BOURGEONNEMENT EMBRYONNAIRE
M. le prolesseur Renaiit a pu se convaincre qu’il s’agissait ici simplement d’un bougeonnement absolument analogue à celui qui survient dans un tissufibreux, comme le derme, lorsqu’il a été enflammé.
Ce processus incessant de remaniement est marqué, dans les plaques de sclérose, par une pigmentation considérable, résultat des nombreuses poussées de néoformation vasculaire. De même autour d’un ancien ulcère bourgeonnant de la peau subsiste pendant longtemps et parfois indéfiniment une pigmentation brune ; de même dans le tissu similaire des plaques de sclérose tuberculeuse on voit le pigment se répandre autour des vaisseaux, autour des bronches et dans les intervalles des bandes de tissu fibreux diversement entremêlées.
Le processus que nous venons de décrire s’effectue souvent sur les limites d’un îlot intercalaire caséeux. Le bourgeonnement part souvent des parois de la bronche qui commandait l’îlot considéré j le tissu embryonnaire, s’il remonte j usqu’au niveau du point où cette bronche est encore perméable, vient au contact de l’air, suppure véritablement, et la fonte purulente ouvre la cavernule. Ainsi les processus inflammatoires dont la sclérose pulmonaire est le théâtre peuvent concourir à l’extension des lésions ulcéreuses du poumon. Lorsqu’un îlot pneumonique intercalaire d’une certaine importance a été englobé dans une plaque de sclérose, les phénomènes que nous venons de décrire s'effectuent presque fatalement. Voilà pourquoi 1 on ti Olive, en règle générale, une ou plusieurs cavernes à parois fibreuses au sein des énormes masses cicatricielles qui ont transformé la presque totalité du lobe supérieur en un vaste nœud de tissu fibreux.
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Cette forme de caverne est pour ainsi dire caractéristique des phtisies chroniques à très lente évolution, et dans lesquelles le sens fibro-formatif des lésions tuberculeuses a été très accusé. Ces cavernes sont presque toujours trouvées aux trois quarts vides, circonstance qui n’a pas été suffisamment notée par les auteurs et sur laquelle nous devons insister ici. Le liquide peu abondant qu’elles renferment n’est point du pus vrai, mais un détritus moléculaire sanieux, renfermant des acides gras, des boules de leucine et répandant une odeur infecte. Cette odeur se communique à l’air expiré des phtisiques à cavernes vastes et localisées au sommet du poumon, et qu’on observe le plus fréquemment dans les formes extrêmement lentes.
Dans ces cas, la paroi de la caverne est rigide, creusée à pic dans le tissu fibreux, et la concrétion membraniforme, qui la tapisse à l’intérieur, est constituée par une zone mince de ce tissu fibreux qui a subi la dégénérescence granuleuse. Au-dessous de cette pellicule désintégrée, le tissu fibreux est dense, translucide, comme celui d’une plaque de péribépatite ou de périsplénite. Les vaisseaux sont oblitérés j dans la substance fondamentale devenue hyaline, comme colloïde, et se colorant encore par le carmin, existent des boules de leucine que le même réactif teint en rouge intense. Les couches périphériques de l’excavation sont constituées pardu tissu fibreux fasciculé, semé d’îlots embryonnaires, parcourus eux-mêmes par des vaisseaux à parois minces ou par de gros vaisseaux de distribution qui, lorsqu’ils sont atteints par la désintégration, peuvent être ulcérés comme dans une caverne et donner lieu aux hémoptysies foudroyantes que l’on observe dans quelques cas.
CAVERNES. — BRONCHECTASIES 3!)
Nous devons dire actucllemonl un mot des lésions que présentent les bronches au sein d’une nappe de sclérose en voie d’évolution. Ces lésions sont très remarquables et constantes; sur son trajet intrascléreux la bronche est toujours dilatée et enflammée chroniquement. La dilatation n’est pas toujours cylindroïde et régulière : sur les points où la paroi est sollicitée par l’action prédominante d’un îlot de cicatrice adjacent, il se fait une dilatation sacciforme. Des dilatations annulaires ou fusiformes peuvent s’effectuer par un procédé analogue, sur les points où la bronche est entourée de toutes parts d’un anneau rétractile puissant. L’épithélium bronchique, même sur des pièces recueillies dans des autopsies d’hiver et par la gelée, est ordinairement desquamé. Le système de plis radiés des bronchioles juxtalobulaires et des bronches de petit calibre se trouve transformé, par l’inflammation interstitielle du derme muqueux et par la chute de l’épithélium, en un système d’énormes bourgeons charnus qui sécrètent incessamment du pus. Dans ces plis muqueux bourgeonnants existent d’énormes capillaires embryonnaires, remplis de sang et qui se continuent avec les mailles vasculaires péribronchiques situées au-dessous des arcs cartilagineux discontinus, qui sont eux-mêmes énormément dilatés et entourés de tissu embryonnaire formé de cellules indifférentes. La majeure partie' du pus expectoré par les phtisiques porteurs de vastes cavernes atones, creusées au sein du tissu fibreux, n’a pas une autre origine. A l’autopsie, ces bronches sont pleines de pus, tandis que les cavernes sont aux trois quarts remplies d’air et ne renferment qu’une petite quantité de bouillie grisâtre produite par la lente désintégration de leurs
ANATOMIl;; PATHOLOGIQUE parois. Aussi parfois, pendant la vie, chez un phtisique qui crache des flots de pus, trouve -t-on aux premiers instants du réveil, et avant la première quinte de toux du matin, un souffle amphorique intense et du tintemeni métallique au niveau des cavernes; ces deux phénomènes ne s’accompagnant que d’un faible gargouillement à grosses bulles.
Mais une altération extrêmement intéressante est celle subie par les muscles de Reissessen. Dans son cours d’anatomie générale, M. Renaut a fait voir qu’à l’état sain ces muscles ne forment pas autour des bronchioles de petit calibre des anneaux analogues aux sphincters artériels, dont les fibres lisses croisent leurs extrémités aux deux chefs opposés. Les muscles bronchiques forment une série d’arcs qui embrassent le pourtour de la bronche à la façon des mains de plusieurs individus qui embrasseraient une colonne en faisant chevaucher leurs doigts. En d’autres termes, ces muscles sont disposés comme des segments d’arc dont les extrémités empiètent les unes sur les autres à la façon des festons d’une rosace limitée par des éléments de cercles légèrement excentriques au point central commun. Supposons maintenant que la lumière de la bronche ainsi limitée par des couches musculaires s’élargisse démesurément, les segments d’arc formés par les muscles de Reissessen vont s’écarter les uns des autres et s’éventrer à leurs points de contact, comme le ferait une bande de papier que 1 on aurait collée en cercle autour d’un ballon de caoutchouc que l’on insufflerait. De plus, sous rinfluencc de l’intlanimation, les minuscules tendons élastiques qui terminent à leur extrémité chacun des segments d’arc musculaires,
MUSCLES DE REISSESSEN
se sont fondus pour ainsi dire sous 1 influence de 1 indamination, comme le lait toujours le tissu elasticjuo en pareil cas. Les muscles péribronchiques sont donc a la fois éventrés et dépourvus de points d attaches. La bronche a cessé d’être un canal contractile, et l’action périphérique du tissu fibreux qui l’entoure peut s’exercer en toute liberté pour la dilater indéfiniment.