lorsqu'elles sont terminées^ le reste de la toilette, qui n'a plus d'autre objet que de se vêtir selon l'état de l'atmosphère , doit être promptement exécuté, afin de favoriser au plus tôt par un exercice immédiat, proportionné aux forces, le développement d'une légère réaction. N'est-ce pas aussi la meilleure incitation au réveil de l'appétit ou à son complet développement qu'une sortie matinale?
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C'est une obligation pour les malades, elle n'admet pas de dérogation, de passer au dehors la journée entière après l'heure du déjeuner; non pas en longues promenades, ni excursions lointaines, qui toujours entraînent avec elles de la fatigue et des imprévus qu'il faut fuir, mais assis ou étendu sur le sol, défendu contre l'humidité possible par quelque manteau, ou mieux encore quelqu'une de ces étoffes dont l'un des côtés est rendu imperméable par l'application de la guttapercha.
Là, d'ailleurs, les rochers échauffés par l'action directe des rayons solaires ne sont pas rares, et peuvent fournir en plus d'un endroit des abris charmants, avec des sièges improvisés. Selon les dispositions de chaque jour, un livre, des amis ou la rêverie silencieuse, sur les bords enchanteurs de cette mer aux ondes azurées, cœruleiim mare^ tant chantée par les poètes latins, permettront aux heures de s'écouler sans lenteur ni tristesse, au grand profit du malade, loin du bruit et du mouvement des villes, dans le calme de l'esprit et le repos du corps. Les senteurs aromatiques de ses coteaux rocheux couverts en toutes saisons de plantes odoriférantes, dont le pied développe en les foulant les parfums pénétrants, les émanations résineuses des pins d'Italie, si communs dans toute cette région, tout concourt au but.
Pendant Tabsence du malade, l'appartement qu'il habite doit être aéré de la façon la plus en-
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tière; la chambre à coucher, principalement, doit être toute grande ouverte à la pénétration du soleil, cet agent par excellence de toutes les combustions et, par suite, de purification ; les pièces du lit surtout doivent en recevoir Faction directe tous les jours et longtemps continuée.
Mais quand la brise de mer vient à s'élever ou à devenir trop fraîche, il est des malades susceptibles pour lesquels ce doit être le signal du retour. Pour tous il sonnera au moment où le soleil s'incline vers Thorizon. A cette heure, la chaleur, jusque-là suffisante, va cesser de Fêtre pour le malade inactif, qui devra passer les moments qui le séparent encore de l'heure du dîner dans quelque salon bien vaste, où les échanges qui naissent des relations de société fournissent aussi leur contingent de distractions utiles.
Il est cependant une loi que je dois formuler ici, du moins pour quelques malades; pour ceux-là, en raison de certaines circonstances individuelles, c'est une loi rigoureuse : je veux parler de l'abstention complète de la parole à voix haute, du silence, en un mot. L'importance de cette recommandation n'est pas assez vulgarisée. Beaucoup de médecins ou l'ont négligée ou n'en ont pas reconnu l'urgence. Elle est cependant indiquée par la seule observation des faits physiologiques, et les résultats déjà connus l'imposent à la pratique comme le seul repos permis à la fonction respiratoire. Il suffit
d'ailleurs, pour se rendre compte de sa nécessité, d'imaginer ce que représente d'efforts et, par suite, de fatigues l'usage prolongé de la parole : la fréquentation des Eaux-Bonnes par toutes les professions qui font d'elle un usage prédominant, seule à cet égard serait une révélation, s'il en était besoin.
Les repas seront variés dans leur composition et composés des aliments les meilleurs et les mieux préparés, mais sans recherche, surtout composés de viandes rôties et appétissantes. Les condiments variés peuvent n'en pas être exclus : ils sont quelquefois nécessaires quand ils répondent à des habitudes antérieures ou à des manifestations actuelles d'atonie de la fonction digestive. J'insiste encore sur l'importance attribuée déjà à cette nourriture spéciale, facile à pourvoir sur les bords de la mer, dont elle fournit tous les matériaux, qu'on peut appeler les fruits de la mer : coquillages de toutes sortes, oursins, ancornets, crabes, crustacés en général. Le vin, un vin généreux, [versé sans crainte ni parcimonie, complète l'œuvre d'un bon repas de malade, en assure même dans une certaine mesure la bonne digestion et lui fournit son complément nécessaire.
Les moments qui suivent le repas du soir doivent se passer tous à l'intérieur des habitations; mais, loin d'anticiper sur la nuit, le malade sage en abrégera la durée. Le repos de la nuit
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étant avant tout l'heure propice aux réparations organiques, à la diminution de fréquence et d^énergie de la respiration, au calme complet de Tesprit et du corps, il le faut assurer par des précautions telles que rien ne le puisse troubler ni interrompre^ et le prendre en des lieux disposés de telle sorte que Tair, incessamment renouvelé, ne puisse revenir le même plusieurs fois au sein des poumons malades. Préparés de la sorte, la nuit et le sommeil seront calmes, le corps reposé, les forces accrues, et chaque jour verra se multiplier la somme des améliorations acquises .
Si' dans la nouvelle formule de traitement de la plithisie les agents hygiéniques et climatériques prennent une place assurément prépondérante, ce n'est pas à dire cependant que le médicament en soit exclu. Mais une chose m'étonne, c'est de. n'y pas voir figurer ce qui est si véritablement le complément de la méthode dont le docteur Bennet est l'apôtre heureux et convaincu , je veux dire le traitement hydrothermal des Eaux-Bonnes, le point culminant de toute intervention thérapeutique dans la phthisie (i).
(i) Au sujet des Eaux-Bonnes, le docteur Pétrequin {Traité général des eaux minérales, Lyon, iSSg), dont le nom fait autorité en hydrologie thermale, se pose la question : « Peuton espérer la guérison de la phthisie pulmonaire aux eaux minérales? Les Eaux-Bonnes ont acquis sous ce rapport une célébrité presque unique, et qu'elles doivent en partie aux Bordeu,... mais tous les phthisiques peuvent-ils y trouver la guérison ou du moins un soulagement à leur mal? Les principes que nous établissons à cet égard sont ceux qu'appuie de
Je ne m'explique cette omission que par cette seule considération qu'aux oeuvres les mieux
son autorité le docteur Pâtissier; c'est dire en un mot que, si les eaux minérales n'ont pas de prise sur la substance tuberculeuse elle-même, elles peuvent cependant.être d'une grande utilité, soit en modifiant favorablement l'état local, — engorgement plus ou moins aigu ou chronique du poumon,— soit en ramenant à de meilleurs termes l'ensemble de la constitution. »
Le docteur Pétrequin analyse ici l'opinion du docteur Darralde et il en tire les conclusions suivantes :
« lo Si actuellement le tubercule est accompagné de fièvre intense, etc., il faut s'abstenir de l'usage de ces eaux.
« 2° Si l'on a affaire à un malade dont les renseignements fassent juger que, dans le principe, le développement du tubercule a été précédé ou accompagné de symptômes généraux ou locaux à forme aiguë, il sera prudent, bien que cet état fébrile ou inflammatoire soit tombé, d'essayer avec précaution l'administration de ces eaux, pour éviter de réveiller une inflammation trop vive. On débutera donc dans leur emploi par des doses faibles, que l'on coupera même avec du lait ou quelques décoctions mucilagineuses.
« Telles sont les déductions, dit encore M. Pétrequin, qui découlent naturellement du principe posé par M. Darralde, résultat d'une expérience de trente années aux Eaux-Bonnes. Or, ce sont aussi les règles pratiques que les médecins hydrologues, bons observateurs, nous ont transmises avec plus ou moins de précision , sur les indications et contre-indications des eaux sulfurées et sulfatées calciques dans la cure de la phthisie pulmonaire. Ainsi, que le tubercule soit à l'état cru, ou bien qu'il tende et même qu'il soit parvenu à la période de ramollissement, si l'état local n'annonce point une fluxion active, s'il n'existe pas de fièvre hectique marquée, avec redoublement vers le soir, ni de sueurs coUiquatives, l'on peut conseiller les eaux sulfurées calciques, et, il faut le dire, elles ont souvent, dans de telles circonstances, procuré des guérisons ou des améliorations notables. » Et plus loin : « Dans les tuberculisations lentes, progressives, sans réactions vives, sans masses tuberculeuses qui menacent de jeter les malades, parleur fonte soudaine, dans le marasme et la colliquation, l'emploi des eaux sulfureuses nous paraît devoir rendre devéritables services», et parmi celles-ci les Eaux-Bonnes sont au premier rang.
conçues toujours apparaît quelque ombre ou quelque lacune. Son auteur, sans doute entraîné par le côté personnel de Tœuvre qu'il poursuit , peu renseigné, comme il en convient avec moimême, sur la puissance de l'agent qu'il néglige, laisse à d'autres la mission d'en définir la portée et l'opportunité.
Nul doute que si, au lieu d'envoyer pendant la saison d'été les malades dont il dispose dans les stations du littoral de la Manche ou en Suisse, il avait eu la pensée de les diriger sur ces thermes fameux dont l'appropriation est si reconnue de nos jours que ses clients lui viennent de tous les points du monde, il eût ainsi doublé, peut-être pour son propre compte, les résultats acquis pendant la saison d'hiver, et par là se fût mis en situation de les accroître encore pendant la période hivernale suivante.
Pour moi, renseigné comme je le suis sur ce qui manque précisément à l'information de l'éminent praticien dont je critique ici l'abstention, je n'hésite pas à proclamer que d'un pareil ensemble de moyens doit ressortir le plus puissant appareil de combat contre le mal qui, à si juste titre, inspire à ceux qui luttent avec lui l'emploi de toutes les armes, de quelque nature qu'elles soient et de quelque part qu'elles viennent.
Loin de moi la pensée présomptueuse et trop à l'ordre du jour que tout est à refaire dans cette
voie; mais, ce que je puis dire sans être taxé de suflasance ni de présomption, c'est que quelques points sont à revoir , ne fût-ce que dans la direction à donner au traitement hydrominéral et à son mode d'application à la phthisie.
Quand je lis les lettres de Th. Bordeu à M'"^ de Sorbério, ou ses œuvres complètes, j'y vois avec stupéfaction qu'à l'époque où ce médecin si sagace pratiquait sur le théâtre qui lui doit sa première renommée, c'est par verres et par litres que s'administrait l'Eaux-Bonnes. Si, d'autre part, je scrute les observations qu'il nous a laissées de quelques-uns des malades ainsi traités, quoique renseigné sur l'insuffisance des procédés de diagnostic usités de son temps, privés qu'ils étaient du degré de certitude que par l'auscultation ils ont acquis depuis, je n'en demeure pas moins convaincu que, pour quelques-unes d'entre elles tout au moins, il s'agit bien de phthisie. Plus tard, la méthode deTEaux-Bonnes, administrée à hautes doses, prévalut encore; et je ne sais pas bien si même aujourd'hui elle n'a pas toujours ses partisans.
A côté des résultats divulgués d'une pratique passée ou contemporaine, sans doute il en est d'autres moins connus , qui ne la justifient pas autant : car il est constant que cette eau thermale est une solution minérale d'une composition et d'un titre tels que ses effets bien marqués, et bientôt incompatibles avec la santé, suivent de
près, même sur Thomme sain^ Temploi des petites doses redoublées. Pour en donner l'idée, je ne puis mieux faire que la rapprocher de l'une des solutions titrées de nos officines^ dont l'usage quelque peu prolongé sans indication ni mesure ne pourrait être entrepris sans danger d'accidents toxiques. Après avoir assisté, non par mon fait, à quelques-uns de ces effets désastreux d'une pratique qui cependant ne se rapproche encore que de loin de celle de Bordeu, je me demande quels étaient donc les malades de ce temps-là, et que sont les nôtres.
Sans approfondir une question qui se complique de beaucoup trop d'inconnues, je voudrais contribuer pour ma part à donner force de loi à la méthode d'administration des petites doses, enédictant cette proposition générale, qui souffre bien quelques exceptions, à savoir que moins à chaque fois on donne d'eau, plus aussi les effets thérapeutiques sont à souhait;, car la meilleure utilisation des Eaux-Bonnes réside dans son continuel fractionnement et l'espacement méthodique des quantités qui constituent la dose de chaque jour. La proposition ainsi formulée (i) est chez moi le résultat d'études anticipées que
(i) Cette méthode, si différente du passé, avait été pressentie par Th. Bordeu lui-même, qui, dans ses œuvres complètes, l'indique comme une épreuve à faire, en même temps qu'il entrevoit les bénéfices possibles de l'Eaux-Bonnes finement divisée, et rendue de la sorte d'une absorption plus facile.
l'expérience à consolidées. La notion s'en est propagée , elle gagne du terrain ; je puis dire que j'y vois arriver, s'ils n'y sont venus déjà, sans recherche de dates, les praticiens experts, à la sagacité desquels ne pouvait échapper une conclusion qui naît si clairement de l'observation de chaque jour.
Mais c'est là, il faut le dire, un des écueils de la médecine thermale. Aux Eaux-Bonnes, plus qu'ailleurs, le malade a une tendance innée à dépasser les limites assignées; il s'y croit autorisé par l'exemple de ceux qu'il voit autour de lui impunément, pense-t-il, outre-passant les doses. Il voit encore les indépendants de tout préjugé qui à leurs risques et périls usent, de par la loi du libre usage, des Eaux aux doses qu'ils ont euxmêmes formulées sans crainte ni scrupule, faisant fi de toute intervention de médecin; et il ne s'enquiert point des suites, qu'il ne soupçonne même pas.
Comment en serait-il autrement? L'éducation de la société française, des classes instruites et cultivées aussi bien que des classes ignorantes, est toujours à faire à l'endroit de la santé, de la médecine et des médecins. Il n'est pas d'erreur, telle grossière qu'elle soit, qui près d'elles ne trouve accès, ni de direction dans laquelle, malgré cela, ses idées soient plus assises.
Cependant la nature intime de la maladie, celle du médicament , le rôle vrai du médecin.
tout dans cet ordre d'idées est lettre morte, même pour les gens du monde qui y prétendent le plus, en cela bien voisins des croyances du populaire. C'est à peine s'ils se doutent qu'il y ait en médecine autre chose que répondre à l'indication d'un remède qu'ils considèrent comme l'antidote de chaque maladie ou de chaque symptôme. Et l'on s'étonne qu'ils soient toujours prêts à donner le conseil médical que personne ne leur demande ! Pour être vrai , disons que dans leur pensée la médecine est chose trop simple pour qu'un esprit cultivé ne puisse soulever un coin du voile qui ferme le sanctuaire aux yeux du vulgaire.
Ignorent-ils donc que la médecine n'a point été créée pour la vaine satisfaction d'une simple curiosité scientifique ; que son but est autre et bien plus élevé? Car s'arrêter là serait la réduire à l'importance de l'une quelconque des branches de l'histoire naturelle. Ce serait une sorte d'impiété que demander à la nature avec cette ardeur la raison de ses secrets mystérieux ou si profondément cachés, si dans cette recherche opiniâtre, ardue, répugnante même, qui demande les veilles et quelquefois la vie des organisations d'élite qui s'y vouent corps et âme, l'homme n'avait pour mobile, plus digne de lui-même et de sa destinée, l'amour de son prochain et le désir ardent de soulager ses maux, sinon de les guérir tous-, si son but enfin n'était la découverte des moyens par lesquels Dieu permet qu'il y réussisse plus ou moins,
A ce point de vue, qui est le sien, la médecine domine toutes les sciences, auxquelles d'ailleurs elle fait appel et dont elle s'éclaire. C'est peutêtre pour avoir quelquefois oublié sa mission véritable que notre société, un peu de tout temps, avant comme après Molière, s'est en quelque sorte vengée d'elle ou plutôt des médecins par des sarcasmes toujours renouvelés et toujours les mêmes , par une malveillance inconsciente et sourde qui trop souvent se fait jour, et dont aussi, sans la trouver, on se demande quelquefois la cause.
Mais poursuivons, et faisons un retour sur nous-mêmes. Avons-nous eu garde vis-à-vis d'elle d'exercer gravement un ministère toujours sérieux? Portons-nous toujours dans nos relations avec le malade la dignité du rôle que comporte notre haute mission? Disons-le, il y a beaucoup de notre faute dans la légèreté avec laquelle notre société envisage la médecine et ses ministres. Nous n'avons pas su tenir notre sceptre, et nous avons permis la familiarité qui exclut le respect. Comment s'étonner, avec ces prémisses, qu'un malade qui a passé sa jeunesse à préparer les matériaux d'une maladie chronique, que peutêtre aussi il tient en germe de ses aïeux, vienne, même de bonne foi, nous en demander la guérison en vingt et un jours ? Je ne m'étonne que d'une chose, c'est qu'ils ne la demandent pas tous, sachant qu'il est des médecins qui le leur
promettent quand même. Aussi bien, quel droit aurions-nous désormais de taxer d'inconséquence le malade qui d'avance a déterminé lui-même et sans conseils la station qui convient à la maladie dont il sait Fappellation et qui, dans sa prudence, comme pour toute autre affaire, a réglé d'avance les conditions de celle-ci jusqu'à son départ?
L'État, dans sa sollicitude, n'a-t-il pas prévu le cas en décrétant la liberté absolue du baigneur, en l'affranchissant de toute entrave , ou gênante ou restrictive, vis-à-vis du médecin, que cependant il a placé là? Mais l'État, disons l'Administration, ne prétend-elle pas aussi à l'ubiquité de sa compétence, à l'universalité de ses attributions? Ne se targue-t-elle pas d'une exacte connaissance de tous les intérêts? A nous donc de nous incliner de bonne grâce quand elle juge, dans son omnipotence et sa sagesse, que l'intervention médicale est superflue, que l'eau minérale guérit d'elle-même sans le secours de personne; et si, dans son ingérence , elle détourne le malade du médecin, auquel à prix d'argent elle a conféré les grades qu'elle requiert de lui sans le protéger, du moins elle ne se targue ni de logique ni de justice. Elle se substitue à lui sans plus; légiférant que le malade a le droit de boire à toutes les sources, sans permission ni contrôle; que, d'ailleurs, elles ne sont pas dangereuses, puisque aussi bièn elles guérissent les maladies dont elles portent t'étiquette.
Je ne sais si le vain prétexte de la liberté, c'està-dire le droit de s'empoisonner à pleins verres, fut le mobile vrai de la législation nouvelle émanée du plus despotique pouvoir, ou si son but fut Taccroissement de sa popularité par celui de la population de nos thermes; ce que je sais, c'est que leur fréquentation ne fut ni plus ni moindre après qu'avant ; c'est que la notion funeste de leur innocuité à toutes les doses' a fait son chemin sur la parole du maître, et que la médecine thermale y a laissé aux épines de la route une partie de la considération que, moins que tout autre, l'État n'eût pas dû contribuer à amoindrir, lui qui ne lui donne rien en échange de ce qu'il reçoit d'elle, et lui nuit sciemment.
11 n'en fallait pas tant pour qu'à ses propres yeux le public se trouvât autorisé dans son ostensible dédain pour tout ce qu'il ignore, dans ses erreurs sur les choses de la santé, et justifiable des idées superficielles qu'il a, de toutes celles dans lesquelles il se complaît, quand l'État, le grand maître qui partout intervient comme le tuteur de mineurs^, partage si bien ses principes et ses fautes qu'il en donne l'exemple et pousse dans la voie des systèmes faux et des erreurs dommageables.
Le médecin, on en conviendra maintenant, a son excuse trouvée pour certaines vivacités bien pardonnables en présence des arrêts que semble parfois lui dicter le malade, qui malgré tout
croit avoir besoin d'une sanction aux décisions qu'il a prises. La sanction qu'il réclame, c'est le verdict du médecin, dont il veut bien encore reconnaître l'autorité comme par un reste d'habitude; mais contre elle il s'insurge bientôt si les décisions qu'il invoque ne s'harmonisent pas avec les siennes.
Il serait temps qu'une publicité de bon aloi apprît aux forts, aux ignorants ou aux faibles quelles sont les suites, ou prochaines ou plus éloignées^ de l'usage des Eaux-Bonnes intempestif ou exagéré-, mieux connues, elles mettraient plus en garde contre l'imitation ceux qui s'y sentent 'poussés à la façon des moutons de Panurge.
Que peut à l'encontre de tels entraînements le médecin inspecteur, qui cependant semble placé là tout au moins pour y obvier? Il représente l'État, la société; à ce titre il devrait avoir en main l'autorité, et c'est là précisément ce qui lui manque. Il n'est pas douteux que le secret de son impuissance, impuissance voulue, prémédiiée, est là tout entier, dans le déni de pouvoir qui est son lot, le tout enguirlandé d'attributions diverses aussi nominales que peu effectives, qui ont chacune pour correctifs des entraves, des précautions administratives qui, le plus souvent, le réduisent à néant.
L'inspecteur est presque un subordonné là où il devrait être le maître, entouré du conseil des
médecins du lieu, dont il aurait la présidence et serait Torgane; mais ici Tobstacle est le même qu'en beaucoup d'autres lieux. Nous sommes, il faut le dire, une nation essentiellement administrée, soumise à une force occulte qui partout étend des ramifications puissantes : voilà pourquoi dans l'armée le médecin n'a pas dans son hôpital toute l'autorité, et reçoit de Tintendance des pouvoirs en même temps que des ordres; voilà pourquoi les médecins de nos hôpitaux civils sont presque exclus des conseils d'une administration qui a nom l'Assistance publique.
Mais il faut dire encore comment a lieu bien souvent,sinon pour l'ordinaire, la détermination de la station dont il est fait choix. N'est-ce pas en dépit des seules raisons sérieuses qui devraient y présider, par caprice, pour suivre la mode, pour satisfaire à certaines circonstances d'intérêts , de relations , que l'on sacrifie les sages déterminations auxquelles eût servi de base l'exacte observation du malade doublée d'une pleine et véritable connaissance des thermes préférés? Ce n'est pas tout : il peut arriver, le cas est fréquent, que le malade, primitivement bien inspiré ou sagement conseillé, soit plus tard, cédant en cela à des influences de plus d'une sorte, dévoyé de sa première impulsion, et vienne, de tiraillements en hésitations, échouer à des thermes qui, sans nuire, je le veux, à sa situation, sont dénués cependant de l'appropriation rigoureuse et pres-
yante que son état réclame. Il aura perdu dans une attente vaine qui frustre ses espérances, émousse sa confiance, un temps précieux qu'il eût ailleurs si utilement mis à profit. A qui alors imputer les torts d'une méprise fâcheuse et trop souvent fatale? Est-ce au médecin, qui, bien souvent, n a pas sa place dans les décisions, ou qui n'y a pris part que pour consacrer par une sanction de complaisance un choix déjà fait? Et d'ailleurs, pour un certain nombre de ceux dont on invoque l'arbitrage, où auraient-ils puisé les éléments du jugement qu'ils ont à prononcer, si ce n'est dans une vague et superficielle connaissance des propriétés de telle ou telle eau? Peu de médecins, en réalité, connaissent la médecine thermale autrement que d'une façon tout-à-fait incomplète. Et l'on s'étonne des changements d'opinions qui se propagent même parmi eux ! A bien prendre, peut-il en être autrement sur un sol où l'enseignement de l'hydrologie jusqu'à ce jour n'avait pas eu sa place dans nos Facultés ? Cette lacune est responsable de l'insuffisance de nos connaissances thermales, insuffisance qui nulle part n'eS't plus sensible qu'aux yeux de ceux qui ont la notion, qu'en donne la pratique, des contradictions dont elle offre de si fréquents exemples.
Si plus tard , par des voyages aux lieux qu'ils ont le désir et le besoin de connaître, les médecins dont je parle ne se sont pas renseignés, ne se sont pas fait à eux-mêmes une instruction pratique, à
qu'elles sources iront-ils puiser leur information? s'en rapporteront-ils à ce qu'ils ont pu lire? Mais ce serait plutôt à certairfs écrits qu'ils pourraient imputer leurs erreurs. N'envoie-t-on pas des malades, sur la foi de certains d'entre- eux, dans des lieux qui réunissent, je Tadmets, beaucoup d'appropriations utiles, mais qui sont en réalité, et malgré beaucoup d'efforts conti*aires, dénués des attributions qu'ils revendiquent le plus? Pour tout dire, nos stations les plus renommées, dont cependant les afférences semblent familières, réservent à ceux-là mille inconnus que leur dévoilerait une étude plus intime. De là les courants d'opinions opposés qui, à certaines époques, viennent ébranler les convictions établies, proscrivant aujourd'hui ce qu'ils ont prôné hier, donnant la palme à des sources nouvelles qui guérissent ce que ne guérissent plus les sources découronnées, prononçant enfin des arrêts absolus et toujours à distance, sur lesquels plus tard il faudra revenir.
Sur un terrain si peu connu d'ordinaire, quoi d'étonnant que le médecin thermal s'arroge l'autorité sur les malades qui lui sont confiés, et qu'il la veuille exercer en toute liberté, sans y permettre de restriction, pas même du genre de celles dont les malades se font quelquefois les interprètes plus ou moins autorisés , en essayant de dicter eux-mêmes au médecin hydrologue, de la part du médecin ordinaire, les conditions sui-
vant lesquelles le traitement thermal devra être institué? Sur son propre terrain nul ne peut primer sa compétence, et ce serait Tamoindrir que d'y souffrir la moindre ingérence -, mais avec la même netteté je conviens sans peine que sa mission s'arrête aux limites de la délégation que lui a faite en toute confiance le médecin qui pour un temps Ta institué son continuateur autorisé. Tout au plus pourra-t-il ne pas se défendre de conseils à plus longue portée que, suivant Tusage, ne manqueront pas de lui demander les malades, en raison des effets consécutifs de la cure thermale .
Mais, sourd aux incitations mal conseillères de rintérêt personnel, le médecin thermal doit opposer son refus à toute apparence de concession autre, et rendre le malade à son correspondant.
Le malade en général , le malade des Eaux, plus particulièrement, est capricieux, versatile-, son instabilité, résultat de convictions mal assises, a aussi sa raison d'être dans un immense désir de guérir. Elle le pousse brusquement dans les directions les plus opposées, et, sans trop de réflexion, le livre parfois, bien imprudemment, aux mains de celui qui le plus récemment lui semble avoir allégé ses maux, et qui peut-être n est en cela que Theureux bénéficiaire de soins antérieurs dont Fauteur est vite oublié. Le devoir commande, je le dis hautement, de se soustraire à cet entraînement, de n'y pas même entr ouvrir sa porte.
A cette condition le médecin des Eaux aura toute Tautorité à laquelle il doit prétendre: il • gardera son indépendance. Que l'on sache bien cependant ce qu'il en peut coûter d'abnégation pour échapper à cet écueil de la médecine thermale. Ce qu'il faut de volonté ferme et persistante pour se refuser aux demandes, aux appels ultérieurs et pressants de malades qui prennent confiance , qui s'engouent en proportion du mieux ou de la guérison obtenus , nul ne le sait que le médecin répandu d'une grande station thermale.
Si ce point de morale médicale est par son observance la sauvegarde des intérêts du médecin ordinaire, c'est aussi la condition de sauvegarde de la réputation et du succès du médecin thermal, qui l'adopte et s'y conforme rehgieusement.
Il y a là comme une convention, une sorte de serment tacites avec cette différence du serment politique, souvenir railleur que j'emprunte à la verve poétique de l'un de mes proches (i), que l'un s'impose à la bonne foi, se garde avec respect, et que l'autre s'élude pour l'ordinaire.
Mais je reviens au complément du traitement hygiénique et climatérique de la phthisie par la cure d'Eaux- Bonnes. Je m'explique d'autant moins l'abstention, voire même les critiques pos-
I La Comédie des Serments, par Viennet, de l'Académie française.
sibles que dans sa pensée lui adresserait, sans les avoir formulées, je le sais, l'auteur du traitement par le climat et par Fhygiène, que pour lui rien autre ne la remplace dans la saison qui lui est applicable. Que peut alors valoir l'objection d'insuffisance, qui peut-être a germé dans son esprit, d'une cure, quelque utile qu'on la présuppose, mise en œuvre pendant un temps si court, et contre de si profondes lésions? Tout au plus j'admettrais l'objection formulée de la sorte, si la cure constituait seule toute la gamme du traitement, à l'exclusion des autres moyens; mais il n'en est pas ainsi. Je ne la proclame ici comme une ressource primant toutes les autres qu'à la suite des premiers résultats du traitement d'hiver. Je dis plus, l'alternance du traitement hydrothermal au milieu des circonstances climatériques d'élection que présente l'altitude d'Eaux- Bonnes, le genre de vie et l'hygiène qu'elle comporte, cette alternance avec l'habitation du littoral méditerranéen, me semble au contraire une concordance prédestinée qu'aucune autre substitution ne peut équivaloir.
M. le docteur Desnos, que je me plais à citer sur un sujet que lui aussi a médité, dit à ce propos qu'il lui serait facile de démontrer, s'il avait à tracer une ligne de traitement appropriée à la curation d'une pareille dégénérescence morbide, que les deux grands modificateurs de l'organisme, le climat et surtout la médication hydro-
minérale, en constituent la base essentielle et sont, en toute circonstance , une ressource précieuse. Il examinerait alors et préciserait comment un état d'éréthisme général commande, par exemple, l'emploi d'eaux à faible minéralisation comme les eaux bicarbonatées, et comment, dans des circonstances inverses, les eaux, puissamment minéralisées, chlorurées et sulfureuses, revêtent une véritable opportunité.
Je n'hésite pas à croire que si, d'aussi près qu'il observe sur le théâtre de Menton, le docteur Bennet avait pu de même assister aux influences générales de la cure d'Eaux-Bonnes, en avoir une vue d'ensemble, il ne tarderait pas à la faire entrer dans le cycle qui constitue, modifié de la sorte, le traitement le plus complet et le plus rationnel de la phthisie institué jusqu'à ce jour.
Ce qui m apparaît le plus en relief, même après une pratique encore restreinte de l'Eaux- Bonnes, sans parler de ses vertus reconstituantes, qui sont cependant le meilleur et le plus direct de son action, c'est le travail continu de résolution qu'elle prépare et poursuit lentement , mais sans discontinuité, sur les tissus altérés avoisinant les néoplasmes. Ce sont des centres inflammatoires avec épanchement, et des modifications de tissus inséparables de tout désordre organique. Ces manifestations morbides se traduisent par des signesplessimétriques et sthétoscopiques
divers, mais infaillibles. Le malade, à son arrivée, les présente souvent d'une façon si tranchée, si généralisée, qu'ils dominent les autres signes d'auscultation appartenant en propre au tubercule, à ce point de les masquer tout à fait. Sous l'influence de la cure hydrothermale, les auscultations ultérieures donnent bientôt d'autres résultats : les signes qui dénotent la congestion ou l'infiltration du tissu pulmonaire s'atténuent peu à peu; plus tard, on les voit disparaître pour laisser à découvert ceux qui accusent la présence de l'épine, source de tout ce cortège symptomatique aujourd'hui disparu. Plus ou moins, tous les tuberculeux présentent ces différents passages. Quiconque y assiste ne peut méconnaître l'action élective de l'Eaux-Bonnes, ni se soustraire à l'étonnement en présence de résultats si certains.
Écoutons tout d'abord ce que dit le grand maître quand il s'agit d'Eaux-Bonnes, le docteur Darralde, dont la merveilleuse sagacité joua un si grand rôle dans les succès de l'un et de l'autre (i). 11 commence par exclure son emploi quand il s'agit de phthisie à marche aiguë, parce que, dit-il, elle activerait plus que toute autre le travail inflammatoire. Mais, « une fois qu'on s'est rendu maître de l'état aigu, on peut avec sécurité user des Eaux-Bonnes, à la condition qu'on apportera la plus grande réserve dans le dosage
(i) Guide aux eaux minérales de Constantin James.
des eaux, dans la crainte de réveiller Tétat phlegmasique, dont le retour pourrait tout compromettre.
(c S'agit-il, au contraire, de ces phthisies à marche lente, passive, atonique, qui reconnaissent comme point de départ une diathôse particulière aux tempéraments strumeux, diathèse le plus souvent congénitale, ou mieux héréditaire; s'agit-il encore d'une de ces phthisies fortuitement développées chez des individus que leur constitution en aurait certainement garantis si elle n'eût pas été débiUtée par des maladies longues, un mauvais régime, un climat insalubre, des excès de toute nature, en un mot, par Tune ou Fautre de ces causes qui appauvrissent le sang et énervent l'économie : les eaux, dans ce cas, loin d'être nuisibles, doivent être regardées comme le remède par excellence. C'est à ce point qu'on peut établir qu'il n'existe pas de limite à leur puissance curative. Ainsi, que la phthisie soit au premier, au second ou même au troisième degré, vous ne devez pas désespérer des eaux, du moment que Pensemble de l'organisme se trowe encore dans de bonnes conditions de coîiserpation. En effet, le dépôt tuberculeux n'est ici qu'un épiphénomène exprimant un état plus général : la preuve, c'est que vous rencontrez simultanément ce même produit morbide dans d'autres appareils encore que l'appareil respiratoire. Or les Eaux-Bonnes agissent ici tout à la
fois en reconstituant l'état dynamique général et en faisant tout spécialement sentir leur action sur la poitrine, par conséquent sur les points mêmes où le mal s'est plus directement localisé. »
M. Durand Fardel, dans un récent travail inséré au Bulletin de thérapeutique (i), définit ainsi le rôle des eaux sulfurées dans le traitement de la phthisie : « On sait que les eaux minérales sulfurées en particulier sont propres, par leur action à la fois altérante et reconstituante , à modifier les états constitutionnels entachés de lymphatisme, de scrofule et d'abaissement organique qui, au moins dans l'immense majorité des cas, président au développement de la tuberculose. On sait également qu'elles constituent une médication effective du catarrhe bronchique, et que leur action résolutive peut s'exercer sur .les engorgements pulmonaires. Quant au tubercule luimême, il échappe à leur action directe comme à celle de tous les agents de la thérapeutique. C'est un produit qui ne tarde jamais à mourir, et qu'il n'y aurait pas grand intérêt, du reste, à prendre pour objectif-, car ce n'est pas en lui, mais autour de lui , que se passent les phénomènes pathologiques.
« Si les eaux minérales peuvent modifier la constitution dans un sens salutaire, si elles peuvent
[i]Les indications des Eaux minérales dans le traitement de la phthisie pulmonaire.
réprimer le catarrhe dont on ne peut contester la solidarité avec révolution tuberculeuse, résoudre les engorgements congestifs et pneuraoniques qui constituent un terrain particulièrement favorable à Féclosion tuberculeuse, nous ne pouvons douter qu elles n'interviennent efficacement dans la phtliisie pulmonaire. Quelle peut être la portée de cette intervention?
« L'anatomie pathologique nous apprend que la tuberculose guérit fréquemment; la clinique nous montre que de véritables phthisies peuvent être définitivement arrêtées dans leur cours. S'il en est ainsi, il faut admettre que les eaux minérales peuvent prendre une part effective dans ces guérisons, en soutenant l'organisme dans sa lutte contre une diathèse consomptive, en enrayant les lésions attaquables par lesquelles elle se manifeste. Mais dans une maladie de cette nature il ne faut pas songer seulement à la guérison *, une médication propre à en ralentir et à en suspendre l'évolution, seuls résultats qu'on obtienne souvent des eaux minérales, est encore une médication efficace...
(( L'indication des Eaux-Bonnes, eaux sulfureuses sodiques d'un caractère assez particulier, sera d'autant plus nette que la maladie présentera des caractères torpides mieux accusés, surtout du côté des altérations pulmonaires : action re-. constituante et altérante, action résolutive du catarrhe et des congestions pulmonaires,' tels sont
les éléments de leur action thérapeutique. »
D'après le savant hydrologue, M. Pâtissier (i), « dans Faction médicatrice des eaux minérales sur la phthisie il faut distinguer trois éléments : 1° le tubercule, corps étranger inorganique dont aucune médication ne peut jusqu'à ce jour opérer la résolution; 2° un état catarrhal de la muqueuse bronchique;, 3" enfin un état congestif plus ou moins aigu du tissu pulmonaire.
(c Le danger principal des tubercules réside dans une congestion sanguine plus ou moins vive que leur présence et leur action mécanique déterminent dans le parenchyme pulmonaire... C'est évidemment la réunion de ces causes aggravantes qui rend les tubercules pulmonaires beaucoup plus funestes que ceux des autres organes. A la rigueur, ce ne sont pas les tubercules qui tuent, mais bien la phlogose, qu'ils provoquent dans les parties où ils résident. Prévenir ou combattre cet état phlegmasique, c'est préparer les voies de l'amélioration qu'on peut raisonnablement demander. Son dégré d'intensité exerce une si grande influence sur l'opportunité de la cure hydrominérale et sur le choix de la source, que nous avons pensé indispensable de distinguer dans la phthisie trois formes principales, à savoir : la forme aiguë, la forme subaiguë, et la forme chronique ou indolente. » A chacune de ces formes
{i) De l'emploi des eaux minérales dans le traitement de la phthisie tuberculeuse. i85S.
correspondent des indications hydrologiques différentes, et si les Eaux-Bonnes se refusent à la première, elles conviennent à la seconde avec certaines restrictions, et presque toujours à la troisième.
Dans sa clinique de l'Hôtel-Dieu, le D'" N. Guéneau de Mussy marque en termes précis la supériorité qu'il reconnaît aux Eaux-Bonnes sur les autres sources sulfureuses dans leur adaptation au traitement de la plithisie : « Vous verrez cependant, dit-il, des médecins conseiller indifféremment Cauterets ou les Eaux-Bonnes. Je ne crois pourtant pas que Cauterets puisse soutenir la comparaison : outre sa minéralisation inférieure, la source de la Raillère est à deux kilomètres de Cauterets, tandis qu'aux Eaux-Bonnes les maisons sont groupées autour de rétablissement thermal, ce qui permet, sans fatiguer le malade, de fractionner les doses autant qu'on le juge convenable. En outre, tandis que la vallée des Eaux- Bonnes est abritée de tous côtés et que Tair y est habituellement très-calme, celle de Cauterets, plus élevée de deux cents mètres, est un corridor ouvert à la violence des vents. Je ne veux pas dire par là qu'on n'ait jamais vu de tuberculeux guérir aux eaux de Cauterets; mais ce que je soutiens, c'est que les Eaux-Bonnes doivent être préférées dans l'immense majorité des cas. »
M. Durand- Fardel, dans le travail cité plus haut, ajoute que « quant à l'hémoptysie il ne faut
pas ratlribuer toujours à la médication ellemême. L'altitude, le changement de vie, les imprudences des malades en sont souvent la cause. Là n'est pas le danger ; il est dans le coup de fouet subi par les activités pathologiques dont le poumon est le siège, si les conditions à Fintervention du traitement thermal ne sont pas observées. »
Le D'" N. Guéneau de Mussy ajoute encore, au sujet des hémoptysies que Ton impute aux Eaux- Bonnes : '( Quantauxhémoptysies,onapource qui les concerne adressé à ces eaux des reproches bien exagérés. Sans doute elles peuvent favoriser une congestion hémorrhagique chez des sujets prédisposés; mais en lés donnant avec prudence, en faisant prendre au malade des bains de pieds quotidiens avec Teau minérale, dont les propriétés stimulantes augmentent l'action dérivative, on peut éviter cet accident. Je n'ai pas besoin de vous rappeler ce que vous savez tous : c'est que, par cela même qu'un médicament est actif, il peut devenir dangereux, s'il est mal administré ; mais je puis vous affirmer que, pendant trois saisons que j'ai passées aux Eaux-Bonnes, je n'ai jamais vu d'hémoptysie qu'on puisse leur imputer. Sans doute, sur mille ou douze cents phthisiques qui, chaque année, fréquentent cette station, il en est qui crachent le sang-, mais, chez beaucoup, Thémoptysie arrive avant l'usage des eaux et peut, la plupart du temps, être imputée aux fatigues du
voyage. J'ai observé deux ou trois fois des hémoptysies pour ainsi dire épidémiques : c'était, chaque fois, après de violents orages et de brusques variations barométriques. J'ai souvent administré les eaux à des màlades à peine guéris d'hémoptysies qui s'étaient déclarées pendant leur voyage ou immédiatement après leur arrivée, et elles ne se sont pas renouvelées. »
Quoi qu'il en soit des opinions que je relate, et sur le fond j'ai déjà dit ailleurs mon sentiment (i), à mon sens l'hémoptysie est un accident qu'il faut éviter à tout prix, non pas tant à cause de sa gravité discutable , à moins qu'elle ne réside dans l'abondance de l'hémorrhagie , que parce qu'elle est un épouvantail, un véritable objet de terreur pour les malades. Aussi est-ce bien à tort, à mon avis, qu'il a été écrit : « Que les médecins qui ont cru exonérer les Eaux- Bonnes d'un reproche funeste en niant ces hémoptysies, au heu de les prendre pour ce qu'elles sont, ont nui à" la réputation de ces Eaux plus qu'ils ne l'ont servie. (2) » Cette proposition serait à sa place émise devant un pubhc médical. Ce qu'eUe a de justifié ou de controversable ne serait plus hors d'à-propos dans un exposé scientifique étayé d'arguments qui, là, sans inconvénient pourraient être entendus, et qui à coup sûr
(1) Quelques observations sur les Eaux-Bonnes. — 1874.
(2) Nouvelle notice médicale sur les Eaux-Bomies, publiée parle conseil municipal d'Eaux-Bonnes.— 1874, page 23.
seraient compris; mais la présenter à des malades — car c'est bien à eux que Ton s'adresse — impressionnables par état, inaptes à la juger, non plus qu'à en apprécier sainement les considérants qui la justifient peut-être aux yeux de son auteur, c'est, à mon sens, je le redis, d'autant plus une imprudence qu'elle formule un blâme à l'adresse de ceux qui, mus par d'autres convictions, ont pris pour mission tout opposée celle de refouler le courant extra-médical, et de combattre par des arguments équivalents (i) l'impression fâcheuse d'une sanction gratuite donnée à l'opinion déjà prévenue défavorableblement ; sanction dommageable à tous les titres, surtout à cause de sa source, de l'appui qu'elle donne au préjugé déjà trop répandu, sans parler du secours bien inattendu qu'elle prête aux rivalités, et du parti qu'elles en peuvent tirer.
Comme tout médicament actif dont on mésuse , celui-ci peut entraîner ses mécomptes. Mais je me crois qualité pour opposer tiu'un médecin expert et prudent peut les éviter toujours, et que ce doit être l'objet de sa plus constante préoccupation; cela, je le répète, à cause de l'effet moral qu'en ressent le malade. Je puis ajouter que, pour ma part, je n'ai jamais eu d'hémorrhagie parmi les malades confiés à ma direction, et je ne crains pas de dire que cette heureuse immunité, je
(i) Quelques observations sur les Eaux-Bonnes. — G. Masson, 1874, pages 28 et suivantes.
la dois au mode d'administration dont j'ai fait choix du médicament Eaux-Bonnes. D'ailleurs, comme le dit si bien le docteur N. Guéneau de Mussy, il faut procéder avec la plus grande circonspection-, de toutes façons, il convient de commencer par de petites doses : quelquefois deux cuillerées seulement, répétées deux ou trois fois par jour, avec une heure d'intervalle entre la dernière dose et le repas suivant.
Tout me porte à penser que les appréhensions qui se sont fait jour de la part de médecins expérimentés et de grand savoir , pour de là se répandre et se transformer en un vague sentiment de défiance dont j'ai peine à me rendre compte, parce que rien ne le justifie dans la médication par l'Eaux-Bonnes, effectuée près de sa source; que ces craintes, toutes sans objet réel, ont peutêtre pour origine la variabilité des effets produits par les Eaux -Bonnes transportées, qui, elles, provoquent assez facilement la survenance de l'accident hémoptoïque, si leur emploi n'est pas attentivement surveillé. Cette observation, je la tiens de praticiens autorisés dans l'opinion desquels j'ai foi : car, pour mon compte, je ne recours presque jamais pour mes malades à l'Eaux-Bonnes loin de sa source.
L'extrême impressionnabiUté de ces eaux aux influences extérieures est un fait bien connu; elles la partagent d'ailleurs avec les autres eaux thermales, dont la composition intime se modifie
bien plus par le refrodissement et le contact de rair que celle des eaux athermales. Ce que Fexpérience établit, c'est que la composition des Eaux- Bonnes transportées , quant à la sulfuration tout au moins, varie souvent d'une bouteille à l'autre par Faction des causes les plus diverses, à ce point qu'on peut dire d'elles qu'elles sont encore quelque chose, mais tout autre chose, et qu'en tous cas ce ne sont plus les Eaux-Bonnes telles que nous les connaissons et administrons au griffon : c'est en effet un composé nouveau d'une sulfuration transformée par suroxygénation, plus irritant assurément, qu'il faut suspecter, et qui permet le doute sur l'identité de ses propriétés thérapeutiques. Pour moi, je n'hésite pas à croire que c'est à lui bien plutôt qu'il faut faire remonter l'imputation d eaux hémoptoïques qui trop souvent s'adresse aux premières, et que les Eaux-Bonnes, à leur source, sont injustement chargées d'une responsabilité qui n'appartient qu'à l'autre.
L'opinion publique ne s'y trompe pas-, le doute n'existe pas pour elle sur ce qui différencie l'une et l'autre eau-, sans quoi pourquoi les malades viendraient -ils à grands frais se grouper autour de la source vieille, y boire à toute heure, si les vertus de cette source de vie n'étaient autres que celles de l'Eaux-Bonnes en bouteilles?
Bordeu ne faisait-il pas pressentir cette différence quand il disait : « Nos eaux, comme les
habitants de nos montagnes, ne quittent pas volontiers leur patrie, »
L'inspecteur actuel des Eaux-Bonnes l'a reconnu lui-même quand il écrivait : « Malheureusement, ce que les eaux sulfureuses ont de plus vital et de plus intime, ce que Bordeu appelait l'huile très-raffinée qui en fait un baume minéral, est perdu pour les malades qui les boivent loin de la source. »
A la nature réparatrice il faut un point d'appui pour remonter le courant des forces vitales détournées de leur but. Je sais quels auxiliaires puissants sont les ressources de Thygiène : un air pur, une alimentation de choix; mais encore faut-il un stimulant direct qui, à un certain moment, détermine un effort opposé aux forces destructives qui sont en présence, et qui trop longtemps sans contre-poids ont exercé leur influence. C'est là le rôle réservé d'une façon que je puis dire providentielle à la médication hydrothermale, à l'Eaux-Bonnes dans la phthisie. C'est le sens réel de son intervention, le mode suivant lequel elle s'exerce. Les malades jusque-là pouvaient être considérés comme soumis à une sorte d'équilibration de forces contraires. Il n'en est plus de même à partir du jour où intervient l'action médicatrice de l'Eaux-Bonnes. Bien vite se reconnaît l'impulsion qu'elle provoque dans le sens de la réparation, impulsion qui peut-être eût manqué bien longtemps si une cause occasionnelle aussi
propice n'était venue en brusquer le développement. Non -seulement elle donne une direction aux efforts de la nature portés désormais dans le sens de la réaction, mais elle a de plus Timmense avantage, en robustifiant Torganisme, de le rendre moins accessible et moins impressionnable aux influences du dehors, circonstance heureuse qui n eût pas existé dans Tétat antérieur.
La médication reconstituante renferme assurément des agents nombreux, qui tous, à des titres divers, méritent d'y prendre place. L'huile de foie de morue figure en tête de la série. Sa composition, très-complexe, répond, il n'en faut pas douter, à des besoins de réparation multiples; et, sans se préoccuper de ses composants chimiques, nous avons l'épreuve clinique qui, tous les jours par de nouveaux exemples, justifie la confiance mise en elle. — Le phosphate de chaux, par les éléments qu'il apporte à la réfection de nos tissus, obvie à l'inanition minérale, comme on l'a dit assez heureusement.
Le chlorure de sodium ou sel marin est l'une des substances minérales les plus nécessaires à l'économie animale. Aussi, après les résultats obtenus par le docteur Amédée Latour, qui en a fait la base de son traitement de la phthisie, beaucoup de bons observateurs et de cliniciens féconds en ressources en sont-ils venus, de nos jours, cà lui donner la première place dans la série des agents médicamenteux à opposer à cette ma-
ladie protéiforme, en Tassociant aux corps gras^ lard, beurre, etc., et surtout au lait, cet aliment par excellence, et qui les résume tous sous la forme la plus agréable et la mieux assimilable. — Le fer, pour la même raison, a sa place et son heure dans les réparations organiques.
Tout récemment le docteur Gallard débutait, dans un travail intéressant (i) sur Fefficacité des préparations ferrugineuses dans la phthisie pulmonaire, par ces mots : « Une des erreurs de Trousseau a été de s'imaginer que dans la phthisie pulmonaire le fer est absolument contre-indiqué comme nuisible et dangereux. » Trousseau, dans cette proscription, s'étayait de deux faits qui s'étaient passés au début de sa carrière, où deux chloro-anémies masquant une phthisie aiguë n'avaient paru céder à Tinfluence du fer que pour laisser plus tôt le champ libre aux symptômes de tuberculose bientôt suivis d'une catastrophe.
« Comment se fait-il que, dans la suite de cette immense pratique que chacun sait, il n'en aitplus cité d'autre? » dit M. Gallard. D'après le médecin de la Pitié , l'erreur de Trousseau provient des idées qu'il avait de la chlorose, qu'il différenciait de l'anémie, dont elle n'est qu'une espèce. Mais si, dans quelques anémies subordonnées à un état diathésique antérieur, le fer est inefficace, il n'est pas dangereux pour cela. L'autorité d'autres cH-
(i) Union médicale, 2g septembre 1874.
niciens, celle de M. N.Guéneau de Mussy, entre autres, est en opposition avec la sienne sur ce point de thérapeutique. C'est en définitive un moyen utile pour diminuer Panémie qui accompagne et voile souvent la phthisie, sinon pour la faire disparaître, aussi bien que la chlorose, à râge où elle se montre, ou peut-être elle n'est encore que la première étape d'une hérédité qui plus tard eût abouti à la phthisie dont elle est menacée, sans rintervention du traitement préventif où le fer a joué son rôle, associé aux autres toniques . Le docteur Louis, plus froid dans ses jugements et ses visées, dit M. Gallard, n'avait pas prononcé sur le fer le même verdict que celui auquel s'était laissé entraîner l'esprit ardent de Trousseau.
Les sulfites alcalins et terreux, nouvellement introduits et préconisés en France (i), sont appelés à constituer une médication judicieuse et vraiment opportune, si réellement ils remplissent le rôle qui leur est attribué; car si l'expérimentation pratiquée sur une plus vaste échelle justifie les promesses de l'induction, sans nul doute ils prendront place au premier rang de la médication symptomatique qui a pour objet de modérer le travail de destruction, et même d'y faire obstacle.
L'alcool , le tanin , l'arsenic , — l'Eau de la
(i) Union médicale, 26 octobre 1872. — de Pietra Santa. Maladies par ferments morbifiques.
Bourboule transportée^ — la viande crue, le koumiss, le bain d'air comprimé, les inspirations d'oxygène, le sang chaud des abattoirs, les inhalations de diverses sortes, l'hydrothérapie rationnelle, les cures de raisin et de petit-lait et bien d'autres moyens ont aussi leur moment et leur opportunité dans la nomenclature des agents de réparation. Il n'entre 'pas dans le plan de ce travail même de les énumérer tous, pas plus que d'indiquer l'action ni le modus faciendi des agents médicamenteux proprement dits;, d'autres ont satisfait à cette tâche avec une connaissance de la matière qui pour le moment ne laisse pas place aux plus tard venus ; mais aucun de ceuxlà, je puis le dire, ne peut entrer en compétition avec la puissance du médicament hydrominéral que de longue date l'opinion a proclamé le plus héroïque moyen de curation de tous ceux qui s'adressent à la phthisie. Mais comment s'exerce le concours d'influences curatives qui aboutissent à d'aussi surprenants résultats : voilà qui demande explication, afin qu'il en ressorte la pleine justification des réparations qui leur sont attribuées.
Le docteur Andrieux, agrégé de la Faculté de Montpellier, qui fut médecin des Eaux-Bonnes pendant plusieurs années, dit à ce sujet (i) : « L'expérience de tous les jours nous prouve que
(i) Essai sur les Eaux-Bonnes,
Fusage bien dirigé des Eaux-Bonnes guérit radicalement ou modifie d'une manière très-avantageuse les maladies de poitrine, alors même que celles-ci s'annoncent sous les dehors les plus graves. » Même dans les cas extrêmes, alors que les symptômes, par leur réunion^ constituent un ensemble des plus sérieux , ne faut-il pas se décourager, parce que, dit-il, un ou plusieurs de ces symptômes peuvent exister chez des malades susceptibles de guérir par l'Eaux-Bonnes, et que tous ne sont pas liés fatalement à des lésions sans remède?
D'une manière générale, la cure d'Eaux-Bonnes amène les résultats suivants, plus ou moins accentués, chez tous les malades qui s'y soumettent : augmentation des forces musculaires et de l'activité intellectuelle, accélération de la circulation dans tout son circuit, voire même dans ses dépendances normales ou accidentelles, d'où règles plus abondantes et flux hémorroïdaux, réveil de l'appétit et de l'aptitude fonctionnelle de tout l'appareil digestif, accroissement des sécrétions de la peau et des muqueuses.
De cette synthèse on peut conclure que la stimulation qu'en ressentent toutes les fonctions est l'origine de ses surprenantes vertus. Elle s'exerce sans conteste sur les manifestations innombrables de l'atonie, de l'énergie vitale en moins, sur la lenteur des formes morbides, lenteur qui est la marque de la chronicité. Mais quel rôle prend-
elle vis-à-vis du tubercule ? L'auscultation répond à cette question. J'ai déjà eu l'occasion de signaler les changements qui s'accomplissent autour du tubercule, car, sur lui-même, disons qu'ils sont nuls (i ), par le fait de la suractivité des forces absorbantes ; les tissus œdématiés, infiltrés de sérosités, engoués par le liquide sanguin extravasé, l'induration elle-même, ne résistent
pas à son action.
Si l'absorption, parvenue à ce degré d'intensité, peut amener la résolution de tissus ainsi modifiés par des liquides plus ou moins transformés, peutelle de même s'exercer sur une matière solide tuberculeuse, par exemple, et la faire entrer dans le torrent circulatoire, comme moyen d'élimination? Voilà qui n'est pas démontré, mais qui, non plus, pour quelques pathologistes, n'est pas absolument irréalisable, surtout au moment où,
(i) La question de la guérison par l'absorption du tubercule, dit M. Denos dans les Actes du Congrès médico-chirurgical de Rouen, n'est pas résolue, quoiqu'elle soit admise par Broussais, Sandras, MM. Mandl, Sales-Girons et Mascarel, ce dernier l'un des médecins du Mont-Dore. Les observations de MM. Sée et Hérard, qui ont constaté quelle influence résolutive exercent sur les ganglions lymphatiques les eaux de Nauheim, plaident cependant en sa faveur. Les données actuelles de l'histologie , confirmées en cela par l'observation microscopique, apportent en outre leur appoint inespéré à cette doctrine pathologique, car on peut admettre plus facilement de nos iours la possibilité de la résolution du tubercule si, avec MM. Luys et Mandl, on le considère comme formé d'exsudats. de dépôts plasmatiques dégradés, ou bien, avec Vichow et Villemin de Strasbourg, comme composé de formations cellulaires imparfaites.
demi-liquide, elle vient se déposer dans le tissu connectif (i). Ce qui est acquis à l'observation, c'est que l'action du médicament Eaux- Bonnes, se produisant, avec l'énergie que tous les médecins attentifs ont observée, sur l'atmosphère plus ou moins étendue qui fait au tubercule une auréole de tissu modifié dont il est enveloppé, le tubercule ainsi isolé se trouve placé dans les conditions les plus favorables à la meilleure des terminaisons, pendant que la trame pulmonaire, rendue à sa perméabilité, redevient apte à sa fonction physiologique.
Telles sont les causes et les moyens des arrêts d'évolution que tous les médecins ont constatés maintes fois dans la marche de la phthisie pulmonaire. Mais ce ne sont encore que des haltes qu'il faut prolonger, et que le traitement par les Eaux-Bonnes, continué ou repris, transformera en arrêts définitifs, en faisant obstacle à de nouvelles poussées. D'autre part, le tissu pulmonaire, redevenu perméable à Tair dans sa presque-totalité, peut revêtir une tolérance, une impassibilité qui ne sont pas incompatibles avec la permanence de Tépine ; et pourvu que la masse tuberculeuse ne soit pas trop volumineuse, qu'elle
(i) Devant la Société d'hydrologie, 7 février iS'g, M. le docteur Hérard soutint avec une énergique conviction et preuves à l'appui, empruntées surtout à l'analogie, — les ganglions lymphatiques pouvant être résorbés, — la thèse de la résorption possible de la matière tuberculeuse.
n'ait pas retranché de la vie physiologique une proportion de cellules pulmonaires trop étendue, la vie peut encore être maintenue dans une sorte d'équilibration entre Tattaque et la résistance.
Si je compare Faction profonde de FEaux- Bonnes, lente souvent à dire son dernier mot, avec ce que vient de nous faire connaître le Richelot (i) des eaux du Mont-Dore, je vois que du parallèle établi par son auteur avec tant de soin et de véritable esprit d'analyse entre la médication mondorienne et la médication arsenicale, dont celle-ci reproduit pas à pas tous les traits, il ressort, ce qui les caractérise nettement Tune et Tautre : une rapidité d'action, conséquence de sa superficialité , mais entachée d'une sorte de fugacité, qui distingue essentiellement les effets de la cure du Mont-Dore des résultats bien différents du traitement par l'Eaux-Bonnes. Sans nul doute, les eaux du Mont-Dore justifient leurs revendications par la promptitude des phénomènes de réparation auxquels vient en aide un appareil assez compliqué de bains et d'inhalations à haute température ; mais ces effets sont éphémères ou de peu de durée, ce qui les différencie du tout au tout des afférences de l'Eaux- Bonnes, auxquelles leur longue portée, leur continuité et leur intensité d'action donnent le droit de prétendre à modifier des dégénères-
(i) Union médicale. — Mai 1874.
cences plus profondes, où Torganisme est compromis de longue date. On pourrait presque dire des premières ce que l'on dit de certains traitements antiherpétiques : qu'ils blanchissent, dénués qu'ils sont de la vertu reconstituante énergique que TEaux-Bonnes doit, selon toute probabilité, à sa minéralisation mystérieuse ; car, pour se produire dans toute son étendue, elle n a pas besoin derecourirà la médication laborieuse du Mont Dore, qui^ elle, cependant, n'en est pas affermie.
Lorsque le tubercule a subi la transformation purulente au milieu de tissus de nouvelle formation qui vont servir de parois à la caverne, il n'est pas douteux qu'ici encore l'Eaux-Bonnes nlntervienne favorablement, soit pour faciliter la sécrétion du muco-pus, dont l'atonie entraverait l'expulsion, soit pour activer le travail d'organisation des pseudo-membranes qui tapissent les surfaces ulcérées. Du rôle de l'Eaux-Bonnes dans cette circonstance, je ne veux citer qu'une observation récente qui m'appartient.
M'^^ F., de l'Hérault, jeune femme de 26 ans, mère d'un enfant de deux ans, sans antécédents phymiques dans sa famille, me fut adressée, le 5 juillet 1874, par le professeur.Combal, de Montpellier. Malade depuis plus de deux ans, elle avait déjà une prédisposition marquée aux rhumes de la saison d'hiver; mais, quoiqu'elle n'eût pas eu de complication de pneumonie ou, de bronchite aiguë, je la trouvai déjà toute envahie par l'évo-
lution phthisique à sa troisième période. D\m tempérament lymphatique, elle avait conservé un certain embonpoint (5l kilogrammes). Elle n'avait pas de fièvre, mais de la diarrhée et des sueurs nocturnes; pas d'appétit ni de sommeil, par suite d'une toux incessante. Ses forces étaient épuisées; elle se traînait à peine. Enfin, l'expectoration, très-abondante, arrivait aux proportions du vomissement, et la masse expectorée au moment de son arrivée était d'environ un demilitre de muco-pus par jour. Le début de tous les accidents avait été l'hémoptysie, dont elle offrait encore des traces les j ours qui suivirent son arrivée .
A la percussion, il y a de la sous-matité sur les deux fosses susépmeuses, et l'oreille y perçoit facilement du gargouillement et de la pectoriloquie. Je fus bien vite fixé sur le diagnostic, que m'avait d^ailleurs annoncé l'éminent professeur de la Faculté de Montpellier : Deux énormes cavernes occupent les deux sommets et fournissent les matériaux d'une expectoration épuisante. La jeune malade débute, à cause de l'hémorragie qui accompagne l'arrivée, par une cuillerée d'eau le matin, qu'il me faut suspendre le 7, à l'apparition de quelques stries sanguinolentes dans les crachats. Reprise avec la même parcimonie au bout de trois jours d'interruption, elle n'entraîne plus le même accident, mais déjà la suppuration des cavernes se restreint. Au i'^'" août, M"^^ F. est à un demi-verre d'eau par jour, et l'expectora-
tion a diminué de plus d'un tiers. L'auscultation ne fait plus percevoir de gargouillement, mais du souffle et de la résonnance de la voix. La matité s'est accrue à la percussion. Le 7 août, M'"^ F. quitte la station ne toussant plus, ne crachant qu'une ou deux fois le matin, mangeant mieux, ayant engraissé (53 kilogrammes), repris des forces, et ravie d'une si rapide transformation, qu'elle n'espérait guère. La dose maximum de l'Eaux-Bonnes fut d'un verre par jour.
« Les eaux sulfureuses, et les Eaux-Bonnes sont les plus renommées de toutes, disent MM. Hérard et Cornil, quelle que soit leur thermalité et leur composition intime, ont une action qui est à peu près la même, à l'intensité près. L'expérience semble, toutefois, démontrer que les eaux sulfureuses à base de chaux, — les Eaux-Bonnes sont du nombre, — donnent les résultats les plus satisfaisants dans la tuberculisation pulmonaire; mais leur action se traduit surtout et tout d'abord par une modification de l'élément catarrhal, qui joue un si grand rôle dans la phthisie. »
Plus loin, ils ajoutent « que, dans ce cas, les bains trouvent beaucoup plus souvent leur emploi qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord. » J'ai eu moi-même l'occasion de le signaler dans un précédent Mémoire (i), en préconisant pour cet usage les bains d'Ortech.
(i) Quelques observations sur les Eaux-Bonnes. —
« Sous ce rapport, les Eaux-Bonnes^ si fréquentées par les phthisiques, sont dans un état d'infériorité marquée relativement aux autres stations sulfureuses. Les bains y sont rarement ordonnés^ et cela probablement à cause de Tinsuffisance de Teau minérale (i). Cependant on sait que la médication externe par les bains généraux ou locaux était autrefois très en honneur aux Eaux-Bonnes. Nous croyons que les bains, pris avec les précautions voulues contre le refroidissement, présentent de grands avantages, et qu'ils sont trop rarement prescrits dans le traitement ordinaire de la maladie. Il est hors de doute que le mouvement fluxionnaire, porté de temps en temps à la périphérie, constitue une dérivation favorable à la guérison des congestions fixées sur les organes internes, notamment sur les poumons (2).
(1) J'ai démontré à l'aida de chiffres, dans mes Observations sur les Eaux-Bonnes, qu'il n'y avait pas insuffisance, mais une sorte de parti pris ou de tradition locale propre aux Eaux-Bonnes, d'y négliger les bénéfices du bain dans le traitement de la phthisie tuberculeuse. De plus, le fait argué par MM. Hérard et Cornil, si tant est qu'il ait eu sa réalité à une autre époque, a cessé d'être justifié depuis la création du nouvel établissement d'Ortech, qui fournit aujourd'hui un nombre de bains supérieur aux besoins actuels.
(2) En 1843, le docteur Emile Péreyra, de Bordeaux, auquel on doit d'utiles recherches, comme je l'ai déjà dit, sur le traitement de la phthisie, prescrivait déjà, pour les mêmes cas, les bains d'eau de mer chauffée du bassin d'Arcachon.
Plus tard, en 1869, M. le docteur Leudet, dans un excellent article inséré dansl'Z/jnoM médicale, appelait aussi l'attention du corps médical sur ce côté intéressant de la thérapeutique de la phthisie.
Je crois devoir encore reproduire Tappréciation du docteur Andrieu sur les elfets de l'Eaux- Bonnes et son îîiodus faciendi quand elle est mise en œuvre au début de la phthisie. On pourra se demander ensuite auquel de ces éléments minéralisateurs connus il faut attribuer de si grands bénéfices, et quel autre agent hydrominéral en peut revendiquer de semblables. Sans prétendre résoudre le problème, il me semble naturel de les imputer plus encore à leur réunion sous la forme qui nous apparaît dans T Eaux-Bonnes qu'à la spécificité de Tun deux en particulier; en insinuant toutefois que, pour de si grandes métamorphoses, il est juste de faire une part aussi bien aux composants que l'analyse a révélés qu'à ceux qui jusqu'à ce jour ont échappé à ses moyens d'investigation.
(( Ce qu'il y a de plus positif, dit le docteur Andrieu (i) au sujet de l'influence des Eaux-Bonnes dans le traitement de la période de crudité de la pththisie tuberculeuse, c'est que leurusage fait disparaître les bronchites, les catarrhes, les bronchorrhées, l'œdème, les engorgements hypostatiques et les résidus matériels des phlegmasies qui peuvent compliquer la phthisie pulmonaire. Ce qui n'est pas douteux, c'est que l'action résolutive des Eaux-Bonnes s'exerce sur les engorgements interstitiels du tissu du poumon et sur les
(i) Indications spéciales des Eaux-Bonnes, page 45.
infiltrations plastiques déposées dans la trame cellulo-vasculaire du parenchyme de ce même organe, autour des granulations tuberculeuses. Un des résultats de la médication hydrosulfureuse consiste donc dans la destruction de la complication que je viens d'indiquer. En résumé, que le tubercule se résorbe, qu'il s'enkyste à Tétaf crétacé, à Fétat mélanique ou sous sa forme primitive, on aperçoit également l'opportunité d'une médication résolutive telle que celle effectuée par Fusages des Eaux-Bonnes... De quelque manière qu'on explique l'amélioration survenue^ surtout chez les sujets atteints de tuberculisation pulmonaire au premier degré, cette amélioration est fréquente, positive, bien réelle, et souvent durable,... surtout sous rinfluence de la diathèse lymphatique ou scrofuleuse. C'est dès le début de la maladie, ef lorsqu'elle est encore à sa première période, qu'il faut se hâter d'avoir recours à Tadministration de ces eaux. »
Le docteur Henri. Gintrac, le digne fils de l'illustre pathologiste de l'École de Bordeaux, dont la compétence à l'endroit des Eaux-Bonnes a son origine dans l'étude technique qu'il a faite des sources de cette station, et dont l'autorité se double de l'expérience fournie par une vaste pratique civile et hospitalière, résume en ces termes son opinion sur la valeur des Eaux-Bonnes (i) :
(i) Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, tomeVj^page 391.
« Je dirai que TEaux-Bonnes répond à deux indications : d'une part, elle stimule l'activité des fonctions nutritives, elle relève les forces, augmente la résistance de Torganisme, lui fournit en quelque sorte le moyen de lutter avec moins de désavantage contre Faction des causes morbifiques, et, en réparant la faiblesse des malades, enlève à la diathèse Tun de ses puissants auxiliaires; d'autre part, elle a une action incontestable sur l'état catarrhal et sur la congestion pulmonaire qui accompagnent presque toujours la phthisie. Or il ne faut pas oublier que si le catarrhe bronchique, la congestion chronique du poumon, ne sont point le tubercule, ils ne sont pas du moins étrangers à son développement, et deviennent comme un terrain préparé où il germe avec une facilité merveilleuse. «
A mon avis, tout le principe de l'action reconstituante de l'Eaux-Bonnes réside dans l'énergie spéciale qu'elle imprime à toutes les fonctions, s'accompagnant à la fois d'une égale répartition de stimulation sur chacune d'elles. De là procède l'équilibration physiologique des attributions de toutes, d'où résulte en dernier ressort que l'activité en plus d'un appareil, quand elle existe dans le sens pathologique, se trouve atténuée pour fournir à celui dont la vie fonctionnelle s'était ralentie les éléments d'une fonctionnalité régulière. En un mot, l'Eaux-Bonnes, p&r l'action combinée des éléments minéralisateurs connus
ou inconnus, ramènerait Tharmonie au sein de lorganisme. On ne peut, en outre méconnaître que, par suite de Télimination par les voies respiratoires de particules sulfureuses, elle y détermine un effet topique local approprié aux lésions.
Ce qui semblerait confirmer cette interprétation, ce serait Tobligation de renouveler la série des actions successives au bout d'un temps variable, mais d'assez longue durée, au demeurant, après lequel le malade voit s'atténuer progressivement les améliorations obtenues, et quelquefois même les a senties disparaître, par suite de la persistance des causes de détérioration, ou de la continuité d'influence de la diathèse à laquelle il n'a pas cessé d'être soumis, et dont la phthisie n'est qu'une manifestation dégénérée.
Avant d'aborder l'exposition des conditions climatériques de la station des Eaux-Bonnes, quelques observations générales rne semblent ici trouver leur place et s'harmoniser avec le sujet que je traite. Tous les bénéfices de l'intervention des eaux minérales n'ont pas pour limite la guérison de l'accident pathologique qui fait recourir à leur emploi. Il y a lieu de leur demander plus encore-, et, loin de restreindre leur portée à la guérison des maladies chroniques, on peut l'étendre au delà, en l'appliquant à la prophylaxie, à l'amélioration de la race, et, par ainsi, accroître les forces d'un pays dont la vitalité diminue, puisque sa population décroît; et cela au mo-
ment où la loi du nombre, j'allais dire du plus fort, tend, et si bien, à redevenir l'arbitre du monde, qu'un moment nous Pavons vue revivre dans nos champs dévastés.
Si la fréquentation des eaux minérales s'élevait en proportion des modifications que comporte leur régime économique (i), plus encore elles entreraient dans nos mœurs. Nous verrions leur usage se généraliser en raison de leur accès rendu plus facile à tous, et des perfectionnements nouveaux que comporte leur mise en œuvre, en vue d'une utilisation plus complète. Et alors, à quelles transformations n'assisterions-nous pas! Permises aux pauvres autant qu'aux riches, elles
(i) A mon avis, la question des eaux minérales doit être envisagée au double point de vue des intérêts scientifiques et humanitaires aussi bien que de l'économie sociale. Pour assurer la sauvegarde et le développement de tous, l'État devrait, à mon sens,, tenir en toute propriété nos grands établissements thermaux, et les faire administrer, en dehors de toutes vues d intérêt, à quelque prix que ce fût, par des agents sous la dépendance absolue du médecin ; car ce que la nature donne à l'homme avec abondance ne doit pas lui être mesuré avec parcimonie quand il s'agit d'intérêts aussi grands et d'un ordi-e aussi élevé que ceux de la santé. Bien au contraire, cette portion de la richesse publique doit lui être transmise avec libéralité. Elle doit être mise à la portée de tous, augmentée des perfectionnements d'adaptation que la science découvre, cette source de réhabilitation, par laquelle peut être raffermie ou améliorée la santé générale, le premier des biens dans un État prospère. Le professeur Gubler, dans sa chaire delà Faculté, a dit, avec l'autorité de sa situation, que cette question économique finirait par s'imposer : Dieu veuille que le temps en soit proche; malheureusement l'indifférence plane sur ces questions. Ccutume et indifférence, ces deux mots résument presque toute la médecine thermale.
deviendraient réellement le domaine commun. La médecine de l'enfance, qui jusqu'à présent n'y a pas . sa place, y trouverait une ressource dont on a méconnu la puissance (i), en soustrayant tout d'abord les intéressants objets de son étude au séjour prolongé des hôpitaux, à l'habitation permanente des grandes villes. Par cette voie, elle serait ramenée à la méthode qui lui correspond le mieux et le plus naturellement, à l'âge où les diathèses sont franchement accessibles et justifiables d'un traitement qui, de primesaut et sans retard, arriverait au point culminant de ses effets utiles. Par l'heureuse combinaison de la vie au grand air et de la forme médicamenteuse la plus apte à une assimilation facile et sûre, l'enfant rentrerait en possession de la vigueur et de la vitalité qui lui manquent, et que nulle autre médication ne lui peut offrir plus efficace ni mieux à sa taille.
La médecine de l'enfance ainsi comprise et pratiquée serait, il n'en faut pas douter, la meilleure de toutes les prophylaxies à l'encontre de la phthisie pulmonaire.
Je n'ai pas dit encore quelle bonne fortune ce serait pour tous les malades de substituer à une
(i) Dans cette direction, nous assistons déjà aux résultats bien probants que nous fournit l'établissement niEignifique qu'a fondé à Berck, sur le bord de la mer, l'Assistance publique, pour les enfants scrofuleux qui, jusque-là, encombraient bien inutilement, et sans profit pour eux, les hôpitaux de la ville de Paris.
thérapeutique quelquefois incertaine, toujours fastidieuse, une médication plus sûre, plus attrayante et plus lacile d^emploi, dont les résultats acquis augmenteraient dans l'opinion la confiance qu^elle mérite. L'État, de la sorte, satisferait à Fun de ses plus grands devoirs, je veux dire à l'extinction, dans la limite de son pouvoir et du possible, des affections en germe, des diathèses qui abâtardissent l'espèce; et, après avoir ainsi élevé le niveau de la santé publique, il assurerait à la défense nationale compromise des soutiens énergiques et des gardiens vigoureux.
Pour compléter le tableau des avantages si réels qu'offre la cure thermale d'Eaux-Bonnes comme complément du traitement hygiénique et climatérique d'une station hivernale, il reste à faire valoir cette autre considération, qu'elle est à la fois la station d'été la plus à souhait de toutes celles qu'on lui peut opposer.
L'altitude des Eaux-Bonnes, modérée (800 mètres) , mais suffisante pour obtenir un allégement aux chaleurs de la plaine pendant la saison d'été, est une prérogative indéniable, à peine réalisée sur les rivages marins les plus favorisés. Sa température pendant les mois les plus chauds, juin, juillet et août, est encore une température modérée. Sur trois années, j'ai établi les moyennes suivantes : -|- ^- pour le mois de juin; -}- 20° pour le mois de juillet et -j- 16° pour le mois d'août.
Dans le même ordre les températures maxima ont été 4- 24« c , + 3 1° et -f- 28° ; mais ce qu^il faut ajouter, c^est que ces maxima durent au plus une semaine par saison, et que plus particulièrement pendant Tannée 1874, alors que les chaleurs excessives atteignaient à Paris jusqu^à 4- 41° c, le thermomètre, aux Eaux- Bonnes, ne s^élevait qu'à 4- 3i° c. ; et cela, je le répète, pendant quelques jours seulement, aux heures du milieu du jour.
Pendant les mois d'été, ce qui rend souvent intolérables les chaleurs des localités moins haut situées, c'est l'éclatante et directe radiation des rayons solaires. Aux Eaux-Bonnes^ les mêmes observations établissent que le soleil est caché ou voilé environ dix jours sur trente; et comme autre cause d'atténuation de la chaleur, il faut encore tenir compte de huit à dix jours ( i) par mois de pluies intermittentes. De ces chiffres il est facile d'induire que le climat d'été des Eaux-Bonnes est également éloigné des extrêmes. Il faut considérer que, malgré ce nombre de jours de pluie plus considérable là qu'ailleurs, l'atmosphère n'y est pas humide, en raison de la déclivité du sol, qui ne permet pas à l'eau de stagner à la surface, et de sa nature géologique, qui ne permet pas davantage la pénétration des eaux pluviales. Dans un mémoire lu devant l'Académie de mé-
li) Qui se confondent avec les premiers.
decine en février i865 (i), le docteur de Piétra- Santa établit que lair respiré entre 700 etSoomè- ■ très d'altitude, sous une pression barométrique moyenne de 0,700 millimètres, est plus léger, et qu'il a perdu 1/8^ de la densité normale. Aux Eaux-Bonnes, la diminution qui en résulte pour Fair introduit dans la cavité thoracique est, par jour, de 912 litres. Par suite il contient moins d'oxygène, — environ 23 milligrammes par litre, ou 264 grammes par jour,— mais il renferme, par compensation, beaucoup d'ozone, c'est-à-dire de loxygène à un état particulier d'électrisation. Cette atmosphère ainsi modifiée exerce, d'après le même auteur, une influence heureuse sur les affections chroniques des voies respiratoires, 'It elle devient un auxiliaire puissant de l'action curative des eaux thermales sulfureuses.
L'altitude des Eaux-Bonnes lui assure encore d'autres avantages corrélatifs de sa situation. Si la misère physiologique constitue par excellence le point de départ de la tuberculose pulmonaire, et tout ce qui précède le dit assez, l'anémie en est la compagne inséparable, puisqu'aussi bien elle en est la manifestation dominante; ailleurs j'ai mis en lumière (2) que la cause des dépréciations observées dans la composition intime du sang réside dans les circonstances de milieu dont l'homme vivant en société est fatalement en-
( I ) Influence de l'air des Pyrénées sur la phthisie pulmonaire. (2) Anémie des grandes villes et des gens du monde.
vironné. Avant toutes choses, il faut donc l'y soustraire. (( A la séquestration, à Pair confiné, à Tabsence de lumière, disais-je au chapitre Traitement de mon hvre sur Tanémie i), il faut substituer la vie en plein air, la lumière directe des rayons du soleil, mais surtout V habitation des montagnes : c'est le dernier mot de nos observations, le point culminant du traitement de lanémie. Nous pouvons dire que si de notre travail ressort la généralisation de ce moyen, ce sera Tun des plus immenses résultats qu'il soit permis d'atteindre aussi bien en médecine qu en hygiène. Oui, nous le répétons avec toute l'insistance d'une conviction profonde, étayée de l'expérience de faits nombreux recueillis sous toutes les latitudes, le point capital dans le traitement hygiénique de l'anémie et de sa congénère la chlorose, à l'exclusion même de tout autre, ce n'est pas Taliment^ mais l'air, et non pas Tair des lieux médiocrement élevés, dont aucun ne recèle la puissance merveilleuse de celui des montagnes, air vif, pur, aromatique. L'idéal réalisé de l'habitation des montagnes serait un séjour de plusieurs mois d'été sur l'une de ces pentes herbeuses des versans français de nos Pyrénées, ou sur quelque plateau de la Suisse de moyenne hauteur, 800 à 1,000 mètres (2).
(1) Opère cit., page 197.
(2) L'altitude des Êaux-Bonnes réalise absolument ces desiderata; elle est de 726 mètres.
— lyo —
« Pendant l'été, rien n'égale la pureté de Tair, réclat radieux et le calme de ces hautes régions. L'influence en est si prompte sur l'organisme, qu'au milieu de ces immenses et imposantes solitudes le cours ordinaire des idées se trouve changé. Tout en nous se métamorphose : la pensée . s'élève vers les espaces éthérés, les idées s'agrandissent et se mettent à l'unisson de l'immensité, les passions s'amollissent, l'homme devient meilleur. Personne n'échappe à ces impressions, loin des agitations et des réalités de la vie, de la lutte, qui est la loi de la civilisation ; la concentration dont les organes digestifs sont le théâtre, cesse d'elle-même comme par enchantement; la vie animale, jusque-là réduite aux proportions de l'insuffisance, reprend ses droits, et avec la bête l'esprit renaît.
« Fuir les grandes villes et vivre dans les montagnes, voilà donc le necplus iiltraàu traitement de l'anémie. Le séjour à la campagne dans un pays de plaines ne réaliserait que peu ou pas de ces effets. Nous l'avons expérimenté avec surabondance à bord, des bâtiments de l'État, où cependant on respire un air pur, mais en dehors de toute altitude et seulement à la surface des mers. L'anémie qui naît de f ensemble des circonstances de la vie de bord n'y guérit pas. Sur nous-même nous en avons fait l'épreuve pendant une station dans les eaux du Pérou; tandis que vingt jours de vie à cheval
— lyi -
dans un voyage à travers les défilés et les hauts plateaux de la Cordillère des Andes, pour franchir Tespace compris entre Lima et Mendoza dans la République Argentine, avaient suffi pour conjurer un état pareil auquel nous étions soumis depuis longtemps. »
Mais au nombre des bénéfices si vrais que présente pour le phthisique Thabitation des montagnes, et par conséquent la station que je préconise, il en est un sur lequel j'appelle d'autant plus Tattention qu il ne peut être réalisé qu à ce niveau, et que, d'autre part, il est peu connu ou du moins peu pratiqué : je veux parler d'une gymnastique respiratoire que j'y expérimente depuis quelques années, et dont les remarquables effets autorisent la continuation.
Dans les pleurésies chroniques, alors que les reliquats dépanchement sont encore amoindris par le traitement hydrominéral, ou bien lorsqu'à l'épanchement a succédé la formation de fausses membranes et les adhérences douloureuses qui en sont la conséquence fréquente, et sur lesquelles les forces de résorption ordinaire ont peu de prise, cette gymnastique nouvelle intervient avec une véritable opportunité. Dans l'un et l'autre cas, les cellules pulmonaires, aplaties par une longue compression, imperméables à l'air, ont besoin, pour s'ouvrir à sa pénétration, d'une force suffisante autre que le simple appel qui préside à son entrée dans les cellules d'une
ordinaire et facile dilatation. D'autre part, les brides celluleuses et les fausses membranes^, en maintenant écartés les deux feuillets de la plèvre, font encore obstacle à une complète dilatation des lobes du poumon au voisinage du point où elles se sont formées. Dans ces circonstances et pour ces cas déterminés, j'envoie les malades, vers le milieu de leur séjour, passer des heures sur quelque haut plateau , comme ceux du Gour^y, dont Faccès soit facile ; leur hauteur, depuis le premier jusqu'aux plus élevés, est suffisante^ car elle varie de 1,400 à| 1,900 mètres. Là, le malade s'installe sur les pentes herbeuses, si riantes en ces parages, à l'ombre de quelque grand pin ou de ces hêtres séculaires si beaux dans leur venue ;et sans qu'il y songe, sous une pression atmosphérique bien diminuée, à l'aide de profondes inspirations inconscientes, il introduit au sein de l'organe pulmonaire une quantité d'air qui ne répond encore pour ses résultats qu'à celle des inspirations normales des lieux plus bas situés. Mais, de temps en temps, à ces inspirations telles quelles il en fait succéder de plus profondes, auxquelles il se prépare en s'étendant sur le dos et respirant à pleine poitrine. Sous l'effort de ces inspirations plus énergiques , il entre jusqu'aux plus extrêmes lobules du poumon, peu ou pas dilatés jusque-là, un volume d'air plus considérable que celui qui, en tout état, y pénètre normalement. La résistance qu'opposaient les
cellules pulmonaires affaissées est vaincue, les brides pleurales peuvent même être rompues quand elles n'offrent pas une trop grande résistance, et le malade, au bout de quelque temps, se surprend avec une aptitude d'ampliation de la cage thoracique qu'il ne se connaissait plus depuis longtemps. On conçoit sans peine que des effets de même sorte, mais plus prononcés, s'accentueront plus encore à mesure et selon l'élévation progressive du malade. Mais je puis dire que dans l'expérimentation que j'en ai instituée l'altitude du premier plateau du Gowrjy^ a toujours suffi à mes indications. Il a d'ailleurs tous les bénéfices d'un accès commode, par des chemins praticables aux montures et toujours à l'ombre, avantage qu'il doit à la permanence de la végétation forestière, dont il est justement la limite extrême.
Dans les résultats obtenus, sans doute il faut faire intervenir les phénomènes physiologiques qu'y faisait entrevoir M. le professeur Hirtz dans une récente étude (i), insérée au Journal de thé- 7'apeutique , et dont il donne l'interprétation, après avoir dit que la scrofule et la phthisie diminuent rapidement passé i ,000 mètres d'altitude, et disparaissent tout à fait de i,5oo à 2,000 mètres : « Si la phthisie, au point de vue histologique, est une inflammation, c'en est une
(i) Qitclqucs considérations de climalologie à propos de la phthisie pulmonaire.
particulière, suivie de dégénérescence caséiforme avec destruction des tissus : les conditioils hygiéniques des hautes régions, par leur ensemble, facilitent Tévaporation, Texosmose gazeuse et liquide, débarrassant le sang et les cellules des produits de l'élimination, empêchent les dépôts caséeux de se former, les cellules de dégénérer dans leur évolution progressive, et l'inflammation de se convertir en néoplasie misérable et régressive. »
Dans un mémoire présenté à l'Institut, et couronné par lui en i86o,5wr le pouvoir des grandes respirations sur les mouvements et les contractions du cœur, le professeur Piorry a fait connaître l'influence heureuse et positive qu'exercent sur l'hématose des respirations accélérées et profondes , qui permettent à une plus forte proportion d'oxygène d'entrer en contact avec une masse de sang plus considérable et pendant un temps plus long.
La circulation et la respiration sont étroitement unies dans leurs rapports de subordination : dans l'état normal , quatre battements du cœur correspondent à une seule respiration. Si l'on admet que chaque contraction du cœur fasse pénétrer dans le poumon une ondée sanguine représentée par 60 grammes, pendant la durée d'une respiration il en entrera quatre fois plus ou 240 grammes, et l'acide carbonique renfermé dans ces 240 grammes de sang sera remplacé par l'oxy- <^ène de l'air. En présence du volume d'air
restant le même;, plus il arrive de sang dans le poumon dans le même laps de temps, moins complètement réchange des gaz s'effectue; plus il y reste d'acide carbonique, et moins il s'y substitue d'oxygène. C'est là;, en effet, ce qui se passe quand le nombre des contractions du cœur est exagéré par rapport aux respirations. Tout au contraire, moins de fois le cœur effectuera la systole ventriculaire pendant la durée d'une respiration^ et mieux la fonction chimique de la respiration s'accomplira pâr l'apport d'une plus riche provision d'oxygène pour une masse de sang moindre.
Le procédé d'hygiène et de gymnastique respiratoire, ainsi modifié par Tadj onction des circonstances propres à l'altitude, est encore considéré par son auteur comme le meilleur tonique des pourrions, et à la fois comme le meilleur expectorant, puisqu'il facilite au plus haut degré l'expulsion des crachats et permet ainsi de vider les cavernes de leur contenu.
Le savant clinicien et physiologiste dont j'évoque ici les travaux a observé et prouvé , en outre, que les inspirations profondes ont une action directe sur le cœur et sur le foie, qui diminuent de volume pendant cet acte. Plus l'inspiration a d'étendue, plus la contraction du cœur est énergique et mieux il se vide de son contenu. Comme conséquence il en résulte que, plus longtemps le sang demeure en contact avec lair du poumon, mieux s'effectue sa transformation chi-
mique par son conflit avec Toxygène que celuici contient ; plus grande enfin est la contraction du ventricule droit, et moins souvent elle aura lieu de se renouveler pendant la durée de chaque respiration. Or, d'après les recherches de Horrard, J. Johnson, Richter Pleniger, ce sont là les rapports favorables entre la respiration et le fonctionnement de Torgane central de la circulation. En général, le nombre des pulsations artérielles diminuant avec l'accélération des mouvements respiratoires, on entrevoit par avance tout le parti que Ton peut tirer des procédés qui ont pour objet Taccroissement de Ténergie de la fonction de respiration en vue de la diminution de fréquence de celles-ci.
En résumé, la réduction du chiffre qui mesure les battements du cœur sous la dépendance d'une respiration plus profonde et plus rapide a pour conséquence Tclimination au dehors de Torganisme de tout ou presque tout Tacide carbonique résultat de la combustion de nos tissus, et lab; sorption d'un volume accru d'oxygène ; d'où procède en dernier ressort : une métamorphose chimique complète de la masse du sang au sein de l'organe pulmonaire et jusque dans les capillaires de la périphérie.
Dans le même ordre d'idées, je suis amené à dire en passant quelle puissance de modification doivent avoir sur le même organe les inhalations de vapeurs médicamenteuses humides ou sèches.
puisque, pénétrant directement jusqu a lui , elles peuvent, par leur action topique locale, appropriée, combattre sans intermédiaire les lésions contre lesquelles elles sont dirigées, et d'autant plus intimement, selon qu'en proportion de l'énergie respiratoire elles y pénètrent plus avant et s'y répandent sur une plus grande surface.
En i865, le docteur Schnepp publiait dans les Archives de médecine un intéressant mémoire où il établissait, entre autres, que le changement d'altitude constitue en même temps un changement de climat, de telle sorte que les villes populeuses du continent américain situées, dans la zone tropicale, à des altitudes de 2,000 mètres et au-dessus, sont exemptes de phthisiques, alors que sous une même latitude ils abondent dans les terres basses . « La rareté, dit-il, de la phthisie s'observe aussi dans la zone tempérée à de moindres hauteurs dans les Alpes, dans les Pyrénées, aux Eaux-Bonnes. M. le docteur Damaschino (i) dit encore que l'influence des climats est si peu douteuse dans l'affection dont il s'agit, qu'il en est qui jouissent à son endroit d'une immunité plus ou moins absolue, comme l'extrême Nord, l'Islande, les îles Féroé, la côte nord-ouest des îles Hébrides, le nord de la Suède et de la Norwége, les parties montagneuses du Mexique, etc. La phthisie est aussi très-rare en Thuringe, aux Carpa-
(i) Thèse d'agrégation. — 1872.
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— lyS —
thes, sur le plateau de Langres, dans certaines parties de la Suisse, etc.
Je sais que la rareté de la phthisie en un point n'implique pas nécessairement Tinfluence favorable de son habitation au point de vue de la prophylaxie et du traitement-, mais il n'en demeure pas moins que les circonstances cliraatériques et autres qui s'y trouvent réunies établissent une présomption avantageuse qu'il faut prendre en considération^ et dont certainement le malade bénéficie.
La même opinion, d'ailleurs, se retrouve chez un grand nombre de médecins de localités différentes et comme résultat de leurs propres observations :
Le docteur H. Weber, médecin de l'hôpital allemand de Londres, a publié plusieurs mémoires, de 1864 à i86g, sur l'influence du climat des Alpes à l'endroit de la phthisie, et sur Thabitation des lieux élevés, à la condition que le séjour y soit un peu prolongé comme mode de traitement efficace de cette affection. Selon lui, la tendance à la résorption et à la cicatrisation des produits pneumoniques est beaucoup plus intense dans les montagnes, peut-être parce que la nutrition y est plus active.
Il y a observé des malades atteints de pneumonie chronique et de phthisie, qui, venus pour y mourir dans les bras de leurs amis, n'y ont éprouvé, tout au contraire, qu'une rapide et du-
rable amélioration. Il relate^ en outre, les observations de dix-sept phthisiques qui ont supporté avec des avantages variables le climat des hautes régions, et parmi lesquels quatre seulement succombèrent. Le traitement fut purement hygiénique pour le plus grand nombre : usage abondant du lait et de la viandC;, avec une vie active, mouvementée, à Tair libre, en plein soleil. Mais une condition de succès au milieu de circonstances pareilles, c'est la possibilité d'une vie confortable qui ne s'éloigne pas trop des aises et des habitudes de vie dont le malade avait antérieurement la jouissance à son foyer.
Ce qu'on peut dire aujourd'hui, à Theure où l'expérience n'a pas encore définitivement prononcé sur l'opportunité des altitudes, c'est qu'une expérimentation qui à une autre époque eût été rejetée bien loin, non-seulement ne Test plus aujourd'hui, mais que beaucoup de bons esprits se réunissent maintenant dans le but commun d'en asseoir les bases d'après les données exactes de l'observation scientifique.
Le docteur Meyer Ahrens, médecin suisse bien connu par ses travaux sur les eaux minérales de son pays, fait connaître cet autre résultat de ses observations, à savoir que ceux de ses compatriotes qui ont contracté la phthisic dans les vallées, guérissent quand ils retournent à temps sur les montagnes où ils ont passé leur enfance.
Le docteur Brehmer, de Silésie, a publié, en 1869, un livre dans lequel il se déclare partisan des mêmes idées théoriques. Il y préconise le séjour des montagnes pour le traitement de la phthisie, mais à une altitude moyenne de i,5oo à 2,000 pieds (5oo à 665 mètres), et à la condition que la température n'y oscille pas entre de trop grands extrêmes, que la vie du rnalade s'y passe à l'air libre, qu'il y fasse des repas fréquents et légers, et qu'enfin il y adjoigne l'hydrothérapie par séances d'un peu moins d'une minute, sans plus.
De tout temps les montagnes ont été réputées les lieux salubres par excellence. A tous les âges et dans tous les pays, des refuges y ont été créés pour le rétablissement des malades et des convalescents.
Dans nos colonies, l'administration de la marine a eu la sage intuition du secours qu'elle en pouvait tirer -, sur les plus hauts plateaux elle s'est réservé des maisons de convalescence pour les cachectiques soitd'impaludisme, soit d'affections chroniques du foie, et même pour les phthisiques, qui vont y passer la saison des grandes chaleurs du littoral, ou y attendre l'heure du retour dans la métropole (i). Les Anglais, dans l'Inde, ont
(i) A Bourbon les convalescents sont envoyés à l'établissement de Salazie, sur un plateau voisin des plus hauts sommets de l'île.
des sanatoria sur les plateaux élevés de la presqu'île du Gange et les versants méridionaux de rHimalaya, spécialement consacrés à la guérison de la phthisie, à laquelle de fait ils paraissent concourir.
De 1868 à 1870, Kûchenmeister, de Dresde, a publié de nombreux travaux sur le même sujet ; il s'y déclare partisan de l'habitation des hauteurs pour le traitement et la guérison des maladies consomptives, et il encourage les praticiens de son pays à suivre cette voie thérapeutique.
Mais un avantage facile à faire valoir au profit des altitudes et des Pyrénées en particulier, c'est la sérénité de Fatmosphère surtout à Farrièresaison, de telle sorte que leur fréquentation peut être prolongée jusqu'au milieu d'octobre, sans y encourir le risque dommageable d'un refroidissement trop grand de la température ; puisqu'aussi bien Fétat climatérique de l'automne est tout à fait celui qu'il y aurait lieu de choisir si l'on avait à le créer artificiellement ou à le demander à une résidence d'élection.
A cet endroit, je ne puis mieux faire que reproduire les quelques lignes écrites à ce sujet dans un mémoire précédent (i) :
« On ignore généralement combien l'automne est beau dans les Pyrénées ; ou, si le fait ^st concédé et reconnu à l'endroit de quelqueS'^unes de
(i) Quelques Observations sur les Eaux-Bonnes. 1874.
ses stations hydrologiques, c'est une sorte de parti pris de le méconnaître à Tégard des Eaux- Bonnes. Cependant rien n'égale la splendeur du ciel et la pureté de l'air dans ces hautes régions. A cette époque de l'année, rien ne trouble plus l'absolue sérénité de l'atmosphère, débarrassée de ces nuées orageuses, de ces conflits d'électricité qui pendant l'été se disputent les hautes couches de l'air, et qui font alors des mois de juillet et d'août une succession d'orages et de pluies torrentielles que séparent des jours de chaleur. Les brumes, si fréquentes pendant le reste de l'année, ont aussi totalement disparu et ne reparaissent plus que rarement au coucher du soleil. L'air est tiède, embaumé des senteurs propres aux feuilles jaunissantes, dont les teintes variables et nuancées de pourpre enrichissent le paysage d'aspects nouveaux et toujours admirables. La vie au dehors est sans risques, pleine de charme, et possible pour tous les malades, même avec les arrêts nécessaires, dans ces beaux jours passés loin du bruit, où le calme de la nature s'harmonise avec la paix du corps et entretient l'espérance.
(( Il faudrait n'avoir jamais observé l'inévitable influence des agents qui nous entourent pour ne pas concéder les bienfaits d'un milieu si à souhait, pour s'y soustraire systématiquement ou d'une façon routinière, alors que Dieu, dans sa toute-puissante prévoyance et sa bonté, les a créés
pour le bien de Thomme et Tapaisement de ses souffrances, d
(( Ces considérations ont bien leur importance ; mais ce qui en accroît la portée^ c'est Topportunité, qui en double la valeur. La plupart des malades que je veux désigner sous la dénomination de malades de l'arrière-saison, qui leur conviendrait si bien, ont à continuer pendant Thiver la lutte commencée contre un mal qui malheureusement n'est pas encore vaincu par une première cure d'Eaux-Bonnes. Ils ont à faire choix d'une station d'hiver déterminée en vue du maintien et de la consolidation des améliorations obtenues, dont la moindre imprudence, il faut le dire et qu'on le sache, ébranlerait la frêle stabilité. Leur susceptibilité en fait loi... Or, les stations d'hiver sont toutes dans le voisinage. C'est donc un nouveau bienfait pour les malades de n'avoir pas à retourner dans le Nord pour y affronter les premiers froids de Tautomne ou de l'hiver, et d'être ainsi transportés au point de n'avoir plus qu'une enjambée à faire pour être aux lieux où ils auront à séjourner pendant la saison d'hiver. »