‹ De la phtisie fibreuse chroniqueChapitre 14 sur 36 · ÉVOLÜTION DU TISSU FIBREUX · texte numérisé non relu

ÉVOLÜTION DU TISSU FIBREUX

A.U SEIN DES MASSES TUBERCULEUSES DEVENUES CASÉEUSES FORMATION DES PAROIS DES CAVERNES CO MM UN I C ANTES ^

Pour bien comprendre les lésions multiples de la phtisie chronique, une dernière étude nous reste à faire. Dans la phtisie à rapide évolution, et par exemple dans la forme décrite par Morton, sous le nom de phihisis florida, et par Trousseau, sous celui de phthisie catarrhale, le poumon est envahi par une éruption d’îlots granulopneumoniques qui ne sont pas assez discrets pour subir isolément la transformation fibreuse, et qui ne sont pas non plus assez confluents pour produire une hépatisation pneumonique lobaire, pseudo-lobaire ou en larges îlots.

i Les poumons dont l'examen a servi de point de départ à la description qui va suivre proviennent d’une femme de 74 ans (Marie Jalabert), morte à l'Hôtel-Dieu de Lyon, au mois de mai de cette année dans le service de M. U. Tripier. Elle était atteinte d'une paralysie agitante; la malade, en partie tombée dans l’enfance, ne donnait que des renseignements irés incomplets sur ses antécédents, et n’attirait pas l'atlentioii sur les phénomènes pulmonaires. Mort dans le marasme.

-12 anatomif: pathologique

Mais des nappes, des traînées de tissu pulmonaire envahi subissent la transformation caséeuse et sont séparées par d’autres bandes et d’autres îlots qui subissent au contraire soit totalement, soit partiellement , la transformation fibreuse. Après une courte maladie, dans laquelle souvent la fièvre n’a point cessé, le malade meurt en j)résentant les symptômes d’une bronchio-pneumonie ou d’une bronchite généralisée, et son poumon paraît, à l’autopsie, creusé d’une infinité de cavernes communicantes séparées par des bandes de tissu fibreux semées elles -mêmes de gi'appes de granulations soit embryonnaires, soit déjà fibreuses, soit enfin d’îlots granule -pneumoniques en voie de dégénération caséeuse. L’aspect de tels poumons rappelle celui d’une éponge, dont les cavités anfractueuses communicantes seraient remplies de pus sanguinolent, et dont la charpente serait représentée par les travées fibreuses. Cet aspect macroscopique du poumon a été décrit il y a longtemps par Portai, sous le nom d’ulcère sinueux. Dans ces cas il y a une ligne de démarcation assez nette entre les îlots pulmonaires dégénérés et ramollis, et les travées fibreuses qui les séparent. Ces dernières se sont édifiées ordinairement autour des vaisseaux un peu volumineux et des bronches d’un certain calibre, sans envahir les points occupés par les lésions tuberculeuses à tendance dégénérative précoce.

Mais il existe des cas mixtes dans lesquels les îlots pulmonaires en voie de dégénération ne subissent que très lentement cette dernière. Ou voit alors, suivant la remarque judicieuse de Grancher, se produire sur la marge ou même dans l’intérieur de ces lésions dégénératives des points de pneumonie interstitielle. Ici, comme dans la scié-

SCLimOSE RÉPARATRICE DES POINTS CASÉEUX /.fl

rose diffuse, le tissu fibreux, produit dans l’intervalle des lésions tuberculeuses du type dégénératif, offre une tendance remarquable à l’extension. L’on voit partir des travées fibreuses des bourgeons vasculaires énormes qui semblent chercher à pénétrer dans les îlots de pneumonie caséeuse. Ces vaisseaux présentent des diverticules sacciformes et des pointes d’accroissement analogues à ceux que l’on observe dans la période embryonnaire. On les voit souvent s’avancer jusqu’au milieu d’un îlot dégénéré ; ils sont remplis et distendus par de nombreux globules sanguins et restent le siège d’une circulation active, tandis que les vaisseaux anciens de la zone dégénérée sont oblitérés ou atrophiés. Parfois ces énormes capillaires, dont l’aire de section égale et dépasse souvent les dimensions d’un alvéole pulmonaire sain, s’entourent d’une zone de tissu embryonnaire formé évidemment aux dépens des cellules lymphatiques amenées par le sang qui circule dans leur cavité. Cette zone embryonnaire peut, on le conçoit, devenir l’origine de petites masses de tissu conjonctif que l’on voit s’édifier autour du vaisseau, au sein même de l’îlot caséeux. Mais le plus souvent le tissu fibreux se forme autrement : la membrane propre du capillaire embryonnaire bourgeonnant, d’unilamellaire qu’elle était, devient nettement lamelleuse. Ainsi se forment, autour des bourgeons vasculaires qui pénètrent les îlots caséeux, des bandes de tissu fibreux qui s’accroissent, morcellent le point dégénéré et deviennent ainsi l’origine d’une véritable sclérose, sclérose réparatrice en ce sens qu’elle diminue l’étendue des masses dégénérées, rendant ainsi plus difficile la formation de vastes points caver neux.

Les considérations qui précèdent ne sont point en dehors de notre sujet, il est extrêmement rare en efifet que la tendance fibro-forraative ait été assez accusée et assez soutenue dans un organisme tuberculeux pour qu’on ne rencontre point, mêlées aux lésions fibreuses, des lésions dégénératives souvent répandues sur de vastes surfaces. Lorsque, par suite des dispositions générales de l’organisme, les tendances fibro-formatives des lésions tuberculeuses viennent à l’emporter sur les dégénératives, c’est ainsi que les points envahis par la caséification sont remaniés, morcelés par le tissu fibreux et parfois effacés plus ou moins complètement par le processus laborieux que nous venons de décrire.

On comprend par le long exposé qui précédé comment dans un même poumon tuberculeux se trouvent constamment réunies et juxtaposées des lésions diverses. Presque jamais la tendance fibro-formative n’a dominé régulièrement pendant tout le cours de la maladie. Des poussées successives se sont produites et ont conduit soit à la formation de vastes îlots de pneumonie caséeuse ou interstitielle, soit à de petites lésions circonscrites autour d’un petit nombre d’îlots granule -pneumoniques et qui peuvent, être, dans des points très voisins, l’origine de petits noeuds caséeux ou de petites grappes de granulation de Bayle contenues dans une traînée fibreuse. Pour ainsi dire dans aucun poumon tuberculeux, en dehors de quelques cas exceptionnels, les lésions dégénératives ne sont absentes; mais il est des cas nombreux dans lesquels ces lésions sont relativement peu considérables; il en est même où elles sont graduellement effacées par la

TYPE GÉNÉRAL DE LA PHTISIE FIBREUSE /,r)

végétation du tissu doroax ; quand celte dernière devient prédominante et se poursuit pendant de longues périodes, le type des lésions est profondément modifié par l’extension incessante de la pneumonie interstitielle, et par ses granulations de Bayle abondantes et disséminées, par ses tramées fibreuses périvasculaires et péribronchiques, par ses nappes de cirrhose pulmonaire localisées au sommet et creusées de cavernes rares et atones, la phtisie chronique prend un type général déterminé. Elle devient une phtisie fibreuse présentant des caractères évolutifs et symptomatiques que nous allons esquisser dans les pages qui vont suivre.

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