DES BRAS
Les bras ont les qualités physiques du corps , comme les branches de l'arbre en reproduisent la vigueur ou la débilité. Des bras charnus et solides indiquent une constitution riche et forte ; ils ont pour base d'opérations un tronc robuste. La faiblesse des bras résulte d'une organisation pauvre et incomplète; les épaules où ils s'attachent, au sommet de la poitrine, sont chétives comme elle. Les bras des poitrinaires sont grêles et mous.
Les bras de l'homme sont façonnés pour le rude labeur; ceux de la femme sont arrondis et souples comme des lianes : ce sont des coussins vivants donnés à la mère pour bercer son enfant et favoriser son sommeil.
La liberté d'action des bras affranchit l'homme. « Avoir les bras liés » se dit vulgairement pour exprimer l'impuissance.
Le bras est le pourvoyeur de l'estomac de l'ouvrier et son porteblason. L'agilité des muscles du bras constate les conquêtes du travail sur la misère.
Le bras de l'oisif s'alourdit par le repos ou s'atrophie faute d'exercice.
Les bras du même travailleur n'ont pas une physionomie semblable s'ils sont inégalement employés dans la communauté d'efforts. Le bras droit du maître d'armes est plus gros que le gauche. Les bras du scieur de pierre sont d'un calibre égal. Certains états exigent un usage particulier des muscles extenseurs du bras. Ce sont les fléchisseurs qui font la besogne dans d'autres professions. C'est donc sur le jeu musculaire qu'il faut porter sa principale attention pour reconnaître le genre spécial d'occupations journa-
lières. Le muscle le mieux développé remplit le rôle important; il s'agit de le distinguer parmi ses coopérateurs.
La pose des bras ajoute à l'expression générale une signification accentuée. Les bras se ferment avec la concentration de l'âme; ils s'ouvrent dans un élan excentrique ; ils tombent avec l'abandon du courage et de la résolution.
Lorsque Napoléon s'appliquait à condenser ses conceptions gigantesques, il croisait ses bras sur la poitrine avec une vigueur pareille à celle dont il voulait se grandir ; il maintenait ses bras derrière le dos quand il'se livrait à un mouvement expansif.
Beaucoup de bras sont illustrés de tatouages naïvement exécutés par des artistes d'occasion. Si le dessin consacre l'adoption d'un métier, on en voit le symbole dans l'outillage représenté. S'il s'agit d'amour, un cœur, traversé d'une flèche, en rappelle poétiquement le souvenir. S'il y a eu réciprocité, deux cœurs sont rapprochés sous une flamme unique. Souvent deux prénoms, l'un masculin et l'autre féminin, se lisent au-dessous de ce contrat. Plus tard, l'archiviste a pU n'y retrouver qu'un sujet de méditation sur l'instabilité des affections de ce monde.
Le bras est le sceptre de la domination humaine ; c'est un levier capable de vaincre toute résistance, s'il obéit à la pression de l'intelligence et s'il a pour point d'appui la volonté.
L'étude de la main est d'un haut intérêt. La main peut, au besoin, suppléer la voix humaine; elle lui prête toujours un accent complémentaire. Le geste manuel est une parole visible. La véritable éloquence sait combiner ces deux actions pour impressionner les masses. Le jeu de la main renforce la voix dans toute assemblée nombreuse, où l'orateur serait imparfaitement entendu, si l'œil de l'auditeur ne s'associait à son oreille. Dans certaines circonstances, l'expression seule de la main émeut davantage.
Nous examinerons la main au double point de vue de sa conformation originelle et de sa forme modifiée par l'usage, et aussi comme instrument de la pensée : d'une part, la prédisposition; de l'autre, le résultat d'un exercice sympathique ou forcé.
La main peut être :
Longue,
Courte,
Amincie,
Grosse.
La forme native de la main ressort de la structure du corps entier. Elle en reproduit la nature svelte ou ramassée, fine ou forte. La multiplicité des os et des articulations de la main lui donne une flexibilité favorable à ses fonctions.
La finesse articulaire des mains longues rend cette variété trèsapte aux travaux exigeant de l'adresse. La seconde, comportant des leviers plus solides, est mieux appropriée au travail nécessitant de grands efforts. Cependant, si la main effilée est employée à mouvoir et à soulever de lourds fardeaux, elle gagnera, par un long exercice, un développement musculaire qui la rapprochera de la
main instrument de la force, en laissant voir sa destination primitive.
Les doigts fins et délicats conviennent à l'exécution des productions des beaux-arts. Les doigts grossièrement taillés trouvent leur utilité dans le rude labeur des champs.
La nature, attentive à sauvegarder ses créatures, a réparti l'in-
Fig. 432.
telligence en raison de la faiblesse corporelle. Les mains déliées doivent donc être attribuées à ceux dont l'entendement corrige les désavantages physiques. La main épaisse est dévolue aux moins favorisés dans la distribution des dons intellectuels.
Il existe des nuances infinies entre ces deux extrêmes ; un peu d'habitude et l'examen corrélatif des autres parties de l'ensemble
Fig. 433.
permettent à l'observateur de préciser un jugement physiognomonique.
On distingue, au premier aperçu, l'âge, le sexe, le tempérament de l'individu à sa main. Sa grandeur, sa forme, sa couleur en fournissent les données physiologiques.
Courte et potelée dans les premiers jours de la vie (fig. 432 et 433), la main a la rondeur de l'oisiveté et la vive coloration du sang sous une pellicule légère. L'enfant a sa mère pour le protéger et le servir.
Bientôt la main s'allonge en traversant l'adolescence, pour acquérir toute son extension à l'époque de la puberté. Elle se fortifie jusqu'au moment où les fluides lui parviennent difficilement. Elle se dessèche chez le vieillard et perd avec l'agilité ses moyens musculaires et tactiles. Cette vieille main (fîg. 434) est celle de Lamennais à son dernier jour.
Fil. V.)'..
Dans la virilité, la main savait obéir avant que l'ordre d'agir fût complètement dicté par le cerveau : dans la décrépitude, l'instrument débile se meut à peine sous l'impulsion réitérée de la volonté.
La main de la femme est délicatement construite. Elle offre, dans
toutes les conditions sociales, les signes d'une organisation où l'esprit vient en aide aux forces matérielles insuffisantes. Suivez les nuances séparant la châtelaine exonérée du travail, de la paysanne obligée de manier les pesants outils du labourage : vous trouverez
une filiation commune, un cachet féminin incontestable.
PHYSI0GN0M0N1E.
La figure 435, vue par la face dorsale, est dessinée d'après nature. La figure 436 en représente le profil.
Le tempérament sanguin apparaît dans la carnation rosée et le charnu de la main. Le tempérament bilieux en jaunit le derme et
?ig. 436.
fait ressortir les os. La main du lymphatique est molle. L'homme nerveux a la main sèche et fine.
Les passions énergiques laissent des traces profondes sur la main. La colère se lit dans les rides tracées sur le dos de la main
Fig. 437.
(fig. 437), autour de chaque articulation et dans les plis fortement marqués des jointures sur la face palmaire. La raison physiologique en est simple. Les muscles fléchisseurs acquièrent une grande puissance de contraction dans le jeu des passions violentes. La flexion forcé.e des doigts distend le tissu du dos de la
main et plisse profondément l'enveloppe de la paume. Les passions concentriques seulement ne gravent pas aussi nettement ces lignes multiples. Cette distinction est facile à établir.
Les gens indolents présentent des surfaces lisses. Cette main (%. 438), soigneusement gantée hors de la demeure seigneuriale, ne porte aucune trace d'un emploi utile. Elle s'agite seulement pour se conserver blanche et douce, en multipliant les ablutions parfumées de molles essences. Aucun souci ne l'a ridée.
La peau de la main convulsive est surchargée de détails. Elle ressemble, dans l'âge mûr, à une vieille étoffe fripée.
Fig. V38.
La main sèche et parcheminée dénote l'égoïsme. L'être amoindri pour avoir vécu de lui-même et en lui, l'avare, le dévot mystique, les hommes à existence restrictive ont la main aride.
Une peau moelleuse, aux teintes vives, aux chairs exubérantes, indique l'homme en dehors, le bienfaisant, le prodigue, l'excentrique.
La timidité se révèle dans une main petite, avec des doigts amincis par le bout et paraissant immobilisés dans leur rapprochement.
La hardiesse éclate dans les plans prononcés, dans le jeu facile des articulations, dans la précision des gestes de la main (fig. 439).
Plus il y a de loyauté dans le caractère, plus la paume de la main s'étale au jour.
Méfiez-vous de la main lente à s'ouvrir et ne faisant qu'effleurer la vôtre pour répondre à une cordiale invitation, à l'échange d'une assurance amicale.
Les présomptueux se contentent de présenter un doigt ou deux, jugeant cette marque de condescendance suffisante et ne compromettant pas leur dignité.
Évitez le contact des mains à l'aspect vieillot, au tissu maigre et luisant. Il y a sécheresse dans le cœur qui ne pousse pas avec assez d'abondance le sang vers ces extrémités pauvres et mesquines :
Fig. ',39.
de telles mains ne savent pas secourir ni réchauffer le malheureux.
La gaucherie et la propension de la main à se dissimuler résultent d'un caractère incertain et craintif. Il y a de par le monde des gens embarrassés de leurs mains et s'inquiétant des regards dirigés sur elles. Ils sont peu redoutables. Chez plus d'une femme, cette préoccupation a pour objet une imperfection disgracieuse et n'est pas alors un excès de timidité.
La main s'associe à la manifestation de toutes nos sensations. Elle en reproduit les plus faibles nuances avec une exactitude merveilleuse. La main trompe moins que le visage : elle doit être consultée dans les cas douteux.
Aucune voix humaine ne prononce d'aveux plus doux que ceux
échangés par deux mains unies sous l'impulsion de l'amour. La main laisse échapper le secret arrêté par la pudeur sur les lèvres de la jeune fille. La main ne rougit pas en se rendant la complice du cœur : elle a sa liberté d'action entière.
Quelle parole vaut la pression d'une main amie pour féliciter ou pour plaindre! La main s'assouplit avec une caresse. La main se raidit avec le refus. Elle s'ouvre sympathiquement à la douleur. Elle se tient close chez l'égoïste évitant tout rapport importun. La main maternelle apaise et calme l'enfant qui pleure et s'agite dans son berceau. Elle invite au silence; elle l'impose; elle donne le signal de le rompre. Elle excite les cris de la joie et de l'enthousiasme.
Fie. V.O.
La main commande impérieusement. Elle intercède; elle supplie. La main sait bénir (fig. 440) et jeter la malédiction. La main désapprouve; elle applaudit; elle lance l'injure et la menace. Elle se retire dédaigneusement devant un objet méprisable; elle se montre affectueuse en allant au-devant d'un ami. La main appelle ou renvoie. Elle affirme et dénie. Elle interpelle; elle écoute; elle s'impatiente. La main exprime l'étonnement, l'admiration, la crainte, la colère, la haine; en un mot, cllcjnet en action l'expression du visage.
Quand les deux mains se pressent mutuellement (fig. III), elles sont rapprochés par un sentiment recueilli.
Ces gestes se modifient en raison de la position spéciale de l'ai
PHYSlOGlNOMOME.
teur. L'homme du monde se moque en faisant un signe dérisoire. Le gamin de Paris matérialise un dicton vulgaire : il pose un pouce sur le bout de son nez. et, sur le petit doigt de la même main, il appuie l'autre pouce, afin d'exécuter un battement de l'air avec les phalanges libres. Il accompagne ce jeu de contorsions propres à favoriser sa fuite, afin d'échapper au châtiment probable de son insolence.
Toutes les nations ont reconnu la nécessité de constituer des gestes de convention pour formuler d'une manière brève et absolue un acte de la vie civile ou de la foi religieuse. Chez l'immense majorité des peuples, la loi plaçait l'une dans l'autre la
Fig. 441.
main des époux, comme symbole d'union et consécration du serment (fig. 442). La main, posée sur ou devant un objet du culte, validait l'affirmation. Mettre la main sur sa tête était chez les Romains un appel à la protection d'un puissant. Lever la main a été un signe d'adhésion; on vote encore ainsi dans les assemblées. L'Église romaine emploie fréquemment le geste dans ses cérémonies. Il faut noter ceci : l'usage répété des gestes conventionnels apporte une modification sensible dans les mouvements de la main.
Si des généralités nous passons à l'appréciation de la main ouvrière, nous découvrirons les signes particuliers de la profession.
Le point de départ de nos observations sera la main oisive. Elle se distingue par son développement normal sans déformation, par son ensemble harmonique, par la virginalité de son tissu, par son efflorescence. La main de la créole (fig. 443) riche, indolente et paresseuse en est le type. La netteté de la main indique les loisirs de celui qui la soigne avec une attention méticuleuse et la garantit amoureusement de tout outrage sous l'égide d'un gant musqué. Il n'y a pas de grandes choses à attendre du fat entretenant la souplesse et la blancheur de sa main, cherchant à la mouvoir avec grâce, à soutirer les regards sur elle, à la rendre chatoyante de diamants et de bijoux.
La main du travailleur prend un autre aspect. La peau se bruuit
Fig. 442.
sous les rayons du soleil. Elle se durcit au contact des outils servant à l'accomplissement de sa tâche, et elle acquiert une puissance égale aux efforts à vaincre pour gagner le pain quotidien.
Plus la main est calleuse, plus le labeur a été rude. Chaque état incruste son stigmate sur la main de son esclave. La nature et la place de ee stigmate sont le certificat de la profession. Il faut, pour apprendre à le lire, connaître comment se tiennent les instruments divers du travail. Les uns exigent le concours entier de la main, d'autres occupent seulement les doigts.
Dans certains cas, une main agit et l'autre est au repos. Comme la droite est communément la plus active, elle doit d'abord servir aux investigations de l'observateur. Nous allons choisir plusieurs exemples pour initier le lecteur à notre façon de procéder. Signaler
la cause, c'est faire pressentir l'effet ; de l'effet, on remonte logiquement à la cause avec un peu d'habitude.
Efforts égaux des deux mains : le tireur d'eau de puits fait agir semblablement ses deux mains. Chacune reproduit aux mêmes points les mêmes résultats du frottement de la corde saisie ou relâchée pour la continuité du tirage.
Quand les deux mains sont inégalement occupées, celle qui le sera davantage aura un développement relatif supérieur.
Si vous apercevez une callosité vers le talon de la main droite et vers le bord interne du pouce gauche, avec la propension à gesticuler en poussant l'une et l'autre main en avant et dans un sens unique, le rabot sera l'instrument mis en œuvre.
Le jardinier enfonce une bêche dans le terrain et le remue. La face palmaire de la main droite est calleuse vers le centre : la main gauche conserve l'empreinte de l'adhérence des doigts au manche qu'ils dirigent. De plus, il se trouve infailliblement un peu de terre dans les ongles et les gerçures du tissu cellulaire. Les horticulteurs ne se piquent pas d'un excès de coquetterie; l'eau et le froid fendillent les mains toujours exposées au grand air. Les plis, chez les travailleurs, sont plus prononcés, à cause du grossissement de l' épidémie, que chez les gens mus surtout par la violence de leurs passions.
Les états à marteau font naître des durillons sur les parties cor-
respondant aux instruments usuels. Les mains du tailleur de pierre ne sont pas atteintes également : le pouce droit porte une empreinte sur la seconde phalange; le gauche a une dépression vers l'extrémité assujettissant le ciseau.
Outre le durcissement du derme, il se forme, par une pression prolongée, des surfaces aplaties à bords anguleux, comme on le voit chez les malheureux attachés toute leur vie à la manivelle d'un rouage. Les doigts prennent de la raideur et s'étendent avec difficulté, le poignet devient solide et souple. Le contraire a lieu dans les doigts parcourant les cordes d'un violon : ils acquièrent une grande agilité et une étonnante légèreté d'exécution. La main guidant l'archet a le poignet plus mobile que les doigts. Le joueur de flûte a la même prestesse de digitation dans les deux mains; chez lui, la portion interne du bout des doigts forme coussin. Le piano produit de pareils résultats, en fortifiant la petite phalange frappant sur l'ivoire; le poignet du pianiste est plus assoupli que celui du joueur de flûte ou de clarinette.
Les arts d'imitation modifient la main, selon la spécialité. Le statuaire a le pouce droit très-remuant; sa main est rugueuse en comparaison de celle du peintre. Le premier manie la glaise et le ciseau; l'humidité de l'argile ou la poussière du marbre donnent de l'àpreté au tissu. Le peintre adoucit sa main par l'usage de l'huile et la dextérité de sa touche. Il a un point commun avec le lampiste à la main noire, mais onctueuse. — Quant aux gestes manuels, ils ont une signification concluante. Le statuaire semble, même à vide, modeler une forme imaginaire, et met, avant tout, son pouce en évidence. Le peintre et le dessinateur paraissent accuser un contour en accentuant la parole. Le graveur croit pousser péniblement un burin en exposant la difficulté d'une entreprise; il témoigne de la rectitude d'une idée abstraite en dirigeant sans déviation ses doigts serrés.
Cette main tend à tenir sa largeur dans un plan vertical. Son aspect est normal, excepté vers l'extrémité interne du médius et de l'indicateur; le pouce se contourne en dedans et montre, comme les deux autres doigts et à la même place, une légère dépression. Une plume s'est creusé ce triple sillon. C'est la main d'un profes-
330 PHYSIQGNQMQNIE.
seur d'écriture ou d'un commis (%. 444), si la gauche occupe aisément une position horizontale et tranquille. Comparez les deux mains du calligraphe, vous constaterez la différence de forme produite par l'activité de l'une et le repos de l'autre.
Montrez-moi votre main, jeune fille, je vous dirai si vous menez une vie oiseuse ou utile. Bon! voici sur le bout du médius droit l'empreinte du dé qui l'emprisonne à l'heure du travail. La peau de la petite phalange de l'indicateur gauche est épaissie et criblée sous les coups multipliés d'une aiguille agile, assurant le pain de chaque jour. Continuez, brave enfant du peuple, votre honneur est à ce prix. Malheur à celle dont les vêtements annoncent la misère, quand sa main atteste la paresse : la prostitution l'attend à l'âge où
Fig. 444.
sa beauté portera ses fruits ! Malheur à la femme du grand monde plus soigneuse de ses mains que de l'éducation de ses enfants ! elle aura certainement à subir les conséquences du désœuvrement. La servante à la main rouge et crevassée n'a qu'un maître, le travail; elle peut à la longue s'en affranchir par l'épargne. La coquette aux blanches mains paresseuses est soumise aux exigences consécutives de l'oisiveté.
Si, comme artiste, nous recherchons pour modèles de belles mains aux suaves contours, comme citoyen, nous nous plaisons à poser notre main dans la main rugueuse de l'ouvrier se suffisant à lui-même ; nous évitons celle du fat insolent et inutile qui doit sa position de fortune au hasard de sa naissance.
Le travail laisse une trace indélébile sur la main. Longtemps
après la sortie ck: l'atclic-r, on reconnaît la main usée à de continuels et rudes labeurs. Elle a pu perdre de sa rugosité; elle a conservé les attributs honorables du service : elle est forte ; le système osseux prédomine ; les doigts sont gros vers leur extrémité ; les rides ont augmenté avec la déperdition des chairs. Ces signes composent le blason de l'ouvrier retiré des affaires et préludant au repos de la tombe, dans cette courte station, yers la fin de sa carrière.
Les ongles complètent la signification de la main. Ils sont allongés ou courts, larges ou étroits, selon la forme à laquelle ils sont annexés. Des doigts effilés se terminent par des ongles oblongs et lins. Une main lourde a des ongles écourtés sur des doigts épais. La substance cornée de l'ongle est résistante et opaque chez les travailleurs; elle est translucide et faible chez les sujets d'une constitution débile.
La netteté des ongles, leur coupe prétentieuse affichent des mœurs de salon . Des ongles cerclés de noir accusent la négligence de la personne au profit de ses occupations, ou l'incurie de la malpropreté, si le travail n'en est pas l'excuse.
L'ongle consolide l'extrémité des doigts; il acquiert une densité proportionnelle au devoir à remplir. L'ongle peut servir ainsi pour évaluer les efforts possibles. La largeur de l'ongle implique la force de la pression du bout des phalanges. Les ongles raccourcis par l'usure révèlent un travail opiniâtre.
Les ongles rongés indiquent un caractère impatient, agité, turbulent. La. régularité de la coupe montre des habitudes d'ordre.
Les Chinois laissent pousser démesurément leurs ongles pour constater leur rang social en prouvant leurs moyens de s'exempter du travail pour subsister. Plusieurs de nos dandys taillent leurs ongles en pointe prolongée, dans un but identique à celui de l'habitant du Céleste Empire. C'est de l'amour-propre mal placé. Il n'appartient à personne de se glorifier d'une négation de la grande loi de l'activité humaine.
La divination par l'inspection des linéaments de la maio n'est pas tout h fait irrationnelle, si le prétendu diseur de bonne aven-
ture sait tirer, des indices résultant des actes du passé, la déduction des probabilités futures.
Nous avons consigné plus haut, dans la Notice historique, plusieurs extraits d'ouvrages sur l'art divinatoire par la configuration de la main. Au milieu d'une foule d'assertions purement hypothétiques, on découvre certaines données ayant réellement pour base un fait physiologique. Si la réputation des chiromanciens les plus célèbres est due, pour une très-petite part, à la sagacité de leurs observations personnelles, il faut surtout, à cette époque d'ignorance et de crédulité, rapporter leurs succès aux singuliers effets du hasard ou plutôt à des renseignements pris avant la consultation.