‹ De la physchologie d'AristoteChapitre 18 sur 41 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE Là PUISSANCE IMAGINATIVE ( t6 tpavTOWTlxdv ) ;

•IMAGINATION ( «paVTOKjfol), SONGES (èvûltvwt), MÉMOIRE (pVTÎR ),

ATTENTE (ë^JUç).

Parmi les puissances de l'âme on remarque l'imaginative, qui par ses actes se distingue de toutes les autres. Où la faire rentrer? comment la mettre absolument à part? C'est ce qui présente de grandes difficultés (1).

Tantôt l'imagination est accompagnée de raisonnement et de volonté , tantôt elle est purement sensi- •tive (2). Dans le premier cas , elle semble être une manière de penser (3) et ne se rencontre que chez les êtres raisonnables (4). Dans le second, elle est commune à tous les animaux (5), et se réduit à une sorte de sensation affaiblie, premier fondement de l'espérance et du souvenir (6).

L'imagination ou fantaisie est proprement le pouvoir que nous avons de nous représenter une image quelconque (cpayre^a n) (7). Cet acte ne saurait se produire sans la sensation , et il est à son tour la con-

(1) De l'âme, III, 9, §3. — (2) Ibid., 111,10, §9;ch. 11, §2; Mouv. des anim., VIII, § 4. - (3) De l'âme, III, 3, § 5. — (4) Ibid., ch. 11, § 2. — (5)Ibid.,ch. 10, §9; ch. 11, §§ 1, 2. — (6.) Rhét., I, 11, p. 1370, a, I. 28. — (7) De l'âme, III, 3,§ 6.

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dition de nos concepts ; mais il se distingue et de la sensation proprement dite et de la pensée (1 ).

Pour que l'imagination se confondît avec la sensation , il faudrait qu'elle fût toujours sensation en acte , comme la vision , ou en puissance , comme la vue. Or il peut arriver, par exemple dans l'état de rêve , qu'une image se présente à nous sans qu'il y ait exercice actuel ou même possible d'un de nos sens. Il est certain que les objets de la vue , entre autres , nous apparaissent même quand nous fermons les yeux (2) . D'un autre côté, quand nous percevons distinctement un objet sensible, nous savons fort bien que nous voyons en effet cet objet ou que nous l'entendons , et il ne nous arrive jamais de dire que ce soit un effet de l'imagination (3). C'est que la fantaisie nous donne moins la réalité même qu'une peinture de la réalité; elle nous laisse dans l'état de simples spectateurs , et ne saurait nous émouvoir au même degré que la sensation ou même que l'opinion (4). De plus, il ne semble pas que l'imagination se rencontre partout où il y a sensibilité. La sensation est certainement chez tous les animaux ; mais quant à l'imagination , il est douteux qu'elle leur appartienne à tous (5). Enfin, les sensations sont toujours vraies (6), tandis que les images de la fantaisie sont mensongères pour la plupart (7).

L'imagination étant susceptible de fausseté, ne sera pas davantage l'une de ces deux facultés éternellement vraies, à savoir l'entendement et la science (8) .

(1) De l'âme, III, 3, §4. — (2) Ibid., § 7.— (3) Ibid.- (4) Ibid., III, 3, § 4 fin.— (5) Ibid., § 7.— (6) Voyez plus loin , chap. XIV, p. 135.— (7) De l'âme ,1. c— (8) Ibid., III, 3, § 8.

DE l'imagination. 99

On ne doit pas même la confondre avec quelque conception que ce soit , et ainsi elle n'est pas l'opinion. La fantaisie en effet dépend de nous (è^' ^h) et de notre volonté , et l'on peut toujours s'en mettre les objets devant les yeux , comme font ceux qui s'occupent de mnémotechnie et qui ont recours à des images. Nos opinions au contraire ne sont pas en notre pouvoir, et nous ne sommes pas libres de porter ou de ne pas porter tel jugement (1 ). De plus , l'opinion suppose la croyance et cette conviction qui résulte du raisonnement , tandis que l'imagination se rencontre dans certains êtres qui ne sont capables ni de raisonner, ni d'être persuadés , ni de croire (2). Il est donc bien clair que la fantaisie n'est pas plus une opinion qu'une sensation ; elle n'est pas davantage une combinaison de l'opinion et de la sensation (3). S'il en fallait donner quelque preuve, il suffirait de rappeler que certaines choses dont nous avons une opinion vraie peuvent cependant nous apparaître sous de fausses images : eu vain notre esprit se sera-t-il fait une idée juste de la grandeur du soleil, jamais nous ne nous représenterons cet astre avec un diamètre de plus d'un pied (4).

Qu'est-ce donc que l'imagination? L'imagination paraît être une sorte de mouvement (5) qui dépend de la puissance sensitive , et qui ne se produit que dans les êtres doués de cette puissance et pour les choses seulement dont il y a sensation. Si donc il existe un tel mouvement résultant de l'acte de la sensation , et

(1) De l'âme, III, 3, § 4.- (2) Ibid., § 8.— (3) Ibid., §§ 9, 10.— (4) Ibid. , § 10. — (5) Phys., VIII, 3, p. 254, a.

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