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CHAPITRE XVI

DE LA PUISSANCE APPÉTITIVE (t6 ÔpeXTlXo'v).

3De l'appétit en général (ôpeÇiç) ; du désir (èiuOujxÉa); de la passion (Oujjlo'ç); des émotions ou passions (toxÔïi).

La puissance appétitive est une des facultés les plus considérables de l'âme (1). Si Ton se refuse à en faire une faculté à part , on est contraint de la morceler et d'en rompre l'unité. En effet, elle est liée intimement à toutes les autres parties de l'âme , à la raison par la volonté , et à la partie non raisonnable par le désir et la passion (2).

Dès qu'un être est doué de sensibilité , n'eût- il que le sens du toucher, il possède par cela même l'appétit; car la sensation est accompagnée de plaisir et de peine, et partout où se produisent ces deux affections, on rencontre également le désir (3). Il suffit que l'âme , en percevant un objet sensible , en soit affectée agréablement ou désagréablement pour qu'aussitôt elle recherche cet objet et s'y attache, ou pour qu'elle y répugne et l'évite. Or jouir et souffrir sont les actes de la sensibilité en présence du bien et du

(I) De l'âme, II, 3, § 1;111, 10, § 5. — (2) Ibid., 111 ,9, § 3. — (3) lbid. il,2v§8jch. 3,§2,§3;lîï, 11, §J.

de l'appétit. 157

mal; la répugnance et l'appétit en acte ne paraissant pas être autre chose , il s'ensuit que le principe de la répugnance et celui de l'appétit (to ^&maâif nul rb 6piy.TLY.6v) ne font qu'un entre eux et avec la sensibilité, et que leur manière d'être seule est différente (1). Les deux contraires d'ailleurs doivent toujours être rapportés à une même faculté (2).

L'appétit en acte est un mouvement (3) dont la cause , l'objet ou le but est le désirable (operrov), c'est-à-dire le bien (4), ou le meilleur (5), ou le beau (6), ou l'utile (7), ou l'agréable (8), en deux mots le bon ou l'agréable (9). Au reste, il n'est pas nécessaire que l'objet soit réellement bon ou agréable en soi : il suffit qu'il nous le paraisse (1 0). Une chose même qui n'existe point peut être l'objet de notre appétit aussi bien que de notre pensée (1 1).

Tantôt l'appétit s'adresse au but lui-même, et tantôt il s'arrête aux moyens. Tous les êtres, par exemple, aspirent à l'éternel et au divin -, et comme aucun d'eux ne saurait atteindre à ce but suprême, chacun s'applique à perpétuer du moins l'espèce à laquelle il appartient , et la production d'un être semblable à luimême lui devient un but et un objet d'appétit (1 2).

Il y a deux sortes d'appétit dans l'homme : l'un raisonnable , qui est la volonté, c'est-à-dire un appétit du bien conduit et réglé par la raison ; l'autre sensuel

(1)De l'âme, III, 7, §2. -(2) Topiq., II, 7, § 4.— (3) De l'âme, III, 10, §7. — (4) Ibid. , III, 10, §§ 2, 3, 4; Topiq., V, 6, §2; Mor. à Nie, I, 1.- (5) De l'âme, III, 1 1 , § 2 ; Topiq., III, 1 , § h et pass.— {(>) Métaph., XII, 7 ; Mor. à Nie, III, 6, pass. — (7) Mor. à Nie, ibid. — (8) Mouv. des anim., VIII, §l. — (9) Rhét. , 1 , 11.— (10) De l'âme, III, 10, §4; Topiq., VI, 8, §5 —(il) Métaph., IX, 3. — (12) De l'âme , II , 3, §§ 2 , 5.

158 de l'appétit,

ou animal , qui se partage en deux et comprend d'une part le principe de la passion , et d'autre part le désir ou concupiscence (1). Il y a donc trois appétits : la volonté, la passion et le désir (2). Mais la volonté étant toujours accompagnée de raisonnement (3), nous ne parlerons ici que du désir et de la passion.

En général , tout ce à quoi nous porte l'appétit est agréable (4) ; mais si on ne le recherche qu'en tant qu'agréable , l'appétit devient alors proprement le désir, c'est-à-dire l'appétit de l'agréable (5), ou plutôt du plaisir (6).

-Les animaux recherchent tous le plaisir avec ardeur (7). L'homme y est porté par un penchant inné (8), insatiable (9). Rien n'égale la vivacité des désirs dont les enfants sont agités (1 0). Partout où il y a plaisir, le désir se produit nécessairement (11): le seul souvenir du plaisir que l'on a goûté nous fait souhaiter de le goûter encore (12), et d'un autre côté, nous ne pouvons souffrir sans souhaiter aussi quelque chose (13). Les désirs sont donc des mouvements de nature (1 4) sans choix ni réflexion de notre part (1 5),

(l)Rhét., I, 10, 11.— (2) De l'âme, II, 3,§2;Gr. Mor. , I, 13;Mouv. commun des anim., VI, § 5. — (3)Topiq., IV, 5, §4.— (4) Rhét., 1 , 1 1 .— (5) De l'âme , II , 3, § 2 ; Topiq., VI, 3, § !x ; Réf. des soph., XIII , $ 2 ; Rhét., I, 10, 1 1 ; Mor. à Nie, III, 4. — (G) Topiq., VI , 8, §§ 2 , 5. — (7) Rhét.,1, 6; Mor. à Nie, VII, 12.- (8) Mor. à Nie, II, 3,8.— (9) Ibid., III, 12; Polit., II, 4,§ 7, §11.— (10) Mor. à Nie, III, 15; VII, 12.— (Il) De l'âme, 11,2, §8; 11,3, §2; 111,1 !,§1 ; Du somm., I, §11. — (12)Hist. des anim., VII, l. — (13) Rhét., II, 2. -(14) Prem. Anal., II, 27, §12. — (15) Mor. à Nie, VII, S; Rhét.,1, 11.

DE l'appétit. 159

ne regardant qu'au moment présent (1), et allant à leur but par les moyens que suggère la nécessité ellemême^).

Tout désir témoigne d'un besoin , puisqu'il se porte toujours à quelque chose qu'on n'a pas et qui est absent (3); aussi est-il toujours accompagné de souci et de peine (4) , et le plaisir auquel il nous conduit n'est souvent que l'affranchissement de cette souffrance (5).

Nos désirs naturels (6) sont de plusieurs sortes. Il y a d'abord les besoins serviles et grossiers qui naissent des sensations du toucher et du goût (7) : la faim , qui est un appétit du sec et du chaud ; la soif, qui recherche le froid et l'humide (8) ; puis les désirs qui ont pour objet les plaisirs de F amour sensuel et de la bonne chère (9) ; enfin tous ceux qui flattent les autres sens et contentent l'odorat, l'ouïe et la vue (1 0).

Parmi les désirs , il en est qui semblent communs à tous les hommes , et il en est d'autres qui sont comme accidentels et propres à chaque individu. Ainsi le désir de la nourriture est naturel. Le besoin d'une compagne se fait aussi sentir, comme dit Homère, dans la fleur de la jeunesse (11). Mais tous les hommes ne désirent pas telle ou telle nourriture ni les mêmes choses. Ainsi il y a dans le désir quelque chose qui est naturel et commun à tous les hommes, et quel-

(1) De l'âme, III, 10, § 6. — (2) Polit., IV, 9, § 4. — (3) Rhét., II, 13, 25. — (4)Mor. à Nie, 111, 4, 13; VII, 13.— (.S) Ibid., VII, 14, 15, pass. — (G) Rhét., I, 11 ; Mor. à Nie., VIf, 7.— (7) Mor. à Nie., 111, 13; VII, 8: De la sensat., I, § 8. — (8) De l'âme, II, 3, § 3 ; Rhét., 1, 1 1 ; Mor. à Nie., 111 , 13». — (9) Rhét. , ibid. ; Mor. à Nie. III, 13; De l'âme, II , 3, § 2. Cf. Gén. des anim.,1,20, pass. — (10) Rhét., iid. — (11) Iliade, XXIVt 129,

160 DE l'appétit.

que chose qui est propre à chacun de nous; car les uns trouvent une chose agréable et les autres une autre, et il en est à qui certains objets plaisent pardessus tout le reste (1). C'est que nos penchants naturels diffèrent d'un individu à l'autre (2), et que cette diversité est encore accrue par l'habitude qui parfois donne plus de vivacité à certains désirs (3), et parfois lesémousse (4). Enfin il est des objets qui , sans rien avoir d'agréable par eux-mêmes , ne laissent pas de plaire à quelques hommes et d'exciter leurs désirs non-seulement par suite de quelque habitude prise , mais aussi d'une altération des organes ou d'une dépravation des goûts naturels (5).

Le désir, de même que le plaisir, n'est pas toujours nécessaire (6). Il n'est pas toujours l'expression d'un besoin naturel et recherche souvent le superflu (7). Il faut considérer comme non nécessaires les désirs , si naturels cependant, de la propriété et de la richesse (8) , de la supériorité et de la domination sur nos semblables (9), des honneurs (10), de l'estime et de la considération (1 1 ). La vivacité de ces désirs est , pour l'ordinaire , en proportion avec la grandeur de leurs objets (12).

Le désir ou concupiscence (êmOu^a) est un acte et résulte d'une habitude accompagnée de quelque souffrance (1 3). C'est pour les animaux une cause de mou-

(1) Mor. à Nie, III, 13.- (2) Ibid., II, 9.— (3) Hist. des anim.,VII, 1. — (4) Mor. à Nie, VII , 8.— (b) Ibid., III, 13 ; VII, 6, pass. ; VII, 7.— (6) Ibid., VII, 8.- (7) Polit., II, 4,§ 7. — (S)Rhét., I, 11, p. 137 1, b, 1. 21 ; Mor. à Nie, VII , 5 ; Polit. , II , 2, § 6. — (9) Rhét. , I , 11, pass. — (10) Mor. à Nie, I, 7.— (il ) Ibid., VIII, 9.— (12) Rhét-, I, 7, p.1364, b, 1. 5. -(13) Mor. à Nie, VII, 5, 13.

De l1 appétit. 161

vement (1) : c'est pour nous un principe d'action , tant par l'attrait du plaisir qu'il nous fait espérer qu'à cause de la douleur dont il est accompagné (2). Mais ce principe, essentiellement irraisonnable et imprévoyant (3) , est souvent en lutte avec la raison (4) : il est cause d'un grand nombre de mauvaises actions et même de crimes (5). On parle souvent en politique de niveler les propriétés : il serait bien plus important de niveler nos désirs (6) ; car on peut dire que c'est la partie animale de notre nature , et que , comparé à la raison, le désir, c'est la bêle (7).

La passion est un appétit , tout comme le désir (8). Comme lui elle fait partie de l'appétit sensitif (9). Il y a donc moins de différence entre la passion et la concupiscence qu'entre l'appétit et les autres puissances de l'âme ; et Ton voit ici clairement le vice de la théorie qui divise Famé en trois parties , la raison , la partie passionnée et la partie concupiscible (1 0). La passion en effet, de même que le désir, dépend de la sensation et se produit avec elle ou par elle (11). Aussi se trouve-t-elle chez les animaux autres que l'homme (12). De plus, on ne peut aimer une chose sans y trouver du plaisir (13), et l'amour est , aussi

(1) Mouv. des anim., VI , § 4 ; VII , § 5. — (2) Mor. à Nie, Vil, 7, etc. — (3) Ibid., VII, 6; De l'âme, 111,10, § 3, § 6. — (4) Mor. à Nie, VII, 3; De l'âme , III , 9, § 8. — (6) Polit., II, 4, § 7. — \%) Ibid., § 5. - (7) Ibid., 111, 1 1 , § 4.— (8) De l'âme, II, 3, § 2 ; III, 9, § 3 ; De la sensat., I, § 2. — (9) Rhét., 1, 10, p. 1369.— (10) De l'âme, III, 10, § 5. — (i 1) De la sensat • 1 § 6. — (12)Probl.,XXX, 12. — (13) Mor. à Nie, 1,9, p. 1099, a.

162 DE l'appétit.

bien que le désir, une source de plaisirs et de peines (1 ). Or c'est la passion, c'est la partie passionnée de l'âme qui est le principe de la puissance d'aimer (2), et par conséquent de son contraire (3). Faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis , rendre le bien pour le bien et le mal pour le mal, ces actes et leurs contraires partent du même sentiment. Aimer, haïr sont tous deux les effets de la passion (4).

Aimer quelqu'un , c'est souhaiter qu'il lui arrive tout ce qu'on croit lui devoir être avantageux , et cela non pour soi-même ni dans aucune vue d'intérêt personnel , mais en sa seule considération (5).

On peut du reste avoir du goût même pour les choses inanimées (6).

Si l'on entend par amour une affection de l'âme , elle a pour contraire la haine ; mais si l'on ne considère dans l'amour que l'acte corporel , on n'y trouvera point de contraire (7).

C'est une grave erreur de réduire l'amour à un désir de la cohabitation; car ce n'est pas celui qui aime le plus qui a ce désir au plus haut degré (8). On peut même dire que le plaisir des sens n'est rien en amour, ou du moins qu'il est uniquement en vue de l'affection (9). Mais d'un autre côté, il faut bien reconnaître que le corps a sa part dans les affections de l'âme , dans l'amour aussi bien que dans le simple attachement (10). Les mouvements impétueux de

(1) Rhét., 1,11, pass. — (2) Polit., IV, 6, § 2. — (3) Topiq., II , 7, § 4. Cf. Ibid.,1, 15, § 5.— (4) lbid-, II, 7, § 1 ; Prem. Anal., II, 27, §l;Mor.à Nie, IV, 9. — (5) Rhét., II, 4 , p. 1380, b. — (6) Mor. à Nie, VIII , 6. — (7) Topiq., I, 15, §5. - (8) lbid., VI, 7, §23; VII, 1, §11. - (U) Prem. Anal., II, 22, §9.— (10) Physiogn., I , init.

de l'appétit. 163

l'amour agissent fortement sut le corps , et s'y manifestent par des impressions qui ressemblent quelquefois à de la folie (1).

La passion est donc, comme le désir, une cause de mouvement, un principe d'action (2), mais surtout chez les animaux autres que l'homme (3) ; car elle est étrangère à tout choix , à toute réflexion; elle appartient à la partie non raisonnable de l'âme (4). Mais la partie passionnée diffère de la partie concupiscible en ce qu'elle est bien plus capable d'écouter et de suivre jusqu'à un certain point les ordres de la raison (5).

La passion et le désir sont les deux formes de l'appétit proprement dit, c'est-à-dire de cet appétit sensitif qu'on retrouve chez les bêtes , et qui se distingue si bien de la volonté ou appétit raisonnable , que souvent il la combat (6).

L'appétit sensitif ou animal ne va jamais sans imagination (7) ; il est un des principes de la locomotion (8) , et il détermine le mouvement par le moyen du chaud et du froid qu'il produit dans le corps , et d'où résultent les passions (9).

J'appelle passion ou émotion en général, tout changement ou mouvement de rame qui trouble le jugement et qui est accompagné ou suivi de douleur ou

(1) Mor. à Nie , VII, 3.— (2) Mouv. des anim., VII, § 5; Rhét., I, 11.— (3) Probl. , XXX, 12. — (4) Rhét., 1, 11 ; Mor. à Nie., III, 3. — (5) Mor. a Nie., I, «3. — (6) De l'âme, III, 10, § 6 ; De la sensat., I, § 2. — (7) De l'âme, III, 10, §9. —(8) Mouv. commun des anim., VI, § 5; VII, § 5,— (9)Ibid.,VIII, § 1.

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de plaisir (1) : tels sont d'abord le désir et la passion, puis l'amour et la haine, la colère, l'animosité, l'audace, la crainte, l'émulation, l'envie, l'indignation y la pitié, la joie , le regret, et autres mouvements semblables , en y ajoutant leurs contraires (2).

Toute passion est dans la partie non raisonnable de l'âme , et dépend soit de la puissance concupiscible , soit de la partie passionnée (3).

L'étude de chaque passion , comme manière d7être de l'âme, et indépendamment de ses rapports avec le corps , comprend trois parties ; on doit considérer d'abord la disposition morale où nous met cette passion , puis les objets auxquels elle s'adresse , et enfin sa cause et sa raison d'être. Pour expliquer, par exemple, ce que c'est que la colère , il faut montrer en premier lieu en quel état sont ceux qui s'y laissent aller; en second lieu, contre quelles personnes ils se fâchent ; troisièmement enfin à quelle occasion et pour quelle raison (4),

Voici la description abrégée de quelques-unes de nos passions les plus importantes :

La colère est un appétit plus ou moins violent de vengeance, qui s'adresse à quiconque a montré du mépris pour nous , et qui résulte du chagrin que nous cause ce mépris : la douleur en effet n'est pas le genre de la colère , comme on l'a soutenu à tort , mais elle en est la cause. Si la colère était du même genre que la douleur, elle serait dans la partie concupis-

(I) Rhét., IF, 1, p. I378,a,1.20. — (2) Mor. à Nie, II, 4, p. 1105, b; Rhét.,11, 1, 12; III, 19, p. 1419, h.— (3) ÉmOujxïixixdv, 0ujjlixo'v.— (4) Rhét., II, 1, p. 1378, a, 1. 23.

de l'appétit. 165

cible , tandis qu'elle se rapporte essentiellement à la passion et se confond presque avec elle (I).

La haine est une passion distincte de la colère, quoiqu'elle en soit souvent l'effet; elle consiste à souhaiter qu'il arrive du mal à ceux que nous haïssons , tandis que l'amour consiste à souhaiter du bien à ceux que nous aimons (2) .

La crainte est un sentiment pénible qui trouble l'âme, dans l'attente d'un mal qu'elle se représente comme un danger. L'assurance est l'état contraire (3).

La honte est une peine relative aux maux présents, passés ou à venir, d'où peut résulter pour nous un déshonneur ; l'impudence est une sorte d'insensibilité ou de mépris pour les malheurs de ce genre (4).

La pitié ou compassion est l'affliction que nous cause la vue d'une infortune imméritée (5).

L'indignation, au contraire, consiste en un malaise produit par le bonheur d'une personne qui n'en est pas digne (6).

L'envie est le chagrin que l'on ressent des avantages que l'on reconnaît à ses égaux (7). L'émulation suppose ce même déplaisir, mais avec un retour sur nous-mêmes qui l'ennoblit et en fait une passion différente de l'envie (8).

Ces passions et celles qui leur ressemblent sont

(1) Catég., VIII, § 13 ; Topiq., II, 7, § 4 ; IV, 5, §§ 3, 4 ; IV, 6, § 8; VIII,

I, §12;Réfut. des soph., XV, § 4 ; De l'âme, I, 1, § 10, § 11 ; I, 4, § 12; De la mém., II, § 18 ; Des songes, II, § 12 ; Mor. à Nie. , III , 2, 8 ; VII , 3, 6, pass. ; Rhét. , I, 13; II, 2,3, etc.— (2) Rhét., II, 4, etc., etc.— (3) Ibid. ,

II , 5, etc. - (4) Ibid., ch. 6, etc. — (5) Ibid. , ch. 8 , etc. ~ (6) Ibid. , eh. 9, etc. — (7) Ibid., ch. 10, etc. — («) Ibid, , ch. 11, etc.

166 DE i/appétit.

les éléments des mœurs et du caractère (f).

On a considéré jusqu'ici les passions comme des modes de l'âme , sans tenir compte des modifications qu'elles produisent dans le corps. Cependant les effets corporels des passions sont si évidents et si considérables (2) , qu'il y a lieu de se demander si c'est bien Fâme qui éprouve ces diverses passions , et si au lieu de dire que l'âme s'irrite, qu'elle prend confiance, qu'elle s'indigne , qu'elle s'effraye , etc. , il ne serait pas mieux de dire que c'est l'être animé , l'homme ? par exemple, qui fait tout cela avec son âme, non pas qu'il ressente ces divers mouvements dans son âme f mais parce qu'ils résultent pour lui de la présence et de l'action de cette âme (3). La vérité est que les passions sont communes à l'âme et au corps (4)> et que leurs définitions, pour être complètes , doivent être tirées de la matière où elles sont engagées (5). Le dialecticien ne considère que la forme , abstraite de la matière ; mais îe physicien ( et ce sont ici choses de son domaine ) a toujours égard à la matière, parce que tout ce dont il s'occupe a en effet une matière (6).

L'appétit lui-même qui produit les passions dépend de l'imagination et appartient à l'âme (7) ; mais il suppose toujours le corps et n'en est point séparable (8).

L'homme a des facultés plus hautes ; mais la vie animale est constituée surtout par l'appétit , la passion

(l) Nous parlerons des fjôr) en traitant de l'habitude et de la vertu morale. — (2) Physiogn., I, init.— (3) De l'âme, 1,1, § 10; I, 4, §§10, 11, 14.

— (4) De lasensat.,I,§ 2. — (5) De l'âme, I, 1, § 10. — (6) Ibid., § 11.

— (7) Ibid., I, 5, § 2 i ; III , 9, § 3;Mouv. desanim., VIII, § 1, §4.— (8) De la sensat. , I , § 2; De l'âme, !,!,§§ 8, 9, 10, etc.

et le désir. L'appétit est pour les animaux la cause de tout mouvement , le principe de toute action (1). Sans la tendance appétitive, aucun acte n'est possible (2). Chez l'homme , l'appétit présente un autre caractère : aux yeux de la raison, il est bon ou mauvais (3). C'est ce que nous verrons en traitant des habitudes et des vertus.

(1) Probl., XXX, 12; De l'âme, III, 9,§ 5; III, 10,§9;Mouv. desanim., VII, § 5.— (2) Gr. Mor., I, 4, p. 1 185, a, 1. 34 : oùbï èvépyeia ou pifa ôpjj.7). — (3) De l'âme, III, 10, §4.

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