‹ De la physiognomonie;Chapitre 12 sur 87 · DE VŒU · texte numérisé non relu

DE VŒU

la nature a considérablement augmenté la finesse de perception

auriculaire de l'aveugle.

La portée de la vue est variable : elle est courte chez les myopes ; elle est longue chez les presbytes.

L'expression de l'œil résume celle de la face qui, elle-même,

Fig. 27G.

reproduit la résultante des mouvements généraux du corps. A défaut du temps nécessaire à l'examen des signes corporels et faciaux, interrogez les yeux, ils vous donneront un aperçu du caractère.

Les yeux de Voltaire, isolés des autres traits, accusent l'homme supérieur : nous les copions d'après Houdon (fig. 270),

Fig- 277.

Ce simple aspect de leur trois quarts (fig. 277) suffirait.

On préjugera les intentions d'une foule compacte et serrée, en scrutant le regard des acteurs principaux de la masse : il en ressortira la pensée commune.

L'œil avancé, gros et injecté de sang, signale la force et la brutalité des passions abdominales.

L'œil terne et enfoncé se rencontre avec la sous-excitation.

La mélancolie affaiblit un œil fendu, ayant de longs cils et la paupière supérieure défaillante.

L'œil rond, clair et dilaté par l'énergie, annonce un esprit actif, impérieux et dominateur. Pierre le Grand (fig. 278) a ces traits signalétiques.

Fig. 278.

La ruse tient en éveil ce petit œil gris (fig. 279), abrité sous l'ombre du sourcil et des paupières rapprochées par la pression de leur orbiculaire sur le globe, recouvert en partie.

La candeur s'épanouit dans l'œil limpide, éclairé par l'excentration des paupières sans aucuns plissements, et laissant pénétrer l'interrogation sans la provoquer ni la craindre (fig. 280); bonne et douce créature qui, à défaut de l'ouïe et de la parole, a un cœur pour comprendre et se rattacher à l'humanité.

La débauche a suspendu ces plis inertes sous les yeux de Charles II d'Angleterre (fig. 281).

DE L'OEIL

La pesanteur du cartilage de la paupière supérieure annonce la nonchalance, si le sourcil reste élevé par son milieu.

Ce signe est bien tracé sur la face du bon La Fontaine (R™. 282), dont l'insouciance pour les choses de la vie matérielle eut heureu-

Fig. 280.

sèment pour correctifs les soins assidus de ses amis et la sollicitude toute maternelle de M"'0 de la Sablière.

Des yeux à peine incisés et bridés vers l'angle se rencontrent chez les gens peu communicatifs.

Les yeux à la chinoise et un peu saillants indiquent chez la femme un penchant à l'amour, et surtout quand ils sont étincelants et tendent à se resserrer par l'effet d'une légère contraction de la portion inférieure de l'orbiculaire palpébral (fig. 283).

Il y^a moins de franchise dans l'œil de Mme Dubarry (fig. 284);

Fig. 281. j

il entre du calcul dans son regard langoureux et provocateur à la fois. Elle faisait le commerce des amours avec un raffinement de haut goût, rendu plus séduisant par la délicatesse de ses traits. Il existe entre celle-ci et la précédente la distance du naturel à l'art, et de la bourgeoise naïve à la dame façonnée aux mœurs de la cour de Louis XV. Cependant la portion inférieure du visage de la comtesse témoigne de sa participation aux plaisirs offerts à son royal amant.

DE L'OEIL. 213

L'ouverture de l'œil s'arrondit avec l'admiration mêlée au désir.

fe^/<U^ ^

l'ig. 282.

Je dois cette remarque à une ravissante petite fille. «Tu sais, me

- >■ Sw ». \

Fig. 283.

dit-elle, monsieur X***? eh bien, quand il regarde M"° Irma, il a

les yeux tout ronds, tout ronds. » Et son doigt fin et rose traçait,

Fig. 284.

dans la paume rebondie de sa main gauche, une circonférence, avec

Fis. 285.

tout le soin imaginable pour la rendre parfaite.

DE L'ŒIL

L'impudence éclate dans la dilatation soutenue des paupières, sans fléchir sous aucun regard honnête. Cette tête cynique est celle de l'Arétin (fig. 285).

Lorsque la portion latérale de l'orbiculaire se contracte finement, en rapprochant l'angle externe vers la prunelle, par une longue habitude, l'œil est essentiellement observateur. Ce mouvement

Fig. 28G.

est continuellement répété chez les hommes appelés, par leur aptitude, à chercher le rapport des choses entre elles, à comparer des formes, à inventorier du regard les détails des sujets de leur principale attention.

Nous citerons, parmi les maîtres dans l'art de guérir, le médecin Cureau de la Chambre (fig. 280). Il a publié l'Art de connaître les hommes (1 653) et les Caractères des passions.

Ambroise Paré (fig. 287), le célèbre opérateur, porte aussi la trace de ses nombreuses investigations sur la structure humaine. Ambroise Paré est le créateur de la chirurgie française.

Nous présentons comme un exemple aussi concluant cet ancien fonctionnaire public (fig. 288), dont les services loyaux ont

^mé^ÈM

purgé la société parisienne de voleurs et de criminels de tous étages. 11 savait dépister le coupable avec une rare perspicacité, et il jaugeait son homme au premier aspect. Dans cette expression, l'action de l'œil domine le mépris demeuré sur la lèvre, à la suite de nombreuses expériences sur la perversité de ces gens sans aveu qui sont le résidu de l'écume sociale.

\)E L'ŒIL

Passons du détail à la masse. 11 existe une classe spéciale de curieux patentés, avec garantie du gouvernement. Ils sont autorisés à exploiter leur talent d'explorateurs, à leur profit d'abord et à celui de la main qui les soudoie. Tous ont plus ou moins le signe décrit plus haut.

Si, par hypothèse, malgré mon peu de sympathie pour cette carrière, il m'était imposé d'être préfet de police, j'apprécierais, à

Fi„'. 288.

priori, l'aptitude des candidats au titre d'agent secondaire, en consultant la manœuvre de leurs yeux. Plus tard, des récompenses, non honorifiques, mais pécuniaires, seraient allouées à ceux qui justifieraient de leur zèle, en se montrant habiles dans le double exercice de la vision et de la finesse de l'ouïe. La force et la souplesse du poignet seraient un appoint: ce sont des attributions de gendarme à ne pas dédaigner.

Le regard est un rayon de l'âme; il va chercher l'impression et la rapporte immédiatement pour la reproduire aussi vite. L'oreille recueille les sons et ne les renvoie pas; elle a besoin du concours d'autres organes pour exprimer de quelle façon elle a été affectée. Le regard se suffit à lui-même ; de là sa puissance étonnante d'action, vraiment magnétique, et son extrême impressionnabilité.

Le regard est alangui dans la tristesse; saturé de vie à l'état de surexcitation; limpide et doux avec le calme et la pureté de cœur.

Vif et impérieux, le regard impose ; il s'assouplit avec la prière ; il caresse; il fascine ; il sonde la pensée, s'en empare et l'échange. Il est le mode le plus rapide de communication du moi.

Le regard est le signe des signes. Il supplée au besoin la voix, 'il l'accentue toujours; il devient plus éloquent alors qu'elle est impuissante. Amants heureux, point de paroles, mais un regard; c'est le fil électrique qui de deux cœurs n'en fera qu'un, par L'instantanéité de la demande et de la réponse, par la simultanéité de la sensation.

L'homme est tout entier dans ses regards : c'est là qu'il faut le chercher pour l'étudier à fond et le mieux comprendre. L'expression du regard doit corroborer ou modifier l'impression produite sur l'observateur. Sans cette indispensable condition, l'on tomberait infailliblement dans de graves erreurs. L'œil peut être hypocrite. Le regard se cache parfois, il ne ment pas.

Le regard est une arme offensive et défensive. Celui des carnassiers jaillit en éclairs. Son acuité, son énergie jettent l'effroi parmi les animaux et neutralisent ainsi les forces opposantes.

Le regard de l'être passif se trouble et demande grâce.

Le regard du chien domestique prend les nuances du langage vocal et le remplace en manifestant des impressions analogues. Ce regard éloquent plaide souvent avec succès une cause difficile en présence d'un délit flagrant.

En dépit de la civilisation actuelle, certains grands seigneurs recherchent avidement le plaisir barbare d'une chasse à courre. Si, au moment du joyeux hallali, leurs regards se trouvaient en contact avec le regard baigné de larmes du cerf, dépecé vif par la

dent meurtrière d'une meute en furie, ils jugeraient moins attrayant ce spectacle odieux et cruel.

Le regard s'aiguise en s'exerçant à des recherches analytiques. Cette habitude le refroidit : il n'est pas sympathique, il parle à l'esprit et non au cœur; ce regard est égoïste, il prend et garde.

Le regard de l'espion est sournois : il voudrait se dissimuler.

Celui de l'artiste est franc : il va s'empreindre de la forme pour en reporter l'aspect sur son œuvre. L'un des grands portraitistes du règne de Louis XIV, Hyacinthe Rigaud (fig. 289), avait un regard auquel rien n'échappait. Il scrutait au delà de l'extériorité du

visage pour s'approprier le caractère de la personne et le fixer sur la toile, afin de l'animer. — Van Dael (fig. 290) avait un regard fin comme le dard de l'abeille, quand il allait avec elle butiner sur les fleurs. L'éminent artiste n'avait pas la même aptitude à saisir l'ensemble de la physionomie humaine. Sans avoir étudié scientifiquement la botanique, il reproduisait, par le fait d'une attention rigoureuse, les plus minutieux détails de ses gracieux modèles. Les compositions de Van Dael sont harmonieuses cependant; on y sent la fraîcheur et l'éclat d'un printemps éternel.

Le regard du savant est tout autre ; il est moins en dehors ; on

Fig. 290.

le dirait en suspension sur la limite de la vie intime et du monde extérieur.

Le regard réfléchi de Descartes ne ressemble pas à celui du Titien (fig. 291) demandant à la nature les tons de sa riche palette.

Le savant considère ce qui se reflète en lui; le peintre a l'original sous les yeux. Le premier procède par déductions ; le second ne cesse pas d'envisager l'objet matériel.

On se ferait une idée très-fausse du caractère de Jules Traviès (fig. 292), .si l'on consultait seulement ses spirituels dessins d'ivro-

gnes et de chiffonniers. Il avait le regard tout à la fois plein de

Fig. 291.

finesse et de mélancolie ; son imagination rêveuse js'égarait dans les nuages de la théorie et redescendait sur terre pour fouiller dans

Fig. 292.

les bas étages de l'humanité. Traviès était un philosophe maladif,

insoucieux du lendemain, vivant au jour le jour, rappelé constamment, par la force des choses, aux réalités de la misère. Travics

k3 .,îkj W p

Fig. 293.

est tout entier dans sa création du personnage de Mayeux le bossu, intelligent, disgracieux, hâbleur et souffrant.

Fie. 294.

La fermeté du regard de Corneille (fig. 293) établit, comparativement à la douceur de celui de Racine (fig. 294), la différence de style entre ces deux grands poëtes.

DU NEZ

La myolog'ie du nez (fig\ 295) se réduit à sept muscles: l'un au sommet et trois de chaque côté :

1° En haut, est le pyramidal (2); il paraît être plutôt la continuation du frontal qu'un muscle à part.

2° L'élévateur commun de l'aile du nez et do l'angle des lèvres (4), allant de l'os sus-maxillaire à l'aile du nez et à la lèvre supérieure; il agit dans l'expression du dédain;

Fis. 295.

3° Le triangulaire (15), se dirigeant transversalement du dos nasal à l'os sus-maxillaire ; ce muscle tire le nez en arrière et porte les ailes en dehors ;

4° L'abaisseur de l'aile du nez (18); il va de l'aile à l'os susmaxillaire, sur lequel il s'applique.

Le nez se présente franchement à l'examen. Il est le moins trompeur des traits faciaux. Sa mise en évidence et sa structure cartilagineuse n'éveillent pas le soupçon.

La courbure du nez est la résultante de celle du front. Il y a trois formes génériques de nez :

Le droit (fig. 296)

L'aquilin (fig. 297);

Fig. 296.

Fi?. 298.

Le retroussé (fig-. 298;.

DU NEZ. 523

Le" nez épaté (fig\ 299) est une variété des précédents : elle réunit, à doses variées, leurs qualités spéciales.

Pie. 299.

L'Apollon du Belvédère (%. 300) et la Vénus de Milo (fig. 301)

fournissent un beau type du nez droit, commun chez les Grecs

anciens et modernes.

Le nez aquilin est national chez les Juifs : en \oici un spécimen féminin (fig. 302).

Le nez de ce jeune homme (fig. 303) est le frère du précédent. L'Orient se reflète dans cette tête intelligente.

Le nez est camard sur la face du nègre africain (fîg. 304). Il est aplati chez les Hottentots. Nous en avons donné le dessin dans les

Fig. 303.

figures 117 et 118, comprises dans notre galerie des races humai ne.s.

Chaque peuple a sa structure originelle de nez, considérée dans sa moyenne.

DU NÉZ. o-27

Le nez retroussé se rencontre dans beaucoup de régions. Il est

presque toujours ainsi chez l'enfant au moment de sa naissance. Il s'abaisse légèrement vers la sixième année (fig\ 305).

Fig. 305.

Le nez droit est plus particulier à l'adolescence (fig\ 306), et 'aquilin à la vieillesse.

Le nez droit s'harmonise avec un front dont le profil se courbe

à peine, et respire le calme et la sérénité. Les anciens ont donné cette sorte de nez à leur Jupiter et à leurs autres divinités, afin de les rendre imposants et majestueux.

Le nez complètement retroussé est éminemment excentrique. C'était celui de Cléopâtre et de Roquelaure.

Le nez aquilin appartient aux passions concentriques. Les hommes fortement trempés, les ambitieux visant à commander aux autres et à les asservir, les poursuivants d'un but unique

J?ig. 307.

sans se décourager un seul jour, les chercheurs de solution de problèmes, les grands avares, ceux qui se sont faits centres puissants ont été doués de cette forme nasale. Arago, Cuvier, Lamennais (fig. 307), Michel-Ange, Napoléon (fig. 308) avaient le nez aquilin. L'intrépide champion de la liberté italienne, Garibaldi, nous fournit cet exemple.

Gustave-Adolphe (fig. 309), ce soldat couronné qui mourut sur le champ de bataille, avait le nez aquilin, mais moins accentué

DU NEZ. 2S9

que celui de Guillaume III (fig. 310), allant se placer en conque-

Fis. 308.

rant sur le trône de l'Angleterre,- et sachant s'v maintenir et se faire accepter.

Fijf. 30!).

Le nez ne constitue pas une sommité humanitaire ; il est avant

tout une accentuation prononcée d'une qualité bonne ou mau-

Fig. 310.

vaise. Voici la tête d'un italien (%. 311) dont la foi est resté iné-

Fig. 311.

branlable. Elle a reçu la triste consécration du supplice sans faiblir sur l'échafaud.

DU NEZ

Si nous portons nos regards sur les célébrités sorties de la fange sociale, nous rencontrerons aussi le nez aquilin chez ceux qui ont

Vis:. 312

l'ait du crime une profession redoutable, et dont l'existence s'est éteinte sous la main vengeresse du bourreau.

Un nez aquilin ajoute l'expression de la ténacité au visage de

Wg, 313.

Lacenaire (fig. 312), conservant après sa mort le sourire ironique du cynique assassin.

Fieschi (fig. 313) vient aussi confirmer notre observation gêné-

raie. Il y a chez lui moins d'intelligence et plus de ruse, avec la persévérance de l'idée fixe. Les cicatrices placées au-dessus de l'œil et à la tempe sont le résultat de l'explosion de sa terrible machine. Le couteau de la guillotine a tracé la ligne inférieure de solution.

Le nez de Cartouche (fig. 3 J 4) est moins abaissé et plus large; on n'a pas oublié ses témérités singulières et ses excentricités, parfois généreuses, dans ses moments de bonne humeur.

Paul Freher a publié un théâtre des hommes célèbres par leur érudition. 11 nous montre successivement les portraits des théolo-

giens divers, des magnats, des jurisconsultes, des chimistes, des botanistes, des anatomistes, des philosophes, des philologues, des historiens, des poètes et autres, ayant illustré leur profession en Europe. Le texte de ce grand ouvrage comprend leur vie et l'énur mération de leurs travaux.

Chaque compartiment de cette immense galerie contient l'élite d'une spécialité. Le rapprochement de ces portraits fait ressortir les points communs de ressemblance entre les émules dans la même carrière et les nuances des subdivisions.

L'ensemble des observations corrobore les données principales de nos études sur le vivant.

DU NEZ

Nous conserverons l'ordre suivi par P. Freher. Les papes ouvrent la marche. 11 y en a quatorze. Viennent ensuite les cardinaux, les archevêques, les évêques, les abbés, les docteurs en théologie , les professeurs , les prédicateurs , les orateurs , les moines, en un mot, le personnel éminent de l'histoire de l'Église.

Nous avons sous les yeux 497 tètes, y compris celle de Freher que voici (fig\ 31o).

Aucun de ces visages ne porte un nez retroussé ; tous affectent la forme aquiline indiquée comme le paraphe terminant la courbure du front d'un poursuivant obstiné.

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