THÉRAPEUTIQUE CLIMATÉRIQUE
Dès l'instant qu'il n'est plus question d'exils préventifs ni d'expatriation volontaire pour cause de climats, la climatologie va se simplifier; elle constituera un chapitre nouveau de thérapeutique; le climat sera un médicament se composant d'éléments vulgaires : l'oxygène, la température, la lumière, les mouvements de l'air, l'état barométrique; toul ce qui constitue, tout ce qui complique un climat ne sera désormais qu'un composé physico-chimique à étudier au poinl de vue de ses effets physiologiques et surtout de son action curative; j'ajoute un deuxième genre d'éléments bien autrement importants, qui doivent désormais servir au clinicien instruit, et soucieux de sa dignité scientifique, c'est la composition vitale, si on peut s'exprimer ainsi, de l'atmosphère qu'il va prescrire. Est-elle pure, c'est-à-dire exempte de microphytes en général? Est-elle hostile à la vie, à la multiplication des bacilles, qui ont déjà envahi l'organisme qu'on nous confie; voilà les questions qui ressortissent à la thérapeutique qu'on peut appeler climatérique. A ce titre nous n'avons plus à nous préoccuper des divisions climatologiques établies par nos meilleurs hygiénistes, par Michel Lévy, Fonssagrives, Leroy de Méricourt et surtout par Kochard, qui
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considère Les climats selon qu'ils son! torrides, chauds, tempérés, froids <»u polaires; que uous importe entre autres la température si je trouve les deux extrêmes impraticabli -, .■I les intermédiaires à reviser au poinl de vue de la constitution virante de l'air.
Or.onprenantpourpointde dépari La double question de la vitalité et de l'étal physico-chimique de l'air, j'arrive à diviseï les climats « * 1 1 trois catégories, donl les deux premières assument el résament pour ainsi dire toute la thérapeutique de la phtisie.
I les climats maritimes chauds.
2° les climats d'altitudes qui sont nécessairement froids.
3" les contrées basses el chaudes, aon maritimes.
§ 1*6. — (lini.-tt* «le» altitudes
Les climats des altitudes, bien étudiés dès 1815 par Lombard en Suisse, par Jourdanet au Mexique, par Leroy de Méricourt, ont été négligés et méconnus au point de vue scientifique jusqu'à ce que Brehmer préconisa les hautes vallées, que Spengler et Ungern indiquèrent les climats de montagnes pour l'hiver, etque Jaccoud démontra la vérité de ces observations ; il ne s'agit plus que d'interpréter ces utiles notions par la doctrine moderne de la microbiose.
Or, si on se place à ce point de vue qui est le seul vrai, on verra disparaître les profondes divergences, qui se sont produites, dans ces derniers temps, entre les partisans traditionnels des payschaudsel les promoteurs des altitudes. Les conditions de développement des microbes tuberculeux peuvent être amoindries ou même éludées dans ces deux genres
d titrées si antagonistes au point de vue climatérique. Il
ura même plus à tenir rompt'' d».- i-rs doctrines fantaisistes qu'on professe encore sur la nature plus ou moins lor-
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pide, plus ou moins éréthique des diverses phtisies, el qui entraînaienl les malheureux phtisiques, les torpides vers les pôles, les phtisiques animés vers l'équateur. Ces discussions byzantines pi endront fin, si nous parvenons à prouver que la phtisie est une, qu'elle est parasitaire, el que la climathérapie doil avoir pour bul ou de détruire le bacille, ou bien d'empêcher le parasite de se développer el de s'introduire dans les voies respiratoires, on bien enfin s'il existe, de pulluler dans les bronches el de se répandre par le sang dans les organes. On transforme ainsi sans doute, dans lescasd'amélioration et de guérison, la phtisieen une tuberculose locale circonscrite et pour ainsi dire fermée.
{.Stations de montagnes. Davos (Engadine). —En Europe - stations de montagnes qui ont été le mieux étudiées appartiennent à l'Engadine. Davosplalz qui a été inauguré par Brehmer et préconisé ]»ar Jaccoud, Spengler, Steffen, esl situé à 1560 mètres au-dessus de la mer; la pression barométrique est de 630 en moyenne; pendanl les mois d'hiver el surtout dejanvier,le thermomètre reste presque constammenl au-dessous de0°, ou varie toul au plus de l°,53 59; mais ce qui esl remarquable, c'csl que pendanl ce temps, comme il arrive toujours dans les régions neigeuses, la température «lu soleil esl de 4-2° à 50 (Steffen) sans que «railleurs l'air soil saturé d'humidité.
Saint-Mot itz, Samaden, dans l'Engadine supérieure, sont. moins fréquentés par les phtisiques; il en esl de même de Loutes les vallées alpestres, dont la hauteur varie de 2000 à ! 20 I mètres au-dessus du niveau de la mer; ces stations, el i plus forte raison celles qui sont au-dessous de 600 mètres d'altitude, n'ont pas d'action thérapeutique; toutefois les montagnes du Nord, bien que moins élevées, peuvenl encore aider à l'action reconstituante, d'après Jaccoud, mais sans aider au fonctionnement respiratoire.
THEBAPE1 TIQUE ' I.IM U t.IUolh 11. .1/'/'
nous os établi, à partir de 800 mètres la v\ >phy-
•,iii e en général esl compromise. Pasteur a déjà démonti é le lail «'il étudiant comparativement L'atmosphère de la \
amounix, <[ui es -. I l'air recueilli sur le
placier qui part du Mont-Blanc, sous le nom de i : . . i descend dans la vallée; là |>lu> de mi< roi - Ei VYeber el plus tard ïeo Clifford Âlbutt ont noté, surtout en hiver, quand les mon! - - rtes déneige,
rmentation.
islespre - - plus formelles de l'incompatibilil
- ivec la vie du microbe ont été fourni liquel
•i Freudenstein; - lètres plus de parasites. Comment ■t pourquoi les microbes disparaissent, peu importe; un lait, et c'est à cette qualité, hère
que les climats élevés doivent leur propriété anti-bacillaire
. rophylaclique. La preuve est celle-ci : une commis médicale suisse avait bien constaté la rareté plus marquée il»- la phtisie dans les contrées élevées que dans les val mais elle a nott en même temps que dans les distri briques, même situées sur les mont .. -. ta phtisi
ssi commune que dans les villes des plaines, ce qui est dû au séjour constant des ouvriers dans d ses sres iints, au milieu d'agglomérations nombi - icillifères; kPontresina, à côté de I - . l i constaté la phtisie précisément pour ces motifs.
111. Qualités j / — C - ~ micro-biologiques ne nous feront pas -
- ffets physiologiques des deux grand s irlim ils. L - observations sur l'air raréfié ou sur la diminution de la pression atmosphérique ont été faites principalement sur les mon! - ou pendant les scensions. Dans dernier cas, on ne peulpar conséquent pas négl Sorts
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musculaires, et en toutes ers circonstances il faut porter en ligne de compte la température, l'humidité, la lumière cl l'ozone des climats de montagnes. Les propriétés générales du climal de montagnes peuventêtre résumées ainsi : 1° l'air des montagnes présente une pression moindre; il est plus trais, bien que le soleil lance des rayons plus chauds que dans les plaines; il est plus sec, maigre les effluves assez abondants, et il est plus agité en été par les vents, que pendant l'hiver dans les vallées neigeuses élevées et protégées; 2° l'air est remarquablement pur, relativement à tous les miasmes et à tous les produits inorganiques et organiques; .>" enfin l'ozone est en quantité marquée.
IV. Effets sur les individus sains et malades. — 1° Le cœur présente une activité plus marquée au point de vue de l'énergie etdu nombre, au début du séjourdansla montagne; puis retour du cœur à l'état normal, avec conservation de la force contractile et de la force d'aspiration.
2° Les respirations sont plus fréquentes au début; le thorax si' dilate de un à deux centimètres (Bauer); au bout d'un certain temps elles redeviennent normales, et conservent /irobablemenl plus d'énergie musculaire respiratoire; toutefois les poumons sont distendus parle sang, et peut-être y a-t-il quelque danger de congestion (Weber).
3° La consommation d'oxygène est réduite au minimum; 348 grammes de moins qu'au bord de la mer (Jourdanet).
4° L'élimination de l'eau et surtout de l'acide carbonique par les poiinious est activée manifestement. Les oxydations sont 2 fois plus prononcées. Marcet a noté à 4II0O mètres 15 p. 100 d'acide carbonique de plus qu'à 380 mètres (lac de Genève); c'est là un des effets physiologiques les plus remarquables.
5° L'appétit esl augmenté; par suite la nutrition des or-
llli:i;\ri l riQl l GLIM1TÉRIQ! i
ganes, la puissance uervo-musculaire el peut-être Les oxydations sonl plus marquées.
On peut dire en général, que le climal de montagnes esl excitant, <|u'il stimule la plupart des fonctions, el qu'il exerce une influence fortifiante, mais qu'il exige une certaine résistance de la constitution.
Effets thérapeutiques. — Cette pureté de l'air domine si bien toute La question des altitudes, que celles-ci onl été appliquées aux prédispositions héréditaires ou acquises de la tuberculose, c'est-à-dire à la préservation de l'infection bacillaire, bien plus encore qu'aux phtisies avérées. Les données thérapeutiques sont, en effet, rares el incertaines.
Sur 75 malades qui passèrent en moyenne cinq mois dans les elimats ueigeux, 18 furent guéris, 28 notablement améliorés, 1 !• n'obtinrent que des résultats douteux; 15 malades virent leur état s'aggraver (Weber).
Suu les 75 malades, 53 étaient dans la période latente, ayant subi des broncho-pneumonies antérieures ou des hémoptysies; 17 guérirent (le 18e était à la 2e période) c'està-dire furent pendant plusieurs années indemnes des troubles fonctionnels, tels que la toux; mais 8 subirent ensuite de nouvelles atteintes sous des formes variées; 3 furent perdus de vue; G parurent exempts de toute lésion au boni de quelques années. Ce résultai n'ësl guère encourageant, car des 18 malades dits guéris, un seul présentait au préalable les -ignés de la phtisie avérée. 28 cas sur 75 furent améliorés, c'est-à-dire soil au point de vue local, soit comme état général; ainsi 46 cas sur 75 jouirent d'un meilleur sort; tous les autres ne retirèrent aucun profit, même d'un séjour prolongé ou répété.
Effets thérapeutiques expliqués par le froid. — Comment expliquer ces effets prophylactiques ou curatifs? est-ce par la diminutioD de l'otygène respiré? Ce sérail une circon-
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stance favorable au développemenl du microbe, si elle était bien démontrée, mais on sail que même ;'i 3000 mètres il y a encore plus d'oxygène que la respiration oe saurait absorber. Est-ce grâce à l'abaissemen! de température? Sans aucun doute, car on sait, d'après les travaux de Saussure, Bravais, Boussingault, Plantamour, Lombard, que la température s'abaisse d'un degré avec chaque 170 à 175 mètres d'altitude; or le microbe tuberculeux ue saurait vivre dans ces conditions. La grande lumière el l'ozone lui sonl d'ailleurs toul aussi contraires que le froid, de sorte que les climats de montagnes doivent entrer aujourd'hui dans la lutte de l'homme contre les microphytes qui compromettent notre race.
Effets thérapeutiques expliqués par l'ozone. — Dans une communication récente (7 avril 1883) un médecin en chef du Collège médical de Vienne, M. Gauster, esl venu attester l'immunité tuberculeuse des altitudes, pour l'homme sain et affirmer la guérison du phtisique. Il ajoute cependanl nue restriction ; des hauteurs de 1300njèlres, comme au Mexique, et même de i'OOO mètres ne sont \\a> absolument indemnes de la tuberculose, tandis qu'en Styrie à 7;30 mètres il y a une véritable immunité dont la cause est dans la eontexture du sol ; il Tant que la terre privilégiée « soit composée de granit, de gneiss et de micaschiste, qu'elle contienne beaucoup d'eau, qui tient la couebe d'humus toujours humide, qu'il y ait une végétation luxuriante, et que l'air contienne une quantité considérable d'ozone » ; il ajoute que le grand air à lui seul n'a pas suffi pour protéger les ouvriers qui travaillent en dehors des ateliers. M. Gauster est porté en effel à attribuer les avantages des altitudes, encore bien plus à l'ozone qu'au sol.
Effets du climat îles montagnes sur les phtisiques. — Les phtisiques, dès le lendemain de leur arrivée à Neumarkt en Styrie, se trouvaient mieux; l'appétit, le sommeil, l'état gé-
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nt'ial s'améliorèrent, el deux mois après il n'y avail plus de signes physiques de l'infiltration tuberculeuse!!! pas de récidive; des centaines de cas de guérison, pourvu qu'il reste encore un poumon disponible. En apprenant de telles merveilles, le Collège médical de Vienne a immédiatement nommé mie commission chargée de vérifier ces assertions, el d'observer sur les malades eux-mêmes les effets de cette thérapeutique climatérique.
sj 127. — Stations maritimes chaudes
Les climats maritimes chauds de l'Europe comprennent les stations de la Méditerrannée sur le littoral franco-italien et algérien, les localités méridionales de l'Océan, de l'Adriatique et les ilfs du Portugal.
I. Indications des principales stations. — Climats maritimes chauds, et relativement secs. — a. Littoral de la Méditerranée. — Depuis Yères jusqu'à Gênes s'éti ml sur la Riviera de Ponenle une série presque subintrante de stations qui se disputent leur existence et celle des malades. Parmi les plus célèbres de ces Eldorados nousdevons citer, selon l'ordre géographique Yères, qui boude quelque peu la mer, très accessible au Mistral, mais très ensoleillé et clair; — puis vient Cannes, ouvert vers le sud, protégé par l'Est telle du côté de l'ouest, au nord par les contreforts des Alpes maritimes; Cannes présente le type de ces villes maritimes ; température hivernale de !> à 12", et même plus, en y comprenant les six mois de la cure; — l'humidité est modérée; le ciel est clair, les jours de soleil sont fréquents et chauds; ils sont de 110 à 120. — Les jours couverts de 12 ta 20; les jours de pluie de 40 à 50 pendant la saison. — La situation au bord de la mer fait qu'il y a échange journalier entre les vents du continent et ceux de la mer, d'où il résulte une \enti-
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lation satisfaisante. — L'aie est calme 60 jours, Légèrement agité jusqu'à produire la fraîcheur pendanl 30 jours, très venteux 40 jours, les perturbations ayant lieu surtout en février el mars. — De graves inconvénients résultent des variations de température du soleil à l'ombre, du refroidissement marqué au coucher du soleil, souvent aussi des poussières heureusement inorganiques (recherches de Frank, Marcel, Valcourl ).
Nice, très décrié dans ces vingt dernières années à cause des variations diurnes de la température et du vent qui vient à travers les fissures de la montagne, d'où descend le Paillon. Nice n'en présenteras moins les avantages des contrées maritimes chaudes; les quartiers de Carabacel et de (amie/ peuvent obvier aux intempéries du quai de la Méditerranée.
Menton, dirigé vers le sud-ouest est protégé contre les vents froids par trois échelons de collines; — du côté de l'ouest il y a des rochers, qui constituent un des points les mieux abrités de la Riviera. — Un degré de chaleur de plus qu'à Nice, et 0°,6 de plus qu'à Cannes. Uniformité relative delà température, peu d'humidité, le nombre des jours de pluie est de 80, contre 70 à Cannes et 65 à Nice (travaux de Henry Bennet, Liardet, Bottini, Stièpe, Duhrsen, Daremberi:).
Monte-Carlo (principauté de Monaco), Bordiahera, San Bemn, en Italie, ne présentent que peu de différences avec stations précitées.
Au sud de l'Italie, CasteUarAare, au polie de Naplesadéjà été recommandée par Gatëen, qui parle de la pureté de l'air et de la cure de lait si employée dans les cités romaines; n'oublions pas Paterne en Sicile.
Ii. Œwààts ekands cl plus ou moins humilies. — Iles portugaises. — Ici nous avons à signaler l'importante station de Madère! et surtout notre précieux refuge de l'Algérie. —
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Alger ou plutôt Mustapha présente de 1 ï à 16 degrés de température, de novembre à lin d'avril; variations journalières de (i ;'( 8 c. — jours de pluie 55 à 70 — veut du sirocco tempéré par les collines situées au Bud.
c. Climats plus frais. — Ajaccio 1 1 ,-- en hiver., I5au prinlemps, 24 en été el 19, en automne. — Protégée contre les Vents froids. Pegli el Nervi près de Gênes, qui sonl de dat<récente el de température plus basse.
Venise, l%13 en hiver, 13°,2 au printemps, 23° en été, I i en automne — 8&4 mm. de pluie. — L'absence de poussière el le calme, constituent des conditions recherchées pour les malades gravement atteints.
Areaehon, situé sur un bassin presque clos, ouvert au nord d'un côté, entouré de tous autres côtés par des collines sablonneuses, recouvertes de forêts de pin, ce qui constitue un vrai moyen de traitement (voir l'article des lérébinthacées). — Température et humidité assez uniformes.
II. Propriétés antiseptiques. — Toutes ces stations parfaitement organisées (j'en passe, mais non des meilleures) font remarquer par la parfaite pureté de l'air au point de vue des microphytes quand le vent souille de la mer, comme mon disciple et ami Miquel, aidé habilement par le commandant Moreau vient de le démontrer, l'air de ces stations maritimes est véritablement aseptique; il n'y a là à redouter que tes vents du continent, surtout ceux qui ont passé par ou sur les grandes cités.