BIOLOGIE DES MICRO-ORGANISMES K.N GÉNÉRAL
peul reparaître sons l'influence de conditions nouvelles de nutrition; aussi la bactérie du charbon reprend encore dans un milieu légèrement alcalin d'extrait de viande, et après une heure et demie de rigidité, ses propriétés infectieuses (Bûchner).
Il existe même un degré inférieur de température que les bactéries ne peuvent pas supporter; toutefois ce refroidissement peut impunément être porté très loin, pour certains microphytes, et si Frisch en a vu durer jusquà — 140°, en généra] ils meurent ou cessent de se multiplier entre 4- 5 et
— 18° G. ; quelques-uns même à -j- 30° C., entr'autres le bacille de la tuberculose.
Influence des températures sur les fondions des microbes.
— On a remarqué que certaines températures compatibles avec la vie des microphytes peuvent cependant par leurs variations influer sur leurs propriétés vitales. Ainsi cultivée, à 25°, la bactérie du charbon conserve toute son action virulente, — qui à 30o diminue sensiblement et cela à chaque génération ( Bùch n er) .
IV. Action des températures sur les spores. — L'action des températures sur les spores est encore plus marquée, mais différente sur leur formation. Ainsi la formation des spores est singulièrement inlluencée parle degré de la température du liquide nourricier; la bactérie charbonneuse cultivée à 35° forme ses spores en vingt heures, à 18° il lui faut près de trois jours; à 15° la production des spores n'existe plus (Koch).
Sur leur pouvoir reproducteur. — De même le pouvoir reproducteur des spores exige 35 à 37°; au-dessous de ce point ils n'engendrent plus de bactéries.
Résistance des spores aux températures des plus extrêmes.
— .Mais ce que le médecin ne doit pas oublier, c'est l'énorme résistance des spores aux températures les plus extrêmes.
Tandis que les bactéries et les bacilles ne peuvent plus en général végéter au-dessous de 30, ni au-dessus de !>0, leurs spores résistent à 110", et souvent même à une coction prolongée pendant plusieurs heures (Bûchner). A l'état sec ils supportent une température encore plus élevée. Exposés à au froid le plus intense, les spores sont encore plus réfraclaires; Biiquel les a vues résistera une réfrigération marquée par 00° au-dessous de zéro, Pictet à 110°.-- C'est dans cette résistance extrême des spores, bacillaires ou bactériens, que réside la grande difficulté de purifier l'air, et de le débarrasser des germes morbigènes.
Y. Action de la lumière sur les microphyles et les spores. — On avait admis que par suite de l'absence de chlorophylle, les microphytes n'étaient pas influencées par l'action de la lumière. Or, s'il est vrai que la lumière n'en dégage pas de l'oxygène comme cela a lieu pour les algues, elle n'en agit pas moins sur la vitalité, et surtout sur les mouvements ciliaires, car dans l'obscurité ils s'arrêtent au bout d'un lemps proportionné à l'intensité de l'éclairage. — Il y a là un Tait important observé soigneusement par Engelman.
Résumé. — Ainsi les conditions vitales des microphytes sont déterminées; leur genre de nutrition, leur mode de respiration, leurs rapports avec la température, la lumière, et le mouvement sont connus ; à leur hygiène nous aurons à opposer la nôtre.
VI. Fonctions des microphytes. — - Les microphytes exercent des fondions très diverses; les uns déterminent les divers actes de la digestion, des fermentations, de la putréfaction; ce sont les microphytes vulgaires (inl'usoires d'Ehrenberg), reconnus connue plantes, il y a un demi-siècle, par Cagniard Latour, par Thénard, démontrées comme agents de fermentation par Schwann, Schultze, Chevreul, Pasteuret Van Tieghem, qui a eu même la singulière fortune
BIOLOGIE DES MYCROPHYTES PATHOGENES 00 SPÉCIFIQUES 21
de constater des bacilles dans les racines d<*> conifères de la I n'' ri ode tertiaire. Les autres microphytes, qui intéressent bien autrement le médecin, sonl celles <|ni produisenl la pluparl des maladies infectieuses; le microbe du charbon en est le type. En 1852, Davaine découvrit dans lu sang des animaux charbonneux des petits organismes sousforme de bâtonnets, qu'il considéra comme caractéristiques du charbon, et il en fournil les [neuves expérimentales; elles furent largement confirmées, douze ans plus Lard, par les mémorables procédés de culture imaginés par Pasteur. A partir de 1866 les microbes lurent l'objet d'innombrables travaux, chaque auteur voulait avoir son microbe, niais la gloire véritable fut pour celui qui fit entrer le microbe dans le domaine de la pratique. — Lister comprit Pasteur, inventa ses procédés de pansement, sauva la vie aux opérés, aux blessés, et renouvela la face du inonde chirurgical. — C'est maintenant à la médecine de poursuivre cette voie féconde.
BIOLOGIE DES MYCROPHYTES PATHOGENES OU SPÉCIFIQUES
§ 9. — Propriétés morliigènes définies
On trouve à l'état normal dans l'organisme de l'homme et des animaux divers parasites; la bouche et le tube digestif en contiennent toujours. Le sang- et les urines n'en renferment que dans certaines conditions morbides, principalement dans les maladies infectieuses.
Ces maladies infectieuses ou spécifiques, absolument distinctes des intoxications minérales ou végétales, qui soit à
22 LA PHTISIE BACILLAIRE
l'étal aigu, soit même à Triât chronique, onl toujours les effets proportionnés à la dose du poison, présentent au contraire des types immuables qui diffèrent entr'eux 001111110. diffèrent les espèces microphyliques donl elles dérivent. Les microbes ont des propriétés constantes H immutables ; ils ne peuvent se transformer l'un dans l'autre de façon à produire une espèce pathogénique nouvelle. On <lii que 1rs familles pathogènes peuvent perdre leur caractère délétère, et se métamorphoser en parasites vulgaires fermentifères ; mais ceux-ci ne peuvent occuper le corps de l'homme ou des animaux que dans certaines circonstances exceptionnelles, et encore ne produisent-ils, dans ces cas, aucune maladie infectieuse parasitaire.
£ 10. — Condition d existence des niici'o|»liytea iiiorltifères
I. Difficultés d'existence. — En général les conditions d'existence des microphytes spécifiques ne sont pas organisées favorablement pour leur vie et leur multiplication; c'est pourquoi ils sont relativement rares, si on les compare aux parasites en général siextraordinairement répandus. Si en effet les champignons pathogènes étaient multipliés comme les parasites fermentifères, le monde aurait depuis longtemps disparu par les maladies infectieuses; l'univers serait aux microbes, qui dévoreraient jusqu'aux derniers restes des corps organisés, et cette pâture une fois usée, la terre serait dépouillée d'animaux et de plantes, elle serait dénudée comme une pierre ; heureusement les espèces pathogènes surtout rencontrent des difficultés d'existence et ne se révèlent, ne se traduisent que dans des milieux déterminés pour produire les maladies microbiques.
II. Influence de V oxygène. Aérophobie. — Tous les microbes morbides peuvent vivre et vivent sans air; ilssemul-
BIOLOGIE DES MYCROPHYTES PATHOGENES 01 SPÉ( IF1QUES 23
tiplienl lorsqu'on supprime ou qu'on restreint l'abord de l'oxygène. Inversement ils ne (lurent jamais m l'air libre; ils perdenl même sous l'influence de l'atmosphère leur carac- Lère morbigène; ils sont pour ainsi dire aérophobes.
Dans les conditions analogues d'anaérobie, les parasites vulgaires peuvent, dit-on, devenir morbigènes; lorsqu'ils ont végété un certain temps à l'abri de l'air, il se sont accomodés à ce genre de vie, ils peuvent prendre des caractères pathogénétiques?
III. Influence de la chaleur. — Une certaine température ••si nécessaire aux microbes spécifiques pour se multiplier; au-dessous et au-dessus d'une limite détei minée ils perdent leur pouvoir de reproduction. Ou bien encore ils meurent, ou bien encore ils se développent en spores, et dans ce dernier cas il faut une régularisation spéciale exacte de l'air pour permettre à ces spores de se développer.
IV. Influence du mouvement. — Les mouvements imprimés violemment aux liquides de culture arrêtent la vitalité des microphyles; un certain degré de repos est nécessaire pour leur fonctionnement.
§ 10 bi&. — Jlultiplieatioiis île» mieropliytes, par la terre, le» eaux, les habitations
11 est facile de comprendre les conditions de germination îles microbes; les cadavres en putréfaction dans la terre ou à sa surface favorisent le développement des microphyles ordinaires ; les parasites spécifiques ne se développent que si les corps inanimés en contiennent de la même espèce; dans ces cas la multiplication des microphyles morbigènes peut être telle que les microphyles fermentifères ne trouvent plus de fond de nutrition.
La terre elle-même ne favorise la formation <ht^ microbes
24 LA PHTISIE BACILLAIRE
morbigènes que si les débris cadavériques sont de nature gélatineuse.
Les eaux peuvent être altérées par celles qui proviennent soit d'un terrain imprégné de ces détritus annualisés, soil d'un sous-sol ayant subi l'assèchement d'une rivière ou d'un fleuve ; on sait d'ailleurs d'après les beaux travaux de Schlôsing que les oxydations se l'ont à l'aide de ferments animés, que par exemple l'ammoniaque qui résulte desdécompositions se transi» unie sous cette influence en acide nitreux, que la nitrification du sol est pour ainsi dire animée, et qu'enfin un sol imprégné d'humidité et peu aéré n'est pas susceptible de nitrification (Boussingault).
Les habitations constituent elles-mêmes un foyer manifeste de microbes ; c'est un vrai laboratoire de microbes de toute espèce (Emmerich). Ils trouvent toujours dans les débris du sous-sol une nourriture suffisante; en outre, dans les chambres, des poussières organiques qui ont pénétré par \r> fentes ou par l'air, s'attachent aux tapisseries, aux papiers de tentures ordinairement imprégnées décolle forte.
§11. — Morphologie des mierophytes spécifiques
Les microphytes spécifiques diffèrent essentiellement des espèces fermentifères par leurs propriétés pathogènes; la culture imaginée par Pasteur ne laisse pas de doute à cet égard. Il n'en est pas de même au point de vue des formes que revêtent les uns et les autres. Les agents morbifères prennent aussi bien que les espèces banales la forme de microeocci,de bactéries, de bacilles, de spirales; siles bactéries et les bacilles prédominent dans la pathogénie, il n'en est pas moins vrai qu'ils ne sont pas toujours d'ordre médical; les micrococci se trouvent à l'état vulgaire, plus qu'à l'état morbigène. Mais du moins dans les maladies
BIOLOGIE DES MYGROPHYTES PATHOGÊNES 00 SPÉCIFIQOES 25
qui en résultenl peut-on trouver des caractères définis el dislinctifs, qui permettent de reconnaître par l'inspection microscopique les deux classes de microphytes? A celte question de la spécialité des formes, on peut répondre par l'affirmative dans la plupart des cas. A l'aide des procédés de coloration imaginés par Weigerl, perfectionnés par Klebs, Koch, etc., on peut assigner surtout aux bacilles des signes absolument caractéristiques. La conformation des micrococci, leur groupement, leur enveloppe permettent ellesmêmes souvent d'en reconnaître la nature intime ; ainsi les micrococci se colorent facilement par une solution d'hématoxyline, tandis que les bactéries ne s'imprègnent que difficilement de cette matière colorante. — Quelques bacilles retiennent fortement diverses couleurs d'aniline, tandis que d'autres bacilles abandonnent facilement ces couleurs; ainsi ils se décolorent par les acides; ou bien encore lors d'un deuxième traitement, ils quittent la première teinte pour prendre la deuxième. — Ces particularités ne peuvent provenir que de la perméabilité de l'enveloppe pour certaines matières colorantes.
Cette caractéristique constitue la meilleure réponse aux objections qu'on a formulées contre la doctrine des germes virulents, qui ne seraient d'après certains physiologistes que des bactéries vulgaires, développées dans un organisme malade.
Spores. — Il n'y a que les spores provenant de genres divers, qui soient identiques ou du moins difficiles à discerner; les spores morbifères ne diffèrent guère des spores communs par leur morphologie, et quant à leurs propriétés spécifiques, elles sont difficiles à démontrer.
26 LA IMITISIK BACILLAIRE