ORIGINES ATMOSPHÉRIQUES DES MICROPHYTES
Onze chiens furent soumis, soil en permanence pendanl quelques semaines, soil pendant quelques heures par jour, à La respiration d'un air renfermant le produit pulvérisé de crachats caverneux, délayés dans dix fois Leur poids d'eau. Chez huis ces animaux la tuberculose commença à la lin de la troisième semaine.
La même année, Le docteur Reich (de Nuremberg) prétend avoir vu mourir de méningite tuberculeuse dix. enfants, chez et par une sage-femme tuberculeuse, qui avait la manie d'em brasser ces enfants el de leur insuffler de l'air de bouche àbouche. Les résultats annoncés par Tappeiner lurent sévèrement jugés par Schottelius, qui obtint les mêmes effets par les substances irritantes non tuberculeuses. Cependant Bertheau il Giboux vérifièrent les premières données en France, Frerichs et Weichselbaum en Allemagne et en Suisse. Plus tard Baumgarten nia formellement tous ces faits, ce qui prouve simplement les difficultés de l'expérimentation, mais ne contrediten rien les données de l'observation (voir §28).
III: M icrobi e de V atmosphère des habitations de phtisiques. — On rencontre ici les mêmes difficultés. Welide (dissertalion parue à la fin de 1883, et citée par Bollinger) vient de praliquer des recherches sur l'atmosphère des chambres de phtisiques. 11 recueille sur des assiettes recouvertes de gélatine pure les particules de la chambre du malade ; cette gélatine, qui était trouble et opaque, fut lavée à l'eau distillée, et injectée àquinze lapins et cobayes, dont quatre succombèrent; chez tous les onze autres le résultat fut absolument négatif.
Conclusions. — La contagiosité atmosphérique, beaucoup plus fréquente que la contagiosité alimentaire, est cependant si spéciale, si restreinte, et si difficile à reproduire expérimentalement qu'on peut affirmer qu'un certain nombre de facteurs de la transmission nous échappent (Bollinger).
M LA PHTISIE BACILLAIRE
Pour résoudre le problème social de la climatologie, pour étudier l'influence des milieux ambiants sur la santé de l'espèce humaine, la médecine a su abandonner après de longs siècles les vues théoriques et s'astreindre à une observation rigoureuse, impartiale des faits ;or il s'est trouvé que toutes les prévisions ont été déjouées, et que les climats avec leurs températures variées, leurs latitudes et surtout leurs altitudes si opposées, sont tous, pour ainsi dire, égaux devant la phtisie; la maladie décime les populations surtout des villes. dans les régions tempérées, comme dans les contrées torrides OU glaciales, dans les terres humides ou sèches, dans les vallées les plus élevées comme dans les plaines les plus basses; l'agent destructeur existe partout et agit partout à une condition, c'est qu'il trouve à se transmettre de l'homme à l'homme. Il n'y a pas d'autre règle, pas d'autre coefficient. En voici les preuves innombrables, telles qu'elles nous sont fournies dans et par toutes les conditions de la vie humaine, je veuxdire la vie en commun, la vie civilisée. Ces conditions comprennent :
1° L'habitation des villes, comparée à l'habitation des campagnes; c'est l'atmosphère éminemment microphy taire.
2° Les agglomérations humaines, à savoir, la caserne, l'atelier, la pension, les lycées, la prison; c'est l'atmosphère à la fois microphylaire el confinée.
3° Le climat n'exerce son influence favorable que par la pureté de l'atmosphère ; c'est-à-dire par l'absence des microphytes.
DES CONDITIONS ATMOSPHÉRIQ1 ES PHTISIOGÈNES s:,
I Par sa température, il n'agi! que dans les circonstances exceptionnelles pour enrayer et compromettre la multiplication des parasites.
5 Comme altitude, il ne produit qu'une action indirecte, c'est-à-dire toujours par la rareté des mil robes.
\J 32. — Atmosphère mieropliiqiie dos villes et de* asfifloniéi-ations
I. Partout l'habitation des vides est désastreuse au point de vue de la phtisie. Philadelphie compte 29 morts sur 100, Marseille 25, Paris 25, Londres 23,6, New-York 19, Stuttgart 15, Copenhague 13. Les différences ne portent que sur les conditions d'agglomération; le climat n'y est pour rien; Bouchardat l'a bien prouvé, et en effet c'est sur les nouveaux arrivés que trappe la maladie, comme il en est de la fièvre typhoïde, qui est aussi une maladie parasitaire.
IL Agglomérations. — C'est dans les agglomérations qu'on relève le chiffre maximum; c'est là surtout que se trouve le germe de la contagion. Chez les conscrits qui arrivent de la campagne à la caserne, la mortalité par la phtisie est bien plu- considérable que chez les soldats acclimatés (Colin); les premiers n'avaient pas été en contact avec les germes de contagion.
Les casernes sont si funestes que la garde royale d'Angleterre, casernée à Londres, perd 12 p. 100 de son effectif, c'està-dire trois fois plus que le reste de l'armée. Tholozan dit avec raison que la mortalité dans l'armée française, en temps de paix et de casernement, est bien plus considérable qu'en temps de guerre.
Si, dans les grandspensionnats, la maladie frappa plus souvent les élèves internes que ceux qui sont dans leur famille, c'.si que là aussi il y a une cause de contagion de plus, car
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il est rare qu'il ne s'y trouve pas quelque enfant tuberculeux. — Cela est plus vrai encore pour les religieuses des couvents, où la mortalité va sans cesse en croissant depuis la première jusqu'à la quatrième année ; elle atteint alors jusqu'à 27 p. 100 (Lombard).
Dans les prisons de jeunes détenus, la tuberculose et la scrofule, qui en est la forme extérieure, produisent les plus grands ravages. A la prison de Millbank, les 3/5 des prisonniers meurent de phtisie. — Dans les pénitenciers de l'Algérie, dit Pietra Santa, on compte cinquante-sept phthisies sur cent cinquante-trois décès.
III. Air vicié, air insuffisant. — On peut objecter à ces données que dans ces accumulations des êtres humains, l'air estvicié par l'acide carbonique expiré, ou bien défectueux par une diminution relative de l'oxygène, ou enfin insuffisant d'une manière totale. La vérité est que l'excès de Co2 est à peine appréciable, 20',8 pour 100 m. c, au lieu de 20,02 (Angus), que l'appauvrissement de l'air en oxygène n'est pas calculable pour la chimie, ni appréciable pour la respiration, et qu'enfin si le métrage cubique de l'air était manifestement inférieur aux exigences de l'action physiologique, il en résulterait une anémie respiratoire plutôt qu'une phtisie; on comprend celle-là, on ne comprend pas celle-ci, par une raison bien simple : c'est que la phtisie n'est nullement le privilège de l'anémie, et qu'entre ces deux maladies il n'y a pas la moindre affinité. On a confondu l'anémie respiratoire, qui donne lieu à l'hypoglobulie, avec la misère physiologique, qui prend lout l'organisme, et produit une dénutrition totale, laquelle d'ailleurs n'est pas toujours phtisiogène. Donc l'air confiné, qui a cessé d'être vivifiant et commencé ;'t être carbonique, n'est pas une cause directe, ni même une cause éloignée de la phtisie; les préjudices qu'il porte à l'organisme sont sous la dépendance du contagium, qui
abonde dans ces réunions, j'allais dire ces entassements. D'une manière générale les agglomérations donnent une mortalité bien plus considérable que les contrées peu habitées. - A Londres 3,7 pour 1000 habitants; dans le Nortbampshire, pays de culture où il n'y que 4500 habitants pour un mille carré, c'est-à-dire vingt fois moins qu'à Londres, la mortalité n'est plus que de 2,4 pour 1000 habitants.
§ 33. — Atmosphères chaudes et froides
I. Pays chauds. — Dans les pays chauds la phtisie est des plus fréquentes et des plus graves; elle était, du temps de Celse et de Pline, inconnue en Egypte; aujourd'hui elle sévit avec intensité dans la Basse-Egypte, non seulement sur les étrangers, mais sur les indigènes. — Au Caire, renommé il y a peu de temps encore pour les bienfaits de son climat, elle produit 1400 de mortalité (Scbnepp, Pruner-Bey).
A Haïti, elle ravage les villes, épargne les plateaux. — Les pays situés dans la zone équatoriale, dit Piochard, jouissent d'une fâcheuse prérogative, et. le séjour doit en être interdit aux phtisiques.
II. Contrées froides. — Dans les pays froids, en Norvège, en Suède, la phtisie est rare dans les parties septentrionales et montagneuses; mais à Christiania, à Stockholm, et dans la partie maritime, qui est baignée par la Baltique et la mer du Nord, ainsi que dans les villes maritimes russes, situées sur le littoral de la Baltique, la maladie est fréquente (Damaschino). En Danemark, à Copenhague du moins, la phtisie entre pour 13 p. 100 dans les causes de la mortalité, c'est toujours et partout la ville qui paye le tribut le plus large à la maladie.