‹ De la physchologie d'AristoteChapitre 14 sur 41 · DE L'ODORAT · texte numérisé non relu

DE L'ODORAT

rant, mais aussi ce qui est inodore, c'est-à-dire ce qui a peu ou point d'odeur (1 ).

Le sens qui perçoit ces objets est l'odorat (2), et la sensation de l'odeur agréable ou désagréable est l'odoration (3). Tout corps ne saurait donc être affecté par l'odeur (4) , mais seulement celui où se trouve la faculté d'odorer, et l'odeur ne fait autre chose que produire une certaine sensation ; hors de là , elle ne peut pas plus que le son agir sur les corps : ce qui agit sur eux , en effet , ce n'est ni le son ni l'odeur, mais seulement les choses dans lesquelles se trouvent ces qualités ; ainsi ce n'est pas le tonnerre, c'est l'air qui l'accompagne qui fend le bois (5).

L'organe de l'odorat a sa place marquée dans le corps de l'animal, comme ceux des autres sens ; il est double (6) : ce sont deux ouvertures ou narines (7) . Chez certains animaux, l'appareil olfactif a une sorte de rempart ou de fourreau qui est pour lui ce que la paupière est pour l'œil. De même qu'on ne voit point quand les paupières sont baissées, mais seulement lorsqu'elles sont levées , ainsi l'on n'odore que lorsqu'en aspirant, les veines et les pores venant à s'ouvrir, on écarte l'obstacle qui bouchait en quelque sorte le sens (8). Yoilà pourquoi les animaux qui respirent n'odorent point dans l'eau , parce que la respiration y est impossible (9).

(I) De l'àme, II , 9, § 4. Pour compléter cette théorie , voir la section XII des Problèmes. — (2) Hist. des anim. ,1,11; IV, 8 — (3) De l'âme , II , 9, § 6.— (4) Ibid. , ch. 12 , § 6. — (5) Ibid., § 5. — (6) Hist. des anim., IV, 8 ; De l'àme, II, 9, § 6. — (7) Part, des anim. , II, 10. — (8) De l'àme, II , 9, § 7 ; De la sensat., V, § 14. — (9) De l'àme , II, 9, § 8. Sur les organe» de l'odorat, voyez la sect. XXXIII des Problèmes.

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C'est une condition commune à tous les sens que si un objet est placé immédiatement sur l'organe, on n'en a point la sensation (1). De là la nécessité d'un intermédiaire entre l'objet sensible et l'organe. Gela est vrai de l'odorat aussi bien que des autres sens. L'odeur ne touche point l'organe , mais elle agit sur un milieu qui agit à son tour sur l'organe (2). L'odoration a lieu ainsi à distance, tantôt dans l'air et tantôt dans l'eau (3). En effet , les animaux qui vivent dans l'air et qui respirent, l'homme par exemple, odorent en aspirant , et cessent d'o dorer quand au lieu d'aspirer ils rejettent ou retiennent leur souffle (4) ; mais les animaux privés de sang perçoivent aussi l'odeur, et les animaux aquatiques paraissent posséder l'odorat (5). Ce sens perçoit donc à l'aide d'un milieu autre que le corps lui-même (6) , et quoique ce milieu n'ait point reçu de nom, on peut dire que c'est quelque chose qui participe de l'air et de l'eau (7). Il ne faut pas croire que tout l'acte de l'odorat soit renfermé dans la modification du corps qui lui sert de milieu ; en effet, odorer c'est sentir; il faut que l'air soit d'abord modifié, mais il faut de plus que nous le sentions (8).

Le sensorium de l'odorat est proprement au cerveau (9), parce que le cerveau étant froid est propre

(1) De l'âme, II , 9, § 6.-(2) Ibid., II, 7, § 8.— (3) Ibid., II, 9, § 5 ; ch. i 1 , § 4 ; III , 12 , § 8 ; De la sensat., V, VI. — (4) De l'âme , II, 9, § 6, § 8 ; II, 7, § 9; De la sensat., V; De la respirât., VII; Part, des anim., II, 7. — (5) De l'âme, II, 9} § 5, § 6.— (6) Ibid., III, 12, § 6.— (7) Ibid., II, 7, § 9.— (8) Ibid ; II, 12, § 6. — (9) De la sensat., II , § 12; V, § 11; Part, des anim., II, 10.

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à devenir chaud et par conséquent à percevoir l'odeur, qui est une propriété du feu (1 ) .

Dans les sensations de l'odorat , nous n'émettons rien de nous-mêmes ; nous recevons au contraire quelque chose du dehors (2). En effet, l'odorat étant en puissance l'odeur, l'objet sensible agit sur lui de manière à le faire passer de la puissance à l'acte (3) .

Une certaine mesure est requise dans les objets odorants , comme dans toutes les qualités sensibles. Une odeur trop forte , qu'elle soit agréable ou désagréable, échappe à l'odorat, comme si la sensation était Une sorte de rapport et de moyen terme (4). Les odeurs trop fortes peuvent même, en détruisant le sens de l'odorat et en attaquant les organes du toucher , causer la mort de l' animal : tels sont les effets du soufre, de l'asphalte et autres corps de ce genre (5).

Nous avons déjà remarqué l'analogie frappante qui existe entre l'odorat et le goût. On peut dire, en général , que ce que la saveur est dans l'eau , l'odeur l'est à la fois dans l'eau et dans l'air (6) . Aussi , les saveurs nous étant mieux connues que les odeurs (7), on a donné à celles-ci le nom de celles-là (8). Ces deux sortes de qualités vont ordinairement ensemble : les pierres sont inodores , parce qu'elles sont insipides; les bois sont odorants, parce qu'ils ont une saveur ; bien d'autres corps sont dans le même cas (9).

(1) De la sensat. , II , § il. Pour la physiologie de l'odorat , voir Gén. des anim. 1. V, la seconde moitié du ch. 2.— (2) Topiq., I, 14, § 2 ; Probl., XII« 10.— (3) De l'âme, II, 9, § 8 ; II, 12, § 5 ; III, 2, § 7, De la sensat., ibid.; Phys.,VlII,3,pass.— (4) De l'âme, II, 9, § 4 ; III, 4, § 5. - (5) Ibid., II, 9, §6; III, 13, §2. -(6) De la sensat., V, §6 etpass. —(7) Ibid., IV, §2. - (8) De l'âme, II , 9, § 2, - § 3 ; De la sensat., V, § 6— (9) De la sensat,, V, 3 et pass.

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Cependant à une saveur agréable ne correspond pas toujours une odeur agréable (1 ). 11 y a plus : quoi qu'en disent certains philosophes, il y a des odeurs de deux espèces bien différentes , les unes qui dépendent des saveurs et les autres qui ne s'y rapportent nullement. Les premières ne sont agréables ou désagréables que par accident et non par ellesmêmes : en effet, l'odeur des aliments apporte bien quelque plaisir à ceux qui ont faim ou soif; mais pour ceux qui sont rassasiés et qui n'ont besoin de rien , elle n'a plus rien d'agréable , parce que l'aliment qui la contient a cessé de leur plaire. Il est d'autres odeurs qui sont agréables en elles-mêmes , par exemple l'odeur d'une fleur ; elles n'invitent pas à prendre comme aliment l'objet odorant , et ne contribuent en rien à provoquer l'appétit : ce serait plutôt le contraire. Ceux qui mêlent ces odeurs aux boissons , tourmentent le plaisir en quelque sorte, jusqu'à ce que par l'accoutumance ils ressentent comme un seul plaisir résultant d'une seule sensation. On comprend que les premières odeurs , celles qui dépendent des saveurs, se divisent comme celles-ci, parce qu'elles ne sont agréables ou désagréables que par accident et par leur rapport à la saveur et à la nutrition ; mais les autres odeurs ne se divisent point de la même manière, parce qu'elles sont agréables ou désagréables par elles-mêmes {%). D'ailleurs, à dire vrai, l'odorant comme tel ne contribue pas à la nutrition , mais seulement à la santé. Ce que la saveur est dans les aliments , l'odeur l'est par rapport à la santé , et c'est à

(1) De l'âme, II, 9, $ 3. — (2) De la sensat. i V, pas?.

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tort que certains pythagoriciens ont prétendu que quelques animaux se nourrissent d'odeurs (1).

L'odorat semble tenir le milieu entre les deux premiers sens , qui s'exercent par contact immédiat , et les deux sens qui perçoivent par un milieu et qui sont l'ouïe et la vue. En effet , les animaux odorent dans l'air ou dans l'eau. Le corps odorant semble donc être dans les deux genres : dans le genre des choses tangibles, puisque l'humide est tangible, et dans le genre du sonore et du visible , puisqu'il est surtout perçu dans l'air (2).

Comme la vue et l'ouïe , l'odorat perçoit à distance, parce qu'il sent à l'aide d'un intermédiaire autre que le corps de l'animal (3). Aussi se peut-il faire que plusieurs individus sentent à la fois la même chose odorante, par exemple de l'encens (4).

L'odorat n'appartient pas à tous les animaux, mais seulement à ceux qui se meuvent d un lieu à un autre; il n'est point nécessaire à leur existence ; mais il leur confère une plus grande perfection ; il leur est donné pour que , sentant de loin leur proie , ils puissent la rechercher, et qu'au contraire ils puissent éviter les objets nuisibles ou dangereux (5).

Ce sens est très-inférieur à la vue (6) ; il est le pire de nos cinq sens (7) , et l'homme est de tous les animaux le moins bien doué pour l'odorat (8). Il est

(1) De l'âme, III, 12, §7; De lasensat., V, §§ 18, 19.— (2) De la sensat., V, § 16; Part, des anim., Il, 10; De l'àme, II, 11, § 4. — (3) De l'âme, III, 12, §8; II, 9, § 5; De lasensat., V,§ 1G; VI , § 9.— (4) De la sensat. , VI, § 12. - (ô) De l'âme, 11,3, § 7; III, 12, §8; III, 13, §3? De la sensat. , I , § 9. — (6) Rhét. , 1 , 7, p. 1364 , b, 1. 38. - (7) De lasensat., IV, § 2; Hist. des anim., IV, 8. — (8) Probl., XXXI1L 10; De l'âme, II, 9, § i.

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vrai que seul il perçoit les odeurs indépendantes de la saveur, tandis que les odeurs nutritives sont communes à tous les animaux (1). Mais ce qui prouve invinciblement notre infériorité sous ce rapport et l'imperfection de nos organes olfactifs, c'est que toute perception de l'odeur est pour nous accompagnée de plaisir ou de peine. C'est ainsi que les animaux qui n'ont point de paupières , ne paraissent discerner les couleurs qu'en tant qu'elles leur donnent un sujet de crainte ou de sécurité (2).

Au reste , les plaisirs qui résultent des odeurs sont pour l'homme sans mélange de peine (3), et l'odorat est supérieur au goût et au toucher par les notions qu'il fournit, et dont l'entendement tire tantôt des connaissances spéculatives , tantôt des motifs d' action (4).

(i) De la sensat. , V, pass, — (2) De l'âme, II , 9, §§ 1 , 2. — (3) Mor, à Nie , X, 2, p. 1173, b. — (4) De la sensat., I, §9.

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