‹ De la phtisie bacillaire des poumonsChapitre 13 sur 108 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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§ 13. — Morphologie du bacille tuberculeux

Parmi les microphytes, celui qui nous intéresse le plus, parce que, à peine découvert depuis deux ans, il est le mieux démontré, le plus nettement caractérisé, c'est le bacille tuberculeux.

['. Histoire des microphytes tuberculeux. Bactéries. — Quelques années avant la découverte du bacille, Klebs avait déjà annoncé qu'il était parvenu à isoler la bactérie de la tuberculose, à cultiver le microbe dans un liquide albumineux, et à produire soit par voie d'inoculation, soit par injection intra-péritonéale les mêmes lésions que le tubercule primordial contenant la même bactérie.

Les recherches de Klebs furent vérifiées en 1870; les mêmes inoculations furent pratiquées parSchûller, par Reiustâdleren Allemagne, par Toussaint en France, et en 18X1 par Deutschmann, qui cependant ne reproduisait la phtisie qu'en ayant la précaution d'ajouter au liquide de culture des particules solides du tubercule; en réalité il ne s'agissait que d'inoculation de bactéries communes el de lésions vulgaires

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ayant les apparences tuberculeuses. Les bactéries avec les micrococci indiqués par Aufrecht n'eurent pas plus de succès.

Zoogloea. — A la même époque, Rindfleisch et le même Aufrecht crurent trouver dans le centre du tubercule, dans des segments appelés cellules géantes, les masses microphyliques que nous avons indiquées sous le nom de zoogloea; Renaut de Lyon leur attribue une certaine importance dans la composition des tubercules, et plus récemment Malassezet Vignal ont cultivé et inoculé ces zoogloea; il s'est trouvé qu'à la 3e génération les tubercules, qui résultent de l'injection de ces liquides zoogloéiques, reviennent «à l'état de bacilles; il semble donc que ce soit une Tonne transitoire du bacille.

Bacilles. — Les bacilles furent indiqués par Baumgarten, qui ne sut toutefois pas les rendre évidents; c'est Kocb qui, par un procédé spécial de coloration, parvint à démontrer ces microphytes; au mois d'avril 1882, il communiqua à la Société médicale de Berlin les résultats de ces recherches, et prouva d'une manière péremptoire que dans les organes tuberculeux de l'homme il existe des corpuscules disposés en bâtonnets, qui par leurs propriétés chimiques et morphologiques, diffèrent totalement de toutes les autres formes connues de microphytes; ce sont les bacilles de la tuberculose.

II. Caractères descriptifs. — Ce sont des bâtonnets très minces, dont la longueur égale à peine le quart ou la moitié du globule sanguin; ils ressemblent principalement pour la Tonne aux bacilles plus ténus et plus pointus de la lèpre.

Dans les bacilles même on trouve souvent desspores, c'està-dire des corpuscules fins arrondis, réfringents. On trouve encore à côté de ces bacille- les masses gélatiniformes connue- sous le nom de zoogloea (Rindfleisch, Malassez, Renaut i.

§ 14. — Technique

1. Procédé de Koch. — Le bacille ne peut se découvrir que par les procédés de coloration imaginés parWeigert, et perfectionnés par Koch, qui a démontré que le bacille une t'ois coloré par le bleu de méthylène résiste à la coloration par la vésuvine, tandis que les autres microphytes contenus dans la préparation perdent leur couleur bleue pour prendre la teinte brune de la deuxième matière colorante.

-. Procédé oV Ehrlich. — Ehrlich procède tout autrement; il avait remarqué que le bacille imprégné par une couleur d'aniline résiste à l'action de l'acide nitrique dilué, tandis que les autres éléments, microbes et cellules, sont aussitôt décolorés. — Ehrlich emploie donc la solution de Weigert, ainsi composée : Solution aqueuse saturée d'huile d'aniline 100 ce. ; — Solution alcoolique saturée de fuchsine 11 ce. — « Le tissu ou le crachat qu'on veut examiner est étalé en couche mince sur une lamelle; on laisse séchera l'air, puis on passe la lamelle deux ou trois t'ois dans la flamme d'une lampe à alcool pour coaguler l'albumine. — La lamelle ainsi préparée est placée pendant douze à vingt-quatre heures dans un verre de montre contenant le liquide colorant. — On lave alors à l'eau distillée, puis dans une solution d'acide nitrique à 30 pour 100 jusqu'à ce que toute coloration ait disparu. Un lave de nouveau à l'aide de l'eau distillée. — On plonge ensuite la lamelle dans une solution aqueuse de bleu de méthyle; la préparation étant séchée et montée dans le baume de Canada montre les bacilles colorés fortement en rouge, les cellules avec leurs noyaux, et les autres microbes étant colorés en bleu » (Talamon).

Ce procédé modifié par Rindfleisch, qui chauffe légère-

sée, Phtisie. 1. — 3

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mont le liquide colorant pour activer la coloration des bacilles, a été approuvé par Koeh lui-même.

De nombreuses variantes ont été apportées à la technique, qui portent surtout sur l'un des éléments du liquide colorant; le sulfate de rosaniline et divers violets de méthyle ont été proposés, seuls ou mêlés, toujours dilués dans une solution hydro-alcoolique d'aniline (Gibbes); — Frànkel (Société de Berlin, 5 mars 4884) vient ajouter quelques perfectionnements; il colore une deuxième fois pour rendre la coloration plus forte et plus durable. — Nous nous sommes toujours tenus au procédé d'Ehrlich, qui est le plus répandu et le plus sûr.

§ 15. — Biologie du bacille. Sa vie parasitaire

Sous le nom d'organismes tuberculeux, nous comprendrons tous les organismes dans lesquels on rencontre les bacilles; le parasite manquant, ils perdraient leur caractère essentiel; ils cesseraient d'être tuberculeux; or le bacille se retrouve non seulement dans la phtisie vraie, mais encore chez les individus appelés scrofuleux atteints de diverses maladies osseuses, glandulaires, cutanées. On le rencontre également dans un grand nombre de tumeurs jusqu'ici indéterminées qui occupent les organes périphériques ou les viscères eux-mêmes, chez des individus en apparence parfaitement sains et exempts de toute tare scrofuleuse ou tuberculeuse. Il reste à mentionner les bacilles dans la maladie qui sévit sur la race bovine sous le nom de pommelière ; nous en reparlerons à l'occasion de la chair et du lait provenant de ces animaux.

1. Tuberculose. Lésions diverses. — Les bacilles se retrouvent dans les diverses formes du processus tuberculeux, qu'il ait sa localisation dans les poumons, ou qu'il soit disse-

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miné en même temps sur d'autres organes. Lorsqu'il est ûxésurle poumon, le bacille caractérise aussi bien les premières périodes de la maladie que les plus avancées; il se retrouve aussi bien dans les lésions appelées granulations, tubercules miliaires, que «lans la phase destructive caséeuse ou ulcéreuse (voir chap. xvn, Études anatomiques); dans tous les il a sou siège de prédilection mais non exclusif dans les éléments tuberculeux appelés cellules épithélioïdes , el cellules géantes; voilà le bacille de la nécropsie.

Liquides sécrétés. Crachats. — Pendant la vie du malade, on reconnaît le microphyte avec la même facilité, avec la même constance dans les produits d'expectoration, que dans les éléments morts. La présence des bacilles dans les crachats constitue dès les débuts les plus insidieux de la maladie, dès l'excrétion d'un crachat formé, le signe certain, irréfutable de la maladie ; c'est ce que nous démontrerons longuement à l'occasion des signes et du diagnostic de la phtisie que nous appelons latente, parce qu'elle n'a pas de signe certain, ou de celle que nous désignerons sous le nom de larvée, parce qu'elle prend le masque, la larve d'une autre maladie.

Urines. Matières alvines. Sang. — Les crachats sont les seuls liquides sécrétés qui contiennent constamment le bacille; les urines et les matières fécales n'en renferment que d'une manière exceptionnelle, quand il y a une lésion tuberculeuse des organes génitaux ou des intestins. Quant au sang il ne constitue pas un réceptable habituel, ni favorable pour le bacille.

II. Tuberculose locale, puis généralisée. — Les micropliytis phtisiogènes se retrouvent dans tous les organes, qui sont envahis lors de la dissémination du tubercule. — Supposons une tuberculose pulmonaire, d'abord nettement circonscrite ; de ce foyer central les bacilles peuvent, en se multipliant.

pénétrer par effraction dans le système sanguin ou lymphatique, et produire une tuberculose générale appelée miliaire. Or dans ces tubercules miliaires qui frappent souvent les méninges, la plèvre, le péritoine, le foie, les reins, etc., on trouve le bacille, quoiqu'en moindre quantité que dans les produits tuberculeux plus ou moins avancés du poumon.

III. Tuberculoses locales. — Il en est de même dans les tuberculoses locales et qui restent locales comme celle des organes génitaux ; le bacille y est évident, quoique rare ; c'est dans les bacillomesde ce genre qu'on constate souvent la guérison spontanée et définitive.

IV. Scrofules en général. — Dans l'organisme des malades qu'on appelle scrofuleux sans avoir défini leur maladie, ni leur prédisposition, ni leur constitution, on trouve souvent le bacille, dont l'identité avec le bacille tuberculeux prouve aussi l'identité de la scrofule et de la tuberculose.

Adénite scrofuleuse. — Aussi dans les glandes scrofuleuses indurées on constate fréquemment la dégénérescence caséeuse que nous allons retrouver dans la pneumonie tuberculeuse dite caséeuse, or dans ce caséum le bacille existe constamment, de sorte qu'on peut dire qu'il s'agit d'une tuberculose externe et localisée.

Ostéite scrofuleuse. — Dans les os atteints d'ostéite, de périostite, de tumeurs blanches, d'arthrite chronique fongueuse, la lésion dominante, c'est le tubercule car le bacille n'y manque pas.

Lupus. — ■ Cornil a rencontré des bacilles, en petit nombre il est vrai, mais constamment, dans le lupus, qui doit désormais rentrer dans la catégorie des affections scrofulotuherculeuses, et en effet Besnier a démontré avec sagacité qu'à l'hôpital Saint-Louis le lupus compromet la vie par les tubercules qu'il développe dans les organes viscéraux, dans le poumon en particulier.

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Y. Tuberculoses locales de divers organes. Il n'est pas nécessaire que le? lésions indiquées soient greffées sur un terrain dit scrofuleux ; on voit des tuberculoses circonscrites el guérissables des organes génitaux de l'homme el de la femme. Les affections des membranes muqueuses superficielles, comme celles du pharynx, de la bouche, du larynx, se traduisent souvent par des lésions dont on ignore la nature, à moins qu'on ne pratique l'examen microscopique de ces produits; la présence des bacilles montre catégoriquement leur nature tuberculeuse.

VI. Tuberculoses locales devenant infectieuses. — N'oublions pas que ces foyers circonscrits des os, des organes génitaux, etc., peuvent, comme ceux du poumon, devenir tout à coup le point de départ d'une véritable infection qui s'étend aux organes importants de la vie; après une longue -•■rie d'années d'accalmie, les foyers tuberculeux peuvent, sans cause connue, lancer dans le sang des colonies bacillaires qui viennent ravager tout, l'organisme; c'est l'histoire familière de ces phtisies aiguës, qui ont leur point de départ dans un foyer bacillaire pour ainsi dire oublié.

^ 16. — De la culture des micropbytes, surtout des bacilles tuberculeux

Liquides de culture. — Les microphytes spécifiques se développent difficilement dans l'atmosphère, plus facilement dans les substances inertes, ordinairement dans les organismes vivants; s'ils proviennent du dehors, c'est par diverses voies d'absorption, surtout par la respiration et l'alimentation qu'ils pénètrent dans l'économie; là ils se circonscrivent et forment un foyer restreint, ou bien se multiplient, entraîné- par le courant sanguin dans les diverse; parties de l'organisme. Or dans ces foyers circonscrits primitifs ou dans

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ces foyers multiples ou dans le sang lui-même, on peut recueillir ces microphytes, les transporter dans un liquide nutritif, et les cultiver sans qu'ils perdent leur propriété délétère. Ce n'est que par une culture indéfinie dans les liquides nutritifs sans cesse renouvelés, ou bien encore par l'accès de l'air libre, que leur puissance pathogène diminue.

Composition favorable des liquides de culture. — Les substances les plus nutrives pour les parasites pathogènes ne sont pas les substances albumineuses, mais les composés gélatineux, la glufine, la chondrine, sans doute aussi la mucine. On utilise avantageusement pour la culture des solutions de gélatine ou des décoctionsdc viandes contenant de la gélatine. Dans d'autres liquides de culture destinés aux parasites putrides, les bactéries pathogènes perdent leurs propriétés el leurs formes.

Ces milieux gélatinifères se retrouvent aussi danslanalure, surtout dans la terre et dans les eaux stagnantes. Mais les cadavres et les matières organiques qui se putréfient à la surface de la terre forment un mauvais foyer de culture pour les microbes spécifiques, parce qu'ils perdent bientôt par l'accès de l'air leur pouvoir pathogénétique, et en deuxième lieu parce qu'ils sont bientôt remplacés par les formes ferment itères.

Culture à une certaine température. — Cette substitution a lieu d'autant plus vite que la température convient moins aux microbes pathogènes et plus aux formes vulgaires. Ainsi il est démontré que les formes spécifiques ne peuvent se développer que par une température au dessus de 25° C. jusqu'à 41° C, tandis que les champignons de putréfaction végètent entre 16 et 20° C. et se multiplient à 15° C.

16 DM. — l.i«|iiiilf il»- culliire «lit bacille tuberculeux

Primitivement Koch essaya la gélatine (extrait de viande, peptone et gélatine) sans succès, d'autant plus que le bacille ne peut croître à la température de 20°, au delà de laquelle la gélatine fond. Il songea alors au sérum coagulé et stérilisé du sang, qui peut fournir des couches transparentes ; on chauffe le sang (de bœuf ou de mouton) pendant six jours, tous les jours une heure à 58°, puis plusieurs heures à 65°, jusqu'à ce que le sérum reste coagulé. — Sur ce champ de culture on sème des fragments bacillifères qu'on expose ensuite dans une couveuse à une chaleur constante de 37°. — Vers le dixième jour il se forme à la surface du liquide de petites écailles et des petits points; après quelques semaines l'accroissement de la colonie bacillaire, souvent contournée en S, est achevé ; les bacilles ainsi cultivés ont passé souvent par huit ou dix opérations avant de servir aux expériences d'infection, d'inoculation ou d'inhalation.

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