‹ De la phtisie fibreuse chroniqueChapitre 6 sur 36 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qui est très explicite à cet égard, il y avait là deux processus absolument différents : d’un côté l’inflammation, spéciale si l’on veut, mais enfin l’inflammation avec ses caractères d’évolution toujours subordonnée aux causes secondes; de l’autre côté le tubercule, produit spécifique, identique à lui-même, analogue au cancer ou à toute autre production néoplasique, à marche toujours envahissante, la plus petite des tumeurs en un mot. L’unité une fois admise, quel est celui de ces deux processus qui va persister et absorber l’autre à son profit? Problème difficile et dont nous n’essayerons même pas de retracer les éléments. M. Thaon déclare que « le tubercule n’est pas une tumeur, mais une inflammation suffisamment caractérisée pour qu’on puisse la distinguer de toutes les autres, une inflammation ayant une évolution et des caractères distincts. » Il faut rattacher aux lésions tuberculeuses non seulement les productions nodulaires, la granulation grise demi-transparente, mais encore les productions diffuses, la pneumonie fibrineuse et catarrhale qui se développe sous l’influence de la diathèse tuberculeuse. Ces deux variétés de productions sont également typiques et le plus souvent conjuguées chez le même sujet vecteur. Telle est la conception générale de la tuberculose qui a servi de point de départ à ces recherches ; nous n’insisterons pas davantange sur cette question que l’on trouvera exposée avec plus de détails et de précision dans un travail récent de M. le professeur Renaut, présenté à la Société des sciences médicales de i-yon, et publié sous ce titre : « Note sur la iuherciilose en général, et sur ses formes fibreuses pneumoni qites en particulier, Lyon, 1879. »

Nous passons immédiatement à l’étude anatomique de l’évolution fibreuse des inflammations tuberculeuses.

HISTORIQUE

Depuis l’époque où l’on a fait des recherches anatomopathologiques sérieuses sur la phtisie pulmonaire, tous les auteurs qui se sont succédé ont indiqué tour à tour l’existence du tissu fibreux au sein du poumon tuberculeux. Bayle alla plus loin et décrivit une forme spéciale de phtisie dans laquelle l’élément fibreux dominait pour ainsi dire exclusivement (phthisie calculeuse). Mais cette forme a été considérée jusqu’à ces derniers temps comme très rare. Certains auteurs ont regardé exclusivement les lésions fibreuses du poumon tuberculeux comme le résultat de la réaction vitale du tissu pulmonaire sur le tubercule, comme un mode particulier de guérison de ce dernier par pénétration ou enkystement. C’est ainsi que Cruveilhier ^ admettait de la façon la plus catégorique que (( la phlegmasie chronique indurée (c’est-à-dire la pneumonie fibreuse ou interstitielle), lorsqu’elle est circonscrite aux granulations, aux tubercules, aux agrégats tuberculeux qu’elle surprend dans des états divers, qu’elle isole des parties voisines, constitue pour les tubercules une barrière infranchissable, car elle transforme le poumon en un tissu dense, fibreux, granitiforme, incapable de tuberculisation aussi bien que de tout autre phlegmasie, surtout de la phlegmasie suppurée. »

• Cruveilhier, cité par HérarJ et Gornil, De la pht. piUni., p. I...

HISTORIQUE

Nous reviendrons plus loin sur cette opinion de Gruveilhier qui devra être discutée soigneusement dans sa dernière partie. 11 nous suffira de dire qu au moment ou MM. Hérard et Gornil écrivirent leur Traité de la 'phthisie pulmonaire aujourd’hui classique, l’étude des formes fibreuses de la phtisie était pour ainsi dire encore toute à faire et qu’ils n’accordèrent point à son étude de place spéciale dans leur traité. Ils se bornèrent à dire avec tous les auteurs classiques que, fréquemment, les sommets des poumons tuberculeux sont envahis par du tissu fibreux qui forme la coque des cavernes, et s’étend plus ou moins loin, sous forme de travées, dans les zones encore occupées par les produits tuberculeux en voie d’évolution caséeuse.

11 est cependant facile de voir, en compulsant les recueils d’observations les plus anciens, qu’il existe certaines formes de phtisie pulmonaire dans lesquelles la production du tissu fibreux semble jouer un rôle prédominant dans les lésions observées. G’est ainsi que Portai^ dans son observation III (celle de M”®de Gisors), dit que « le lobe droit du poumon étoit très racorni et endurci en quelques endroits comme du cuir brûlé; il contenoit une multitude de corps graniformes dont les uns étoient durs et plâtreux, d’autres plus ramollis et atteints d’une suppuration plus ou moins copieuse, et d’autres étoient plongés dans un foyer de pus grisâtre ; il y avoit dans le même lobe, vers la partie supérieure, une excavation qui auroit contenu un œuf de poule, dont les parois

Portai, Observations sur la nature et le trait, de la phi. pulm il92, p. 21.

anat(4MIE pathologique étoieiit très durcies, calleuses. » Le poumon opposé étai presque entièrement détruit par des tubercules suppurés et, circonstance à noter, le ventricule droit du cœur était dilaté; d’autre part il s’agissait d’une phtisie chronique à longue évolution et héréditaire, terminée par des œdèmes. On voil ainsi que, tandis que tout un poumon était envahi par du tissu fibreux et semé seulement de rares cavernes, l’autre présentait des lésions à rapide évolution et dont la forme était tout à fait différente des premières. On pourrait à l’infini multiplier des exemples semblables; mais nous avons cité le cas de Portai parce qu’il est à la fois l’un des plus anciennement observés, l’un des plus nets, et l’un de ceux qu’on retrouve aussi le plus communément reproduit dans les autopsies.

L’étude anatomo-pathologique exacte de la pneumonie interstitielle des tuberculeux n’a été faite que tout à fait dans ces dernières années. C’est principalement aux travaux de Gornil, deGrancher et de Thaon que l’on doit les notions exactes que nous possédons sur ce sujet. Le dernier des auteurs que nous venons de citer a notamment bien étudié le mode d’efiacement des alvéoles pulmonaires sur les points envahis par la néoplasie fibreuse, mais c’est surtout aux derniers travaux de MM. Grancher et Renaut qu’il faut recourir pour bien comprendre la signification du tissu fibreux au sein des produits tuberculeux soit de nature granuleuse, soit de nature pneumonique.

M. Grancher, le premier, appela la granulation tuberculeuse une nêo'plasie fibro-caséeuse avec unegrande raison la double tendance, soit dégénérative, soit formative, que peut aflccter cette granulation. Dans son

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