‹ De la physiognomonie;Chapitre 18 sur 87 · OU PIED · texte numérisé non relu

OU PIED

Un pied de construction molle et faible annonce des mœurs efféminées. On a flétri du nom de pied plat l'homme marchant cauteleusement à ses fins et s'abaissant devant ceux dont il veut exploiter la crédulité vaniteuse.

Cette disposition organique se rencontre chez les gens de l'espèce taupe, habitués à glisser sans bruit sur le sol, à l'exemple de la couleuvre, au lieu d'y contre-épreuver leurs pas. L'homme fier et d'un caractère indépendant ne craint pas de laisser des traces compromettantes après lui.

La profession donne au pied une direction propre. La pointe du pied est en dehors chez le danseur. Elle rentre en dedans chez le

ris. 4<tfi.

marin. Elle se rapproche encore davantage du centre chez l'écuyer évitant de tourner des talons éperonnés contre les flancs délicats de sa monture. Les muscles fléchisseurs des orteils sont très-développés au pied des facteurs de la poste. La face plantaire a moins d'énergie chez les employés passant leur existence en face d'un bureau.

Les deux pieds du soldat conservent dans la station l'angle déterminé par les règlements, longtemps après sa sortie de l'armée.

Le pied s'associe au caractère par une physionomie sympathique. L'orgueilleux se tient érigé sur ses talons; l'homme modeste s'efface et marche sans bruit. L'impatience agite le pied et le l'ait

trépigner. Le dédain se sert du pied pour repousser l'objet de son aversion. Le fat oisif se dandine sur la pointe du pied, pour se donner des airs faciles et ne pas maculer sa chaussure. Le pas de l'homme aux occupations sérieuses est grave et assuré. Le fainéant traîne lentement son pied. Celui de l'être jovial et gai ne peut demeurer en place. L'esprit actif remue involontairement le pied dans toutes les directions. Remarquez le pied de l'homme colère: ce pied jure, il tempête, il brise, il écrase, il pulvérise : il parcourt la gamme de la passion.

Là, le pied s'attache au sol dans la lutte acharnée ; ici, le pied s'en dégage en cadence, enlevé par les accents vifs et sémillants d'un orchestre invitant à la danse. L'animation étincelle dans ces mouvements souples et vigoureux des articulations d'un pied infatigable. Il s'anime tour à tour sous l'aiguillon du désir ; il montre l'abandon de la joie; il goûte le plaisir; il s'empreint de la douce langueur de la volupté.

L'immobilité du pied correspond à la fixité des idées, si elle n'est pas le résultat de l'engourdissement des facultés intellectuelles, comme chez les vieillards; dans ce dernier cas, les axes longitudinaux des deux pieds sont presque parallèles.

La forme oblongue des orteils appartient à une nature élégante. La forme ramassée et trapue annonce la force et les appétits brutaux. La situation d'esprit et de caractère, au moment de l'examen, se révèle surtout dans la marche, quand le pied est en action et par conséquent livré à l'impulsion organique commune.

Les personnages au pas lent et mesuré ont un caractère grave et réfléchi. L'irréflexion se manifeste dans le pas tantôt lent, tantôt agité. Ceux qui trottinent à petits pas sont méticuleux dans leur manière d'être et de procéder. Ceux dont le pas est court et en même temps accéléré font ordinairement des démonstrations stériles et peu de besogne.

La marche à pas longs et francs retrace l'activité, allant droit au but, si la ligne suivie ne dévie pas du plus court chemin. Les pas en zigzag, tantôt allongés, tantôt restreints, marquent l'indécision du flâneur : sans persistance dans ses déterminations, il cherche avant tout à tuer le temps. Quand un mouvement fébrile se mêle

Page 1