‹ De la phtisie bacillaire des poumonsChapitre 18 sur 108 · BACILLES INOCULÉS · texte numérisé non relu

BACILLES INOCULÉS

système lymphatique sont rapidemenl franchis, et de nombreux nodules apparaissent dans les poumons, la rate etc., comme siles bacilles avaient été injectés dans le sang. Ne peut-on pas s'expliquer parées différences clans la marche de l'invasion bacillaire, pourquoi certains tubercules s'arrêtent, et se limitent définitivement, pourquoi dans d'autres cas l'invasion est générale et foudroyante?

Injection bacillaire dans le péritoine. —Ici s'observent les mêmes effets selon la quantité de bacilles implantés; lorsqu'on opère sur des animaux réfractaires ou peu sujets à la tuberculose, comme les chiens, les rats, les souris blanches, ils ne meurent qu'après plusieurs mois, présentant alors une éruption très abondante de tubercules dans les viscères du bas-ventre, très peu dans les poumons.

Ces faits qui sont irréfutables démontrent même la supériorité de l'infection bacillaire sur l'infection tuberculeuse; voici une preuve de plus; des rats furent nourris pendant plusieurs mois avec des substances tuberculeuses sans • ■prouver d'effets appréciables; les inoculations tuberculeuses échouèrent également ; lorsqu'on pratiqua l'injection dans le péritoine du bacille cultivé, il s'ensuivit une éruption considérablede tubercules.

Injection bacillaire dans les veines. — Quand on injecte un liquide très pur el exempt de particules solides dans le sang lui-même, on produit une tuberculose rniliaire, plus rapide et plus étendue que celle qui se développe spontanément.

LA PHTISIE BACILLAIRE

§ -O. — Origine externe, et développement interne du liaeille

I. Vie parasitaire. — Le bacille, comme le démontre l'expérimentation sous toutes ses formes, étant le seul fauteur de la tuberculose, il s'ensuit la nécessité de rechercher les origines du bacille. D'où provient-il? Est-ce du milieu ambiant, et indépendamment de l'organisme animal ou humain? S'il est d'origine externe, si par exemple il est répandu partout où il y a des matières animales ou végétales en putréfaction, s'il peut y vivre, y produire des spores, et se multiplier, nous serons dans l'impossibilité de nous préserver. Heureusement il n'en est pas ainsi; le bacille tuberculeux se développe bien plus lentement que les autres bacilles, il ne s'accroît que dans le sérum sanguin et le bouillon de viande; surtout il lui faut 30° centigrades jour et nuit pour pouvoir se développer. Cette température doit durer invariablement pendant des semaines; quand môme ces conditions favorables seraient réunies, ce qui n'est pas possible, ils ne larderaient pas à être opprimés, ou plutôt effacés par d'autres bactéries plus rapidement prolifiques, et moins avides de chaleur; — il y a là un antagonisme, et de plus un obstacle à leur développement atmosphérique; on peut donc dire que ce sont de vrais parasites, qui ne peuvent pas vivre sans leurs hôtes vivants; différent de la bactérie charbonneuse, qui peut achever son évolution au dehors de l'économie, le bacille ne fructifie que dans le corps animal; il peut bien produire des spo-

res, qui se répandent dans L'air libre ei peuvenl rentrer dans l'organisme pour se transformer en bacilles, mais ceux-ci n'ont pas besoin du milieu ambiant pour prendre une forme définie et durable.

II. Origine métamorphotique. — Ils ne prennent pas davantage leur source dans les microphytes vulgaires ; le transformisme, préconisé par Naegeli, Bûchner, n'a jamais été démontré, ni de par la morphologie, ni surtout par l'expérimentation; une bactérie quelconque ne peut pas produire la tuberculose, même chez les animaux quelque disposés qu'ils soient à la phtisie, comme le sont les cobayes et les lapins. Le bacille tuberculeux une l'ois développé garde indéfiniment ses misérables prérogatives; dans les liquides de culture on lésa vus intacts après deux ans; dans les crachats, ils se maintiennent, même au milieu de la putréfaction, pendant six semaines et plus.

§ ~2t>. — De la résistance «les bacilles

Leur antagonisme avec les microbes de la putréfaction. -- 11 surgit, à l'occasion de l'action réciproque et comparative des parasites, une question intéressante. Y a-t-il antagonisme entre les bacilles et les microbes de la putréfaction? Falk (Berlin, klin. Woch,} 1883, n° 50) admet d'après des expériences récentes, que la virulence des tubercules bacillaires esl affaiblie par la putréfaction. Il a inoculé des substances tuberculeuses putréfiées, et n'a obtenu tout au plus que des tuberculoses Locales; mais il est à noter que le pus de suppuration résultant de l'inoculation de masses tuberculeuses pourries, déterminait sur d'autres animaux une infection tuberculeuse manifeste. Or si les bacilles tuberculeux sont réellement affaiblis par le processus de fermentation dès la première inoculation, ils doivent, à plus forte raison, produire une tu-

berculose nulle ou plus faible à la deuxième génération. Il y a donc là une question obscure.

Baumgarten intervient avec de nouvelles expériences (Centralblatt, 4884, n° 2). Un lait ou un liquide bacillifère

frais, qui a déjà lait ses preuves de virulence, est mis à la température de la chambre ou à l'air chaud, de manière à ce qu'il se putréfie; dès iors il ne produit plus que des lésions insignifiantes, et cependant le bacille conserve encore ses caractères, c'est-à-dire sa forme et sa réaction colorante; il a donc simplement perdu ses propriétés morbigènes. Or lorsqu'on pratique le mélange d'un pus putréfié avec un liquide contenant des bacilles frais, et qu'on injecte ce liquide dans la chambre antérieure de l'œil, on voit, malgré l'invasion des parasites de fermentation dans les tissus, la tuberculose se développer; on peut en conclure que ce n'est qu'après un contact prolongé des bacilles avec les substances en putréfaction que les bacilles perdent leur pouvoir.

Résistance des crachats. — Schill et Fischer (Mémoire sur la désinfection des crachats de phtisiques, 1883) vont plus loin ; ils soutiennent que les crachats soumis à la putréfaction pendant plusieurs semaines gardent leur pouvoir nocif; ils ont vu des crachats en putréfaction conserver intact, le quarante-troisième jour, leur contenu bacillaire, malgré la présence de nombreuses bactéries de putréfaction, et retenir leur pouvoir phtisiogène, car ces crachats injectés à des cobayes les rendirent tuberculeux. Leur puissance virulente n'est donc pas douteuse.

Kussner confirme ces faits; en injectant des crachats bacillilères, et des crachats ordinaires, il obtint des résultats entièrement opposés.

La résistance des crachats à l'action des antiseptiques n'esl pas moins marquée. L'alcool absolu, l'acide salicylique, l'eau d'aniline n'agissent qu'à un très haut degré de concentra-

lion, l'acide phénique dans In proportion de 5 0 0 peut agir. La chaleur sèche à 100 pendant plusieurs heures finit par les désinfecter; il suffit d'une coction de quinze à vingl minutes pour produire le même effet; c'esl surtout aux spores et à leur état réfractaire qu'est duc la continuation de l'action délétère des crachats.

§27. — Tuberculose <1 origine respiratoire. Propagation par 1 air inhalé, l*acillifcrc7 «les crachats

I. Conditions de la pénétration des bacilles dans les poumons. — La respiration de l'air chargé de poussières de crachats desséchés, voilà le mode de transmission le plus certain de la phtisie humaine. Lorsque les crachats sont expulses à terre, ils se dessèchent, et se mèlentaux poussières ; lorsque le malade salit son linge, son mouchoir (dont il se sert souvent pour essuyer la bouche qui est ainsi en contact avec la matière virulente) il en résulte également une sorte de couche sèche, pulvérulente ; or on sait que les bactéries de l'atmosphère n'y sont pas isolées, suspendues, mais qu'elle ne s'y trouvent qu'après la dessiccation et la fragmentation de la couche superficielle du liquide bactérifère, ou quand elles se trouvent portées par des poussières très volatiles comme celles qui proviennent de fibres végétales, de poils, d'écaillés épidermiques, telles qu'elles constituent ou couvrent nos vêtements ; c'est ce qui vient d'être démontre encore par Hesse.

La virulence de ces crachats desséchés se maintient pendant des mois entiers, comme nous l'avons indiqué, ce qui dépend surtout du développement plus ou moins complet des bacilles, et de la quantité de spores, qu'ils supportent.

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