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III. Doses. Mode d'administration. Digestion difficile

L'absorption de l'huile de foie de morue est infiniment plus facile et plus considérable que celle de toutes les autres huiles; la grande difficulté préalable c'est de la faire accepter par l'estomac. L'estomac n'est sans doute pas chargé de la digestion des graisses, elles ne font qu'y passer, mais leur séjour, même très abrégé, suffit pour produire du dégoût, des nausées, qui durent parfois toute la journée et empêchent toute digestion ultérieure; souventmême il en résulte des vomissements alimentaires, car il est à remarquer que cette intolérance se manifeste souvent dès la première cuillerée, par conséquent, par les plus petites doses, et que, quand les malades n'en sont pas trop incommodés au début, ils peuvent arriver à en tolérer des quantités considérables; c'est là le point important.

Pour obtenir toute l'action médicamenteuse qui consiste à ménager les albuminates, surtout, d'une autre part, pour pratiquer un régime d'engraissement, il est important de prescrire l'huileàdose graduellement croissante; à l'hôpital Saint- Louis, on traita les scrofules chroniques et surtout le lupus par des quantités énormes, jusqu'à Set 10 cuillerées par jour et c'est là la condition du succès? Une jeune fille, pour obtenir de belles apparences, buvait, selon son dire, l'huile jusqu'à une demi-livre par jour; il est facile de comprendre que ces doses excessives finissent par amener le dégoût et la saturation qui se traduit par la diarrhée, c'est-à-dire par l'élimination du corps gras; on manque ainsi le but. La dose de 3 cuillerées par jour peut être acceptée et supportée; mais il importe, pour réussir, de bien étudier le moment favorable de l'administration du remède.

Moment et modes d? 'administration. — Tous les correctifs qu'on a imaginés pour masquer le goût et l'odeur nauséabonde du médicament sont généralement insuffisants, ou du moins leur action est variable selon les malades; qu'on ordonne le

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remède avec du café, du thé, du lait, de l'eau-de-vie, qu'on prépare la muqueuse buccale par des collutoires ou des gai garism es aromatiques; qu'enfin on prescrive L'huile sans préparation préalable ou en capsule, il est utile* chez un grand oombrede malades, puni' éviter le dégoûl el les indigestions, de ce pas faire prendre le corps gras avanl les repas; il vaut mieux l'ingérer quand L'estomac contient déjà quelques aliments el boire une ou deux grandes tasses de tisane aromatique chaude, pour précipiter le tout dans l'intestin; j'ai vu des malades qui prennent le médicament le soir et le digèrent pendant le sommeil. De toutes façons il importe, au bout de vingt à vingt-cinq jours de supprimer pendant une semaine cette substance grasse, qui imprègne el sature les villosités intestinales, désormais incapables de s'imbiber davantage.

Absorption facile. — L'huile de foie de morue pénètre, comme toutes les graisses, dans les chylifères après avoir imprégné les villosités intestinales; mais les graisses neutres ne sont absorbées qu'à l'état de division extrême, tandis que les acides gras, l'acide palmitique, oléique, s'assimilent facilement; el c'est ce qui explique la supériorité de cette huile sur les autres; Radziejewski et Kiïhne ont démontré qu'en mélangeant ces acides ou leurs savons avec des viandes maigres on voit se développer des quantités colossales de graisse dans le corps.

^ 152. — Effets modérateurs. Indications

I. Effets d'épargne. — L'addition de cette quantité de graisse au régime albuinincux aboutit à une conservation intégrale de ces matières azotées ; c'est, comme on le voit, un moyen de ménager nos tissus, puisque ceux-ci sont formés et réparés uniquement par les principes azotés; c'est à ce titre

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qu'elle agit, bien plutôt que comme aliment respiratoire ou calorifique.

II. Indications. Action de l'huilé de morue sur la phtisie. — Il est à remarquer qu'ici comme pour l'iode l'empirisme devançant les données scientifiques a consacré l'usage de riiuile de foie de morue dans les maladies chroniques spécifiques, particulièrement dans la scrofule, sous toutes ses formes, le lupus scrofuleux et la phtisie. La cause de ce médicament n'a plus besoin de défenseur; mais son mode d'action réclamé <lcs explications.

Pourquoi et dans quel but prescrire celte repoussante médication ? est-ce pour augmenter la calorification, comme le pensait Liebig, et comme le pensent les médecins qui ne veulent l'appliquer qu'aux scrofulo-tuberculeux de l'ordre des torpides? En tablant sur une pareille donnée, on peut être sûr de se tromper, car ni le phtisique, ni les crofuleux,même le plus lorpide, ne présentent le moindre abaissement de température; il est inutile de jeter l'huile sur le feu, qui n'est pas éteint.

S'agit-il de favoriser la respiration en augmentant le nombre des globules qui sont chargés d'opérer les échanges gazeux entre le sang et l'atmosphère? mais rien n'indique que les globules rouges se multiplient, ce qui n'aurait d'ailleurs pas de signification, ni que l'hémoglobine augmente dans les hématies préexistantes?

L'action véritable de l'huile de foie de morue, c'est de favoriser l'assimilation, l'annexion des aliments albuminoïdes, et de reconstituer ainsi les éléments histologiques toujours en voie de mutation ou d'usure. C'est donc un reconstituant indirect, un modérateur de notre moléculaire et incessante désagrégation. La preuve que les albuminates s'usent en moindre quantité, c'est que l'urée, qui est le résultat de leurs oxydations, est moins abondante dans les urines, que

chez ceux qui prennent exclusivement de la viande. Il reste de l'oxygène disponible pour notre fonctionnement général; il c'en reste pas pour le développemenl des microphytes. Tout ce qui empêche notre combustion, favorise leur destruction.

La phtisie doit donc être traitée par les corps gras en tout temps, à toutes les périodes, el sous toutes ses formes, à l'exception des formes fébriles, parla raison que le ûévreux ne forme ni pancréatine ai bile en quantité suffisante pour digérer les graisses. Dans l'étal apyrétique il n'yaaucune contre-indication; plusieurs raisons que nous connaissons maintenant militent en faveur de cet agent trophique, qu'on peut appeler un médicament alimentaire.

§ 15:2 bis. — Glycérine

I. Chimie. — La glycérine est contenue dans toutes les matières grasses, qui, en lixant les éléments de l'eau, se dédoublent toujours, sous l'influence des alcalis, en acides -ras et en glycérine. Découverte par Scheele en 1779, elle fut étudiée en 1823 par Chevreul, par Pelouze, et en dernier lieu parBerthelot, qui, en réalisant la synthèse des corps gras, a mis en lumière les fonctions alcoliques de ce composé. C'est en effet un alcool triatomique (CIPO1) renfermant le groupe GaHs qui est uni à 3(011).

C'est un liquide sirupeux, d'une saveur sucrée, incolore, soluble en toutes proportions, dans l'eau et dans l'alcool.

II. Effets jildjsiolugiques. Doses. Absorption. Elimination. — Introduite dans les organes digestifs elle est facilement absorbée dans l'intestin, et passe dans le chyle et le sang. Elle se trouve dans l'intestin, comme un produit constant de la digestion normale, la pancréatine transformant les graisses en glycérine et acides gras.

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Effet* sur le tube digestif. — A la dose de 20 à 30 grammes elle stimule parfois L'appétit et augmente ainsi l'assimilation des matières alimentaires; à plus forte dose elle trouble au contraire la digestion, provoque parfois de la diarrhée et des coliques.

Effets sur lesystème nervo-musculaire. — Cet effet purgatif est dû sans doute à l'excitai ion du système musculaire, surtout des libres lisses. On peut démontrer facilement chez les animaux inférieurs celle action convulsive sur les muscles et le système nervo-moteur; sur les grenouilles elle détermine un véritable tétanos, dû sans doule à ce qu'elle soutire l'eau et les sels à la moelle épinière, peut-être aussi aux muscles.

Même chez les animaux supérieurs, ainsi que l'ont démontré Dujardin-Beaumetz et Audigé, elle agit, à haute dose (13 àl5 grammes pour 1 kilogramme de poids corporel), comme un poison convulsivant, et particulièrement comme L'alcool à dose toxique.

Action sur le sang. — Son effet sur le sang en pareille circonstance est également préjudiciable. En injectant de la glycérine sous la peau d'un lapin, Luchsinger a vu se produire une véritable hémoglobinurie ; les urines, après avoir élé abondantes et claires, finissent par devenir sanguinolentes; il se détruit un certain nombre de globules rouges, et d'autres diminuent de volume.

III. Effets sur la glycogénie. — Plusieurs physiologistes (S. Weiss, Luchsinger, Salomon)ont remarqué que l'alimentation par la glycérine détermine une augmentation du glycogène du foie; mais on ignore encore si elle se transforme directement en matière glycogène, comme le pense Berthelot, ou bien si elle ne donne lieu qu'à une formation plus considérable de glycogène aux dépens des corps albuminoïdes.

En tous les cas, elle se détruit rapidement dans l'organisme, car elle ne passe pas en quantité appréciable dans

l'urine, pas même chez les diabétiques, ce qui fail supposer que la fonction glycogène du foie, chez ces malades, ri'esl nullement augmentée, ni même troublée.

Effets sur les oxydations. — Scheremetzewski a constaté par l'injection sous-cutanée de glycérine, comme après l'injection de lactate de soude, une augmentation rapide des échanges gazeux dans les poumons (ce qui n'a pas lieu par l'introduction du sucre de raisin); Catillon a l'ail la même remarque.

Ce qui esl certain, c'esl qu'elle se forme constamment dans l'intestin, par suite du dédoublement des graisses neutres en glycérine et en acides gras, et que ces deux corps se reconstituent à nouveau dans les cellules adipeuses. On sait aussi, d'après les expériences de Radjewski ei Kiïhne, que si, dans L'alimentation, des acides gras sont ajoutés à la viande maigre, il se forme dans l'économie une quantité considérable de graisse, ce qui prouve que la glycérine peut aussi se former aux dépens des matières albuminoïdes; de toutes façons elle finit par agir comme les graisses, c'est-à-dire comme moyen d'épargne.

Enfin, lors de l'amaigrissement, la glycérine qui devient libre se transforme rapidement par l'oxygène actif en acides, appelés propionique, etformique.

IV. Effets thérapeutiques dans la phtisie. — En 1853, Crawcourt de la Nouvelle Orléans, plus tard Lindsay, Adam, Gilehrist, mais surtout Jaccoud et Semmola ont préionisé l'emploi de la glycérine dans le traitement de la tuberculose, considérant ce médicament comme l'équivalent de l'huile de tuic de morue.

Augmentation du poids corporel. — Un des premiers effets que j'ai constaté dans toutes mes observations, c'est l'augmentation du poids corporel, et ce fait a été mis en lumière dès 1850 par Lindsay, puis par Davasse, Benavente, Catillon, Tisné.

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Peut-on attribuer cet engraissemenl à ce que la glycérine, qui îvsir intacte dans l'organisme el oe s'élimine que dans une proportion minime, agil comme les corps gras dont elle esl Labase; toutes les probabilités militent en faveur de cette opinion; on peut donc considérer ce médicament comme une substance conservatrice.

Diminution des mutations organiques. — La meilleure pleuve est celle-ci : l'analyse de^ urines montre constamment une diminution de l'urée, c'est-à-dire du produit principal des mulations organiques; j'ai pu vérifier le l'ait chez presque tous les phtisiques, que j'ai traités par la glycérine; ce n'est que chez les malades qui prenaient une nourriture 1res considérable ou très azotée que le chiffre de l'urée a dépassé le taux normal.

A ri ion locale. — L'action locale sur les lésions pulmonaires est nulle, quelle que soit la phase de la maladie. Si les guérisons sont plus fréquentes dans la première période, c'est que l'organisme a été soutenu, pour permettre aux tuherculcs casécux de subira la longue la transformation fihreuse.

Y. Effets thérapeutiques sur le diabète. — D'après les expériences physiologiques, qui démontrent que la glycérine favorise la formation du glycogène hépatique, on comprend difficilement que ce médicament ait été préconisé dans le traitement du diabète; les observations de Sehultzen et de Garnier n'ont pas trouvé créance; ainsi que le font remarquer Bouchardat, Pavy, Smith, Jacobs, llarnak, elle paraît, en favorisant les digestions, en diminuant l'excrétion de l'urée, arrêter l'amaigrissement, mais elle n'a aucune influence sur l'élimination du sucre, même aux doses énormes de 80 à 300 grammes par jour. Ganta ni la considère même comme nuisible aux diabétiques; cela est certain, si elle provoque des troubles digestifs, de la diarrhée.

DKS MOYENS D'ÉPARGNE i 93

vj 153. — llu laii. D«"s enrea de lait

I. Chimie. Le lait est surtout un alinn ntgras. - La graissi !Sl représentée par 38 sur 1000, comme lesucrede lail el la caséine y ûgurent pour 40 sur 1000 environ. C'esl donc un aliment complet ; mais il est à noter que la graisse dépasse de beaucoup les proportions nécessaires â l'alimentation; en efifet la ration normale journalière comprend 120 grammes de principes azotés, ce qui suppose 3 litres de lait ; or cette quantité renferme aussi 120 grammes <le sucre de lait et autant de beurre; de ces deux substances qui ne sont nullement identiques dans leurs fonctions, Tune est insuffisante pour couvrir le déficit en carbone; l'autre au contraire, le corps i:ras, est en excès au point de vue de l'assimilation nécessaire; comme elles ne peuvent pas se suppléer, il en résulte qu'on peut considérer le lait comme très pauvre en principes hydrocarbonés, et trop riche en graisse. 11 est à remarquer d'ailleurs que les trois kilogrammes de lait constituent une cure de lait exclusive de tout autre aliment; c'est donc une véritable ration d'engraissement, c'est à ce titre que le lait agit dans le traitement de la phtisie.

Supposons en effet l'usage journalier d'un litre de lait; on prendra ainsi 40 grammes de caséine, et il manquera 80 grammes de matières azotées; 40 grammes de sucre ai sont pas même la dixième partie des principes carbonés nécessairesà l'alimentation; enfin il y a 38 grammes de graisse, et il en faut 100 grammes pour une alimentation régulière: il n'en manque que 60 grammes. Il faudrait d'après Hoffmann, pour établir lebilan exact, 3 litres pour reconstituer la graisse, \ à 5 pour les albuminates, et 10 litres pour les principes féculents et sucrés. Ainsi la cure de lait est un régime gras. Quelle que soit la dose de cet aliment, «m peut être sur que

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la graisse y prédomine au point de vue physiologique; son état dans le lait en permet d'ailleurs la facile absorption; elle est libre et dégagée de toute enveloppe, comme l'a démontré Soxlet dans ses remarquables analyses; on peut en effet, contrairement à l'opinion ancienne, la recueillir tout entière à l'aide de l'élber alcolisé (3 volumes d'éther et 1 d'alcool), ou même de l'étlier seul, lorsqu'on a coagulé le lait à l'aide du ferment. En réalité, dit Soxlet, le lait n'est qu'une émission d'albuminates cl de graisse. Celle-ci est formée parla stéarine, la palmitine, l'oléine, avec des traces deglycérides, de lécithine et d'acides gras volatils.

II. Comparaison chimique des diverses cures de lait. — On a prescrit, dans le traitement de la phtisie, soit la cure de lait de vache, soit le lait d'ànesse ou de chèvre.

Le lait de jument est en usage dans la Russie méridionale sous le nom de koumys; il ne s'emploie qu'après fermentation; c'est plutôt un alcool qui agit certainement mieux sur les plateaux élevés des contrées caucasiques que dans les villes et dans les pays plats; la respiration d'un air pur el aseptique n'est pas étrangère à ce résultat.

Le keflir, qu'on prépare également en Russie à l'aide d'un ferment spécial et du lait de vache, est également un alcool.

Lait de vache. — Le lait de vache, comparé avec le lait de femme se distingue par une quantité plus considérable d'albumine et moins marquée de sucre de lait, par des globules graisseux plus volumineux, par une caséine que précipite le suc gastrique en un coagulum plus gros et plus difficile à digérer, par la petite quantité relative de sucre de lait, par sa richesse eu biphosphate calcaire, et surtout par son acidification, qui est bien plus prompte et en rend la digestion difficile.

Lait d'ànesse. — Le lait d'ànesse contient très peu de sub-

stance azotées el de graisses, mais une quantité marquée de sucre de lait, comme le lait de femme, el une quantité d'eau exagérée.

/„■/// de chèvre. — ■ Presque aussi concentré que le lait de vache, le lail de chèvre renferme moins de fromage; mais les autres matières albuminoïdes sont abondantes, et les matières salines sont quatre fois plus considérables que dans le lail de vache; de là son utilité dans le traitement des diarrfa -

III. Thérapeutique. Cure exclusive. — Ladosede lait, pour un malade sans fièvre, 'luit comprendre la quantité que comporte la ration physiologique, trois litres par jour, .sinon le dépérissement esl inévitable.

Dans l'étal de fièvre, 1»' lait ne convient pas; caril n'exige ni une digestion moindre, ni moins d'activité des ferments digestifs que les viandes; il n'est pas indifférent de prescrire du lait ou du bouillon à un malade ; un bouillon gélatineux convient à merveille; le lait non.

Ladosede lait peut être répartie de diverses façons; sur les vingt-quatre heures, en général, je prescris un tiers de litre lr malin, puis toutes les trois heures la même dose, ce qui constitue à peu près trois litres par jour. Le lail sera pris tiède ou froid; dans les villes il esl impossible de l'employer au monieii de la traite. Tiède ou froid, il doit, s'il est d'origine suspecte, être bouilli, cequi est fâcheux; car on sait que bouilli il produit avec le ferment gastrique deux fois plus de syntonine que quand il esl cru.

Les additions au lait, pour le rendre digestible, sont vaines la plupart du temps; l'eau de chaux, le sel de Vichy sont inefficaces; la glace n'y fait rien : Teau-de-vie ou le kirsch sont préférables, mais en gênerai tous ces moyens auxiliaires sont nuisibles ou inutiles.

Cure mixte de lait. — Dan- les conditions d'in ligestibilité

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du lait, il vaui mieux mitiger la cure, et y ajouter d'autres aliments, particulièrement des féculents, «les pâtes ou des œufs;tou1 plutôt que la viande; ces moyens auxiliaires ne

nuisent en rien à la cure de lait.

IV. Indications des cures tic lait dans les affections générales. — Les cures de lait ont été appliquées primitivement

aux affections tuberculeuses; or il est à remarquer que c'est précisémenl dans les gastrites et les dyspepsies d'origine tuberculeuse, que ce régime convient le moins; lorsque les malades sont arrivés à cette période caractérisée par l'anorexie absolue, par le dégoût, des aliments solides quelconques, par les vomissements succédant aux quintes de toux, par la difficulté de digérer, c'est alors surtout que le lait paraît devoir être utile, et cependant il n'en est rien. Il semble au contraire qu'il convient plutôt au début de la maladie, à l'époque qui réclame les corps gras, l'huile de foie de morue ; c'est comme aliment de combustion, comme moyen d'épargne en raison de la graisse, qu'il agit alors efficacement; la partie azotée du lait, la caséine, bien que d'une peptonisalion incontestablement facile, devient d'une digestion difficile en raison des acides lactique et butyrique, qui se forment aux dépens du sucre de lait. La graisse elle-même peut en lia ver la digestion stomacale; mais dès qu'on peut franchir les difficultés de transformation du laitdansles premières voies, dès qu'on obtient l'absorption, dès que le lait vient à faire partie intégrante de l'organisme, c'est indubitablement le meilleur aliment, et le plus sur des moyens de conservatim» pour les phtisique-.

§ 15i. — Gélatine

1. Qualités nutritives. — La gélatine soit pure, soit puisée dans k^ aliments gélatinifères, constitue au point de vue

chimique un corps protéique, mais eu diffère totalemenl au poinl de vue des effets nutritifs.

Dans ces derniers Lempsonest bien parvenu à transformer

par la pepsine, ou même par les acides, la gélatine en une substance qui, après avoir perdu le pouvoir de se prendre en gelée, reste liquide el diffusible à travers les membranes; elle a été désignée sons le nom de gélatine peptone. Par une digestion prolongée à l'aide du suc gastrique elle se décompose. Or, malgré cette analogie avec les autres peptones, la gélatine n'esl oas une substance alimentaire dans le sens des albuminates.

11. Moyen conservateur. — Elle constitue, comme l'a déjà pressenti la commission de l'Institut il y a un demi-siècle, un moyen auxiliaire ou plutôt, comme Voit l'a parfaitement démontré, un moyen d'épargne des plus évidents. Un chien nourri avec 200 grammes de gélatine, 250 grammes de fécule, 100 grammes de graisse et 12 grammes d'extrait de viande, meurt le trentième jour. Un chien qui prend 500 grammes de viande, 200 grammes de graisse perd 136 grammes de substance azotée; diminuez la viande de 200 grammes, mais ajoutez à la nourriture 100 grammes de gélatine, il ne perd plus que 8-4 grammes ; avec 200 grammes de gélatine il peut même gagner en poids; toutefois il y a une limite, et si on abaisse le chiffre de la viande à 200 grammes, la déperdition azotée recommence. Ainsi la gélatine constitue un excellent moyen de soutenir le malade, d'empêcher sa dénutrition, de constituer un moyen d'épargne.

Sa digestibilité est facile : ses résidus sont à peine marqués.

{[[.Bouillons et bouillons concentrés. — Il en est de même des bouillons concentrés, appelés américains ; ilsconliennent beaucoup de gélatine, 2°0 -f 3 albuminates (Ulïelmann). Quant au bouillon ordinaire, il renferme par litre 10 centi-

sée. Phtisie. i. — 32

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grammes de gélatine, 4 gramme de sels, des traces de créatine, de créatinine ; en raison de la pénurie des éléments nutritifs, le bouillon doit être considéré comme un excitant alimentaire, comme une préface utile du repas, mais non comme un aliment ; il semble en outre procurer aux malades une sensation de bien-être passager ; toutefois l'abus du bouillon chaud ou froid peut devenir une cause de la distension de l'estomac.

Extraits de viande. — Que produiront les extraits de viande? On leur a attribué autrefois des qualités alimentaires, puis on les a dotés d'une action toxique en raison de la potasse en excès; puis on est venu à des visées plus modestes; on considère aujourd'hui ces extraits comme des bouillons perfectionnés.

§ 1 55. — Alcool

1. Effets physiologiques. — L'alcool ne saurait constituer une médication régulière de la pliLisie, bien qu'il possède jusqu'à un certain point la propriété antiseptique; mais ce que nous voulons prouver, c'est son utilité connue moyen d'épargne; si nous arrivons à cette démonstration, il sera facile d'en déduire sa propriété réfrigérante, par conséquent son utilité dans la lièvre en général, ce qui ne fait plus guère de doute, et dans la lièvre tuberculeuse en particulier.

Deux théories continuent à se partager l'opinion médicale : l'alcool est-il un aliment respiratoire ? ou bien un moyen d'enrayer les oxydations, c'est-à-dire un agent d'épargne?

L'alcool est un aliment respiratoire. — C'est la doctrine exclusive de Liebig, Bouchardat, et renouvelée dansées derniers temps parles expériences de Zunlz eL de ses élèves. — Si un parvient, en effet, à démontrer que l'alcool ne passe

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qu'en petite quantité par les organes ou liquides de sécrétion, ii semble qu'on soit forcé d'admettre uu'il est brûlé dans l'économie? Jusqu'ici on n'a pas retrouvé les produits intermédiaires de sa combustion, tels que l'aldéhyde et l'acide acétique. Il est vrai qu'on a oublié l'acétone, qui, d'après Berthelot, se révèle par l'acide chromique; mais on a cherché les produits définitifs de sa destruction, à savoir l'acide carbonique el l'eau, qui sont le dernier terme de la série. Sous ce rapport il n'existe pas la moindre incertitude; l'acide carbonique exhalé qui devra être augmenté, si l'alcool se combure dans l'économie, se trouve en diminution manifeste.

L alcool passe en nature dans les liquides sécrétés. — Une petite quantité passe intacte. — Il résulte des importantes recherches de Duroy, Lallemand et des expériences plus récentes de Perrin, que l'alcool existe en nature dans le sang', et passe comme tel par les urines et par le poumon. Tous les expérimentateurs l'ont retrouvé; Hermann, Hoppe- Seyler, l'ont constaté; avant eux Subbotin avait calculé la quantité éliminée à 16 p. 100; mais personne n'a plus retrouvé un pareil chiffre, et il ressort des dernières recherches de Guido Bodlànder qu'il s'en élimine au plus, chez l'homme, 3 p. 100 à savoir :

Par les reins 1.177

— la peau 0. 140

— le poumon 1 . 598

Tout le reste, c'est-à-dire 97 p. 100 resterait dans l'organisme; en supposant même qu'il s'en fixe une petite quantité sur les organes, et particulièrement sur l'encéphale (Perrin), le foie, les poumons et les muscles, la déduction de cette quantité ne modilierait pas sensiblement le

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chiffre total de 97 p. 100. Que devient celte masse d'alcool?

L'alcool est-il brûlé? — Il n'est pas admissible qu'il soit combiné; s'il l'était, la combustion se traduirait par un excès d'acide carbonique expiré, ou par un excès d'oxygène consommé, ou bien par l'élimination d'une plus grande quantité d'urée. Or rien de tout cela n'a lieu.

L'acide carbonique éliminé par les poumons diminue au lieu d'augmenter; ce fait a été déjà constaté, il y a quarante ans, par Prout, par Vierordl, par Bôker, vérifié par Perrin et Duroy, et tous les physiologistes modernes. Wolfers, Simanosky et Schoumofî, qui sont en divergence sur tous les autres points, se trouvent d'accord sur celte diminution, qui est absolument incompatible ave.; l'idée d'une combustion exagérée, bien que l'oxygène absorbé semble augmenter.

L'alcool enraye les oxydations. — Loin de brûler, il enraye les oxydations, ainsi que le prouve la diminulion de l'urée dans les urines. Zulzer, Stabing insistent sur ce point capital. Ricss a constaté jusqu'à 22 grammes de moins par jour, et en même temps une diminution des acides phosphorique et sulfurique. Mon élève Duinouly a vérifié cel abaissement du chiffre de l'urée. — Fokker compare sous ce rapport l'alcool aux autres matières hydrocarburées, comme la graisse et le sucre, qui exercent également sur les albuminates alimentaires, une véritable économie. A l'aide de l'alcool comme des graisses, le corps peut augmenter de poids; ce n'est que quand la dose d'alcool ingéré est considérable (Munk) qu'on peut trouver un état stationnaire de l'urée, ou même un chiffre plus élevé qu'à l'étal normal. Wolfers, qui admet ce laux élevé pour tous les cas, convient cependant que, si l'alcool est injecté dans l'estomac et non dans les veines, lacidecarbonique exhalé est toujours au-dessous delà normale; — mais voici une expérience décisive.

L'alcool diminue la quantité d'oxygène atomislique. — Il

y a un autre procédé 1res ingénieux, imaginé paT Nenki, pour démontrer qu'il y a une diminution de l'oxygène atomistique; — Voici sur quelle idée el sur quel procédé repose celle recherche.

Recherches des produits d'oxydation </" benzolsous l'influence de l'alcool. — Le benzol s'oxyde dans l'organisme en donnant naissance au phénol, à la pyrocatéebine et à l'tiydrochinon. — En dehors de l'organisme ces oxydations n'ont lieu que sous l'influence de l'oxygène atomistique. D'après cela, en déterminant les produits d'oxydation du benzol dans l'organisme, on a la mesure de la quantité d'oxygène atomistique formé dans les tissus; comme celle-ci marche parallèlement à l'intensité de l'oxydation organique, on a, en déterminant les produits d'oxydation du benzol, une appréciation du processus oxydant dans l'économie (voir § 14-3).

Pour atteindre ce but, on injecte sous la peau du lapin un gramme de benzol; on recueille tout le phénol qui apparaît dans l'urine pendant quelques jours ; puis on met à l'épreuve les substances toxiques dont on cherche le pouvoir oxydant.

Or, des recherches de Simanosky elSchoumoff, il ressort ce fait important que, sous l'influence de l'alcool, la quantité de substances combustibles par l'oxygène peut diminuer de 50 à 75 p. 100; la graisse et l'albumine ne s'oxydent plus que très imparfaitement. — Un lapin qui reçoit un pramme de benzol, au lieu de rendre 0 gr., 248 de phénol ne rend plus que 0 gr., 0765 de phénol, lorsqu'on lui donne en même temps de l'alcool.

Conclusions. — 1° L';dcool diminue considérablement la quantité d'oxygène atomistique disponible pour la combustion des graisses et des alburninales : c'est donc un puissant moyen d'épargne.

2° Si une partie de l'alcool est brûlée, on ne saurait toute-

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fois le considérer comme un alimenl ; la quantité dont l'usage est possible, sans préjudice, est insuffisante pour constituer une substance alimentaire.

II. Effch thérapeutiques. — En empêchant l'oxygène d'user les albuminates, l'alcool trouve une triple indication dans la tuberculose; s'il y a de la fièvre, l'alcool la modère; si le malade est apyrétique, l'alcool soutient ses forces; de toutes façons il arrête les déperditions corporelles. — Fuster de Montpellier, en préconisant l'usage de la viande crue avec l'alcool, a devancé les données de l'expérimentation. — C'est qu'en effet l'alcool permet tout le profit de l'alimentation azotée.

Au point de vue de l'action nécropbytique l'alcool ne saurait être sans utilité; dès l'instant qu'il ne reste que peu d'oxygène atomistique disponible pour la combustion des tissus corporels, c'est que le parasite n'en trouve plus pour végéter ou se reproduire.

KLIV

3e GROUPE. — SUBSTANCES NÉCROPH YTlor KS OZONISANTES ET PULMONAIRES

Ce groupe comprend l'oxygène, Fozone;les térébenthines, les balsamiques, les sulfureux, qui agissent peut-être pain l'ozone, et ont une action certaine sur les organes respiratoires.

§ 150. Oxygène

Dès que la chimie révéla L'oxygène, il tenta les médecins au point de vue de son action sur les organes respiratoires;

SUBSTANCES NBCROPHYTIQUES OZONISANTES 508

on chercha à augmenter la quantité d'nxy^èno aimosphérique dans l'espoir d'activer les fonctions comburantes qui consistent à détruire les éléments organiques devenus impropres à la vie de l'organisme. — Plus lard on inventa des appareils pour fournir aux poumons de l'air condensé, de l'air comprimé. Enfin, plus récemment, on imagina l'inlroduction forcée de l'oxygène pur à l'aide de réservoirs mobiles.

I. Respiration de V oxygène. — Son état dan* le sang. — Indépendance de la respiration et de la pression. — La première tentative reposait sur une erreur physiologique; en effet, l'oxygène ne pénètre pas dans le sang par une absorption pure et simple ; iln'existe qu'en minime partie sous cette forme; il ne varie presque pas par les variations de la pression atmosphérique; par conséquent il ne suit pas la loi de Dalton, en vertu de laquelle le poids du gaz absorbé par un liquide est proportionné à la pression sous laquelle se trouve le gaz. — AV. Mûller a même remarqué que dans les espaces confinés l'oxygène est absorbé assez rapidement, bien que la pression sous laquelle il se trouve tende graduellement cà s'abaisser. Inversement une atmosphère très chargée d'oxygène n'élève pas sensiblement l'absorption de ce gaz.

L'oxygène se fixe sur V hémoglobine. — Gomme le sérum du sang n'absorbe guère plus d'oxygène que l'eau commune, comme il prend cinq fois moins d'oxygène que le sang tout entier sous la pression ordinaire (Fernet), il est facile de prévoir que le gaz doit se fixer sur les globules; il forme en effet avec l'hémoglobine des globules rouges, une combinaison (oxyhémoglobine) chimique, mais tellement lâche qu'on peul le retirer en totalité par la pompe, ou le déplacer par d'autres gaz.

La quantité d'oxygène qui entre dans le poumon dépend en grande partie de la quantité d'hémoglobine; oxygène et

504 LA PHTISIE BACILLAIRE

hémoglobine sont généralement proportionnés. — L'organisme vivant, d'après cria, en supposant le taux de l'hémoglobine à l'état normal, respire autant d'oxygène sur les hautes montagnes, où l'air est rare, que dans les vallées les plus profondes où il est condensé.

Excès de pression. — L'homme et les animaux vivent donc d'une manière indépendante des oscillations que subit le milieu ambiant; mais tout a une limite : lorsqu'artificiellement la pression est abaissée au-dessous d'un certain point le sang ne peut plus contenir la quantité d'oxygène nécessaire pour entretenir la vie; d'autre part la limite supérieure, d'après Paul Bert, doit être fixée de 28 à 30 volumes p. 100; les animaux meurent à 35 volumes p. 100, sous une pression de trois atmosphères.

II. Siège des oxydations dans le sang ou les tissus. — Une question qui ne présente pas beaucoup plus d'importance, c'est de savoir si les oxydations et l'ozonisation (dont nous parlons plus loin) ont lieu dans le sang, comme le veulent Estor et Saint-Pierre, Iloppe-Seyler, ou bien dans les éléments cellulaires, comme l'indique Pflûger, qui attribue à la cellule non seulement le siège, mais aussi le pouvoir régulateur des oxydations,

III. Variations peu marquées de l'absorption d'oxygène. — D'une manière générale, on peut dire que l'absorption de l'oxygène se règle d'après son usure. Les globules sanguins, pendant la respiration, atteignent toujours un degré égal de saturation d'oxygène, ils doivent par conséquent, pendant leur trajet dans les vaisseaux pulmonaires, prendre d'autant plus d'oxygène qu'ils en avaient perdu davantage dans le grand courant sanguin par le fait des oxydations. Comme les oxydations corporelles sont augmentées par le travail musculaire, pendant la digestion, par les basses températures du milieu ambiant, comme au contraire elles sont aftai-

SI BSTANI ES NÉCROPHTTIQUES OZONISANTES 5N

blies par l'anémie suite d'hémorragies, on pense généralemenl avec LotharMeyer, que l'hémoglobine esl le régulateur de la consommation d'oxygène dans l'organisme. Mais cette opinion ne saurait se soutenir; il faudrait démontrer que li quantité d'hémoglobine varie avec chaque travail, chaque digestion, ce qui est absurde. D'ailleurs il esl prouvé par les recherches de Fincklerque les hémorragies n'onl pas la moindre influence sur la consommation de l'oxygène, du moins d'une manière directe et immédiate; et que 1 1 vitesse du courant sanguin n'en exerce pas davantage. — C'esl la cellule vivante qui détermine elle-même l'intensité du courant d'oxygène; les moindres variations de la tension de l'oxygène, par exemple par un travail musculaire, suffisent pour augmenter considérablement la diffusion de l'oxygène dans les parenchymes; ainsi ce n'est ni la quantité d'oxygène contenu dans le sang, ni la pression intra-vasculaire du sang, ni la vitesse du courant, ni l'activité du cœur, ni le mode de respiration, qui règle la quantité d'oxygène que l'organisme doit consommer, c'est la cellule vivante qui est le vrai régulateur; parquet procédé?

IV. Les oxydations sont elles influencées par V alimentation.— Des recherches de Zuntz et Méring, de Wolfersel Pothast il résulte 1° qu'introduites directement dans le sang. les substances non azotées (glycérine, sucre, acide lactique), ••I les matières azotées (albumine) n'ont aucune influence sur le taux d'absorption de l'oxygène; '1° que la peptone pare, débarrassée de tout ferment n'élève pas davantage l'absorption de l'oxygène; 3J que l'acide carbonique, la quantité d'oxygène restant constante, et représentée par 1 , varie selon la combustion de ces mêmes substances, et le coefficient peut monter de 0,73 à 0,89; mais ce résultat n'est pas certain, l'inverse peut avoir lieu, l'acide carbonique peut diminuer; 4° l'introduction des principes alimentaires dans les organes

digestifs est au contraire suivie d'une usure plus marquée d'oxygène ; ce résultat est du uniquement au travail de l'appareil digestif, à savoir à l'action du tube intestinal et de ses glandes, au foie etc. Mais à cette dernière conclusion Voit et Rubner objectenl avec raison, que l'augmentation de la consommation d'oxygène par l'alimentation directe est tout à fait passagère; c'est à peine si elle persiste pendant plus de trois heures et demie; au bout de vingt-quatre heures il n'y a plus de traces de cette suroxygénation.

V. Conséquences pratiques. — On peut déduire de toutes ces rigoureuses observations, et de toutes ces intéressantes expériences, qu'il n'y a pas à compter sur les variations barométriques pour modifier la respiration, ni sur les altitudes pour diminuer les oxydations, ni sur la pression des contrées basses pour augmenter les combustions. Il faudra invoquer une autre cause pour expliquer les bienfaits des altitudes.

Au point de vue de même des sensations respiratoires l'air suroxygéné ou pauvre en oxygène ne produit absolument rien; Spek l'a prouvé en expérimentant sur lui-même.

VI. Appareils à air condensé. — L'usage des appareils à air condensé ne trouve par conséquent pas d'applications au traitement de la phtisie (Voir § 130) ; il peut même devenir dangereux, tandis que le séjour dans les appareils pneumatiques est d'un si grand secours dans les dyspnées asthmatiques.

VII. Inhalation oVoxigène pur. Appréciation de celte méthode. — La respiration forcée d'oxygène dans le traitement de la phtisie n'a pas plus de valeur; l'expérience nous a appris que l'inhalation d'oxygène peut être nuisible, s'il y a de la fièvre, et provoquer des liémoptysics.

On ne peut, on ne doit s'en servir que temporairement, quand le malade est sous l'influence de la dyspepsie, surtout d'une anorexie avec anémie (Ilayeni).

SUBSTANCES NÊCR0PHYTIQUE8 OZONISANTES 501

§ 167. Ile l oione

Coin h if les oxydations corporelles onl lieu à une plus basse température, que celle <|ui les rend possibles au dehors de l'organisme, on n'a cru pouvoir expliquer ce fail que par l'hypothèse suivante : l'oxygène passerait dans un étal particulier appelé oxygène actif (où ozone) des globules sanguins aux tissus, el consumerai! là les albuminates, les graisses et les hydrocarbures.

Voionisation ne parait pas douteuse. — Binz l'accepte au point de vue thérapeutique. Schmidt a constaté ce fait remarquable, que le sang Irais catalyse avec une énergie remarquable l'eau oxygéner; si on porte une goutte de sang dans une solution saturée d'eau oxygénée, celle-ci se décompose avec explosion; il se dégage de l'oxygène neutre sans que l'hémoglobine s'oxyde. Pflûger ne nie pas le fait, mais conteste seulement que le sang possède une propriété catalyliqueplus marquée que d'auAres substances, et au lieu d'ail i ibuer cette propriété à l'ozone, il imagine un produit de décomposition qui se formerait dans le sane. au moment de sa sortie des \eines. Ce sont là des discussions sans portée.

Effets thérapeutiques. — Par la respiration d'un air ozonilère il est impossible d'arriverà une accélération des processus d'oxydation dans l'organisme; le seul profit à tirer d'une forte ozonisalion de l'air, ce serait d'obtenir par la combustion des gaz nuisibles et des corps facilement oxydables, <le même aussi par l'action de l'ozone sur les ferments et les iiiiero-organisun's, une vraie purification de l'air ; on aurait dans les atmosphères riches en ozone une condition hygiénique très favorable ; mais il y a une difficulté physiologique'.

Dans |r sang lui-même l'ozone ne peut [tas arriver soit par inhalation, soit par l'ingestion d'eau ozonisée, parce qu'il

508 LA PHTISIE BACILLAIRE

trouve déjà sur les muqueuses assez de corps avec lesquels il contracte des combinaisons, qui lui font perdre son caractère actif. D'autre part, il produit sur les muqueuses sèches, par suite d'une grande affinité avec les parenchymes, une véritable inflammation et donne lieu à une catarrhe nasolaryngo-bronchique.

Doses. — Déjà à la dose de 1/6000 contenu dans l'air, l'ozone peut produire sur les petits animaux (les rats et les lapins) une violente excitation suivie de troubles respiratoires mortels, tandisque chez les grands animaux et l'homme, qui respirent une quantité d'ozone relativement plus grande, il se développe une bronchite ou une pneumonie non mortelles. En supposant même que l'ozone puisse pénétrer comme tel dans le sang, il ne ferait que troubler l'organisation des éléments du sang, sans pouvoir produire le moindre effet thérapeutique; il faudra, pour l'utiliser, employer des substances ozonisantes, telles que la térébenthine (voir § 159).

§ 158. — Acides aromatiques nécropliy tiques et bronchiques

Tous les acides aromatiques qui renferment un atome de benzol jouissent de la propriété antiparasitaire; ceux qui nous intéressent sont: 1° l'acide benzoïque; 2° l'acide crésotique; 3° l'acide salicylique. Or il est à remarquer que leur action s'exerce bien plus sur les animaux inférieurs, beaucoup moins sur les animaux supérieurs et sur l'homme, tandis que l'inverse a lieu pour le sublimé, la quinine et le phénol, qui agissent bien plus énergiquement et souvent d'une manière toxique sur les organismes supérieurs.

Une autre remarque non moins importante, c'est que les acides indiqués cessent de fonctionner comme antiparasitaires, dès qu'ils ont subi la moindre modification moléculaire: ainsi le salicylate de soude, l'acide paroxybenzoïque

SUBSTANCES NÊCROPHYTIQUES AROMATIQUES ."»U9

ne sauraient être substitués comme nécrophytiques aux acides «lont ils dérivent.

Toutefois, en devenant moins antiseptiques, ces produits métamorphosés ae perdent pas le pouvoir réfrigérant quiesl

commun à la plupart des acides aromatiques; ainsi les salicylates alcalins, le crésotinate de soude, diminuent la température aus>i énergiquement, et j'ajoute, plus impunément pour l'organisme que les acides dont ils dérivent.

>j l.)8 bis. — Avide Iteuzoïque, benzoatc d<- soude

I. Chimie. — L'acide benzoïque se trouve à l'étal de combinaison dans un grand nombre de plantes, et l'orme la base des résines balsamiques. Celui du commerce désigné sous le nom de Heur de benjoin, l'orme des cristaux blancs, plus tard jaunâtres, ayant l'odeur du benjoin, solubles dans "200 parties d'eau froide, dans 25 parties d'eau chaude, et, dans de petites quantités d'alcool ou d'éther; chauffés, ils fondent et >"évaporent entièrement.

La benzoate de soude est soluble en toutes proportions dans l'eau, cette solution a été récemment vantée sous forme d'inhalations, d'injections sous-cutanées et de médication interne.

II. Effets physiologiques. Propriétés antiparasitaires. — Son analogie avec l'acide salicyliqueet l'acide phénique avait fait soupçonner depuis longtemps ses propriétés antiparasitaires par Salkowsky, Buchholz, Kolbe. C'est là le motif de son application au traitement de la phtisie bacillaire.

Doses. — Moins toxique que les autres acides aromatiques, il a pu être administré à 15 grammes par jour, et le benzoate de soude 15 à 30 grammes ; toutefois, a cette dose, on a noté parfois des troubles digestifs et des phénomènes cérébraux graves.

510 LA 1M1T1S1E BACILLAIRE

État de V acide benzo&que dans le sang et tes urines. — Depuis les recherches de Wohler, Meissner et Schepard, on sait que l'acide benzoïque passe en partie dans l'organisme sans s'altérer; mais une partie subit dc^ modifications profondes; après avoir perdu une molécule d'eau, il s'unit avec un atome de glycocol et forme le benzo-glycocol ou acide hippurique; c'est sous cette l'orme qu'il se retrouve dans l'urine. Dans la salive et dansles sueurs il reparaît en nature, ou sous la l'orme d'acide succinique (jamais comme acide hippurique) mais seulement après des actions musculaires prolongées ou considérables du corps. L'acide benzoïque administré aux animaux après l'extirpation des reins se trouve aussi dans le sang en tant qu'accide hippurique et acide benzoïque, ce qui fait supposée ou bien que l'acide hippurique non éliminé par les urines s'accumule dans le sang, ou bien qu'il s'en forme dans le sang parla suppression des reins ; mais celle dernière supposition n'est pas plausible, car le glycocol qui contribue avec l'acide benzoïque à la formation de l'acide hippurique ne provient, bien qu'étant un corps azoté, ni de l'urée, ni de L'acide urique; en effet ces produits ultimes des oxydations albumineuses ne sont nullement diminués; donc les reins, comme du reste Bunge et Schmiedeberg l'ont démontré, sont les seuls organes de formation de l'acide hippurique.

Effets sur les organes respiratoires. — Ses effets très manifestes sur les sécrétions bronchiques ont fait considérer l'acide benzoïque comme un expectorant qui serait indiqué dans le catarrhe bronchique.

Effets suroxydants. — Il présente, môme à doses modérées de graves effets suc les oxydations. Salkowsky a noté une déperdition considérable des albuminates ; il l'estime à 5 grammes d'azote par jour. Virchow a administré à un chien, en deux périodes d'un mois, 17 puis -21 grammes de benzoatc

SUBSTANCES MriîOl'IlVIloI i.s LROMATIQDES 511

de sonde; pendant la phase préparatoire, l'animal bien nourri (railleurs rendail par les urines et les matières fécales 1 lgr.,6â L 5 gr., 6 d'azote par jour; pendant L'expérimentation parl'acide benzoïque, I7gr., l'.tà 18 gr., 54; L'acide benzoïque ci le benzoatede soude déterminent donc, chez Les animaux bien rationnés, autanl que «liez ceux qui étaient en mauvais état, une augmentation notable de déchets albumineux.

111. Effets thérapeutiques du benioalc de soude dans le traitement de la phtisie historique. — Déjà en 187'.), trois ans avanl la découverte du baciile, Schûller avait expérimenté sur les lapins, qu'il avait tuberculisés artificiellement par inoculai ion ; il étudia, surtout sur Les arthrites tuberculeuses, l'effet des inhalations el <\r< injections sous-cutanées de benzoale de soude; il prétendil ainsi par comparaison avec un animal chez lequel il avait produit une arthrite traumatique, obtenir une évolution beaucoup plus bénigne des lésions osseuses.

Immédiatement après, le professeur de la Clinique d'Inspruk, Hokitansky et son aide de clinique Kroczack instituèrent le même traitement chez l'homme; 15 phtisiques dont plusieurs atteints de cavernes turent soumis à l'inhalation journalière d'une solution dehenzoatedesoudeà5p. 100, sur ces 1 ô malades 3 étaient moribonds elguérirent en trois à quatre semaines. Un s'étonna et on s'émut de ces résultats prodigieux, aussi bien à Vienne qu'à Berlin. Le professeur Schnitzler contesta jusqu'à l'action physiologique des inhalations, disant avec raison que, si on compte sur les pulvérisalions pour atteindre le bacille dans lespoumons, on se trompe grossièrement, car le médicament poudroyé n'arrive pas jusqu'aux extrémités bronchiques; il est arrêté aux cordes vocales. Guttman continua ces données en examinant le larynx, après la pulvérisation de substances colorées. 11 essaya néanmoins la médication sur 31 phtisiques, atteints pour la plupart de lésions avancées et de lièvre hectique, il admi-

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nisira, selon la deuxième manière de Rokitansky, jusqu'à 50 grammes de solution benzo-sodique par jour. Des 31 malades ainsi traités 9 succombèrent en moins de trois semaines, chez les autres on n'observa pas une seule l'ois l'abaissement de la température, ni l'augmentation du poids corporel, ni la moindre modification des signes de percussion ; quand les signes d'auscultation du catarrhe bronchique tuberculeux semblaient s'améliorer; quand la toux et l'expectoration diminuaient pendant quelques heures, c'est que les inhalations commençaient presque toujours par provoquer une toux d'irritation avec une expectoration plus marquée. Il est à remarquer que, pour aider l'action des inhalations, Gultinaii administrait ainsi 8 grammes de benzoale à l'intérieur. .Malgré toutes ces doses énormes, il n'y eut que des insuccès (deux fois une hémoptysie). Les remarques de Frankel, de Senator vinrent à l'appui des précédentes données. Les recherches de Jaccoud si consciencieusementpratiquées sur 15 malades, dont le plus grand nombre étaient à la période du ramollissement tuberculeux, donnèrent également des résultats fâcheux. « Le traitement, n'est pas toujours accepté; lorsqu'il Test, il est certainement une cause de fatigue, et les résultats ne sont pas suffisants pour compenser touteslesdifficullés. L'utilité, quant à la détersion des surfaces broncho-pulmonaires, me semble positive, mais cet effet peut être obtenu par des inhalations inoins prolongées » que celles prescrites par Rokitansky.

Effets thérapeutiques comme expectorant. — On l'a administré de tout temps comme expectorant dans les catarrhes bronchiques apyrétiques, avec accumulation des mucosités dans les bronches; ses effets paraissent assez marqués, pour qu'on puisse l'utiliser dansées conditions chez les phtisiques.

Effets thérapeutiques contre Vurèmie et V uricémie. — La théorie avait indiqué la formation du glycocol de l'acide

SUBS1 Ml ES NÉI uni'in HQl ES LK0MA1 LQ1 ES 513

benzoïque aux dépens de l'urée el de l'acide urique du sang ; oo '-il avail conclu à l'utilité de l'acide benzoïque dans le traitemenl de l'urémie (Frerichs) el «le L'uricémie ou goutte naais l'expérience a démenti ses effets thérapeutiques, comme la physiologie avail démontré l'inanité des prémisses, qui servaient de base à la doctrine.

§ 159. — Créosote

Chimie. — La créosote a été considérer de tout temps comme unmoyen antiseptique; l'acide créosotique qui l'ail partie, comme l'acide benzoïque et l'acide salicylique de la série des acides aromatiques, constitue un énergique antiferment, el sa combinaison avec la soude, est aussi, d'après Kolbe, un réfrigérant comme la quinine; la difficulté est dans le mode d'emploi.

De môme que les préparations benzoïques, la créosote agit puissamment sur les organes respiratoires, particulièrement lorsqu'ils sont atteints de tuberculose, et cette circonstance i été mise en relief, il y a cinq ans, par le professeur Bouchard, en collaboration avec Gimbert de Cannes.

1. Chimie. Mode d'administration. Doses. — La créosote obtenue d'après le procédé de Reichenbach, qui la découvrit en 1832, constitue un liquide oléagineux, incolore, d'une saveur brûlante, d'une odeur pénétrante, peu soluble dans l'eau, bien soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles fixes. 11 importe pour l'usage médical de ne se servir que de la créosote pure du goudron de bois; il importe surtout de se servir delà créosote dissoute; les meilleurs dissolvants sont l'alcool ou l'huile, l'eau sert à la dilution. Une solution aqueuse au 1000* ou au 500% une solution huileuse au 100", ou un vin fortement alcoolisé, ce sont là les préparations usitées par Bouchard et Gimbert, qui recommandent de ne pas s'en tenir

sée, Phtisie. i. — 33

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aux doses anciennes de 0 gr., 05 de créosote, mais de les ('lever à 40 ou 50 centigrammes et môme à l gramme par jour ; le succès esta ce prix. L'ingestion du médicament au moment des repas constitue la meilleure méthode pour administrer les diverses formes pharmaceutiques. Les inhalations créosotées sont impraticables. L'injection sous-cutanée, pratiquée d'après le nouveau procédé que nous décrirons plus loin, d'après Bouchard, [tarait devoir présenter des avantages réels. II. Effets thérapeutiques. — L'expérience tentée sur 93 malades (dont 53 observés à Cannes, dans des conditions plus favorables que les 40 autres observés à Paris) montre les résultats suivants, qu'on peut résumer ainsi : 25 guérisons apparentes (ou 27 p. 100) caractérisées par la disparition totale de la toux et de l'expectoration, le retour de l'embonpoint, la suppression des raies bullaires, etc. Ces cas se rapportent à 5 cas de phtisie au premier degré, et 20 au second degré. 20 améliorations (31 p. 100) avec retour de l'embonpoint, diminution des troubles et signes pulmonaires à la première phase, 5. cas; à la deuxième période 20 cas; et 3 au troisième degré; IN insuccès (ou 19 p. 100) qui comprennent exclusivement des phtisies aux deux périodes ultimes. 21 morts ou 23 p. 100.

Au résumé 5i malades sur 93 ont bénéficié du traitemeni, parfois après quelques phénomènes passagers d'intolérance gastrique. Chez tous l'influence avantageuse de la créosote se traduisait moins par une action antipyrétique ou par une modification de la nutrition, que par un effet direct sur la lésion locale ; c'est la véritable caractéristique de cette importante médication.

III. Effets physiologiques. — Voici une nouvelle série de recherches expérimentales et cliniques sur la créosote, que mon excellent ami, le professeur Bouchard, a bien voulu nie communiquer.

SUBSTANCES NÊCROPHYTIQUES OZONISANTES 515

En 1879, j'ai indiqué le résultat de nouvelles recherches expérimentales el cliniques sur l'emploi de la créosote en injection sous-cutanée. J'ai injecté la créosote pure chez le lapin. J'ai produit une nécrose du tissu cellulo-adipeux

qu'une incision pratiquée le lendemain m'a permis de consulter; le tissu était feuille morte, les vaisseaux, noirs, remplis de sang coagulé, le tissu ainsi mortifié exhalait L'odeur de créosote. La plaie cutanée suturée se réunit par première intention; il n'y eut ni gangrène, ni suppuration. J'ai assisté à la résorption lente d'une nécrose aseptique.

» J'ai injecté la créosote en solution dans l'huile à divers titres mais surtout à 50 p. 100, même à 75 p. 100, soit chez le lapin, soit chez l'homme, sans jamais provoquer ni gangrène, ni phlegmon. Il importe de l'aire l'injection assez profonde pour qu'elle ne touche pas la face profonde du derme. L'effet local est une tuméfaction rosée, modérément douloureuse, qui devient ecchymotique, et à laquelle succède une nodosité qui persiste souvent pendant un mois.

» Cinq minutes après l'injection sous-cutanée d'un centimètre cube d'une solution huileuse de créosote à 50 p. 100, le malade a dans la bouche la sensation gustative de la créosote. J'ai abandonné l'usage des injections sous-cutanées de créosote dans la phtisie pulmonaire, les résultats m'ayant paru être médiocres. Je les emploie dans certaines septicémies et m'en suis bien trouvé dans un cas d'infection purulente et dans un cas d'érysipèle grave. Ces deux malades ont guéri contre toute espérance ; mais de vastes abcès se sont produits au niveau des injections.

i J'ai pratiqué chez le lapin des injections intra-veineuses de créosote en solution dans l'eau alcoolisée. L'effet physiologique le plus marqué est le lalentissementde la respiration qui survientdès que l'animal a reçu 5 centigrammes de créosote par kilogramme de son poids. A partir de 15 centi-

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grammes, on constate des arrêts respiratoires très prolongés. La respiration s'arrête en inspiration. On peut injecter jusqu'à I 8 centigrammes par kilogramme du poids de l'animal sans provoquer la mort. Je n'ai pas injecté de doses plus élevées en raison de l'impossibilité de faire supporter aux animaux les doses d'alcool ou de glycérine nécessaires pour dissoudre de telles quantités de créosote. » (Bouchard, 15 avril 1884.)

§ 10 0. — Térébenthine^ huile essentielle de térébenthine

L'huile essentielle de térébentine, qu'on peut aussi considérer comme un dérivé du benzol, possède des propriétés antiseptiques bien prononcées et connues de tout lemps, mais expliquées plus récemment par une étude plus précise de ses réactions chimiques. En effet à la lumière elle attire très énergiquement l'oxygène qu'elle transforme en oxygène actif ou ozone; c'est là la cause de son action destructive des agents de fermentation. En outre, comme la créosote, comme l'acide benzoïque, elle agit sur les muqueuses respiratoires. C'est à ce double titre qu'elle fait partie de la série de remèdes que nous avons désignés sous le nom de nécrophytiques et respiratoires.

I. Chimie. Modes d'administration. Doses toxiques des térébenthines. — Les térébenthines proviennent de diverses espèces de pins (pin maritime français, pin allemand, vénitien), qui possèdent toutes les mêmes propriétés optiques lévogyres (excepté le pin anglais); la térébenthine qu'on doit considérer comme une solution impure et acide de résine dans l'huile, fournit par la distillation avec l'eau, l'huile essentielle, qui est un liquide incolore, très odorant, insoluble dans l'eau, mais soluble en toutes proportions dans l'alcool et l'éther; cette huile a la propriété d'absorber jusqu'à5p. 100 d'oxygène, comme l'a démontré Berthclot. Si on

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introduit de l'aride chlorhydrique gazeux dans L'huile froide, il en résulte un camphre qui se combine avec les acides très oxydés du phosphore lesquels n'ont pas les propriétés toxiques du phosphore ; c'est pourquoi l'huile de térébenthine est l'antidote le plus sur du phosphore.

Des expériences de Rossbach et Fleischman, sur les animaux supérieurs, il résulte que l'huile essentielle de térébenthine injectée dans le sang détermine de graves lésions pulmonaires qui n'existent pas, lorsqu'on introduit l'huile essentielle dans l'estomac; parce dernier procédé il se développe, lorsque la dose est massive, des lésions gastro-intéslinales, qui retentissent sur l'état général; les mêmes doses diluées produisent un trouble général distinct.

Les doses toxiques sont nettement définies ; en introduisant sous la peau d'un lapin ou dans l'estomac 5 grammes, on observe des effets marqués, mais ce n'est qu'à 10 grammes, qu'ils deviennent mortels.

On a vu mourir des enfants à la suite de l'ingestion de 1 5 grammes; cependant des guérisons s'opèrent chez l'adulte après une dose de 50 à 100 grammes.

Air saturé d'émanations de térébenthine. — En faisant respirer à un animal trachéotomisé de l'air qui a passé dans un flacon de térébenthine, Rossbach a observé une diminution de la sécrétion bronchique; les vaisseaux de lamuqueuse, (•tant contractés, elle s'anémie, se sèche; mais la sécrétion recommence plus tard.

La térébenthine a aussi le pouvoir antiseptique; elle supprime les effets du mucus putride sur les organes respiratoire-, de plus elle ralentit la respiration el le pouls.

11. Effets physiologiques sur V homme. — Inhalations. — Mêlée avec l'air atmosphérique l'huile de térébenthine peut, à une certaine dose, déterminer une sensation de douleur dans les voies respiratoires supérieures; les narines de-

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viennent sèches, rouges; la respiration se trouble, devient anxieuse, le thorax se resserre; il survient de la toux et un ralentissement des respirations.

Ingestion de Vhuile. — a. Effets sur l'estomac. — Introduite dans les organes digestifs, elle produit un goût acre, amer, la salivation, la sécheresse de la muqueuse buccale, de l'inappétence, du malaise, des nausées et môme des vomissements, des coliques et souvent la diarrhée. Tout récemment on a préparé en Allemagne une huile purifiée qui paraît être moins préjudiciable aux organes digestifs.

b. Élimination de la térébenthine. — Quelle que soit la voie par laquelle la térébenthine ait pénétré, qu'elle ait été inhalée ou bien introduite dans le tube digestif (où elle trouve souvent à se dissoudre dans la graisse des aliments), elle arrive et reste longtemps dans le sang; puis s'élimine principalement par les poumons et par les urines, très peu par la sueur et le lait. L'air expiré prend alors l'odeur de la térébenthine. Les urines contractent une odeur de violettes, ce qui indique que la térébenthine a subi une modification. En même temps les organes urinaires sont souvent le siège de douleurs et la vessie se contracte fréquemment.

c. Action sur le poumon et la respiration. — Outre son action sur l'air expiré, la térébenthine exerce aussi une influence sur le type respiratoire, qui paraît due au système nerveux plutôt qu'à une modification locale; le nombre des ics pirations diminue considérablement chez les animaux et chez l'homme.

d. Action sur la circulation et la température. — La circulation ne subit pas de modification constante; le nombre des pulsations n'augmente que quand il y a une cause d'excitation, comme la douleur; dans tous les cas on observe un abaissement de la pression vasculaire, très souvent un certain degré de réfrigération.

SUBSTANCES NÉCROPHYTIQUBS OZONISANTES 519

e. Action sur le système nerveux central. — A dose forte, \\ grammes, la térébenthine détermine chez l'homme des accidents cérébraux, de la céphalalgie, du malaise, «les bâillements, du vertige, de l'anxiété, et plus tard une grande prostration avec somnolence.

Résumé. — C'est donc un excitant du système nerveuxceniial en même temps qu'elle produit une dépression de la respiration, du cœur et de la température.

III. Effets thérapeutiques des térébenthines dans la phtisie et les catarrhes bronchiques. — a. Effets sur les catarrhes bronchiques. — La térébenthine a été employée de tout temps dans les affections broncho-pulmonaires par les grands cliniciens anglais (Stokes et Graves) et français. Ses indications sont pourtant bien mal définies; on a dit que c'est un expectorant qui, dans les catarrhes bronchiques apyrétiques avec sécrétion consistante, doit faciliter l'expectoration; mais on la prescrit aussi, et avec plus de succès, dans les catarrhes pituiteux, dans les blennorrhées, c'est-à-dire avec sécrétion liquide et exagérée, et c'est dans ces conditions que les préparations de térébenthine et le goudron réussissent le mieux. Il restera toujours à déterminer leur mode d'action sur les vaisseaux et les glandes bronchiques.

b. Effets sur les bronchites tuberculeuses. — Les mêmes effets se retrouvent dans les phtisies à forme catarrhale, et ici il n'y pas à craindre une action locale fâcheuse.

Mode d'administration. — 11 s'agit seulement de résoudre la difficulté du mode d'administration et du mode de pénétration des térébenthines dans le sang. L'huile essentielle ne saurait évidemment être employée. On est obligé de recourir aux sèves de sapin, qui se dissolvent enpelitequantité, même dans l'alcool.

Inhalation des vapeurs térébentliinées. —Les fumigations de térébenthine ou de goudron paraissent plus indiquées et

plus efficaces; L'absorption de ces-produits n'esl pas douteuse.

c. Effets ozonisants et antiparasitaires. — Les effets antiparasitaires de la térébenthine ont été utilisés depuis Skoda dans le traitement des bronchites fétides et de la gangrène pulmonaire; les parasites qui entretiennent la fermentation putride se détruisent par la térébenthine, qui est, comme l'on sait, un des corps les plus chargés d'ozone.

11 y a là une application rationnelle à tenter contre les microphytes tuberculeux.

^ 161. — Soufre et ses composés. Hydrogène sulfuré

É numération des composés sulfureux usités dans te traitement des affections pulmonaires. — Les principes sulfureux comprennent trois groupes :

1° L'hydrogène sulfuré.

2° Les sulfures alcalins et les eaux minérales sulfureuses.

3° Le soufre, l'acide sulfureux et les hyposulfites.

Les sulfates ne rentrent pas dans la phtisiothérapie.

L'hydrogène sulfuré (H2S), qui n'est pas employé à l'état libre, constitue le principe actif d'un grand nombre d'eaux sulfureuses, d'une odeur qui le fait facilement reconnaître, d'une légère réaction acide ce qui le fait désigner sous le nom d'acide hydrosulfurique; ce gaz est facilement absorbé par l'eau dans la proportion de deux à trois fois son volume, et se trouve normalement, bien qu'en petite quantité, dans les parties inférieures du tube digestif, comme produit de la digestion des gaz.

I. Effets pln/siologiques. Absorption. Doses toxiques. — L'hydrogène sulfuré peut être absorbé par la peau; il l'est souvent par la muqueuse intestinale ; il pénètre plus facilement encore et plus souvent par la respiration.

Quel qu'ait été le mode d'absorption, l'hydrogène sulfuré

SUBSTANCES NÊCR0PI1YTIQ0ES OZONISANTES S81

arrivé dans le sang, constitue un véritable poison, qui est si souvent la cause de la mort des vidangeurs; si toutefois ce gaz est mêlé avec l'air pur el libre, les effets toxiques sont rares el ne deviennent à craindre que >i la proportion d'hydrogène sulfuré e^t considérable; le chien meurt dans une atmosphère contenanl I 10p. lOOdecegaz.

a. Élimination. — Ce qui diminue le danger de l'intoxication, c'esl la facilité avec laquelle le gaz est éliminé, principalement par les poumons; ce fait a déjà été mis en relie!' par Cl. Bernard, qui, en injectant de l'hydrogène sulfuré dans les veines d'un animal, retrouva le gaz en presque totalité dans l'air expiré. Il s'élimine, quoiqu'en moindre quantité, parla peau el par les urines (Senator).

Dans les urines, il ne passe pas toujours en nature ; en effet lorsque l'empoisonnement est peu prononcé, tout l'hydrogène sulfuré se transforme dans le sang en sulfate alcalin, et c'est sous cette forme qu'il passe dans l'urine; y a-t-il en même temps un excès d'urée, signe des suroxydations?

h. Action sur le sang. — La toxicité est due manifestement à l'action de l'hydrogène sulfuré sur le sang lui-même. Lorsqu'on mêle le sang avec ce gaz, l'oxygène abandonne immédiatement l'oxyhémoglobine, et on voit apparaître au spectroscope la raie d'absorption de l'hémoglobine réduite; il se forme à ses dépens un composé analogue à l'hématine, rouge comme elle, mais qui est incapable d'absorber l'oxygène de l'air; d'une autre part il se produit un corps très chargé de soufre, qui présente une coloration vert olive ou brun rouge selon qu'on l'examine en couches minces ou épaisses; c'est ce corps qui laisse déposer du soufre et une substance albumineuse. Il est à remarquer que ces phénomènes ue se produisent pas quand l'hémoglobine en solution esl dépourvue d'oxygène (Hoppe-Seyler), ce qui n'a jamais lieu dans les globules de l'être vivant.

522 LA PHTISIE BACILLAIT.E

Dans le sérum, l'hydrogène sulfuré transforme les carbonates et phosphates alcalins en composés sulfureux qui, en présence de l'oxygène, Unissent par constituer des hyposulfites et des sulfates.

Toutes ces transformations, qui sont tout au plus compatibles avec la vie des animaux à sang froid, ne sauraient avoir lieu chez les animaux supérieurs; ils meurent par la paralysie des centres nerveux, ou par l'arrêt du cœur, avant que le sang ait subi cette profonde altération; aussi, après la mort, le sang, même le sang artériel, n'offre que les caractères du sang veineux; l'oxyhémoglobine a conservé ses raies spectrales, et le sang- n'est jamais privé entièrement de son oxygène; l'animal ne meurt pas d'asphyxie; les accidents cardiaques et cérébraux sont dus à l'action directe du gaz sur les organes principaux de la vie, sur les éléments histologiques eux-mêmes; ce qui tend à le faire croire, c'est que, selon une remarque curieuse de Schônbein, l'hydrogène sulfuré, enlève aux substances organiques, entre autres aux ferments, aux champignons et aux globules sanguins euxmêmes, le pouvoir appelé catalytique de transformer l'eau oxygénée en eau, et en oxygène neutre; avec la disparition de ce pouvoir catalytique, ces organismes inférieurs et d'autres éléments corporels ne tardent pas à perdre leurs propriétés vitales.

c. Action sur les centres nerveux et sur les organes respiratoires. — A doses modérées l'hydrogène sulfuré inhalé ou absorbé dans l'intestin par suite de la décomposition du contenu intestinal (Senalor) détermine de la céphalalgie, du vertige, la pâleur du visage. A doses toxiques il provoque la perte de connaissance, puis une dyspnée violente avec convulsions générales, dilatation des pupilles, c'est-à-dire l'asphyxie, par paralysie des poumons, qui peut encore cédera la respiration artificielle (Kauffmann et Rosenthal).

SUBSTANCES NÉCROPHT riQUES OZONISANTES 543

d. Action sur la circulation. — La circulation ne se modifie guère au débul de L'action de l'hydrogène sulfuré; toutefois on a remarqué le ralentisse al du pouls; à la période

asphxique, on constate les signes habituels de la cyanose el en même temps une accélération avec affaiblissemenl du pouls.

e. Action sur les organes digestifs. — L'hydrogène sulfuré qu'on ingurgite plus ou moins avec les eaux minérales sulfureuses détermine habituellement des renvois sulfhydriques, drs nausées, très souvent des coliques et (!<• la diarrhée; mêmes phénomènes existent aussi dans les dyspepsies intestinales vraies, qui sont marquées par la fermentation putride de la masse alimentaire dans l'intestin, à la suite de l'action du pancréas.

II. Effets antiparasitaires de V hydrogène sulfuré. — On a mené grand bruit, dans ces derniers temps, de l'action antiparasitaire de l'hydrogène sulfuré. Déjà en 1881 Froschauer l'avait proclamé le vrai moyen préservatif des maladies microbiques. Récemment Xièpee expérimenta sur les crachats tuberculo-bâcillaires, qu'il soumit àl'action de- gaz de l'eau d'AUevard, et parvint à rendre ces crachats inoffensifs, car il put les injecter impunément aux cobayes el aux lapins; dix minutes suffisaient pour enlever à l'expectoration son caractère nocif; ce serait un grand bienfait pour l'bygiène, car jusqu'ici on n'est pas parvenu à anéantir le bacille ni avec l'acide phénique ni avec l'acide salicylique; Hiller el Schùl qui ont fait de minutieuses recherches sur la désinfection de ces produits, dans le fameux Institut sanitaire de Koch, n'ont pu arriver à ce résultai qu'en soumettant les crachats à une coction prolongéeà plus >\<- 100 degrés (voir g 20).

III. Effets thérapeutiques. — M. Nièpce n'hésite même pas à attribuer à l'acide sulfhydrique les vertus curatives des

"»2t Là PHTISiE BACILLAIRE

eaux d'Allevard : a La tuberculose, dit-il, peut être modifiée et guérie par cet agent thérapeutique. » Cette grave question mérite d'être examinée à l'occasion des eaux sulfureuses en général.

§ |U| DIS. — Sulfures alcalins. Eaux sulfureuses

Les eaux sulfureuses ont une action complexe dans la phtisiolhérapie; elles agissent très peu par l'eau pure en boisson; encore moins par les bains, bien plus par le gaz sulfhydrique qui se dégage dans les bains ou qui est inhalé. soit par des appareils spéciaux, soit dans les salles d'inhalation; il y a un quatrième élément dont, on n'a pas tenu compte jusqu'ici et qui constitue un des fauteurs principaux du succès de la cure, je veux parler de l'altitude des localités.

I. Enumêration des principales stations sulfureuses. Composition (1rs eaux. — Un peut distinguer les eaux sulfureuses en plusieurs groupes, selon la composition des eaux.

1er Groupe. Eaux sulfurées. — Un premier groupe comprend les eaux minéralisées par les sulfures alcalins; la [dupart se trouvent dans les Pyrénées ; nous comptons là :

a. Les eaux monosulfurées, comme Cauterets. Barèges, Saint- Sauveur qui renferment du monosulfure de sodium, une certaine quantité de chlorure de sodium et du silicate de soude, dans la proportion de 0,05 par litre ou de 15 grammes pour un bain de 250 litres.

Les Eaux-Bonnes, qui, outre le monosulfure et le chlorure de sodium, contiennent le sulfure de calcium.

L'eau de ces diverses sources, dont quelques-unes, comme Carègeset Cauterets, sont hyperthermiques, est inaltérable à l'air ; lorsqu'elle est mise en bouteilles elle peut subir quelque modification par un principe végétal appelé barégine qui se trouve dans toutes ces sources.

SUBSTANCES NÊCROPRYTIQDES OZONISANTES 5i5

Il Eaux sulfuro-silicatées. Luchon. Ax. — Voici un type particulière! remarquable par la facilité avec laquelle l'eau se décompose à l'air; comme elle contient une notable quantité de silicate de soude, elle subit, par le refroidissement '!'• l'eau du bain à sa surface, une sorte de décomposition; le soufre se dépose dans l'eau du bain et produit nne action irritante locale qui peut être très utile; l'eau devient blanche, louche, et cet aspect provient précisément du -outre qui est à l'état moléculaire; en outre il se l'orme alors de l'hydrogène sulfuré, qui constitue un des agents physiologiques et thérapeutiques des plus importants ; oeil est à noter que la production de ce gaz n'est pas proportionnée à la sulfurai ion; elle dépend uniquement de la décomposition de l'eau minérale.

e. Les plus faiblement sulfurées, mais plus alcalines que les autres sources pyrénéennes comprennent les stations des Pyrénées-Orientales. Amélie-les-Bains, le Vernet, etc.

2 Groupe. Eaux sulfatées calcaires. — Elles se décomposent en sulfure au contact des matières organiques, d'où il résulte la formation d'une grande quantité d'hydrogène sulfuré. Enghien est une eau presque froide, sulfatée calcaire avec beaucoup d'hydrogène sulfuré en dissolution et quelques traces d'iode. Pierrefonds très peu minéralisé.

3 Groupe. Eaux sulfurées mixtes. — Les unes comme Saint- Honoré sont en mêmes temps bicarbonatées calcaires; k's autres contiennent une notable partie de chlorure de sodium, comme Uriage. D'autres sont sulfuro-iodurées , comme Challes près d'Aixen Savoie; citons enfin Allevard, qui contient peu de sulfure, une grande quantité de chlorures, des traces d'iode, et qui dégage l'hydrogène sulfuré en propori ions élevées(3 p. 100 de gaz). Une mention spéciale, à cause de sa merveilleuse balnéation, est due à Aix en Savoie. A

L'étranger nous devons signaler Aix-la-Chapelle (Borcette), Méliadia en Hongrie.

II. Composition des eaux sulfurées et sulfatées, etc. — On ne comprend pas l'activité de ces diverses eaux, en présence de leur faible minéralisation; plusieurs de ces sources, entre autres celles des Pyrénées, contiennent Ogr.,01, el au maximum 0 gr., 07 de sulfure par litre (Ludion) ; tous les principes fixes réunis se montent à peine à 2 ou 3 grammes par litre, le sel commun y figure pour quelques centigrammes ; il en est de même du sulfure de calcium. Il est donc impossible de trouver dans l'usage de ces eaux prises en boisson ou en bains l'explication de leur utilité.

III. Modes d'administration. Atmosphère sut (hydrique. — Un litre d'eau pure comme boison nous donne 7 centigrammes de sulfure; or on dépasse rarement 1/2 litre par jour, c'est donc 2 à 3 centigrammes de sulfure, qui jouiraient des vertus curatives ; c'est assez, qu'elle soit chaude ou froide, pour donner lieu dans l'intestin à des douleurs où à la diarrhée; c'est assez encore pour produire à son passage par les poumons une action locale sur la muqueuse bronchique ; mais c'est tout, on ne saurait avoir de visée plus haute.

Les bains, contenant au maximum 10 à 15 grammes de sulfure par bains, seraient ils même sérieusement minéralisés, ne peuvent rien produire de plus qu'un bain chaud ordinaire; car rien n'est absorbé, rien ne passe dans les urines; j'admets une action irritante sur les téguments, qui peut être salutaire, et qui se produit surtout dans les eaux qui blanchissent comme celles de Ludion, c'est-à-dire qui déposent du soufre; la poussée n'est que le témoignage de cette irritation locale.

Inhalations. — L'action des eaux sulfureuses ne consiste pas davantage dans l'inhalation de l'eau pulvérisée ; lorsqu'il s'agit d'obtenir un effet local sur la gorge ou le larynx, la

SUBS1 IN< ES NÉCROPHYTIQUES OZONISANTES 547

pulvérisation de l'eau el la projection de cette eau ainsi divisée sur 1rs parties malades peuvent être «rime réelle utilité, mais il ne faut pas espérer plus. Il a' est pas démontré que la vapeur minérale pénètre dans les grosses bronches, à plus forte raison atteigne les bronchioles el les alvéoles pulmonaires. Lorsque Sales-Girons inventâtes appareils pulvériseurs, une longue discussion s'éleva à la Société d'hydrologie sur le degré el le lieu d'absorption ; la plupart des hydrologistes (Briau, Pietra-Santa, etc.) ont nié catégoriquement la possibilité de la pénétration de l'eau poudroyée an delà des cordes vocales et à pins forte raison de son entrée dans les vaisseaux sanguins. De toutes façons, l'opération fait penlre à l'eau minérale -a température cl altère sa composition; si bien qu'en croyant administrer ainsi une eau thermale sulfureuse, on ne donne que l'eau froide, claire et désulfurée.

Respiration des gaz et surtout du gaz sulfhydrique. — Il n'y a que des gaz qui peuvent arriver aux alvéoles pulmonaires par une respiration régulière, calme, normale; les salles d'inhalations dans les établissements thermaux ne doivent donc comprendre que les gaz ; or nous savons qu'un certain nombre d'eaux sont chargées d'acide carbonique; d'autres dégagenl de l'azote ; enfin les eaux sulfureuses abandonnent toutes une quantité plus ou moins marquée d'hydrogène sulfurt'. A Allevard, Nièpcc a trouvé' dans 320 litres d'air, qui représente l'air respiré pendant une heure, près de 53 centimètres cube- d'hydrogène sulfuré; la prescription porte ordinairement la respiration d'un air contenant 3p. 100 de ce gaz. On n'a pas analysé l'air dans les autres stations thermales; mais il est démontré que, si on prend un bain sulfureux (même artificiel), dans un cabinet hermétiquement clos, on peut ressentirleseffets de l'hydrogène sulfuré et même éprouver un commencement d'intoxication. Depui-

52â LA PHTISIE BACILLAIRE

saye avait observé à Enghien que les malades éprouvaient parfois des défaillances, de* bourdonnements d'oreilles, de la céphalalgie, et divers accidents nerveux, qui étaient évidemment dus à l'hydrogène sulfuré; car il suffisait d'aérer la chambre de bain, pour voir cesser lous ces phénomènes.

Les eaux sulfatées calcaires, comme les eaux sulfurées, peuvent produire cet effet, qui est plus marqué dans les stations où l'eau se décompose et laisse dépose)' du soufre, comme à Ludion. Ainsi le bain n'agit que par le gaz qui se dégage de l'eau minérale; par lui-même, le séjour dans l'eau, la durée du bain, réglera la durée de l'inhalation, et la clôture du cabinet son intensité d'action.

IV. Effets physiologiques et thérapeutiques. — La physiologie est celle de l'hydrogène sulfuré; la thérapeutique comprend, outre legazsulfhydrique respiré dans lasalledebain ou d'inhalation, l'usage interne de l'eau thermale; lous ces effets réunis, sans compter l'altitude, peuvent servir de point de départ au traitement des phtisies avec prédominance du catarrhe bronchique, à la condition qu'elles soient apyréliques, ou du moins dans une période d'accalmie au point de vue des oscillations thermiques. Comme toutes les eaux minérales froides ou thermales, elles favorisent la congestion hémorragipare, tout en produisant généralement une notable sédation de la circulation, parfois aussi un retour des forces physiques et une amélioration de ce qu'on appelle vaguement l'état général.

Au point de vue local, nous voyons la sécrétion diminuée ou modifiée au point de perdre son caractère purulent; mais les râles cavernuleux ou caverneux persistent, ainsi que les signes de l'engorgement pérituberculeux, reconnaissant par la matité. Ce catarrhe ne disparait pas ; il cesse d'être infectant. C'est au résumé l'élément sécrétoire des bronches, c'està-dire le catarrhe qui est justiciable des eaux sulfureuses;

sriïSTANCES NÉCROPHYTAIRES OZONISANTES 529

mais n'oublions pas qu'il est Lui-même le résultai de L'irritation par la lésion bacillaire péribronchique; il ne s'agit pas d'établir un parallèle avec le catarrhe primitif, qui subil les plus heureuses modifications sous l'influence du traitement

sulfuro-thermal, tandis que le catarrhe qui accompagne ou suit l'asthme ne reçoit guère plus d'encouragement que la bronchite tuberculeuse.

§ 162. — Soufre. Acide sulfureux. Hyuosulfites

I. Soufre. — Le soufre appliqué à l'extérieur sous forme de poudre ou de pommade, jouit de la réputation d'un véritable parasiticide; la pommade sulfuro-potassique d'Helmerich, lorsqu'on fait pénétrer le remède sous l'épiderme par de vigoureuses frictions, guérit parfaitement la gale, en détruisant l'acarus scabiei.

Le soufre pris à l'intérieur sous forme de fleur de soufre ou soufre sublimé, ou de lait de soufre (précipité du sulfure de calcium) agit uniquement comme médicament local, et purge d'une manière mécanique.

Action sur le tube digestif. — En effet comme il est insoluble dans l'eau et les acides dilués, il n'est pas absorbé par l'estomac. Dans l'intestin grêle, dont la réaction est alcaline, une partie du soufre peut se dissoudre et devenir assimilable ; l'absorption en est très faible chez l'homme et chez les carnivores, très marquée chez le cheval à cause de la quantité d'alcalins que l'intestin renferme; la partie alcalinisée peut même en passant dans le sang, déterminer des accidents chez les herbivores.

Chez l'homme le soufre purge, à la dose de 4 à 8 grammes en produisant des selles féculentes et non entièrement liquides, aqueuses, comme à la suite des eaux salines purgatives; cette composition des matières fécales tend à faire

SÉE, Phtisie. i. — 34

530 LA PHTISIE BACILLAIRE

croire que le soufre ne fait que dissocier les masses fécales, et que d'une autre part il excite les contractions intestinales par voie réflexe; c'est pourquoi on remploie avec raison dans les constipations d'origine hémorroïdale. Dans toutes ces circonstances il se forme de l'hydrogène sulfuré; voici comment : le gaz acide carbonique de l'intestin absorbe la soude ou la potasse de l'intestin, et le soufre s'unit à l'hydrogène qui s'y trouve également; mais jamais, en supposant même que le gaz sulfhydrique soit résorbé, il ne produit de troubles sérieux; les empoisonnements par le soufre n'existent pas.

II. Acide sulfureux. — A l'état de gaz, l'acide sulfureux respiré détermine une si violente irritation de la muqueuse laryngée, avec occlusion de la glotte, que son usage est impossible ; c'est un poison des plus actifs qui agit sur le sang comme un moyen réducteur, lui enlève son oxygène, et finalement le coagule; sur les organismes inférieurs son action destructive dépasse celle de l'acide salicylique et du phénol : Ier, 666 suffit pour empêcher la reproduction des microphytes.

III. Sulfites et hyposulfites. — Les sulfites et les hyposulfites alcalins qui sont assez facilement supportés à doses assez fortes, donnent lieu dans l'estomac, en se transformant en chlorures, au dégagement de l'acide sulfureux, qui parait agir là comme antiferment; ils provoquent ensuite comme les sulfates alcalins des évacuations diarrhéiques, et apparaissent aussi comme sulfates dans les urines.

Effets préservatifs contre les maladies infectieuses. Immunités artificielles. — Depuis plus de vingt ans, Polli préconise les hyposulfites comme moyen préventif et comme agent thérapeutique dans les maladies infectieuses, qui peuvent être considérées d'après ce médecin comme étant dues à des fermentations anormales dans le sang; il s'agit d'imprégner l'organisme de substances susceptibles de rendre le ferment inactif, en le neutralisant; l'agent antifermentif par excel-

l.-ii. •■■ serai! riiyposulfite alcalin. En Italie, ces idées ont l'ait le ir chemin, Rudolf] employa les hyposulfitespour guérir une septicémie? et Mazzolini pour prévenir la malaria? En France Paul lit des recherches sur ce sujet.

Effets curatifs. — Mais Polli ne se contente plus d'empêcher les maladies infectieuses ou de les modérer par les hyposulfites;il propose maintenant de traiter ainsi La tuberculose quand elle est compliquée de cavernes pulmonaires; dans i e cas ce n'est pas contre la maladie que la médication serait efficace, mais contre les complications d'infection purulente, dont les excavations sont la source ; j'avoue queje ne connais ni ne comprends ces septicémies tuberculeuses des loyers de ramollissement; le bacille peut bien gagner les bronches voisines, ou même envahir tout l'organisme; or le bacille parait inconnu à Polli.

Ie GROUPE. — DES ALIMENTS MINÉRAUX

Voici comment Voit définit la diète minérale (Pflûger's Archiv, 1883) : L'inanition n'amène pas de changement correlalil des éléments dans l'organisme, tandis que parla diète minérale le contenu salin des organes diminue. Ainsi par une alimentation privée d'albumine ou de graisse, l'encéphale ne s'appauvrit pas en albumine ou en graisse, mais lorsqu'on soustrait les matières salines, il perd ses sels. Il n'est donc pas indifférent que la substance nerveuse possède ou non sa quotité- minérale physiologique, et dans ce dernier cas il faut compter sur des manifestations pathologiques. Ce que Voit dit de la substance nerveuse, s'applique à tous irganes. Ainsi la diète minérale est dangereuse et réci-

ju'oquement le régime inorganique peut avoir son utilité, c'est là le point de départ de la conception des médications minérales; c'est dans ce sens, qu'il faut interpréter, à mon avis, les médications phosphato-calcaires, salines, etc., qui ont été si singulièrement interprétées jusqu'ici. Je me souviens de l'avis d'un grand praticien, qui, dans une consultation, insistait avec force sur l'utilité du phosphate de chaux pour crétifierlcs tubercules; sa théorie était des plusstm/)/es. L'étude des moyens thérapeutiques d'ordre inorganique comprendra : 1° le phosphore et la chaux; 2° le chlorure de sodium; 3° les alcalins qui n'ont ici que des usages restreints.

§ 103. — Phosphore et ehau.v

I. Physiologie. Étal physiologique du phosphate calcaire dans V organisme. — Le phosphate calcaire (ou calcaro-magnésien) qui se rencontre dans tous les tissus organisés, fait partie intégrante des éléments hislologiques à l'état de combinaison avec les principes albuminoïdes; c'est sous cette forme qu'il entre dans la composition des liquides de l'économie; dans le corps du chien de 3k, 8, on trouve d'après lluss 126sr, 7 de chaux (plus 3 grammes de magnésie) dont 99,5 p. 100 dans les os.

Les animaux supérieurs et l'homme éliminent constamment du phosphate calcaire; il faut donc que leur nourriture en contienne pour le remplacer.

Élimination. — L'élimination se fait par les urines (qui laissent passer principalement la magnésie) et parles garderobes, qui contiennent en majeure partie la chaux; on pourrait croire à une expulsion directe des matières calcaires, avant leur absorption; mais le même l'ait s'observe aussi pendant l'abstinence; Voit a trouvé chez un chien inanilié

i|iii rendait lp.,88 de matières fécales, 0,36 do cendres dont les - 3 étaient formés par la chaux. Il est à rémarquer que

les urines qui à cause de leur réaction très acide semblent devoir dissoudre tous les alcalis terreux, n'empêchent pas une grande partie de ces substances de passer du sang dans les intestins; mais cette double élimination se réduit en délinilive à un chiffre minime.

Rapports de laperte et de la réparation calcaires. — Lorsque l'apport des alcalins terreux est restreint, le corps peut perdre d'abord des sels calcaires aux dépens des os, ou bien le système osseux restant intact, ce sont les autres organes qui font les frais de la déperdition ; des expériences faites avec une grande précision par Alph. Milne-Edwards et pleinement confirmées par Weiske (Journalkle biologie, t. Vil àX) ont démontré que si la nourriture d'une jeune tourterelle est pauvre en matière calcaire, l'animal est pris de diarrhée, d'amaigrissement, et bien que les os aient perdu légèrement de leur poids, ils n'ont pas perdu leur composition. Roloff et Erwin Voit ont continué toutefois à soutenir que chez les animaux en voie de croissance la diète calcaire détermine le rachitisme, et Heitzeman a prétendu développer un ramollissement artificiel en ajoutant à la nourriture une certaine quantité d'acide lactique; c'est là encore un fait contesté par Huss; en effet, lorsque le régime est pauvre en calcaire, les organes digestifs se troublent dans leurs fonctions; et si la diarrhée survient, ce qui est de règle, c'est (pie la chaux contenue dans les aliments est entraînée au dehors; il n'y a pas de résorption à la surface de l'intestin; Seeman l'a prouvé, et cette démonstration complète les données expérimentales de Milne-Edwards.

Quantité de chaux nécessaire à la reconstitution. — Mal- Lin'' ces effets de l'abstinence minérale, la quantité nécessaire pour réparer les pertes est loin d'être considérable, même

534 LA PHTISIE BACILLAIRE

chez les jeunes animaux; un petit chien n'a besoin que de lgr, 5 à 2er, 8 de calcaire par kilogramme de poids corporel; le jeune chien de race bien plus.

L'animal adulte, qui est bien nourri ne perd que très peu de substance calcaire; un chien de 33 kilogrammes peut se maintenir à l'état de santé avec les Or, 043 de calcium que renferme sa nourriture (150 grammes de viande et 20 grammes de graisse) ; toutefois un grand chien de race ne trouve plus sa ration calcaire dans500 grammesde viande, et il dépérit. Lorsque l'expérience se fait sur des tourterelles développées, ce n'est qu'à la longue, après un an et plus, que certaines parties du système osseux s'altèrent (Voit). Il s'agit d'ailleurs dans tous les cas de déterminer non seulement la quantité de calcaire contenue dans les aliments, mais encore jusqu'à quel point cette substance se trouve résorbée. N'oublions pas d'ailleurs qu'outre les aliments, les eaux calcaires apportent un fort contingent de chaux (carbonate calcaire), ainsi que l'a démontré Boussingault.

Résorption de la chaux alimentaire. — La chaux qui pénètre dans l'économie est difficilement résorbée; elle varie de quantité selon l'état de croissance ou le développement complet de l'animal. Dans ce dernier cas 81 p. 100 environ des substances minérales ingérées passent dans les urines. S'agit-il d'organisme en voie d'accroissement! les urines et les matières fécales en éliminent bien moins; c'est que l'intestin en résorbe davantage, el tandis que l'homme adulte qui prend du lait, perd 40,8 p. 100 de cendres minérales (Rubner) l'enfant qui tette n'en perd que 36,5 p. 100; il semble même d'après Soxhlet, que les 97 p. 100 de substances minérales passent dans ce cas dans le sang, et que par conséquent il n'y ait que 3 p. 100 de déperdition. Avec une ration alimentaire ordinaire, le veau âgé de cinq mois s'assimile 10 grammesde chaux; si on ajoute pendant deux jours à la

nourriture, des phosphates terreux, ce chiffre monte à

19 . I; mais une pareille adaptation ne dure pas (Voit). D'après le tableau dressé par Moleschott, Les aliments les

moins riches en calcaire sont les végétaux, la pomme de terre n'en contenant que 0,20 sur 1000 parties, avec 1,70 d'acide phosphorique; les céréales elles légumes secs en renferment 0,57 à 1,04, mais avec 0 à 10 d'acide phosphorique; le régime animalisé n'en contient pas davantage; l'albumine de l'œuf: 0,10 avec 0,22 d'acide phosphorique; la chair de bœuf 0,51 avec 4,35 d'acide phosphorique; le jaune de l'œuf est mieux pourvu : 1,63 et 0,57; c'est le fromage (à cause sans doute de la petite quantité d'eau qu'il contient), qui présente les maxima 5,23 et 9,06.

On peut calculer d'après ces chiffres, que l'homme qui n'a pas besoin de plus d'un gramme de phosphate terreux par jour pour couvrir la perte par les sécrétions, trouve dans sa ration normale, la quantité suffisante.

II. Résorption du phosphate et du carbonate de chaux sut ajoutés au régime. — Introduit dans l'estomac, le phosphate de chaux subit sous l'influence de l'acide gastrique une transformation en chlorure de calcium et en phosphate acide, dont une partie est sans doute transformée en phosphate basique dans l'intestin; mais là se fait-il une résorption? D'après les expériences de Buchkeim et Korber les phosphates calcaires ajoutés au régime ordinaire d'un Carnivore sont éliminés avec les matières fécales et ne produisent pas d'effet physiologique; mais Neubauer en administrant le soir à quatre jeunes gens, 1 gramme de carbonate calcaire, trouva 0,30 au lieu de 0,30 ; ou bien 0,48 au lieu de 0,38. Il y a donc eu une résorption par le sang-, mais aussi une élimination par les urines; si on persiste, comme le démontre Riesell, la résorption de la chaux et son passage par les urines s'accentuent d'une manière plus marquée; comme

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dernière preuve, je citerai une expérience de Dusart sur un pigeon, qui après avoir été rationné au point de vue de l'apport des substances alimentaires calcaires reçut journellement 0er, 039 et en élimina Or, 008; l'absorption n'est donc pas douteuse. Mais combien de temps et jusqu'à quel degré dure l'élimination? Une longue et minutieuse expérimentation a été instituée récemment par Tereg et Arnold sur des chiens qu'on nourrissait d'une manière substantielle, en ajoutant au régime pendant deux à cinq jours des phosphates calcaires, simples, doubles ou triples, ou qu'on injectait sous les téguments. Il ressort de ces observations que les phosphates, additionnés à un régime en partie végétal, s'éliminent en plus petite quantité qu'avant l'expérience, mais que l'acide phosphorique passe davantage. Il semble augmenter lorsqu'on ajoute du carbonate de chaux aux aliments. Chez l'homme auquel on administre en même temps du carbonate calcaire et des phosphates, le fait est facile à vérifier; la phosphaturie s'accentue, ce qu'il faut attribuer à la transformation des phosphates secondaires ou tertiaires, en phosphate acide, lequel serait plus facilement résorbé dans l'intestin, qui présente d'ailleurs une acidité très marquée; des résultats analogues ont été obtenus par Soborow. « Ainsi la résorption de V acide phosphorique est indépendante de celle de la chaux. » Tereg et Arnold qui formulent ces conclusions sont arrivés à donner la préférence au phosphate calcaire unibasique; il me semble que ces données justifient pleinement l'utilité du lacto-phosphate de chaux chez l'homme.

§ 164. — Phosphore et hypophosphites

Le phosphore tend à jouer un nouveau rôle dans le traitement de la phtisie; on lui accorde ainsi qu'à l'arsenic le

pouvoir de modifier profondément la texture dea éléments histologiques, de manière à les rendre invulnérables aux atteintes extérieures; on veut créer ainsi une irritation artificielle, qui donnerait l'immunité. (Buchner, qui a émis cette supposition, n'a l'ait que la comparaison du phosphore avec l'arsenic.)

Effets histochimiques sur le tissu osseux. — Voici il me semble sur quelles données on pourrait baser ces prévisions; il y a huit ans Wegner en étudiant les effets du pbospbore sur les os atteints de rachitisme ou d'ostéomalaire avait remarqué que le phosphore ne guérit pas la lésion, mais qu'il détermine dans les éléments osseux et dans la circulation capillaire des os malades, une véritable rénovation, une néoformation.

Effets sur les cellules. — Le phosphore aux doses les plus minimes produit dans l'organisme, sur les éléments cellulaires, la désorganisation la plus profonde et la plus durable qui se traduit par une augmentation énorme des déchets albumineux (deux à quatre fois plus que le chiffre normal) ; Stork et Bauer ont prouvé ce fait, que Paul Cazeneuve a mis à l'abri de toute objection, en montrant les fautes d'expérimentation etleserreurs d'interprétation commisesà ce sujet. En même temps que les albuminates s'usent, que leurs déduis apparaissent en quantité dans les urines, l'élimination de l'acide carbonique tombe de 47 p. 100, l'absorption d'oxygène s'abaisse de -45 p. 100 (Bauer); en même temps les organes subissent une dégénérescence graisseuse qui s'observe surtout dans le foie, le cœur, les reins, etc.

Cette graisse provient sans aucun doute du dédoublement des albuminates lors de leur destruction, et non de la graisse apportée ou préexistant dans l'organisme, car cette même dégénérescence graisseuse des organes s'observe après un jeûne de douze jours; les cellules sont même atteintes dans

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leur (orme, dans leur contexture, elles ne peuvent plus décomposer la graisse, ce qui diminue indirectement l'absorption de l'oxygène et l'expiration d'acide carbonique.

Les globules sanguins sont atteints à leur tour, peut-être même avant les autres éléments hislologiques (Frankel), et dans ce cas il y a naturellement des désoxydations; mais il ne s'agit ici que des effets exagérés des doses fortes. Le pbospbore à doses minimes est à étudier à nouveau.

§ 164 bis. — Hypopliospliites

11 y a vingt ans ils ont joué un grand rôle dans la phtisiologie, ils sont oubliés et a tort, car ils sont facilement supportés, mais n'ont d'action qu'en se transformant en phospbates.

§ 165. — Chlorure «le sodium

I. Effets physiologiques. Action suroxydante. — Il y ;i une opinion généralement répandue parmi les médecins et les cultivateurs, c'est que l'addition du sel au régime augmente les échanges nutritifs; un animal qui prend une nourriture de ce genre ne doit pas engraisser.

Il importe fort peu pour juger l'influence du sel sur la nutrition, de savoir que dans ce cas l'animal consomme plus de foin, ou produit plus de viande; c'est là une affaire d'appétit, et non de nutrition. Boussingault a depuis longtemps jugé cette question; ayant trouvé chez les bestiaux soumis à ce régime des différences inappréciables d'avec l'état régulier, il considéra le sel comme n'ayant aucune action sur l'augmentation du poids corporel, ni sur la production de la chair, de li graisse ou du lait; ce qui est frappant chez le bétail ainsi traité, c'est un aspect meilleur, une coloration plus vive, une

DBS ALIMENTS MINÉRAUX

apparence de force..., mais ce n'esl pas là de l'hypernu-

liilion.

Cependanl Barrai avait soutenu que le sel provoquait chez le mouton l'engraissement et L'augmentation de poids, cequ'ii attribuai! aux combustions plus actives des substances azotées.

Oxydations plus marquées. Excès d'urée. — L'excès d'urée dans les urines semble donner raison à Barrai; Kauppa vu chezl'hommece même phénomène; l'urée s'élevaen moyenne 'i 34 ou 36 i^rai mues parjour, el Voit constata sur des animaux soumis d'abord à la ration d'entretien,puis à l'usage (pendant quarante-neuf jours), «le 5 à -lu grammes de sel, que l'urée montait de 107 (chiffre normal) jusqu'à 112,8; c'est donc une augmentation très modérée de 5 p. 100.

Cause< de V élimination plus marquée de Vurée. — C'est précisément cette élévation quoique légère du taux de l'urée, qui en a imposé, et a tait croire à des oxydations plus actives, lesquelles d'ailleurs n'expliqueraient nullement la surproduction du poids, l'animal devant plutôt maigrir par la perte des chairs musculaires. L'urée est éliminée en plus, par une cause purement chimique.

Le sel soutire l'eau à tous les corps humides, de même aux tissus vivants; il agil exactement comme un excès d'eau qui aurait été introduite dans les voies digestives et absorbée par le sang; il facilite le passage do> liquides parenchymateux à travers les tissus; cr l'eau qui passe par les reins comme à travers un filtre (aidée d'ailleurs par la pression glomérulaire) entraîne l'urée en plus grande quantité, sans qu'on soit obligé d'admettre une formation plus considérable de ces déchets. Il est à noter d'ailleurs que le sel en provoquant la soif augmente la quantité d'eau intra-vasculaire.

Le courant peut s'établir en sens inverse; si l'absorption d'eau restant la même, le chlorure de sodium attire l'eau du sang, comme le font les substances dialyliques qui sont des-

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linées à l'élimination par les urines, cen'esl pas une diurèse vraie, et si habituellement elle ne s'établit pas nettement, c'est qu'il y a assez d'eau dans les organes pour éliminer le sel, et pour entraîner l'urée au dehors.

Tous ces phénomènes d'ailleurs ne durent pas, et leur caractère transitoire prouve bien qu'il s'agit plutôt d'un phénomène physique que d'une grave désoxydation ; l'équilibre se rétablit bientôt; le chlorure sodique s'il est en excès s'élimine et le sang, ou plutôtle sérum qui naturellement contient 2,3 de chlorure sur 1000 (ou 57 sur 100 parties minérales), reprend sa composition qui est pour ainsi dire constante, invariable; il en est de même des globules rouges, qui renferment les sels potassiques.

Action sur les globules sanguins. — Ici encore il s'agit d'un phénomène physique plutôt que vital; la couleur plus ou moins claire du sang provient delà l'orme des globules ; el celle-ci est le résultat des conditions d'endosmose entre le contenu des globules et les liquides qui les environnent ; par l'adjonction du sel au sang, les globules se contractent, deviennent plus convexes et donnent au sang une couleur plus claire; ceci ne veut pas dire qu'il y ait une régénération des globules, et le sel ne saurait être comparé au fer en tant «pie médicament hématigène.

II. Action thérapeutique. — La physiologie fait prévoir des applications thérapeutiques bien restreintes; si le chlorure de sodium n'agit ni pour activer les oxydations, ni pour favoriser l'engraissement, s'il produit seulement quelques apparences favorables, il ne saurait guère être utilisé.

Il y a trente ans Amédée Latourena préconisé l'usage dans le traitement de la phtisie; le remède a été bien vite abandonné, car on a remarqué qu'à fortes doses il favorise singulièrement la diapédèse des globules rouges et la production des hérnoptysies.

III. Eaux talines. — Si j'ai insisté sur l'action physiologique du remède c'esl pour eu faire voir l'inanité; c'est aussi pour faire comprendre l'emploi des eaux salin''- el des bains de mer; ce n'est pas que les bains salins, quelqu'ils soient, exercent une action générale sur l'économie ; c'esl une irritation locale tl"' la peau, laquelle n'est pas susceptible de livrer passage au chlorure de sodium; quant à l'eau saline prise en boisson, elle n'agit pas ou elle agit comme purgatif.

is salines qui jouissent de la réputation méritée di

guérir la scrofule ne s'appliquent pas au traitement de la tuberculose qui est sa congénère ; et la raison est toute physique; l'eau saline n'est pas tolérée par le phtisique qui est en pleine déchéance et ne saurait supporter une déso\ydation ou une déperdition nouvelle des principes albuminoïdes; le scrofuleux protite de ces eaux, qui ont une action dénutritive sur les produits péri-bacillaires, c'est pourquoi iiix salines minérales ont si peu de succès lorsqu'elles ne possèdent pas d'autre élément minéralisateur. On dit bien qu'elles modifient la sécrétion bronchique; mais ceci n'est pas un élément important de la tuberculose ; les eaux chlorurées iodiques, ou arsenicales comme la Bourboule constituent les moyens les plus puissants de la physiothérapie. L>éjà ees stations étaient désignées contre la scrofule; le correctif iodé ou arsénié les désigne contre la tuberculose pulmonaire.

§ 160. — Alcalius

Les alcalins sont employés surtout dans le traitement des catarrhes bronchiques simples ou tuberculeux. Les eaux d'Ems en Allemagne, de Royat en France sont alcalines, mais la dernière présente aussi des traces d'arsenic: la source Ghomel purement alcaline de Vichy jouit d'une certaine

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renommée; il y a en outre, des eaux chlorurées sodiques légèrement alcalines, qui agissent dans le même sens que les chlorurées pures. A cause de leur faible minéralisation, elles n'ont en réalité qu'une médiocre importance; c'est pourquoi je ne les considère ni comme dangereuses, ni comme utiles; elles ne méritent ni honneur, ni indignité.

I. Physiologie. — Un doit en effet se demander au préalable si, pour acquérir ce douteux bénéfice, on peut ou on doit passer par dessus les inconvénients plus ou moins avérés des eaux alcalines.

Actions diverses sur les oxydations, selon les doses. — Les carbonates alcalins sont chargés de toutes sortes de méfaits; on les a accusés de suroxyder les éléments constituants de l'organisme, et de détruire les globules; s'il en était ainsi, je n'hésiterais pas à les proscrire de la manière la plus absolue, non seulement dans le traitement de la phtisie, mais de toute maladie quelconque; il faudrait fermer Vichy. Guidés par les expériences remarquables faites en 18:25 par Chevreul sur l'action que les alcalins impriment aux combustions organiques qui se passent à l'air libre, Mialhe et Liebig ont pensé qu'il se produisait dans l'organisme comme dans le laboratoire de chimie, un excès d'oxydation, se traduisant par un excès d'urée dans les urines, et d'acide carbonique dans l'air expiré. Mais l'expérimentation sur les animaux et l'observation sur l'homme ont donné en général des résultats contraires, et parfois aussi, contradictoires entre eux. Ainsi Munch n'a pas observé sur lui-même après une dose journalière de 3 à 9 grammes la moindre modification dans le taux de l'urée éliminée. Séverin n'affirme pas davantage la surproduction de l'urée après l'usage journalier de 2 à 4 grammes. Seegen observa chez un chien qui fut soumis pendant une longue période à l'alcalinisation, puis à la ration physiologique, les oscillations les plus marquées;

il en conclut qu'il doit y avoir d'autres voies éliminatoires de l'urée que les reins el les intestins. Rabuteau et Constanl obtinrenl des résultats bien différents suivant 1rs doses; par l'usage de i à 6 grammes de carbonate de soude, l'urée de vingt-quatre liniivs Rabaissa de I9gr,6 à 18 grammes, tandis que par les petites doses il y eut une augmentation légère. La vérité est, comme le dit Voit, que l'action du carbonate de soude est insignifiante; comme celle du chlorure de sodium; en effet, selon la judicieuse remarque du Rabuteau, h-s petites doses se transforment dans l'estomac en sel niaiin; on croit alors donner un alcalin, on donne du sel de cuisine.

Action sur les globules du sang. — Il en est de même de ralcalinisation du sang ; Clément apris chaque jour 8 grammes de carbonate sodique; les globules tombèrent le sixième jour de -4,531,000a 3, 280,000; mais quatre jours après, tout était réparé à peu près; le taux des globules se releva à i, -207,000. A Vichy, plusieurs médecins (Lalaubie, Coignard) ont observé précisément l'inverse; pour eux l'eau de Vichy est un reconstituant des globules? je vois qu'on ne s'entend pas plus sur ce point que sur les oxydations.

II. Effets d'expériences sur la sécrétion bronchique et la toux. — Ajoutésau mucus consistant ils dissolvent la mucine, et le rendent plus fluide (Rossbach); on a pensé à une action identique parles alcalins introduits dans le sang, ou inhalés. Yh'chow a démontré en outre que les solutions alcalines faibles excitent les mouvements des épithéliums vibratiles; ce sont ces mouvements et la fluidiiication des sécrétions, qui expliqueraient l'expectoration plus rapide du mucus.

Expériences sur des chats trachéotomisés. — Deux grammes de carbonate de soude, ou 0b'r, 50 de chlorhydrate d'ammoniaque injectés dans le sang déterminèrent les phénomènes suivants: la muqueuse trachéale pâlit, devint grisâtre,

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et la sécrétion muqueuse se tarit pendant huit à dix minutes, après qu'on a séché la muqueuse avec du papier à filtre; ce médicament diminue ou supprime donc la sécrétion ; ce qu'on ne saurait d'ailleurs attribuer à l'anémie vasculaire, car par une excitation des nerfs vasomoteurs constricteurs, l'anémie esl plus forte, et cependant la sécrétion muqueuse continue.

III. Effets sur V homme. — Si cette donnée s'applique à l'homme, elle renverse toutes les théories admises jusqu'ici; au lieu d'être des fluidifiants et des expectorants, les alcalins devront être considérés comme le moyen le plus sûr, de décongestionner la muqueuse, d'abaisser en même temps la sécrétion muqueuse, par conséquent de quérir, et non pas seulement de soulager les malades.

Quant aux pulvérisations de solution alcaline, dirigées sur la muqueuse elle-même, elles ne produisent rien, ou elles produisent une irritation de la muqueuse (Rossbach). Il n'existe pas de faits qui prouvent l'action thérapeutique dans la phtisie; les eaux alcalines s'adressent à l'élément bronchique.

XLYI

APPRÉCIATION DES MÉTHODES DE TRAITEMENT. — MARCHE NATURELLE DE LA MALADIE. — VALEUR PRONOSTIQUE DES RACILLES.

Avant d'apprécier les méthodes de traitement, et d'en appliquer les procédés pharmaco-dynamiques, il y a deux questions importantes à résoudre : l'une est relative à la marche naturelle de la maladie, à sa progression, à sa régression; sans cette notion on serait tenté d'attribuer au remède, ce qui appartient à la maladie; l'autre se rapporte à la valeur

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