‹ De la physchologie d'AristoteChapitre 15 sur 41 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de l'ouïe ( ày-oi) ).

L'ouïe a pour objet propre le son (1 ) , lequel est en acte ou en puissance , car les corps sonores , comme l'airain et tous les corps rudes et lisses , ne résonnent pas toujours (2). Le son en acte résulte d'une percussion de corps solides qui se choquent entre eux et qui frappent l'air (3) : c'est le mouvement de ce qui rebondit sous le choc d'un corps lisse, en faisant rebondir l'air à son tour (4). Le son peut être réfléchi : il produit alors un écho (5) ; il peut aussi être brisé et réfracté tout comme la lumière (6).

Jl ne faut pas confondre le son , la voix et la parole. La voix est un son propre à certains animaux ? et qui suppose la respiration ; elle ne se produit que par le gosier et chez les animaux qui ont des poumons (7) . La parole est un certain emploi de la voix qui se fait au moyen de la langue (8).

Le son se divise en deux espèces principales r d'après l'opposition fondamentale du grave et de l'aigu (9). La voix semble bien présenter d'autres

(l) Del'àme, II, 6, §2; II, 8, §l; Des songes ,1, §2.- (2) De l'âme, II, 8,§1;III,2, §4, §5.-(3) Ibid., II, 8, § 2, § 3- - (4) Ibid., §7. — (5) Ibid. , §2, § ». — (G) Ibid., §4. — (:) Hist. des anim., IV, 9. VoyezL Traité del'àme, 1. II, ch. 8, §§ 9 et suiv. Tout ce chapitre 8 est à consulter pour la théorie physique du son. — (8) Hist. des anim., ibid. — (9) Del'àme, II, 8, §8.

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oppositions : elle est forte ou faible , douce ou rude , et elle offre encore d'autres nuances (1). Mais le nombre des espèces de sons est limité (2) , et toutes se peuvent réduire à l'aigu et au grave , expressions empruntées par métaphore aux objets du toucher (3).

L'ouïe fait connaître et ce qui est sonore et ce qui ne l'est pas , comme de la laine ou une éponge , ou bien comme une pointe qui frappe une autre pointe (4). Elle juge en effet du bruit et du silence : car, comme le disent les pythagoriciens , l'un est connu par le moyen de l'autre (5). C'est encore au même sens que l'on rapporte la connaissance d'un bruit excessif , bien qu'à vrai dire , on ne le perçoive point (6) , Ajoutons que les nombres en tant que nombres paraissent être des qualités propres du son (7).

Tels sont les objets de cette partie de la sensibilité qu'on appelle l'ouïe ou faculté d'entendre (8) , et dont l'acte est l'audition (9).

Si le corps résonnant était placé immédiatement sur l'organe de l'ouïe, on ne l'entendrait point (10). L'ouïe perçoit les sons à distance et à l'aide d'un milieu , qui est l'air ou même l'eau (1 1), Le corps sonore meut d'abord le milieu , lequel à son tour meut l'organe (12). Aussi pourrait-on croire qu'il n'y a pas simultanéité entre la production d'un son

(l) De l'àme, II, 1 1, § 2. - (2) De la sensat., III, § 20.— (3) De l'âme, H, 8, §8.— (4) De l'àme, II, 8, § 1, § 7 ; ch. 9, § 4 ; ch. 1 1, § 12.— (5) Ibid., ch. 10, § 3 ; Du ciel, II, 9. Cf. Métaph., X, J. — (6) De l'âme, ibid. — (7) Métaph. , XIII , 3. — (8) Gr. Mor. , 1 , 19; Topiq., V, G, § 5, — (9) Des songes, I, § 2. — (10) De l'âme, II, 7, §8. — (11) Ibid., §9; 11,8, §3etpass.; cm 11, §§ 4, 7,9; III, 12, §§6, 8; De la sensat., I, § 10,- II, § 1 1 ; V, § 16 ; VI, § 9 ; Part, des anim., II , 10 ; Phys., VII, 3. — (12) De l'àme, II, 7, §8.

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et la perception de ee même son (1). Au reste , l'audition a lieu nou-seulement en ligne droite > mais encore de tous côtés et dans tous les sens (2).

L'ouïe s'exerce par le moyen de l'oreille , organe double comme ceux de l'odorat et de la vue (3) , et approprié à l'audition par l'air qui y est contenu , qui le constitue comme organe , et qui lui transmet les mouvements de l'air extérieur (4). Il faut que l'air intérieur soit à l'abri de toute variation pour que l'organe au fond duquel il est logé perçoive avec exactitude toutes les nuances des sons. Si l'on entend même dans l'eau , c'est qu'elle ne pénètre pas jusqu'à l'air intérieur ; car dès qu'elle vient à s'introduire dans l'oreille , on ne peut plus entendre. On n'entend pas davantage quand la membrane est malade. L'air qui est dans les oreilles est toujours mû d'un mouvement qui lui est particulier, mais qui n'est pas un son ; le son lui vient du dehors et quand l'oreille bruit toujours comme lorsqu'on en approche une corne , c'est un signe que l'organe est en mauvais état et incapable d'entendre (5). On le voit donc, l'ouïe se rapporte essentiellement à l'air, et son organe extérieur en est composé (6) ; mais le sens lui-même a son principe au cerveau , ainsi que l'odorat et la vue (7).

Dans le phénomène de l'audition , nous n'agissons point au dehors , mais nous recevons quelque chose du dehors (8) . Le sens est passif; il est mû par l'objet ,

(1) De la sensat. , VI, §9.— (?) Part, des anim., II, 10, p.656,b, 1. 28. — (3) Ibid., 1. 32.— (4) Ibid. , 1. l G ; De la sensat. , II, § 1 1 ; De l'âme, II, 8^ § 6. — (5) De l'âme, ibid. — (6) Prc-bl., XXXI , 30.— (7) Part, des anim. , II, 10. Pour la physiologie de l'ouïe, voyez Gén des anim., 1. V, la première partie du chap. 2. — (8) Top., I, 14, § 2.

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et l'ouïe devient semblable au son en acte parce qu'elle le contenait en puissance, On peut, tout en ayant l'ouïe, ne pas entendre , de même que ce qui a le son ne résonne pas toujours; mais quand la faculté d'entendre et l'objet qui peut résonner sont tous deux en acte dans l'organe même de l'ouïe, l'un devient l'audition, l'autre la résonnance (1). Au point de vue de l'acte , le son et l'ouïe sont continus et se confondent de telle sorte , malgré leur différence de nature , qu'ils sont détruits ensemble ou subsistent ensemble, ce qui n'a pas lieu pour l'ouïe et le son en puissance (2). Du reste , pour ce sens comme pour tous les autres , l'acte est préférable à la puissance , et chaque faculté nous est donnée , non pour rester à l'état de simple disposition , mais pour être employée à un certain usage (3).

La voix est une harmonie ; la voix et l'ouïe sont jusqu'à un certain point une même chose (4); l'harmonie (5) étant une mesure et un rapport , l'ouïe est aussi une sorte de mesure. C'est pourquoi tout excès dans le grave ou dans l'aigu échappe à l'ouïe , et si un son trop léger est pour ainsi dire imperceptible , il ne nous est pas moins impossible d'entendre un bruit extrême et par trop violent (6) .

Le son étant perçu à distance, comme l'odeur, peut être entendu par plusieurs individus à la fois (7;. Par une autre analogie de l'ouïe avec l'odorat , nous

(I) Axoustç, ^o'cpïjatç, De l'âme, III, 2, § 4, §5; Topiq., V, 2, § 5. — (2) De l'âme, III , 2 , § 7 ; Phys., VIII , 3. — (3) Gr. Mor., I, ?. — (4) Probl., XI « 1 ; De l'âme, III , 2 , § 9. — (5) Sur l'harmonie , voyez la section XIX des Problèmes. — (G) De l'âme, II, 10, §3; III, 2, § 9; III, 4, §5. — (7) Delasensat., VI, § 12.

entendons mieux quand nous retenons notre respiration que lorsque nous rejetons notre souffle (1). Gomme l'odorat et la vue , l'ouïe ne se trouve que chez les animaux doués de locomotion (2). Ce sens ne sert en rien à la nutrition (3). Il n'est point nécessaire à l'existence et à la conservation de l'animal ; mais il contribue à sa perfection , car il est la condition de la mémoire et un des éléments du langage (4). C'est peut-être à cause de ses rapports intimes avec le langage que l'ouïe est de tous nos sens le plus sujet à la destruction ; car le langage est d'une formation bien difficile (5). Mais c'est de là aussi que vient à ce sens une supériorité accidentelle sur la vue. Par elle-même en effet , l'ouïe ne donne que les propriétés du son , et à quelques animaux seulement elle fait connaître la voix et les signes. Mais par accident elle contribue puissamment au développement de la pensée et de la réflexion : car le langage ? à l'aide duquel on étudie, tombe sous le sens de l'ouïe , sinon comme acte intellectuel , du moins en tant que composé de mots dont chacun est un symbole. C'est pourquoi entre ceux qui sont privés dès leur naissance de la vue ou de l'ouïe , les aveugles sont plus intelligents que les sourds-muets (6).

(l)Probl., XI, 41. — (2) Delasensat., I, § 9 ; De l'âme, III, 12, §8.— (3) De l'âme, 1. c, § 7. — (4) Ibid. , III, 13, § 3 ; Métaph. , 1 , 1; Hist. des anim.,IX, 1. — (5) Probl.,XI, 1.— (6) De la sensat., I, § 10.

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